Pour un changement radical

Monsieur le Premier ministre,

Nous trouvons admirable votre détermination à vouloir faire passer, par tous les moyens, une loi qui casse un peu plus l’archaïque droit du travail et nous permettra enfin de virer, sans avoir à en justifier, les citrons que nous pressons fort au service de nos entreprises, quand nous estimerons qu’ils n’ont plus assez de jus ou qu’ils ne mettent pas assez d’enthousiasme à le cracher.

Cette réforme poursuit dans le bon sens emprunté par vos prédécesseurs (quelle que soit leur étiquette politique) pour adapter le marché du travail aux progrès du monde moderne et rétablir enfin le servage absolu que de fâcheuses luttes prolétariennes avaient, au cours des siècles passés, réussi à faire reculer.

Mais, disons le tout net, cette réforme est insuffisante. Car il reste un obstacle de taille, un frein considérable à la relance de l’emploi : l’obligation de verser un salaire ! Admettez que, si nous n’avions pas à payer nos serfs, il nous serait tout de même plus facile d’embaucher et d’en finir avec ce déplorable chômage paralysant tant de forces vives qui pourraient gagner notre pain (et notre brioche) à la sueur de leurs fronts.

Alors, puisque vous avez avec vous la majorité des élus et les CRS, n’hésitez pas à renforcer la position de notre classe, que vous servez si bien, par une décision historique : décrétez l’abolition du salaire.

Au point où vous en êtes, ça passe ou ça casse. N’hésitez donc pas à défendre à fond le parti que vous avez pris : prenez cette décision d’un modernisme conquérant qui assurera enfin une fois pour toute la liberté du travail et la liberté pour la classe qui vit de son exploitation de continuer à se goberger splendidement.

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Les patrons dynamiques

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Pcc Les éditions du bras d’honneur.
Tract distribué lors des manifestations « anti-CPE » du printemps 2006. Ravivé en mars 2016.