OÙ EST CHARLIE ?

Une amie enseignante me raconte l’histoire suivante.

Elle utilise dans sa classe un album de la collection « Où est Charlie ? », de Martin Capture d’écran 2015-02-01 à 17.58.34Handford (éd. Gründ), qui décline les aventures d’un personnage jovial, portant de grosses lunettes, et que les enfants adorent (ci-contre). Charlie, puisque tel est son nom, se déplace à la fois à travers l’espace et le temps ; il s’agit de le retrouver parmi des centaines de personnages de petite taille (qui rappellent les dessins de foule de Dubout).

Dans l’illustration choisie (ci-dessous), « L’énigme des pyramides », extraite de Charlie remonte le temps, c’est au milieu d’esclaves et de contremaîtres égyptiens, à l’époque des pharaons, que Charlie se dissimule.

Capture d’écran 2015-01-27 à 19.07.54

Notre enseignante emporte le volume chez elle pour préparer un cours, attrape un mauvais rhume, et ne revient à l’école qu’après les tueries de Charlie Hebdo et du supermarché juif. Elle constate que plusieurs élèves sont assez perturbés, et comprend finalement qu’ils ont fait le lien entre leur héros favori (et disparu de l’étagère) et ce « Charlie » dont on dit — confusément à leurs oreilles —, qu’il a été assassiné, et dont tout le monde prétend maintenant qu’il est lui…

Imaginez une seconde que tous les esclaves égyptiens de l’illustration arborent une pancarte ou une inscription sur leur pagne : « Je suis Charlie » ! Imaginez maintenant la confusion de ces enfants.

Charlie est mort, il sera à jamais introuvable, et c’est infiniment triste.

Un autre ami enseignant découvre que l’un (au moins) de ses élèves, âgé lui de 12 ans, et non de 8 comme les précédents, est persuadé que Charlie est bien le nom d’un homme qui a été tué.

Que vérifie-t-on ici ? Que les enfants, surtout en situation de stress et d’émotion collective, et d’ailleurs de manière générale, « trouvent » toujours une explication, laquelle est « rationnelle » dans leur système de représentations, et en fonction des éléments d’information dont ils disposent. Ils ne supportent pas, et c’est une heureuse disposition d’esprit, de laisser un problème en suspens. Leur imagination pallie le défaut d’explications. On connaît bien ce phénomène pour ce qui concerne la procréation, les rapports sexuels et la naissance. Plus ils sentent que le sujet qui les tracasse est délicat pour les adultes, moins ils osent poser de questions. Ces questions qu’une ministre qui se prétend chargée de «l’éducation» vient précisément de décréter criminelles.

Les enfants que la police et certain(e)s enseignant(e)s et administratifs ont harcelés et traités comme des terroristes en herbe ont le même âge que ceux qui se désolaient de la disparition d’un personnage de bande dessinée.

Les enfants ont besoin pour grandir que l’on prenne en compte le fait qu’ils vivent dans un monde parallèle au nôtre, qu’ils sont cependant au moins aussi inquiets que nous, et qu’ils ont besoin de trouver des réponses aux questions qui les hantent, y compris en se comportant parfois de manière provocante, brutale, ou qui peut nous paraître sotte.

Bref, les enfants ont besoin d’avoir affaire à des grandes personnes.

Pas à des gens comme M. Valls et Mme Vallaud-Belkacem, qui trépignent, menacent et exigent le silence dès qu’on les contredit.