CONTRE LA «CONTESTATION VIOLENTE» L’ÉTAT RESSUSCITE LES RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX (RG)

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’est sans regarder à la dépense que j’ai décidé de vous offrir, en ce début d’année 2015, un extrait du Rapport de la Délégation parlementaire au renseignement pour l’année 2014. (On peut consulter l’intégralité du texte en suivant le lien).

Ne me remerciez pas, vous avez déjà tout payé avec vos impôts : les sénateurs, les secrétaires, le papier et les flics dont il est question.

Pourquoi attirer ainsi votre attention sur ce pensum affligeant, me direz-vous ? D’abord parce qu’il est bon de savoir de quelle manière les parlementaires que vous avez, pour certain(e)s d’entre vous, été assez niais pour désigner, s’apprêtent à vous retourner votre argent et votre confiance dans la gueule, sous forme de « veille sur les réseaux sociaux, cyberpatrouille, recours à des identités fictives, rémunération de sources », bref, ce qu’il est convenu d’appeler le « renseignement ». Ne vous étonnez pas de l’absence ici des balles en caoutchouc et autres décharges électriques de taser : le sujet est traité dans d’autres rapports et la punition infligées par d’autres flics et gendarmes.

Les renseignements recherchés concernent tous les domaines de la vie institutionnelle, économique et sociale susceptibles d’entraîner des mouvements revendicatifs ou protestataires. […] Enfin, ils [les services] s’intéressent à tous les faits de société visant à remettre en cause les valeurs républicaines tels que les dérives sectaires, les phénomènes de repli communautaire et identitaire ainsi que la contestation politique violente.

Les lectrices et lecteurs de mon livre La Terrorisation démocratique (Libertalia) auront reconnu les éléments d’une énumération qui définit aujourd’hui le terrorisme, tel que les institutions européennes le combattent. Autrement dit : tout et n’importe quoi.

Autre raison de se pencher sur le rapport parlementaire, la leçon d’optimisme qui peut en être tirée. Je vois, devant les écrans d’ordinateurs, maints regards se voiler d’incompréhension et de surprise… Eh ! chers petits amis, c’est que tandis que nombre d’entre vous traînent leur dépression sociale de bêtisier du nouvel an en bonnes résolutions digestives, il y a des gens qui croient suffisamment à la perspective d’une explosion sociale pour s’y préparer. Ils payent des gens, flics et gendarmes, pour en repérer — et si possible en éradiquer les prémices.

Par ailleurs, je n’attends pas de vous que vous vous y retrouviez dans l’ahurissant jeu de bonneteau « siglique » auquel se livrent depuis des décennies les responsables de la police et du renseignement. Qui résisterait à une légère migraine en apprenant que « désormais, un adjoint gendarmerie œuvre au sein du SCRT tandis que la SDAO accueille un commissaire et un capitaine de police. Au surplus, des Bureaux de liaison départementaux (BDLD) ont été créés et réunissent SDAO, DGSI et SCRT dans une perspective opérationnelle » ?

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Vous retiendrez en revanche que tous ces gens sont extrêmement contents d’eux… comme l’étaient également ceux qui avant eux (parfois précisément les mêmes) avaient fait (ou défait) ce qu’eux-mêmes jugent utile de refaire !… L’essentiel n’est-il pas que « notre pays a retrouvé un service de renseignement généraliste qui lui permet de suivre les grandes évolutions sociales, des phénomènes de contestation violente et de délinquance organisée… » ?

En effet ­— et un rapport parlementaire ne vous dira évidemment rien des âpres luttes de lobbys et de clans qui l’ont précédé — le ministre de l’Intérieur (un certain Valls) a en somme préparé dès 2013 la recréation — en 2014 — des Renseignements généraux, supprimés en 2008, sous la nouvelle appellation de Service central de renseignement territorial (SCRT).

Lequel SCRT s’est aussitôt employé à faire des petits (par scissiparité) :

La politique de constitution d’une filière du renseignement trouve également à s’incarner dans la récente création de la Division nationale de recherche et d’appui (DNRA), une branche opérationnelle du SCRT dotée de 55 personnels pour le moment. Activité supprimée lors de la réforme de 2008, sa renaissance est le signe d’une volonté affirmée qui attire de nombreux profils de haut niveau, signe que l’image du RT connaît une indéniable amélioration après des années sombres.

Il est prévu que ledit SCRT, aujourd’hui fort de 1975 employé(e)s, embauche encore une petite centaine de personnes en 2015.

Vous verrez que votre argent est bien employé (c’est rassurant), que flics et gendarmes s’entendent de mieux en mieux (c’est prometteur) et que le nouvel organisme attire des recrues de haut niveau… auxquelles on fera toutefois, par précaution, passer des « tests » (ce qui est nouveau !).

J’en termine — n’en déplaise aux amis des animaux — en souhaitant la pire année possible à tout ce qui porte groin et grandes oreilles…

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LE SERVICE CENTRAL DE RENSEIGNEMENT TERRITORIAL : DES DÉBUTS RASSURANTS ET PROMETTEURS

Sacrifiée par la réforme de 2008, la Direction centrale des Renseignements généraux a disparu au profit d’un succédané aux effectifs et moyens amputés : la Sous-direction à l’information générale (SDIG) intégrée au sein de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP)[1]. Et jamais la SDIG n’est pas parvenue ni à surmonter ses handicaps initiaux, ni à pleinement se déployer en raison d’une conception du renseignement structurée autour d’une division rigide entre milieu ouvert et milieu fermé (ce dernier échéant de manière exclusive à la DCRI).

Aussi, c’est à bon droit que M. Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, a confié une mission de préfiguration de la création du SCRT dès septembre 2013 à l’inspecteur général Philippe Bertrand, secondé à partir de novembre par la commissaire divisionnaire Nathalie Peucelle. C’est ainsi que furent définies les bases d’un nouveau service qui a officiellement vu le jour en mai 2014 avec la publication d’une série de textes réglementaires[2]. Quelques semaines auparavant, le 2 avril, une doctrine d’emploi avait été publiée et avait fixé les conditions d’exercice d’une mission rénovée et les règles de déontologie applicables. De même, le 21 mars, le ministre de l’Intérieur signait une circulaire précisant les conditions de la contribution de la gendarmerie nationale à la nouvelle architecture du renseignement territorial ainsi que les modalités de coordination avec la DGSI et la Direction du renseignement de la Préfecture de police (DRPP). Car la coordination entre les différentes instances compétentes en matière de renseignement s’avère absolument déterminante pour la réussite de chacune et, in fine, pour la sécurité de nos concitoyens.

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