Des nouvelles de la République (la place…)

Hier, mercredi 30 décembre après leur expulsion de la place de la république et leur identification au commissariat de la rue de l’évangile, plusieurs dizaines de migrants avaient décidé de maintenir le rassemblement prévu le soir sur la place pour 17h30.

A 17h la place de la république était quadrillée par des groupes de policiers en civil et en uniforme qui passaient voir des groupes de gens qu’ils avaient identifié comme militant/es ou migrant/es pour leur dire qu’il était interdit de se rassembler. Plusieurs camionnettes stationnaient autour de la place et un car pour embarquer les gens trônait visible au pied de la statue tel une épée de Damoclès.

A 17h30 une cinquantaine de personnes, majoritairement des migrants, arrivent en groupe,  le rassemblement commence. Très vite la police fait une nasse. celles et ceux qui le peuvent s’arrangent pour ne pas être capturé/es dedans. On se rassemble à l’intérieur du cercle en criant des slogans et en disant au mégaphone pourquoi on est là mais aussi à l’extérieur. A l’intérieur on est une centaine et à l’extérieur il y a aussi sans doute une centaine de personnes, peut-être plus.

Et puis on peut se dire que la nasse était nassée !

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Pendant plus de 3 heures un joyeux rassemblement s’organise avec ronde dynamique et bruyante autour du dispositif policier et cotillons gais et sonores à l’intérieur. Nous on est dynamiques et motivés et qu’importe le bus épée de Damoclès. En face ils sont hargneux, quelques camarades se prendront d’ailleurs des coups mais rien par rapport à la violence morale que des milliers de migrants, de pauvres, de pas-dans-la-norme subissent tous les jours.

Nous, on sait pour quoi on est là. Pas parce que pour nous ce serait une victoire que des gens dorment place de la république mais parce que c’est l’endroit où pour le moment ils ont choisi de lutter pour revendiquer leurs droits : un toit, des papiers, un accès à des études pour celles et ceux qui le souhaitent.

En tout cas, vers 21 h le piège policier s’est desserré. Pas mal de bleus sont restés autour de la place et la surveillance est restée étroite pour que n’arrivent ni tentes ni bâches ni matelas mais quelques couvertures,  carton et un matelas on put s’acheminer jusque là.

Non ce n’est pas une victoire de dormir place de la république mais c’en est une que des centaines de personnes aient choisi de braver les interdits policiers et la peur de se faire arrêter pour que le choix des migrants qui sont en lutte pour leurs droits soit respecté.

Donc une petite victoire… en attendant une grosse victoire… à République ou ailleurs… on espère ailleurs mais en attendant tant que les migrants sont là vous pouvez passer et apporter boissons chaudes, couvertures, pulls, capes de pluie, parapluies, trucs à manger.

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Une camarade anonyme

 

Post-scriptum La signature des articles est indiquée au bas des textes (en principe précédée d’un carré rouge). Certains textes sont signés d’un pseudonyme. Le fait qu’un texte soit placé dans la rubrique «Chambre d’ami(e)s» indique déjà que je n’en suis pas l’auteur.

Ces «petites fatalités têtues qui se croient des providences»…

« EN GÉNÉRAL, QUAND UNE CATASTROPHE PRIVÉE OU PUBLIQUE S’EST ÉCROULÉE SUR NOUS, SI NOUS EXAMINONS, D’APRÈS LES DÉCOMBRES QUI EN GISENT À TERRE, DE QUELLE FAÇON ELLE S’EST ÉCHAFAUDÉE, NOUS TROUVONS PRESQUE TOUJOURS QU’ELLE A ÉTÉ AVEUGLÉMENT CONSTRUITE PAR UN HOMME MÉDIOCRE ET OBSTINÉ QUI AVAIT FOI EN LUI ET QUI S’ADMIRAIT.

IL Y A DE PAR LE MONDE BEAUCOUP DE CES PETITES FATALITÉS TÊTUES QUI SE CROIENT DES PROVIDENCES. »

Victor Hugo

Claude Gueux *

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Les vœux de l’un

 

Les vœux de l’autre (ils datent de l’année dernière; vous verrez, à posteriori, c’est encore meilleur!)

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* Merci à Gilles et Fred qui m’ont offert ce livre.

Impressions d’avant-veille de Noël, place de la République

Mes larmes de rage et d’impuissance.

La réalité est tellement loin de nos désirs, de nos possibilités

Ne venez pas me donner de leçons de rigueur ou de radicalité politique, ce sera ma main dans la gueule vous êtes prévenu.e.s

« Les rassemblements c’est nul », « les manifs ça ne sert à rien », pas loin d’être d’accord souvent mais parfois aussi impression d’excuses de merde pour ne rien faire

Le rapport de force est tellement ridicule pour pouvoir autre chose

Hier soir la quarantaine de migrants restés sur le pavé étaient presque 2 fois plus nombreux que les soutiens. Et le total du rassemblement donc inférieur à une centaine de personnes

La famille, la consommation, les fêtes programmées sur lesquelles  tant de gens crachent en paroles sont tout de même obligatoires n’est-ce pas ?

Les courses en retard, les derniers préparatifs, les voyages dans une parentèle éloignée où, dès le 26 décembre, vous regretterez pour la plupart d’être allée, vous empêchent de passer même quelques minutes à République

L’impression de devenir un peu dame patronnesse en allant marchander, chez Go Sport en face, des duvets et des couvertures de survie toujours insuffisants entre les ordures de flics qui les mettent à la benne et flots incessant de nouveaux arrivants.  Plutôt laisser les migrants dans la nuit, le froid, la pluie sans rien que la faim au ventre et partir lâchement en accord avec ces principes qui voudraient éviter la charité

Mais ce n’est pas fromage ou dessert la solidarité, c’est ce qu’on peut, comme on peut, quand on peut, où on peut : de la baston au café chaud, de la GAV à la pétition, de la présence au tribunal aux formulaires administratifs, des affiches aux tags et bien plus ou bien moins

Non je ne me trompe pas de colère je n’en ai pas juste contre les absent.e.s mais je voudrais tellement qu’on soit davantage en nombre, au moins

Et ma colère, comme celle de Claude ou de Denis — qu’il sait si bien dire — («Ces manèges de mort») reprendrait alors le pas sur mon chagrin d’aujourd’hui pour me battre encore et toujours contre ce monde insupportable, cette misère omni présente, cette lâcheté des gouvernants, ces mensonges, ces petits arrangements de la majorité des gens.

 

Amies, amis,

Partager avec vous ces mots de cette nuit écrits pour d’autres me rends cela un peu moins lourd

Je vous embrasse

Capture d’écran 2015-12-24 à 16.47.30 S. G.

Les promesses en l’air retombent, comme des crachats

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Ainsi donc on peut juger l’ordure d’État le politicien François Hollande aux promesses qu’il ne tient pas — c’est un point commun avec ses complices de tous bords — et aussi à celles qu’il tient après les avoir empruntées à d’autres et avoir laissé entendre qu’il les a abandonnées. Ce dernier point est plus original.

Ainsi donc les étrangers n’auront pas le droit de vote, même aux élections municipales: voilà une bonne vieille promesse électorale non-tenue. On peut même dire qu’elle se bonifie en vieillissant, puisque, déjà, Mitterrand l’avait faite et pas tenue.

Ainsi donc la déchéance de nationalité pour les binationaux «terroristes» sera étudiée dans la énième révision autoritaire du droit, prévue dans les jours qui viennent. C’est une promesse dont l’Élysée avait fait courir le bruit qu’elle était tombée aux oubliettes. Résultat: soulagement, fugace et contrarié, chez les malheureux crétins, députés «socialistes», qui cherchent encore des trucs pour se regarder dans la glace le matin sans gerber et éviter les fruits pourris à leurs gamins dans la cour de récréation: «C’est vrai papa, que tu fais la politique de Marine avec des voix de gauche?»

Il serait d’ailleurs exagéré, de parler à propos de nationalité, d’une complète nouveauté. Il existe déjà, depuis 2006, une sous-catégorie de personnes qui peuvent être expulsées sous prétexte de «terrorisme» alors que leur présence en France est régulière et justifiée du fait de leur vie de famille (mariage avec un[e] français[e]).

Ci-dessous, extrait de la page 86 de mon livre La Terrorisation démocratique, ici téléchargeable intégralement et gratuitement.

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Ainsi donc, promesse non-tenue ou au contraire opportunément ressortie de sous le tapis, M. Hollande vise toujours les étrangers (c’est l’une des cibles de la terrorisation).

Et ça n’est pas fini. Je vous parlerai bientôt ici-même de la prochaine loi de terrorisation des réfugié(e)s, qui passera devant le parlement en janvier, et vous comprendrez mieux pourquoi le Conseil constitutionnel a validé les assignations à résidence des militants anti-COP.

Retenons pour l’instant que le politicien l’ordure d’État Hollande et ses comparses font le choix, par l’abstention (de tenir leurs propres promesses) et positivement (en tenant les promesses des autres, et quels autres!) de gouverner à l’extrême droite: contre les réfugié(e)s, contre les jeunes, contre les musulmans (perquisitions et contrôles) et d’une manière générale contre les pauvres. Sans oublier tous les rebelles (on ne dit pas «frondeurs», c’est un terme réservé aux blaireaux), y compris quelques démocrates qui ont conservé un sens de la dignité hors de saison.

Bref, ces politiciens sont excessivement nuisibles. Et nous sommes plus nombreux/ses qu’eux.

Mon dieu, mais qu’est-ce qui m’arrive? Serai-je entré sans m’en rendre compte dans un processus de radicalisation…? (La faute à Internet, peut-être?)

Enfin, comme on dit: Noël au baston, à Paques vive l’explosion!

Tu veux de l’urgence… Eh ben en v’là!

Rassemblement mercredi 23 décembre à 18 h Place de la République

 

We are refugees and we are from diferent countries. Some of us are living more than one year in the streets, some of us 8 months. Some of us arrived more recently.

We are about 200 people still without houses, still without papers. We decided to stay in Republique until government give us houses. We have no place for living. We will continue to demonstrate until the government give houses, justice rights and papers.

Place de la Republique is cold, it is raining, the police prevent us to use tents or even tarpaulins.

We call on people to come to support us on wednesday 23 december at 18.00.

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Nous sommes réfugiés et nous venons de différents pays. Nous vivons à la rue depuis 8 mois pour certains, un an pour d’autres. Certains sont arrivés plus récemment.

Nous sommes 200 personnes toujours sans logements et sans papiers. Nous avons décidé de rester Place de la République jusqu’à ce que le gouvernement nous donne des logements car nous n’avons pas d’endroit où vivre. Nous continuerons à manifester jusqu’à ce que le gouvernement nous donne un logement, la justice, des droits et des papiers.

Il fait froid place de la République et il pleut mais la police nous empêche d’utiliser des tentes ou même des bâches.

Nous vous appelons à venir nous soutenir mercredi 23 décembre à 18 h.

De la «radicalisation» et de son dépistage médical

Il fut un temps, pas si lointain, où l’on disait, à propos du système de répression politique en vigueur en URSS : « L’opposition est une maladie mentale ». On enfermait en effet les dissidents dans des établissements dits « psychiatriques », où ils étaient non seulement détenus, mais abrutis de médicaments. Neutralisation et diffamation pseudo-scientifique.

 

Le Conseil national français de l’ordre des médecins vient de publier un mémo, non sur l’ « opposition », mais sur la « radicalisation ».

Lisez la définition qu’adopte et cite l’Ordre des médecins.

 

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Ceci est un test.

Mais, rassurez-vous, je me considère tenu au secret quant à ses résultats.

Si vous jugez cette définition étrangement élastique, voire légèrement délirante, je suis navré d’avoir à vous dire que vous connaissez mal la société dans laquelle vous vivez.

En effet, la phrase supposée empruntée à M. Fahad Khosrokhavar — dont je ne sais rien et dont je veux tout ignorer[1] — plagie presque mot à mot la définition actuellement en vigueur du « terrorisme », et dans la doctrine de l’Union européenne et dans la législation française.

Quelque lecteur ou lectrice soucieux/se de scrupule intellectuel (et de ne pas perdre le peu d’équilibre mental qui lui reste) objectera peut-être qu’il s’agit « évidemment » de détecter la « radicalisation islamiste » d’individu(e)s au bord du « passage à l’acte » mitraillant. Je les renvoie à la même définition franco-européenne du « terrorisme », lequel terme peut désormais désigner pénalement tout espèce d’acte militant visant à « contester l’ordre établi sur le plan politique social ou culturel ».

Mais, la « violence d’action », me direz-vous ! Voilà qui est bien clair et désigne à l’évidence la violence contre les personnes.

Il n’en est rien. Les lois « antiterroristes » en vigueur en France en 2015 (et pour longtemps) permettent de qualifier, de poursuivre et de juger en conséquence (c’est-à-dire avec le minimum de garanties légales), une occupation de bâtiment ou une opération de sabotage informatique, par exemple.

Il faut vous y faire, la violence n’est plus ce qu’elle était ! Le « terrorisme » et la « radicalisation » pas davantage.

 

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Quels sont les critères requis pour la prise en compte d’un “signalement” ? [questionne judicieusement le mémo ; il s’agit ici du signalement réclamé par ou conseillé à un proche d’une « personne en voie de radicalisation ou radicalisée ».]

[Réponse :]

Signes objectifs de radicalisation [Voir définition plus haut].

Implication potentielle ou avérée dans une filière djihadiste.

 

Le médecin qui reçoit des « confidences » d’un proche peut donc l’orienter vers le Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR), dont on nous précise — information de nature à lever toute réticence — que ses « écoutants » [sic] « sont des réservistes de la Police » (la « Police » avec son grand « P »…).

Lorsque le médecin constate la « radicalisation potentielle ou avérée » d’un(e) patient(e) mineur(e), il s’adressera, sans craindre de trahir le secret (puisque l’intérêt dudit mineur est en jeu), à un organisme dont je découvre l’existence et dont l’intitulé m’émerveille par sa fraîche et naïve bonhomie : la Cellule de recueil des informations préoccupantes [sic].

On comprend sans peine que les pouvoirs publics hésitent à faire à un tel organisme une publicité trop ostensible, tant nous sommes toutes et tous en situation quotidienne de recueillir une quantité quasi-illimitée d’informations extrêmement préoccupantes sur le monde tel qu’il va et le sort qui nous y est réservé… Le standard téléphonique et le site internet de la chose (en a-t-elle un ?) arriveraient rapidement à saturation, source de dépressions pour le personnel et d’incendie des circuits électriques.

La sécheresse des recommandations concernant le cas d’un(e) patient(e) majeur(e) « radicalisé ou, etc. » montre l’embarras de l’Ordre. Dans la situation où, malgré la loi et le code de déontologie médicale, le médecin se trouverait « face à un cas de conscience[2] », il est « invité » à se tourner vers le conseil régional de l’Ordre des médecins, lequel est lui-même invité — si « cas de conscience » récidivant — à consulter (si j’ose dire !) la « section Éthique et Déontologique du Conseil national ».

Laquelle « section » est invitée… Ah ! non… La section n’est pas invitée. Elle se débrouillera, la section.

Vous voilà désormais mieux informé(e)s, je m’en flatte.

Il me reste à vous souhaiter une bonne rad… continuation. Et surtout, hein, la santé !

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[1] Mais je pense qu’on a choisi son patronyme pour sa consonance arabo-persane (au moins pour les ignorants que nous sommes) : voilà un type qui doit savoir de quoi il parle !

[2] Riez ! C’est pourtant le genre de truc que personne n’aimerait rencontrer au coin d’un bois.

 

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Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Je profite de ce billet pour rappeler aux curieux et sous-informé(e)s divers qu’ils et elles trouveront toutes informations utiles sur les principes en vigueur de la législation dite « antiterroriste » dans mon livre La Terrorisation démocratique, désormais disponible gratuitement sur ce blogue, ainsi que sur celui des éditions Libertalia.

 

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Cet texte a été republié chez

Non fides