Une lecture : Jean-Marie Apostolides “Debord, le naufrageur”, par Gédicus

On lira ci-dessous le début de la chronique consacrée par l’ami Gédicus au dernier en date des livres consacrés à Guy Debord. Capture d’écran 2016-02-05 à 23.39.35

Guère passionné par les «Debordiana», j’ai lu avec intérêt le texte de Gédicus. Il semble que la mode lancée par le déplorable et non-regretté Michel Onfray, je veux dire la pseudo iconoclastie low cost, s’étende en son absence (provisoire, je le crains).

On consultera avec profit l’intégralité du texte de Gédicus sur son blogue.

Debord Séparation B

Scène d’un film de Debord sous-titré en anglais.

Ben, dis donc. L’était pas joli, joli le grand théoricien ! Mégalomane, égoïste, capricieux, mesquin, macho, méchant, violeur, etc. Un affreux Jojo. Et toi tu t’intéresses aux théories de ce mec là ? T’es pas bégueule ! Moi, un mec comme ça, je ne vais pas lire ses livres ! Et je me méfierai de tout ce qui y fait référence !

Si le livre d’Apostolides a une fonction, quelle que soit son ambition proclamée, c’est évidemment celle-ci. Après ces formes d’assassinats de Debord qu’ont été son éloge spectaculaire et sa muséification, vient cette autre attaque : la « découverte » de cheveux, et même de perruques pouilleuses, dans la soupe concoctée par Debord et les situationnistes.

Il y a quelques années, de sévères historiens ont voulu nous dissuader de l’envie de lire Karl Marx en nous révélant qu’il « sautait sa bonne » (sans imaginer, bien sûr, que ce cliché profondément bourgeois puisse être la caricature d’une relation peut être plus amoureuse). D’autres ont voulu provoquer le refus de lire Rimbaud parce que, sur la fin de sa vie, il avait été (mauvais) trafiquant d’armes. Certains ont trouvé que les écrits de Bakounine ne méritaient aucun intérêt parce que c’était un pique-assiette. Etc.

Aujourd’hui Apostolides s’emploie tapageusement à déboulonner la statue de Debord que celui-ci a consacré sa vie à sculpter et édifier.  On pourrait y voir une saine entreprise de démystification. D’autant plus qu’elle prétend appliquer à Debord les critères qu’il avait énoncés réclamant une cohérence entre les idées et les comportements.  Mais l’évident  parti pris de départ de ce travail : prouver à quel point l’adoré des pro-situs était peu digne de respect, invite à regarder ce livre avec beaucoup plus de circonspection. Car tout dans cette prétendue biographie démontre qu’Apostolides n’a qu’un but : le dénigrement systématique.

Loin de vouloir sereinement examiner l’objet de son « étude », dont il fait en réalité une cible, Apostolides part d’un a priori : Debord voulait être un chef absolu et c’est ce qui expliquerait tous ses comportements et ce qu’Apostolides analyse comme sa profonde roublardise. Tout le livre ne vise qu’à cela. Apostolides traque littéralement tout ce qui pourrait confirmer sa thèse.  Certes, celle-ci est fortement étayée de nombreuses anecdotes, bien que certaines ne se fondent que sur des suppositions,  mais ses conclusions étaient écrites dès le départ et orientent tout le propos. Tous les documents choisis ne le sont que pour être des preuves à charge.

Selon Apostolides, les engagements de Debord ne s’expliqueraient que par des calculs pour soutenir son goût du pouvoir et tous ceux qui ont été ses alliés, à commencer par les situationnistes, n’auraient été que gogos manipulés dans ce but. Ainsi, toute l’histoire d’un mouvement avec ses engagements, ses audaces, son talent, tout autant que ses débats, ses hésitations, ses faiblesses, se trouve occultée pour servir le mauvais roman d’Apostolides. […]