La sensualité littéraire de Patrick Grainville

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Ayons une pensée (émue) pour les travailleurs intellectuels en cette période de lutte contre une loi de précarisation (laquelle ils connaissent si bien que l’on a inventé pour eux l’appellation «intellos précaires»): voici, une fois n’est pas coutume, une escarmouche littéraire.

Je lisais le dernier supplément «Livres» du Monde, lorsque je suis tombé sur un article de M. Vincent Roy, consacré à l’éloge d’un roman récent de M. Patrick Grainville, Le Démon de la vie. Je ne les connais ni l’un ni l’autre, même si j’ai lu un livre du second, dont j’ai oublié jusqu’au titre.

Cet écrivain hypersensuel est devenu, au fil de son œuvre considérable, un expert en démonologie

…nous apprend M. Roy.

Dans son dernier roman, M. Grainville évoque, nous dit-on, la passion fusionnelle de deux adolescents, Louise et Luc, ainsi que l’évasion d’un tigre, auxquels les amoureux souhaitent de rester libres.

Et pourquoi pas, en effet?…

C’est le moment pour M. Roy de nous donner envie de lire le livre «hypersensuel» de M. Grainville.

Pas facile le métier de critique, mal payé de surcroît. Mais bon, spontanément ou sur ordre, M. Roy souhaite nous donner une bonne impression de la giga sensualité de M. Grainville. Il choisit donc l’extrait suivant, concernant les sentiments des ados pour le tigre évadé, auxquels ils s’identifient (ben si! parce que eux non plus, tu vois, ils ne veulent pas se laisser domestiquer…):

Gênés, […] ils se demandaient même si dans l’enthousiasme aveugle qui les rangeaient dans le camp du tigre ils n’en acceptaient pas sourdement toutes les conséquences, sombrant dans un abîme de désir où ils espéraient de la bête libérée une apothéose effrayante.

L’enthousiasme est «aveugle» et l’acceptation «sourde»… Je suppose que c’est dans la réunion en une même phrase de ces calamités physiques — et stylistiques — que nous sommes invités à repérer l’hypra sensualité de l’auteur…

Ah! sombrer dans «l’abîme du désir» pour une «apothéose effrayante»… Qui n’en a pas rêvé?

En voilà de la littérature qu’elle vous en fout plein la vue. C’est un métier! y’a pas à dire…

Soyons sérieux, si cette pitoyable daube est de la littérature, sensuelle de surcroît, je me demande si je ne publie pas sans le savoir, depuis quelques décennies, des catalogues de vente par correspondance.

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Allez savoir pourquoi, cette pénible évocation du livre de M. Grainville m’a fait songer à une exposition proposée par le Musée de la poste sur une campagne de solidarité par le timbre avec les «chômeurs intellectuels» (sic), dans les années 1930-1940.

 

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