Les “Pénélope” de Carol Vanni, ou la fluidité de l’attente

Lorsque j’ai eu la bonne fortune de rencontrer Carol Vanni, il y a vingt-cinq ans, elle écrivait déjà, mais elle dansait davantage. Ses solos de danse étaient heurtés, hachés, haletants.

Carol danse toujours, mais écrit davantage. Elle vient de publier Mes Pénélopes, chez un éditeur au nom délicieux Esperluète (c’est le nom de ce gracieux équivalent de «et» : &). Son  texte est accompagné de peintures de Véronique Decoster.

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Pénélope. On sait d’elle qu’elle attend et qu’elle tisse (et défait son travail pour tromper son attente [et son monde]). Ce que Carol Vanni donne à percevoir c’est ce qui se tisse, se tend et se relâche dans l’attente. Dans cette étoffe faite de nos rêves et de nos peurs.

Comment glisser d’une attente transitive — attendre un amour, l’ouverture de la poste, l’apparition des hirondelles — à une attente par instant intransitive, un présent de vivre. En chacun de nous que distille l’attente?

L’écriture de Carol Vanni est aussi fluide et apaisée que ses gestes de danseuse étaient heurtés. On aura d’ailleurs bientôt — voir ci-après —  l’occasion de procéder à une nouvelle comparaison entre le mouvement du corps et celui de l’écriture (si tant est que le second puisse être dissocié du premier).

Pénélope est une jeune fille, mais aussi bien un vieux monsieur. Elles et ils sont l’attente.

Je m’appelle Pénélope. Nom de code dans la Résistance: Louis Pierre. J’ai 91 ans. Mon fils est mort. La tache dans ses poumons a grandi cachée. Les médecins ont trop attendu, je suis en colère. Ils n’ont pas bien fait leur travail, je suis, j’ai été médecin. Aujourd’hui je reste en pyjama le jour comme la nuit, je mâche le tabac et je le crache. […]

Je m’appelle Pénélope. J’ai 22 ans. Émerveillée. L’homme sait m’attendre, il bride sa jouissance, ruse, me raconte des histoires crues, de vrais orages d’homme et de femme. Je suis si longue à venir. Un orgasme plié derrière une chambre d’enfant. Lyophilisé. L’homme le gorge d’eau, de mots. Se prête à ma ténacité, à ma lenteur.

Mes Pénélopes, 103 p., 16 €.

Esperluette

 

Carol Vanni viendra présenter une «lecture dansée» de son livre à l’Espace Babelio à Paris, 38, rue de Malte 75011, M° République ou Oberkampf, le samedi 9 avril prochain, à 20h.

C’est sur réservation à La librairie des éditeurs associés :

01 43 36 81 19

 

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