Réflexions sur l’émancipation des mineur(e)s et la “pédophilie”, suivi de «À quoi servent les “pédophiles”?» En bonus: ma «Fiche de police sexuelle»

Présentation

J’ai décidé de déplacer le texte « À quoi servent les “pédophiles” ? », qui devait servir, il y a près de vingt ans, d’introduction à un débat qui n’eut jamais lieu.

Sa lecture hors de tout contexte a favorisé (mais favorisé seulement) des réactions émotionnelles à forme finale d’injures misérables en 140 caractères. Il n’est donc plus lisible isolé sur une page, mais uniquement ici, après mes réflexions d’aujourd’hui.

Rien n’oblige évidemment la lectrice ou le lecteur à prendre connaissance des textes qui suivent dans l’ordre que j’ai choisi. Mais c’est possible, recommandé, et souhaitable.

La juxtaposition de fragments avec des textes plus anciens entraîne des répétitions, dont j’espère qu’elle ne gênera pas trop le lectorat de bonne foi (les autres ajouteront ça sur ma note).

Le mot adulte

Allégorie de la domination adulte.

Une personne (le plus souvent une femme, du fait de la répartition genrée des taches) rassied violemment un gamin dans une poussette dont il voulait descendre, ou dans laquelle il ne remontait pas assez vite… L’enfant hurle. La femme fait au moins quatre fois sa taille.

Si un géant de plus de 5 mètres rasseyait de force la même femme sur son siège de métro, ou sa chaise de bistrot, il s’agirait d’un fait-divers extraordinaire, on parlerait du monstre comme d’un petit cousin de King Kong. L’incident ferait l’ouverture du journal télévisé. On interrogerait la femme sur ses éventuelles blessures, son traumatisme, à quoi a-t-elle pensé, osera-t-elle remonter dans une rame de métro tant que le monstre sera en liberté, etc.

Parce qu’il s’agit d’un « enfant » et que la femme est censée détenir « l’autorité parentale » (ce que personne ne songe à vérifier), c’est un non-événement. Personne ne l’enregistre. Au « mieux », si la scène s’éternise, on espère que le gamin mettra un terme à ses nuisances sonores.

Supposons maintenant le même enfant dans sa poussette : un adulte a baissé sa culotte et lui titille le sexe, ou exhibe son propre sexe devant le visage de l’enfant. Combien de minutes faudra-t-il pour qu’un(e) passant(e) intervienne ? Suffira-t-il que l’individu excipe de sa qualité de père pour dissuader les témoins d’avertir la police ?

À ce point de la démonstration, un certain nombre de personnes (laissons de côté les malintentionné(e)s), peut-être parce qu’elles sont aveuglées par leurs propres souvenirs traumatiques d’enfants, soupçonnent l’auteur de vouloir faire le raisonnement suivant : puisque l’on tolère la première violence, pourquoi ne pas tolérer la seconde ? Ou autrement dit : les violences physiques et mentales considérées comme justifiées culturellement et partie intégrante de la relation supposée « naturelle » entre adultes et enfants seraient utilisées pour rendre licite le viol.

Or la démonstration doit s’entendre exactement à l’inverse.

Il ne s’agit nullement de justifier les agressions sexuelles contre les enfants, ou — selon une formule particulièrement niaiseuse de « justifier sous prétexte de débattre » — mais de démontrer que la plupart des adultes, contrairement à ce qu’ils affirment et souvent croient sincèrement, ne sont pas du tout hostiles par principe à la violence exercée par les adultes contre les enfants. La plupart de ces violences leur paraissent si « normales » qu’ils ne les voient même plus. Bien pire : ils leur attribuent une fonction pédagogique. Il ne s’agit pas simplement de violences, physiques et psychologiques, qui seraient excusables du fait de l’énervement bien légitime de parents surmenés, et que l’on ne saurait — sauf cas extrêmes à signaler aux services sociaux — contrôler ou réprimer sans s’immiscer dans le privé des familles et de la relation parents/enfants. Il s’agit de violences nécessaires, positives et formatrices.

On verra dans les premiers commentaires qu’a suscités le texte « À quoi servent les “pédophiles” ? », commentaires qui ont amené ma « déprogrammation », un sociologue « sidéré » considérer comme une perversion particulièrement sournoise le fait de rapprocher des maltraitances sexuelles et « l’apprentissage des rythmes élémentaires (faisant partie de la socialisation primaire de tout individu) ». Dans son esprit malade, et très peu professionnel, soit dit en passant, il ne pouvait s’agir que de légitimer les violences sexuelles. Un sociologue sidéré ne peut imaginer que l’on remettre en cause des violences qu’il juge, lui, indispensables à la « socialisation ».

Or ce que je disais aux adultes en général n’était pas du tout : « Vous avez bien le droit de violer les enfants puisque vous — ou d’autres — leur font subir d’autres violences, légitimées par la société ».

Je leur disais et je leur dis :

  1. Vous ne valez pas mieux que les « pédophiles » qui vous répugnent et que vous condamnez.
  2. Votre conception des rapports entre adultes et enfants est tellement imprégnée de violence que vous ne pouvez même plus comprendre sa dénonciation, autrement que comme une manœuvre.
  3. Plus grave. Votre bonne conscience, vos tabous, et la violence des rapports adultes/enfants que vous cautionnez, c’est ce qui permet aux « pédophiles » d’agir, et non des « discours », fussent-ils réellement « pro-pédo » d’une poignée de « pédophiles militants » (espèce à ma connaissance complètement éteinte depuis vingt ans).

En effet, il importe de rappeler que le violeur d’enfant est aussi rarement en planque à la sortie de l’école maternelle que le violeur de femme la guette durant son jogging matinal. Ça arrive de temps en temps, et l’on en parle d’autant plus volontiers que c’est paradoxalement rassurant. Parce que ce que disent les statistiques, c’est bien que l’enfant court le plus grand risque d’être violé dans sa famille d’abord, par ses parents, oncles, nouveau compagnon de la mère, puis dans les institutions chargées par la société de son éducation et de sa protection (école, pensionnat, institutions religieuses). Exactement comme les violeurs des femmes sont, dans leur écrasante majorité : le mari, le compagnon, l’ex-compagnon ou petit ami, le collègue de bureau.

En 2014 en France

A – Contexte général

La domination adulte, comme on parle de domination masculine.

Le rapprochement n’est pas exagéré ; il est au contraire justifié historiquement. Jusqu’au milieu des années 1960, en France, les femmes — quel que soit leur âge — sont considérées comme des mineures, autrement dit des équivalentes juridiques des enfants. Pour elles, la domination masculine se confond avec la domination adulte. Lorsque la loi du 13 juillet 1965 autorise une femme mariée à travailler sans l’autorisation de son mari et à ouvrir un compte en banque en son nom propre, les féministes et quelques alliés masculins se battent depuis environ un siècle.

Ce qui paraît aujourd’hui aller de soi est le résultat à la fois d’un long combat et d’un lent processus de modernisation du système capitaliste.

La domination adulte n’est ni fatale ni naturelle. Elle ne l’est pas davantage sur les « mineur(e)s » d’aujourd’hui que sur les mineures d’hier qu’étaient les femmes.

Toutes les responsabilités, toutes les capacités, toutes les possibilités qui sont aujourd’hui refusées aux « enfants » pour des raisons pseudo-biologiques (ils ne sont pas encore ceci ; ça les rendrait beaucoup trop cela) leur ont été reconnues — en fait sinon en droit — à telle époque, sous telle latitude.

à 16 ans Lapérouse

Ah ah ! diront les imbéciles, vous voulez donc revenir au travail dans les mines ? Rappelons que l’abolition du salariat, c’est-à-dire du travail exploité figure dans le programme communiste depuis toujours. Sans parler des propositions « réformistes radicales » de dissocier le droit de vivre du salariat, à l’intérieur même du capitalisme. L’impayable Jacques Attali avait suggéré de verser un « salaire » aux enfants à partir de 10 ans, jusqu’à leur majorité, « dont ils auront le libre usage sans en rendre compte à leurs parents[1] ». C’est bien sûr à l’insertion des jeunes en tant que consommateurs que s’intéressait Attali ; ce qui ne change rien du point de vue qui nous occupe ici.

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Une parution à signaler

Depuis le début des années 1980, cette question (des droit des mineur(e)s) a été largement délaissée, et par les scientifiques et surtout par les militant(e)s. À la rentrée 2015 paraît un livre d’Yves Bonnardel, La Domination adulte[2] (Éditions Myriadis, 360 p., 18 €)

Ce n’est n’est sans doute pas un hasard si c’est un militant antispéciste qui s’attèle à la tache. Les antispécistes — avec lesquel(le)s j’ai de sérieuses divergences, évoquées dans Je chante le corps critique (H&O, 2008) — ont beaucoup contribué, depuis une vingtaine d’années, à mettre en avant les droits des animaux, autre catégorie d’êtres vivants sensibles et dominés. Le sort de ces derniers est l’objet d’une attention bien plus vive (livres, émissions de radio, etc.) que celui des mineur(e)s.

B – Contexte historique récent.

Je reprends ici un extrait du texte « L’histoire, le sexe et la révolution » (2001), lisible sur ce blogue même (mais je sais la paresse surfeuse des internautes).

La « pédophilie » est une notion d’autant plus efficace qu’elle n’est jamais définie ; on y associe pêle-mêle histoires d’amour, meurtres crapuleux, réseaux de prostitution, détournements de mineur(e)s et sévices sexuels sur de jeunes enfants. Le mensonge ridicule selon lequel « cela » serait né de Mai [1968] vise à contrecarrer dans le public le fâcheux effet des révélations, toujours plus nombreuses, sur le silence complice d’institutions chargées de la socialisation des enfants (l’Éducation nationale et l’Église) sur les violences sexuelles pratiquées sous leur couvert.

Le principal lieu institutionnel de socialisation demeure évidemment la famille. Ce sont les parents, biologiques ou non, qui transmettent spontanément les valeurs sociales dominantes, constitutives dudit « lien social » dans un système capitaliste patriarcal : honte de soi, dévalorisation des filles, soumission. Un certain nombre de parents utilisent pour mener à bien cette tâche des méthodes illicites, voire criminelles, au gré de leur pathologie caractérielle et de leurs intérêts pulsionnels : inceste, viol, mauvais traitements physiques et psychiques. Certains ne font que reproduire avec les enfants dont ils ont la charge l’« initiation » subie dans leur propre enfance, qu’ils ont intégrée comme norme sociale[3].

Les statistiques qui établissent le caractère essentiellement domestique des violences — sexuelles ou non — infligées aux enfants sont bien connues[4]. Elles ont précisément commencé de l’être au milieu des années 70. Ça n’est donc pas (ou plus) la réalité de la violence familiale ordinaire qui est niée, c’est son utilité, la part invisible de la socialisation.

À rebours des niaiseries inventoriales, il apparaît que ce sont les mouvements militants en faveur des droits des enfants[5], et les luttes de groupe de mineurs eux-mêmes, très vivaces jusqu’à la fin des années 70, qui ont brisé le silence sur le quotidien de l’institution familiale, et permis que deviennent audibles les plaintes des enfants, ou plus souvent des anciens enfants martyrs (on parle ici des survivants). On peut parier que ce « progrès » sera compensé par une nouvelle mode psychiatrique attribuant à des « abus sexuels » toutes les souffrances psychiques et tous les troubles de la jouissance érotique. Éclairés par des experts autoproclamés, les magistrats reconnaîtront à toute personne se proclamant telle le statut de victime, entraînant mécaniquement la condamnation des mis en cause ; certains d’entre eux seront coupables, d’autres innocents[6].

C – Sur le texte « À quoi servent les “pédophiles” ? »

(Il date de 1998 — et non 1988, comme je l’ai indiqué par erreur lors du transfert de contenu de l’ancien site vers l’actuel blogue).

Le débat sur « le retour de l’ordre moral » que ces notes « désordonnées », comme l’annonçait le sous-titre de ma contribution[7], devaient introduire n’a jamais eu lieu, ses organisateurs, les animateurs d’une librairie libertaire lyonnaise (La Gryffe), ayant jugé, sur les conseils d’un sociologue et même d’un « coordonnateur d’Hommes Proféministes[8] » [sic] plus prudent d’annuler l’invitation qu’il m’avaient faite.

Une fois préservée la bonne tenue des cérémonies d’anniversaire de leur établissement, ces anarchistes publièrent l’ensemble des textes et correspondance (que j’avais moi-même rendu public immédiatement), pour — écrivaient-ils sans rire — « éviter toute censure » (La Griffe, n° 10, mai 1998).

J’insiste sur le fait que l’annulation du débat a donné à ces notes un faux statut de « manifeste » théorique auquel elles ne prétendaient pas. Il s’agissait, dans un format très court, de poser des questions (d’où l’abondance de points d’interrogations, comme autant de jalons sur des points à éclaircir) et de provoquer au débat sur l’ordre moral, c’est à dire sur les attitudes sociales vis à vis des mœurs (ici : érotisme, enfance, et rapports sociaux de sexe). J’avais choisi de prendre comme « analyseur[9] » de ces mœurs la figure du « pédophile » et la réprobation récente, violente et ostentatoire qui le frappe. Précisons qu’ « analyseur » désigne bien un outil d’analyse et n’est en aucune façon un synonyme de « modèle » ou de « héros positif »…

La première chose qui mérite d’être soulignée est l’obscénité du terme « pédophilie » lui-même. Choisi pour désigner le fait de traiter les enfants comme des objets sexuels, il signifie étymologiquement : « amour des enfants ». Quelles peuvent être les conceptions de l’amour (de l’érotisme) et des « enfants » qui dominent dans une société qui endosse pareille confusion sémantique ? Sans vouloir minimiser les mauvais traitements qu’il désigne le plus souvent, c’est assez pour mettre des guillemets à un terme, par ailleurs défini ni juridiquement ni scientifiquement.

Dans ce contexte, que signifie la phrase qui étonne, « sidère[10] » et/ou heurte le plus souvent lectrices et lecteurs (en gras dans l’alinéa reproduit ci-dessous). Je précise que je ne m’y attarde que pour répondre aux sollicitations qui m’ont été adressées ; je ne pense pas pour ma part qu’elle puisse ou mérite d’être distinguée de l’ensemble du texte.

Difficile d’imaginer dans le discours dénonciateur de la « pédophilie », et le plus souvent (?) chez le « pédophile » lui-même, un rapport érotique autre que copié sur le modèle machiste-reproducteur : la pénétration (vaginale ou anale). Autrement dit, difficile d’imaginer un érotisme adapté au partenaire (en l’espèce, par hypothèse, un enfant impubère), quel que soit son âge, ses goûts, son histoire et son développement sexuel. Pourquoi un[e] amant[e] capable de tendresse et d’attention envers un[e] partenaire de trente ans, ne saurait-il/elle pas en faire montre avec un[e] partenaire de dix ans ?

L’hypothèse, imposée (dans tous les sens du terme : dans le réel et dans le débat) par le « pédophile » d’un rapport érotique avec un(e) mineur(e) impubère peut être utilisée comme analyseur de la sexualité dominante. Dominante signifiant ici : « adulte », génitale, hétéronormée, pénétrative. Ce modèle a déjà été remis en cause, notamment par les féministes (importance du clitoris, critique des normes hétérosexuelles).

Autrement dit, la formule est faite (aussi) pour être inversée : « L’attention nécessaire à une relation érotique « non-violente » — l’autre n’est pas objet du désir, mais acteur d’une expérience émotionnelle — avec “un(e) partenaire de dix ans” devrait être accordée à tout(e) partenaire, quel que soit son âge. »

Le rapport « pédophilique » peut servir — dans le débat théorique — à remettre en question le rapport sexuel adulte dominant.

Trois questions peuvent être posées ici :

1°. Le rapport « pédophilique » réel n’est-il pas plutôt, le plus souvent, une caricature du rapport sexuel adulte dominant ?

Le plus souvent, je l’ignore. Très souvent, c’est certain. C’est d’ailleurs ce que rappelle la première phrase de l’alinéa ci-dessus reproduit. Cela dit, il existe des gens qui ne se considèrent pas comme « victimes » de rapports érotiques pédophiles, mais on peut comprendre que les adultes concernés, qui se confient volontiers dans une relation de confiance (j’en ai rencontrées ; j’ai lu des témoignages), ne tiennent pas à passer pour des malades à psychiatriser ou des pousse-au-viol. Quand il s’agit de pré-adolescents capables de s’exprimer, lors d’un procès par exemple, leur parole est discréditée et mise sur le compte d’une variante du syndrome de Stockholm des otages. On peut penser que certaines de ces personnes adultes et de ces pré-adolescents trouveraient un bénéfice à pouvoir parler de leurs relations, dans le passé récent ou lointain, comme n’importe qui peut parler à un(e) ami(e) d’une relation érotique ou amoureuse passée. En disant le bon et le mauvais, l’apport et les traumatismes. Malheureusement, leur parole est impossible à faire entendre.

2°. L’incongruité (aux yeux de beaucoup ; j’ai l’habitude) de la démarche de l’auteur de ces lignes ne risque-t-elle pas d’amener à s’interroger d’abord sur ses motivations (réelles, cachés) puis à les fantasmer ? Autrement dit : ne chercherais-je pas à justifier un goût « pervers » pour les petits garçons ou/et les petites filles ?

Il n’en est rien (voir ci-après ma « Fiche de police sexuelle »), mais je n’ai pas les moyens de le « prouver ». On ne peut pas prouver que quelque chose n’existe pas, c’est un vieux problème des athées. Aussi, je ne m’en soucie pas.

3°. De telles réflexions ne pourraient-elles pas être utilisées comme « justification » par des « pédophiles » ?

On peut répondre oui, sans doute, dans un dîner en ville, ou une conversation de comptoir. Oui, dans la même mesure où une réflexion sur la liberté amoureuse des femmes est utilisée par les dragueurs pour essayer de déstabiliser et de culpabiliser les filles qu’ils draguent. Les femmes peuvent s’en plaindre à juste raison, mais ça ne remet pas en cause la nécessité et la légitimité de leur émancipation.

On peut répondre non, tout aussi bien. La « pédophilie » pratiquée n’est indexée ni sur les débats télévisés ni sur les sondages d’opinion. Elle n’augmente pas à proportion de tel ou tel argument ou de sa popularité. C’est une vision idéaliste et moralisatrice. Dans le réel, comme rappelé plus haut, les sévices sexuels sur les mineur(e)s ont lieu dans le silence étouffant des institutions, à commencer par la famille.

Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 Une ligne de conduite pseudo-protectrice : « Les enfants : laissons-les se débrouiller entre eux ! »

Souvent entendue comme corrélat du souhait que les adultes « foutent la paix aux enfants », cette proposition est hypocrite et dangereuse.

Hypocrite : Dans la réalité, les adultes qui l’énoncent n’ont jamais envisagé — pas une seconde ! — de réellement laisser les enfants faire ce qu’ils veulent en matière de jeux érotiques. Ils n’ont même jamais songé à ce que la mise en pratique de cette proposition supposerait de leur part, et ils n’y songeront pas, puisqu’il s’agit uniquement d’une espèce de joker. Lequel joker emprunte beaucoup au mythe de l’ « innocence » (« le vert paradis des amours enfantines » de Baudelaire[11]), et invente pour l’occasion un respect des adultes pour la vie privée des enfants, qui n’existe qu’au gré de leurs humeurs et de leurs intérêts de parents.

Dangereuse : Si l’on laisse les enfants « se débrouiller entre eux », ils reproduisent ce qu’ils peuvent observer de pire dans le monde adulte, en l’espèce : la domination masculine. En mai 2015, une mère d’élève du collège Montaigne (Paris XVIe), alertait la direction sur la « situation d’insécurité physique et psychologique dans laquelle se trouvent les filles de la classe [de sa propre fille] en raison d’attouchements (seins, fesses et vulve) et de propos obscènes de la part de certains garçons ». Cinq garçons de 10 et 11 ans sont passés en conseil de discipline, accusés de comportements de ce type[12]. Voilà des « partenaires de 10 ans », bien assez grands et « mûrs » pour imposer des relations sexuelles à des filles qui s’en seraient bien passées !

Situation actuelle, et probablement renforcée par la diffusion de la pornographie via Internet (attestée dans le même établissement pour les mêmes élèves), mais qui ne date pas d’hier, comme on s’en convaincra en rappelant ses propres souvenirs lorsqu’on est assez jeune pour avoir connu l’école mixte (le lycée, pour ce qui me concerne). On pourra également se reporter aux témoignages féminins cités par Clémence Bodoc sur le site madmoiZelle.com (17 mai 2015) : « La culture du viol se porte bien dans nos écoles »

D – La perspective utopique, et ses effets immédiats

Je ne me place pas (voir question n° 2 ci-dessus) du point de vue d’une « minorité sexuelle » mal considérée, que constitueraient les « pédophiles », et que quelques crétins ont été jusqu’à comparer aux juifs pendant l’Occupation[13].

Je me place du point de vue du projet révolutionnaire, communiste et libertaire, c’est-à-dire de la libération des êtres humains, de tous âges et de tout genre.

Or je ne vois aucune raison d’exclure les « enfants » de l’humanité, comme on en a exclu les femmes trop longtemps (sans parler des régions du monde où c’est toujours le cas).

Il importe de reprendre, du point de vue de l’utopie, la question de l’acceptation des enfants dans la société là où l’a laissée Charles Fourier. La question de leur droit à l’amour et au plaisir est la seule devant laquelle il a reculé.

La société libertaire, à la construction de laquelle j’espère contribuer s’efforcera d’offrir à tous ses membres les mêmes droits au bonheur et au plaisir.

La notion actuelle de « mineur(e) » y est inconcevable. Non seulement il n’existe aucune catégorie privée de droits, mais les plus faibles ont davantage de droits que les autres. Le surcroit de disponibilité que cela exige des parents peut être compensé par le fait que tout adulte, toute « grande personne », est tenue de répondre aux réquisitions d’un enfant (comme d’une personne âgée ou handicapée).

Il s’agit bien d’une utopie programmatique et heuristique, qui dessine les contours de mœurs différentes, et dont les applications pratiques ne sauraient être repoussées dans un avenir lointain.

le mot enfant

On peut imaginer une citoyenneté, officialisée à la demande de l’enfant (donc non-automatique), à partir de l’âge de 7 ans, par exemple. Cette citoyenneté ouvre tous les droits à décider de son sort (domicile, habitat avec l’un ou l’autre parent, voyages, études), et à participer aux décisions locales (immeuble, école, quartier) ou globales[14].

Dans mon esprit, comme dans les termes mêmes, la notion d’« enfant [fait] citoyen » s’oppose à celle d’« enfant roi ». Il ne s’agit ni de « gâter » ni de « tout passer » aux enfants, mais de les accueillir mieux, plus vite et plus pleinement dans la vie sociale, tout en tenant compte de besoins spécifiques.

Ce dernier point me semble d’ailleurs sujet à controverse, tant les supposés « adultes » se montrent eux-mêmes démunis dans la réalité. Cependant, le plus simple est d’imaginer des dispositifs qui paraîtront aussi proches que possible de l’idéal pour les jeunes citoyen(ne)s… et d’en étendre le bénéfice à toutes et tous, sans distinction d’âge. Le bouleversement du statut des citoyens jeunes profitera ainsi mécaniquement à toute la société

Un individu de l’un ou l’autre genre, âgé de 10 ans[15] —  peut donc accepter ou solliciter une relation érotique, entre autres, auprès de n’importe qui, sans se voir opposer ou imposer un mode de rapport particulier. Le choix consistant à pouvoir dire non quand on peut dire oui (et inversement), le même individu peut évidemment la refuser quand elle lui est proposée, et recourir à tout autre citoyen ou institution pour garantir ce droit au refus. Pour donner une image, il s’agit de l’inverse de la situation qui prévaut dans certains pays musulmans où un homme peut violer une très jeune fille, puis « légaliser » cette agression — et le libre-accès masculin au sexe des femmes — en épousant la victime.

Connu de tous, ce statut de citoyenneté, plus précoce qu’aujourd’hui, ferait éclater la chape de silence, de pseudo-mystère et de mensonges, qui font le lit de la maltraitance sexuelle massive dont sont victimes les actuel(le)s mineur(e)s.

D’anciens « enfants », âgés de 7 à 18 ans, aujourd’hui citoyens, conservent — tout comme les enfants âgés de moins de 7 ans — des droits particuliers à la protection et à l’entraide commune. Ils peuvent utiliser un réseau d’« auberges de la jeunesse », où ils trouvent hébergement, conseils juridiques, consultations médicales (notamment en gynécologie).

Les citoyens et citoyennes recourent à ces services jusqu’à l’âge de 18 ans, en tant qu’usagers. Les enfants de moins de 7 ans ont également le droit d’y recourir et de se placer sous la protection du personnel, sans qu’aucun adulte, quel que soit le lien de parenté, puisse le leur interdire ou les en enlever.

Dans ces conditions nouvelles, il est plausible d’imaginer que quelques centaines de « pédophiles » essayeront de vivre, au vu et au su de toutes et tous, leurs passion, aujourd’hui jugée perverse. Cependant, il y a fort à parier que d’anciens « enfants », promus à la citoyenneté, assurés de la bienveillance collective à l’égard de leur liberté, sachant où et à qui s’adresser en cas de besoin, leur donneront du fil à retordre. Au moins autant que les femmes en donnent aux hommes hétérosexuels, dirais-je.

Par contre, des dizaines de milliers de violeurs, de parents maltraitants et de prédateurs seront désarmés. Leurs agissements livrés à la publicité, et leurs victimes soutenues.

Je ne suis pas assez naïf pour ignorer que cette perspective paraîtra à beaucoup « utopique » au sens vulgaire, c’est à dire impossible. Voire peu souhaitable.

Or je la juge infiniment plus souhaitable que le statu quo.

C’est aujourd’hui que l’absence d’un réseaux de lieux d’accueil fait de notre système le pourvoyeur des pédophiles en centaines de fugueurs et de fugueuses, chaque année. Je ne parle même pas de celles et ceux qui disparaissent sans qu’on retrouve jamais leur trace.

Cette constatation ouvre la voie à des solutions réformistes immédiatement possibles à mettre en œuvre ! Nul besoin d’attendre une révolution sociale ou même un bouleversement progressif du statut de mineur(e). Il est possible aujourd’hui de prendre comme priorité les possibilités d’hébergement pour les mineur(e)s en fugue. Rappelons que celle-ci n’est en aucune façon un délit au regard de la loi. Et qu’elle doit être encouragée en cas de risque grave d’atteinte à l’intégrité physique ou mentale (dont le viol et toute atteinte sexuelle fait évidemment partie).

Comme souvent, l’utopie programmatique fournit aussi des matériaux à d’éventuels réformateurs… qui malheureusement n’existent pas !

Les politiciens et les fabricants de morale préfèrent — comme ça a toujours été le cas, voyez la question de l’avortement — s’accrocher à une vision idéaliste du monde et laisser crever les êtres de chair et de sang qui sont leurs contemporains. On a longtemps préféré voir mourir les femmes d’avortements clandestins pratiqués sans asepsie plutôt que de leur offrir des conditions (d’ailleurs encore imparfaites et octroyées à contrecœur) qui heurtaient les convictions morales religieuses, patriarcales et misogynes.

Dans ce combat, tout comme à propos de l’émancipation des mineur(e)s, ce ne sont pas les révolutionnaires et les utopistes, mais bel et bien les moralistes et les pseudo-réformistes qui « forcent les autres à se conformer à leur vision du monde idéaliste ».

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Sentiments inaproppriés

Un nouveau concept médico-légal: les «sentiments inappropriés».

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À QUOI SERVENT LES « PÉDOPHILES » ? (1998)

Notes désordonnées en prélude à un débat

Le débat sur « le retour de l’ordre moral » que ces notes[16] devaient introduire n’a jamais eu lieu, ses organisateurs, les animateurs d’une librairie libertaire lyonnaise (La Gryffe), ayant jugé, sur les conseils d’un sociologue et même d’un « coordonateur d’Hommes Proféministes » [sic] plus prudent d’annuler l’invitation qu’il m’avaient faite. Une fois préservée la bonne tenue des cérémonies d’anniversaire de leur établissement, ces anarchistes publièrent l’ensemble des textes et correspondance (que j’avais moi-même rendu public immédiatement), pour — écrivaient-ils sans rire — « éviter toute censure » (La Griffe, n° 10, mai 1998).

S’agissant d’ordre moral, j’indiquerai rapidement quelques-unes des pistes de réflexion et des interrogations que j’utilise dans l’élaboration d’un livre à paraître sur le rôle dévolu, dans les médias et l’imaginaire collectif, à la figure du « pédophile », et aux enseignements que nous pouvons en tirer quant à la manière dont le corps et l’érotisme sont vécus et socialisés.

Comment se fait-il que les rapports érotiques avec des « enfants[17] », comportement que l’ont dit (découvre ?) extrêmement répandu, pour ne pas dire commun, et qui semble susciter (soudain ?) une réprobation unanime, ait pu perdurer dans l’ignorance (?), l’indifférence (?) ou la complicité (?) générales ?

S’il s’agit de rapports sans violence physique particulière, mais plutôt d’attouchements par exemple, on entend dire couramment qu’il faut « foutre la paix aux enfants ». Plus que la représentation, évidemment fantasmatique, de l’enfance comme moment de pureté, me frappe ici l’image très négative, violente, voire criminelle de la dite « sexualité ».

Autrement dit : la « sexualité », ces gestes honteux, ce crime, cette faute (?) que tout le monde commet (subit ?), les enfants la découvriront « bien assez tôt ». On remarque que la « sexualité » a un statut unique du point de vue de la mentalité éducative. En effet, on dira d’autres formes de contrainte (se lever tôt, aller à l’école cinq jours sur sept, obéir au maître, se taire, etc.), y compris de contrainte physique très violente exercée sur des nourrissons (supporter la faim, ne manger qu’à des heures fixées par d’autres, « se régler »), qu’elles doivent être imposées et intégrées le plus tôt possible. Il existe bien des violences, des souffrances, identifiées comme telles, et jugées formatrices[18].

On avance souvent l’idée que l’enfant, n’ayant ni information ni représentation de la « sexualité », ne peut être que traumatisé par sa découverte. Paradoxalement, on déplore aussi, que, du fait même de son ignorance, l’enfant n’ait pu, sauf violence particulière, réaliser le caractère immoral (?), délictueux, traumatisant (?), des gestes échangés ou subis.

Le rapport « pédophilique » serait donc, pour l’enfant concerné, une initiation jugée prématurée (?), mal faite (?), brisant un tabou, un lien social (?). Mais dans cette hypothèse, quel peut être ce « lien », ce « secret » partagé (?) par les adultes, et dont les enfants doivent être écartés ? (Jusqu’à quel âge au fait ?)

Les campagnes de prévention cherchent à donner à l’enfant une image du « pédophile » ; elles donnent en creux une image de la « sexualité » comme gratification que les enfants peuvent légitimement refuser à l’adulte.

Dès lors, comment se fait-il qu’un garçon ou une fille de moins de quinze ans, auque[le] la loi ne reconnaît pas le droit de refuser quoi que ce soit d’autre de ce que les adultes entendent lui imposer, soit supposé[e] ne pouvoir accepter ou désirer le plaisir charnel ?

Difficile d’imaginer dans le discours dénonciateur de la « pédophilie », et le plus souvent (?) chez le « pédophile » lui-même, un rapport érotique autre que copié sur le modèle machiste-reproducteur : la pénétration (vaginale ou anale). Autrement dit, difficile d’imaginer un érotisme adapté au partenaire (en l’espèce, par hypothèse, un enfant impubère), quel que soit son âge, ses goûts, son histoire et son développement sexuel. Pourquoi un[e] amant[e] capable de tendresse et d’attention envers un[e] partenaire de trente ans, ne saurait-il/elle pas en faire montre avec un[e] partenaire de dix ans ?

Il n’est pas étonnant qu’en matière de « comportements sexuels », le pire soit réservé aux enfants, puisque l’ensemble des agissements adultes leur assigne le dernier rang dans la hiérarchie sociale, du point de vue du droit à la dignité, et le premier quant à la production de honte[19]. Les parents ont honte de leurs enfants.

Les adultes ont honte d’eux-mêmes et de ce qu’ils s’infligent dans les rapports de sexe (hommes, le plus souvent) ou y subissent (femmes, le plus souvent).

La violence, la contrainte, le viol, ne semblent pas considérés seulement, et normalement oserais-je dire, comme des caricatures de la « sexualité » (on ne dit pas « érotisme », qui suppose, culture hédoniste, jeu, etc.), mais comme une représentation fidèle de celle-ci, révélée trop tôt (?) aux enfants.

La prise de conscience (relative, confuse, et porteuse de régressions moralistes et théoriques) des violences (entre autres sexuelles) faites aux enfants, peut-elle ouvrir pour eux de nouveaux droits ?

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[BONUS]

Ma « Fiche de police sexuelle »

Nota. Si le sujet ne vous intéresse pas, il vous suffit de ne pas lire cette fiche.

« Hétérosexuel » à 90% (je ne veux pas décourager les bonnes volontés), j’ai pratiqué des jeux érotiques avec des garçons de mon âge avant et au moment de la puberté.

J’ai fait l’amour pour la première fois (très mal d’ailleurs), à l’âge de 17 ans, avec une fille de 16 ans. Sylvie a survécu et ne m’en a pas tenu rigueur. Nous sommes toujours amis aujourd’hui, ce dont je suis heureux et fier.

Dans les dix années suivantes, j’ai été « détourné » par des femmes (on était majeur à 21 ans, à l’époque), et « détourneur » de jeunes filles. La plus jeune avec laquelle j’ai fait l’amour avait 13 ans, quand j’en avais moins de 25.

Vers 25 ans, je me suis fait vasectomiser. Tradition anarchiste depuis les années 1930. Forte motivation nécessaire pour surmonter ma peur des piqures et actes chirurgicaux.

J’ai publié en 1994 un (petit) livre sur mes rapports avec le genre féminin : 42 bonnes raisons pour les femmes de m’éviter (La Digitale). Le texte est intégralement disponible sur ce blogue. Je vous y renvoie.

Ce qui a beaucoup frappé les esprits, au moins dans les milieux libertaires, c’est le fait d’annoncer avoir fait l’amour avec « un peu moins de 70 personnes de sexe féminin » [67, si mes souvenirs sont bons]. Je ne crois pas que ce soit le chiffre lui-même qui a impressionné lectrices, lecteurs et ami(e)s, mais bien le geste de compter et de « déclarer » le résultat.

J’y ai gagné une réputation — à mon sens immérité ou au moins largement surfaite — de séducteur invétéré, en permanence couvert de maîtresses.

Or, depuis février 1994, date de la fin de rédaction des 42 bonnes raisons, j’ai fait l’amour avec 10 nouvelles amantes. Au total, donc : 77.

Soit une moyenne de 2 amoureuses par an (2,1 précisément). Nous voilà bien loin du collectionneur compulsif ! Et je sais quelques dames qui me considèrent comme un « homme à femmes » et qui, pendant la même période, ont eu 4 ou 5 fois plus d’amants (au moins !) que moi d’amantes.

La différence entre nous est que je considère n’avoir rien à cacher, tandis qu’elles préfèrent rester discrètes sur ce qu’elles considèrent comme les aléas comptables de la recherche du « prince charmant »…

Je n’ai pas de « type de femmes ». Je tombe amoureux de personnes, je désire des individues. La couleur des cheveux ou des yeux, la taille des seins, jouent leur rôle dans la séduction, mais des seins menus ou des seins lourds peuvent agir pareillement dans l’alchimie du désir.

Je ne suis pas, comme l’on dit (ou disait ?), « dans la reproduction ». Et pas non plus quant au détail des rapports érotiques. Je peux connaître une relation passionnée avec une amante pendant plusieurs années sans qu’elle sache tel de mes goûts érotiques. L’occasion ne s’est pas présentée, nous avons pris d’autres habitudes… Cela m’est égal et ne me frustre nullement. Je pense que ce « détail » est important pour comprendre ce que je dis plus haut sur les rapports érotiques différents avec des personnes différentes, notamment en fonction de leur âge (de leur expérience, etc.).

À la date où j’écris ces lignes [20 août 2015], je n’ai pas fait l’amour depuis plus d’un an. C’est peut-être une bonne occasion pour ajouter que je n’ai jamais, pour satisfaire de pseudo-« besoins sexuels » que je considère comme un «mythe au masculin», eu recours à des personnes prostituées.

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[1] Le Monde, 17 janvier 1980, cité dans Guillon & Le Bonniec, Ni vieux ni maîtres, éd. de poche, 1983, p. 65.

[2] Je précise que, au moment où je rédige ces lignes, je n’ai pas pris connaissance du texte de Bonnardel.

[3] Il est intéressant, de ce point de vue, de noter la concomitance des campagnes officielles menées contre la « pédophilie » et contre le bizutage, forme d’initiation violente à la hiérarchie (être soumis par les aînés pour gagner le droit de soumettre à son tour les plus faibles).

[4] Cf. Les comportements sexuels des jeunes de 15 à 18 ans, Enquête de l’Agence nationale de recherche sur le SIDA, ACSJ, avril 1995 ; La Pédophilie, Études et recherches, Institut des hautes études de la sécurité intérieure (IHESI), 1997 ; Dommages de guerre, chap. IV « Guerre aux femmes ! », C. Guillon, L’Insomniaque, 2000. On peut rapprocher ces données de celles concernant la violence contre les femmes ; cf. le rapport sur « les femmes victimes de violences conjugales » du Pr R. Henrion (Libération, 28 février 2001).

[5] Cf. entre autres Ni vieux ni maîtres, Alain Moreau éd., 1982 ; Les Enfants d’abord, Christiane Rochefort, Grasset, 1976.

[6] Symboliquement, on peut considérer comme premier acte de cette « jurisprudence » la condamnation à 10 ans de prison d’Antoine Soriano par la Cour d’Assises de Paris (18 mars 1998). Soriano était accusé de viol par le fils de son ex-compagne dix ans après les faits supposés. L’avocat général a paisiblement reconnu que rien ne permettait de qualifier l’accusé de « pédophile » et qu’aucune preuve n’existait à son encontre. Cf. Chimères, n° 35, hiver 1998, Qui veut noyer son chien (recueil de textes en faveur d’A. Soriano) éditions Ringolevio-L’Insomniaque, 1999.

[7] Désordonnées, et surtout — ce qui n’ôte rien à leur pertinence — rapidement élaborées et d’une concision exigée par les organisateurs.

[8] Le dit « proféministe », M. Daniel Welzer-Lang, s’est vu accuser de harcèlement par des étudiantes ; il a perdu le procès qu’il intentait à des associations féministes à ce sujet.

[9] Le concept est emprunté à, ou plus précisément inspiré du sociologue René Lourau (1933-2000).

[10] Terme utilisé par nos excellents amis de la revue CQFD.

[11] « Plein de plaisirs furtifs », tout de même !

[12] Le Parisien (en ligne) 13 mai 2015.

[13] C’est le cas de trois contributeurs au numéro spécial de L’Infini, « La question pédophile », n° 59, automne 1977.

[14] On préfèrera qualifier, à titre d’encouragement, et pour manifester son appartenance à la cité, de « jeune citoyen » ou « jeune citoyenne » celui et celle qui n’aura pas atteint l’âge requis. Passé ledit âge, pourvu qu’on en ait fait la demande, on est citoyen(ne) : point.

[15] Je ne tiens pas à cet âge précis ; je le reprends de la citation de mon propre texte pour ne pas paraître me dérober. La pratique de nouveaux modes de vie pourra amener, y compris sur l’avis d’enfants devenus citoyens, à reconsidérer les âges indiqués ici.

[16] « Désordonnées » comme l’annonçait le sous-titre de ma contribution, et surtout — ce qui n’ôte rien à leur pertinence — rapidement élaborées et d’une concision exigée par les organisateurs.

[17] « Particulièrement hypocrites, à ce titre, les guillemets qui entourent le mot enfant dans le deuxième paragraphe : est-ce pour sous-entendre que, finalement, les enfants victimes d’abus sexuels n’en seraient pas véritablement ? » écrit Lilian Mathieu, sociologue, dans une lettre au collectif de la librairie La Gryffe.

[18] Le sociologue Mathieu juge « hypocrite et écœurante la mise sur le même niveau de l’apprentissage des rythmes élémentaires (faisant partie de la socialisation primaire de tout individu) et des violences sexuelles. » Avec de tels protecteurs, les petits d’anarchistes n’ont pas fini d’en baver, de la « socialisation primaire » !

[19] « L’approche sélective que tu proposes de la pédophilie invisibilise les rapports de domination existants entre adultes et enfants et semble réduire toute critique de la pédophilie à l’expression d’un ordre moral » m’écrivait Léo Vidal au nom du collectif de la librairie.