“QUEER THE STREETS” à Melbourne

«Queer the Streets» est un projet artistique militant mis en œuvre dans les rues de Melbourne (Australie) par Astrotwitch.

Il s’agit d’augmenter la présence des «visages queer» dans l’espace public afin de les rendre plus familiers aux passant(e)s, et aussi de lutter contre les stéréotypes de genre et sexistes qui abondent, non seulement dans l’affichage publicitaire, mais aussi dans le street art lui-même.

(On peut accéder, par le lien ci-dessus, à la page de présentation du projet et y voir d’autres réalisations d’Astrotwitch.)

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Représenter des femmes avec des formes corporelles sexualisées chimériques contribue à une culture sexiste et misogyne.

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Être féministe signifie croire que les hommes et les femmes sont égaux. Croire cela est également nécessaire pour être quelqu’un de bien.

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La moitié des personnes transgenre ont été victimes de violences de la part de leur partenaires sexuels.

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Nous pouvons être nos propres porte-parole. Merci.

QUAND LES PUBLICITAIRES SE MÊLENT DE METTRE EN SCÈNE UN «FÉMINISME» HOMICIDE

 

Publicité pour la marque de machines à café d’appartement Senseo, appartenant à l’entreprise Maison du café. Une jeune femme, charmante, reposée, souriante s’assoit dehors, par une belle nuit d’été pour savourer une tasse de café. On devine en arrière-plan les lumières d’une grande et luxueuse maison. Arrive un jeune homme, également trentenaire, dans le même état d’esprit apparent, qui s’assoit auprès de la jeune femme, épouse ou petite amie plutôt que sœur. Une étoile filante passe. Le garçon fait observer gentiment qu’il convient de former un vœu. « C’est fait ! », dit la damoiselle avec un sourire énigmatique.

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Sur ce, la falaise, car nous sommes au bord d’une falaise surplombant la mer, lieu de tous les dangers pour les couples (« Recule encore un peu, chéri(e) ! J’ai pas le phare !… »), se fend en deux, précipitant le mâle dont nous entendons le hurlement, et laissant la femelle à sa dégustation.

La première fois que j’ai vu cette publicité, je dois dire que j’ai éclaté de rire. Le dénouement est surprenant à souhait, c’est bien le cas de le dire.

À la troisième réitération, je me suis fait les réflexions suivantes.

Dans le format ultra-court de cette publicité, nous n’apprenons rien de la vie commune, des sentiments ou des problèmes relationnels des deux personnages. Ils ont l’air également heureux, apaisés. La jeune femme n’a aucune réaction visible de colère lorsque son compagnon la rejoint, à peine baisse-t-elle les yeux au lieu de l’envisager comme on pourrait s’attendre qu’elle le fasse. Nous n’avons aucune raison, parce qu’on ne nous en donne aucune, de penser qu’il est avec elle violent ou même ridicule (il a quelque chose de Nils Caprais dans FBI : duo très spécial). Dans ce qu’on nous en montre, donc, ni violeur, ni possessif, ni même lourd (davantage que l’air, pourtant…).

Or il est proprement assassiné, avec le sourire.

« N’interrompez jamais un moment senseo cappuccino », telle est la morale, je veux dire le slogan publicitaire qui s’inscrit sur l’écran.

Il est peut-être temps de dire deux mots du nom choisi pour cette ligne de machines à café : senseo. Cela ne signifie pas tout à fait « je ressens », comme lavabo signifie « je lave », mais on peut conjecturer qu’en bas latin publicitaire, cela évoque le mot sensus, le goût, le sens. La machine à café senseo exalte le goût du café et éveille les sens de la buveuse. Comme je ne doute pas que les agences ont fait un travail de pro, payé très cher, je n’imagine pas que l’euphonie avec censeo soit dû au hasard ou leur ait échappé. En fait, c’est ce mot là que nous entendons. Que signifie-t-il ? La décision. C’est fort bien venu !

Mon vieux dictionnaire Gaffiot donne comme exemple — tiré de Cicéron s’il vous plaît ! — Censeo desistas, soit : « Je te conseille de renoncer à ton projet ». En l’espèce : « …ton projet de me venir me casser les ovaires tandis que je jouis tranquillement de mon café ». Le verbe jouir n’est pas ici convoqué au hasard ou dans un souci de caricature. Le petit soupir que pousse la jeune femme à la première gorgée (tiens !), la mimique consistant à réprimer un frisson en rentrant légèrement la tête dans les épaules, ne laissent planer aucun doute : elle jouit. Et la vidéo s’analyse ainsi comme une espèce de publicité subliminale pour l’auto-érotisme féminin, qu’il est légitime de ne pas laisser « interrompre » par une intrusion masculine.

Je n’ai rien, cela va de soi, contre l’auto-érotisme, dont je fais moi-même grand usage. Je comprends fort bien par ailleurs que l’on souhaite s’absorber seule dans la contemplation des étoiles comme dans les saveurs d’un cappuccino. La question est de savoir si un malentendu est passible de mort… Oui, répond la publicité senseo, au énième degré, cela s’entend.

Je préviens une objection de celles et ceux qui ne renonceraient pas sans regret au plaisir qu’il prennent à ce cruel fabliau. Sans vouloir le moins du monde suggérer quoi que ce soit à des publicitaires, dont la prégnance du travail sur notre imaginaire m’est extrêmement pénible, j’observe qu’il eût été facile de concevoir un scénario, aussi court que nécessaire, présentant la précipitation maritime du garçon comme la sanction d’un manquement ou d’une faute de tact. On a délibérément choisi de nous montrer, et sous un jour ou plutôt sous une obscure clarté sympathique, une meurtrière sans mobile.

Résumons-nous : imprévisible, égoïste, dangereuse, voire mortelle, soucieuse que d’elle-même et sans compassion. Ne serait-ce pas le portrait outré de la garce ?

Où l’on constate que ce qui peut paraître, à première vue, piquante mise en scène d’un féminisme intransigeant s’analyse en fait comme une énième représentation misogyne, archaïque, et terrifiante des femmes.

Ce qui devrait s’inscrire sur l’écran comme slogan conclusif se réécrit de la sorte : « Depuis qu’elles sont autorisées à se préoccuper de leur plaisir, comment savoir si elles ne souhaitent pas nous en exclure ? Radicalement… »

 

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Cet article, ou pour mieux dire la publicité qui l’a suscité, provoque des réactions.

L*** : « Fautive elle est, bien sûr, cette garce, mais c’est d’aimer ailleurs. Senseo, qui ravit tant ses sens, est son amant métaphorique et le crime du mari est de n’être plus aimé et désiré, donc importun ! Il se fait donc jeter au sens littéral. Morale de l’histoire : quand vous n’aimez plus un mec, vous pouvez le jeter par dessus bord… sans forcément avoir des intentions homicides. »

D*** : « Et si c’était simplement du machisme inversé ? On ne trouve aucune notation spécifiquement féminine dans cette pub. On peut inverser les rôles et cela va bien mieux. Dans le cadre d’une domination, le second rôle a tort, quoiqu’il fasse. C’est tout naturel pour les hommes, c’est totalement illisible chez les femmes. Et c’est de là que surgit le seul COCASSE de ce clip : il est incongru ! »

 

Des féministes brésiliennes sabotent une campagne de pub pro-viol…

…et obtiennent son retrait.

Des féministes brésiliennes ont saboté une campagne de pub lancée par la bière Skol à l’approche du carnaval.

Les affiches proclamaient : «J’ai oublié le “Non” à la maison».

Les militantes font valoir que «Non» est précisément le mot qu’elles ont besoin de prononcer le plus souvent, et particulièrement pendant la période du carnaval, que beaucoup d’hommes considèrent comme une espèce d’ouverture de la chasse.

Elles ont détourné les affiches en y ajoutant leur propre slogan: «J’ai trouvé le “Jamais”» et se sont photographiées devant.

Le marchand de bibine s’est finalement engagé à retirer ses affiches.

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LA POLICE NOUS ÉCOUTERA, ÉCOUTEZ-NOUS!

Je suis invité demain, vendredi 6 février, à parler de la terrorisation démocratique dans l’émission Sans Papiers Ni Frontières qui est diffusée tous les premiers vendredis du mois, de 19h à 20h30 sur radio FPP 106.3 FM (région parisienne) ou sur www.rfpp.net

Plutôt que de nous lamenter sur l’accumulation ininterrompue des textes de loi « antiterroristes », nous essayerons de comprendre le sens de ce dispositif et comment l’ensemble du droit pénal se restructure sur son modèle.

Nous verrons comment les crimes récemment commis à Charlie Hebdo et dans un magasin d’alimentation juif transforment chez beaucoup une indifférence en adhésion active.

Et aussi en quoi les lourdes condamnations judiciaires et les harcèlements d’enfants ne sont pas des « bavures » ou des « excès » du système, mais expriment sa logique : au-delà de la criminalisation de toute contestation — qu’il est désormais possible de faire entrer dans la définition élastique et européenne du « terrorisme » —, la terrorisation des « figures dangereuses » que sont l’immigré (ou supposé tel) et le jeune.

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L’émission sur FPP est réalisé par le collectif qui tient le blog homonyme Sans Papiers Ni Frontières, et anime des permanence au Rémouleur à Bagnolet.

Tous les premiers samedis du mois, Bagnolet, 14h-18h : Permanence Sans-papiers : s’organiser contre l’expulsion, au Rémouleur 106 rue Victor Hugo 93170 Bagnolet (M° Robespierre ou M° Gallieni)

 

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À Marseille, et dans sa région

Tous les deuxièmes mercredis du mois, 16h30-18h : Émission Sans Papiers Ni Frontières, sur radio Galère 88.4 FM ou sur www.radiogalere.org

 

 

 

 

 

OÙ EST CHARLIE ?

Une amie enseignante me raconte l’histoire suivante.

Elle utilise dans sa classe un album de la collection « Où est Charlie ? », de Martin Capture d’écran 2015-02-01 à 17.58.34Handford (éd. Gründ), qui décline les aventures d’un personnage jovial, portant de grosses lunettes, et que les enfants adorent (ci-contre). Charlie, puisque tel est son nom, se déplace à la fois à travers l’espace et le temps ; il s’agit de le retrouver parmi des centaines de personnages de petite taille (qui rappellent les dessins de foule de Dubout).

Dans l’illustration choisie (ci-dessous), « L’énigme des pyramides », extraite de Charlie remonte le temps, c’est au milieu d’esclaves et de contremaîtres égyptiens, à l’époque des pharaons, que Charlie se dissimule.

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Notre enseignante emporte le volume chez elle pour préparer un cours, attrape un mauvais rhume, et ne revient à l’école qu’après les tueries de Charlie Hebdo et du supermarché juif. Elle constate que plusieurs élèves sont assez perturbés, et comprend finalement qu’ils ont fait le lien entre leur héros favori (et disparu de l’étagère) et ce « Charlie » dont on dit — confusément à leurs oreilles —, qu’il a été assassiné, et dont tout le monde prétend maintenant qu’il est lui…

Imaginez une seconde que tous les esclaves égyptiens de l’illustration arborent une pancarte ou une inscription sur leur pagne : « Je suis Charlie » ! Imaginez maintenant la confusion de ces enfants.

Charlie est mort, il sera à jamais introuvable, et c’est infiniment triste.

Un autre ami enseignant découvre que l’un (au moins) de ses élèves, âgé lui de 12 ans, et non de 8 comme les précédents, est persuadé que Charlie est bien le nom d’un homme qui a été tué.

Que vérifie-t-on ici ? Que les enfants, surtout en situation de stress et d’émotion collective, et d’ailleurs de manière générale, « trouvent » toujours une explication, laquelle est « rationnelle » dans leur système de représentations, et en fonction des éléments d’information dont ils disposent. Ils ne supportent pas, et c’est une heureuse disposition d’esprit, de laisser un problème en suspens. Leur imagination pallie le défaut d’explications. On connaît bien ce phénomène pour ce qui concerne la procréation, les rapports sexuels et la naissance. Plus ils sentent que le sujet qui les tracasse est délicat pour les adultes, moins ils osent poser de questions. Ces questions qu’une ministre qui se prétend chargée de «l’éducation» vient précisément de décréter criminelles.

Les enfants que la police et certain(e)s enseignant(e)s et administratifs ont harcelés et traités comme des terroristes en herbe ont le même âge que ceux qui se désolaient de la disparition d’un personnage de bande dessinée.

Les enfants ont besoin pour grandir que l’on prenne en compte le fait qu’ils vivent dans un monde parallèle au nôtre, qu’ils sont cependant au moins aussi inquiets que nous, et qu’ils ont besoin de trouver des réponses aux questions qui les hantent, y compris en se comportant parfois de manière provocante, brutale, ou qui peut nous paraître sotte.

Bref, les enfants ont besoin d’avoir affaire à des grandes personnes.

Pas à des gens comme M. Valls et Mme Vallaud-Belkacem, qui trépignent, menacent et exigent le silence dès qu’on les contredit.