QUI SONT LES TERRORISTES ? (Pajol, suite [2])

Gueule rougeEn réponse à quelques remarques amicales à propos du texte « Cyniques ordures ! », publié hier.

Ça n’est pas moi qui me définis comme « terroriste », c’est l’appareil législatif dit « antiterroriste », renforcé et étendu après le 11 septembre 2001 par l’Union européenne, qui permet à l’État de qualifier de « terroriste » l’ensemble du répertoire d’actions des rébellions sociales : manifestations, occupations, piquets, hacking, etc. Il cible, comme je l’ai expliqué dans La Terrorisation démocratique, les jeunes, les étrangers ou supposés tels, les militant(e)s.

Dans mon texte d’hier, je me suis placé d’un point de vue moral. Je suis parfaitement conscient qu’il s’agit d’une position défensive, faute de mieux (ou faute de pire). On a l’habitude de dire que le poseur de bombes agit comme il le fait parce qu’il n’a pas de quoi se payer un bombardier. Quand la solidarité pratique a été balayée par la force, le militant qui n’a ni avion ni bombe utilise les mots.

Contrairement à la plupart des révolutionnaires de 1793, et dans d’autres termes les ordures d’État qui gouvernent aujourd’hui, je ne considère pas la Terreur comme un moyen d’action acceptable. Il n’est à mes yeux ni légitime ni efficace. On ne peut ni ne doit massacrer tous les flics, tous les gendarmes, tous les ministres, etc.

Cependant, du même point de vue moral, j’affirme que si j’avais aujourd’hui le doigt sur le bouton déclenchant le mécanisme électrique (soyons modernes, que Diable !) d’une guillotine, je ferais tomber sans ciller les têtes d’un Valls ou d’un Cazeneuve. Ne serait-ce que pour les retrancher ostensiblement à la face du monde de l’« humanité » dont ils osent se réclamer quand ils blessent, humilient, enferment, expulsent des personnes d’une valeur à laquelle ils n’atteindront jamais.

Il n’existe à mes yeux aucune différence de nature entre la politique qu’ils mènent froidement, qui matraque et affame ici et, une fois « externalisée », précipite au fond des mers des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, et les meurtres fanatiques et antisémites perpétrés en janvier dernier par un trio d’illuminés.

Les mots sont importuns. En tant qu’écrivain et attaché aux enseignements que nous pouvons tirer de la Révolution française, je me réjouis que le mot guillotine ait gardé de son tranchant !

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PS. On m’a fait remarquer justement que le tampon figurant sur le «laissez-dormir» fourni à certains migrants par la police pourrait indiquer que ledit papier leur a été remis à Calais (et non à Paris). C’est plausible en effet, plusieurs d’entre eux étant revenus de Calais, découragés par les entraves mis à leur passage en Angleterre.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Un rassemblement aura lieu ce mardi 9 juin, rue Pajol, à 18h.

CYNIQUES ORDURES ! (Pajol, suite)

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Après l’embarquement violent de dizaines de migrants aujourd’hui, rue Pajol, dans le dix-huitième arrondissement de Paris (près de deux cent y avaient passé la nuit dehors), certains d’entre eux ont été dirigés sur la prison administrative de Vincennes (CRA), d’autres relâchés. D’autres ont pu s’échapper. Ces derniers, et les relâchés se sont retrouvés, au même endroit, rue Pajol, en fin de journée. Voyant que la solidarité s’organisait à nouveau (cuisine, matelas), les flics ont bousculé les soutiens pour les empêcher d’installer les matelas dans un local, dont le responsable avait pourtant donné son accord.

Politique policière, incohérente, répugnante moralement, qui ne vise qu’à rendre moins visible la présence des migrants en les dispersant: hôtels pour quelques-uns et pour quelques jours, éparpillement à la rue pour d’autres. Détention administrative pour les moins chanceux (sans parler de la dizaine de blessés d’aujourd’hui).

Cerise sur le gâteau (de gauche), les relâchés, qui ont déposé une demande de statut de réfugiés auprès de l’OFPRA, ont reçu de la police l’officiel laissez-passer, ou plutôt «laissez-dormir» photographié ci-dessous.

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Ce papier est revêtu du tampon de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Relisez le texte et l’intitulé de cet organisme…

J’espère ne pas faire une interprétation trop laxiste de ce laissez-passer sur Post-it (sans doute un nouveau pas dans la simplification des mesures administratives) en supposant que le porteur est également autorisé, «pour un court temps» au moins, à être nègre et pauvre…

«Dehors», cela s’entend!

Mais sinon: où il veut!

Enfin, pas rue Pajol, ce soir, notez-bien. Un problème de coordination entre les services probablement…

Les gens qui ordonnent et qui appliquent cette politique me paraissent mériter un sort que la loi en vigueur sur la «provocation publique à commettre une infraction terroriste» me dissuade de préciser davantage. On leur fera la surprise !