QUAND L’INDUSTRIE DU LUXE RÉCUPÈRE L’ANARCHIE

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L’excellent site Anarlivres attire notre attention sur une énième captation marchande du folklore anarchiste.

Une maison de joaillerie, créée en 2013, a utilisé — peut-être sans le savoir — le nom d’un personnage de bande dessinée imaginé par anarchikRoberto Ambrosoli dans les années 1960 : Anarchik. Je dis « sans le savoir », car il est plus que probable qu’Anarchik est, aux yeux et surtout aux oreilles, de nos créateurs de bagues une homophonie « vendeuse » d’ « anar chic » !

Anar chic, eh oui !

La référence à l’anarchisme est d’ailleurs assumée puisque le logo de la maison est un « A », non plus inscrit dans un cercle, mais dans un diamant ! Vous me direz que ça n’est pas inutile pour découper les vitres…

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Je reproduis ci-dessous une partie de l’argumentaire commercial, dont on goûtera l’humour involontaire.

Ancrée dans son époque, ANARCHIK sublime une femme tendance, indépendante et sûre d’elle, dans un état d’esprit décalé et ludique.

Grâce à la possibilité d’accorder une Pierre Précieuse avec plusieurs anneaux en silicone de différentes couleurs, la femme ANARCHIK révèle sa personnalité en créant ses propres combinaisons.

Imaginées pour la femme moderne, les créations ANARCHIK s’adaptent aux multiples facettes de votre vie quotidienne. Elles se personnalisent selon vos goûts et vos envies. Un système breveté unique permet de changer la pierre ou l’anneau en deux clics et en toute sécurité, pour assortir la bague à vos tenues. Le résultat est surprenant d’élégance, de fraicheur et de modernité.

Les bijoux ANARCHIK offrent à toutes celles qui les portent un sentiment de rareté, de singularité et d’appartenance à une communauté de privilégiés qui se reconnaissent dans l’exigence de beauté, de qualité et d’innovation.

 

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En l’an 2000, le parfumeur Caron, très ancienne maison parisienne, a lancé une eau de toilette baptisée L’Anarchiste, avec le slogan suivant : « C’est dans le noir que se reconnaît l’anarchiste ». La référence au drapeau noir est assez habilement mise en valeur ; pour le reste, on préfère comprendre que c’est désormais à son parfum, et non à son « odeur » que l’on reconnaît l’anarchiste dans l’obscurité.

Original, il attire les hommes et séduit les femmes sensibles au contraste de ce parfum frais et chaleureux à la fois.
Accord : néroli, menthe naturelle, notes boisées et musc.

Le flacon initial ressemblait vaguement à une flasque d’alcool, que la publicité vidéo consultable sur le site de l’INA associait à une allumette enflammée (voir également ci-dessus). Caron y a renoncé depuis pour un flacon plus classique.

Que des commerciaux s’imaginent pouvoir vendre leur camelote, parfums ou bijoux, en utilisant des références aux poseurs de bombes ou à la « communauté de privilégié[e]s » que sont censés constituer les anarchistes (en l’espèce les anarchaféministes) est un signe des temps presque imperceptible, et au fond de peu d’importance.

Cependant, qui dit commerce dit évidemment dépôt de nom de marque et « propriété industrielle ». Anarchik s’imagine ainsi qu’Anarchik lui appartient et Caron se prend pour le propriétaire de L’Anarchiste. Conseillons à ces marchands de ne jamais pousser plus loin ni l’imprudence ni l’impudence en prétendant faire valoir leurs « droits » contre des anarchistes de chair et de sang, qu’ils n’auraient peut-être pas le temps de reconnaître, dans l’obscurité ou en plein jour.