À LA VIE À LA MORT. La souffrance « au nom de dieu »

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On trouvera ci-dessous le second chapitre de mon livre À la vie à la mort, éd. Noêsis, 1997 (épuisé, disponible à La Galerie de la Sorbonne, librairie d’occasion parisienne).

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À l’heure où l’Église catholique poursuit son offensive pour regagner une partie de l’influence qu’elle a perdue, à l’heure aussi où les soins palliatifs et l’usage de médicaments antidouleurs efficaces sont présentés comme un argument décisif contre l’euthanasie [voir l’escroquerie de la loi Douste-Blazy, sur lequel on peut lire « Allez mourir ! »], il n’est pas inutile de rappeler que l’Église catholique a pendant plusieurs siècles prôné la souffrance comme moyen d’humiliation nécessaire de l’homme.

 

« À travers les siècles et les générations humaines, on a constaté que dans la souffrance se cache une force particulière qui rapproche intérieurement l’homme du Christ, une grâce spéciale. »

Jean-Paul II, Lettre apostolique Salvifici doloris, 1984 (Le sens chrétien de la souffrance, Le Centurion, 1984).

 

J’ai, dans l’introduction de cet ouvrage, brocardé un premier ministre qui affirmait que l’État laïque ne saurait « ignorer la part essentielle qui revient à la foi religieuse dans la constitution du patrimoine national[1] ». Je vais maintenant le prendre au mot. Il apparaît en effet que les résistances, encore nombreuses, au traitement de la douleur, trouvent leur origine historique dans l’idéologie catholique, dominante en France durant plusieurs siècles. Faut-il s’étonner que l’Église désavoue cet apport au « patrimoine national » ?

Lors des auditions publiques, effectuées en octobre 1994 par la commission des affaires sociales du Sénat, en vue de la rédaction d’un rapport sur le traitement de la douleur que nous avons déjà cité, Lucien Neuwirth, expliquait dans ces termes son souci de recueillir l’opinion catholique : « Au moment où allait se dérouler le débat sur la prise en charge de la douleur, il était hautement souhaitable que l’Église catholique puisse faire connaître son point de vue face à la mise en cause de la douleur rédemptrice[2]. » Au naïf, cette introduction pourrait sembler quelque peu comminatoire : Rome se verrait-elle sommée de s’expliquer par la Haute assemblée ? C’est au contraire une démarche toute œcuménique qui anime les sénateurs ; on laissera un prêtre, Olivier de Dinechin en l’espèce, assurer, au mépris de la plus élémentaire vérité historique, que l’Église ne s’est jamais opposé au soulagement de la douleur. Peut-être cet énorme mensonge mérite-t-il d’être qualifié de « pieux », en ce qu’il fournit une généalogie présentable à une position catholique moderne, et très récente, qui — sur la question de la douleur — est effectivement sans ambiguïtés ?

N’étant, pour ma part, contraint par aucun impératif diplomatique vis-à-vis de l’Église, j’utiliserai les déclarations « révisionnistes » du prêtre de Dinechin comme trame introductive à un aperçu historique des rapports entre la religion catholique et le culte de la douleur[3].

« Notre mémoire sociale en France, commence l’ecclésiastique, et en particulier dans les milieux médicaux (parfois dans la bouche de médecins de renom), a retenu l’idée inexacte que le christianisme promouvait “la valeur rédemptrice de la souffrance”. Je tiens à dire très fortement que c’est inexact et faux. […] Un bref sondage historique récemment réalisé par l’un de mes confrères théologiens, le Père Verspieren, montre :

— en premier lieu, qu’on ne trouve aucune mise en garde venue d’autorités religieuses catholiques contre des traitements de la douleur, aussi loin que l’on remonte dans ce sondage historique ;

— ensuite, que les théologiens moralistes du XVIe siècle affirmaient au contraire, à l’époque où l’anesthésie n’existait pas, que nul n’était tenu d’affronter une épreuve chirurgicale s’il redoutait une trop forte douleur (on a donc le droit de ne pas souffrir) ;

— en dernier lieu, que les moralistes catholiques du XIXe siècle (qui marquent peut-être le plus la mémoire des médecins d’aujourd’hui) semblent surtout soucieux de ne pas contredire de front les médecins de leur époque, qui redoutaient que l’usage de la morphine crée une dépendance. Malgré ce respect peut-être trop excessif des croyances médicales de l’époque, on remarque chez ces moralistes du XIXe et du début du XXe siècles qu’ils n’ont toutefois jamais exprimé d’objections de principe au traitement de la douleur. »

Un « bref sondage historique » nous permet de rencontrer, parmi d’autres, un incontestable moraliste catholique, en la personne de l’évêque d’Arras, Mgr Parisis, qui publie en 1864 Sur la douleur. Comme c’est souvent le cas dans les textes rédigés par des religieux, le terme « douleur » paraît désigner indistinctement les maux du corps et ceux de l’âme, les seconds étant paradoxalement (pour un rationaliste) jugés plus tangibles. L’objectif que se fixe l’évêque ne manque pas de grandeur : terrasser l’impiété, qui « semble depuis quelque temps relever la tête ». Pour « rabaisser son orgueil », la rendre « muette et confondue », il n’est que de la soumettre à deux questions : « Pourquoi la douleur ? Comment [la] soulager ? » On va s’apercevoir qu’après avoir mis en avant les « besoins du cœur », l’homme d’Église ne prend la douleur en compte que dans la mesure où elle lui semble pouvoir étayer sa vision du monde, fantasmatique et dogmatique.

« Nous demandons à l’impie de répondre à cette question première. Nous lui demandons formellement, sérieusement, consciencieusement : pourquoi l’enfant nouveau-né souffre-t-il ? […] Ah ! vous rejetez notre dogme du péché originel. Mais pourtant ce dogme n’est-il pas le seul qui donne la réponse que nous demandons, et qui, certes, nous importe essentiellement[4] ? »

L’innocent nouveau-né souffre donc, l’évêque le constate (que ne fait-il partager sa science aux médecins !), mais c’est pour y trouver une « preuve » du péché originel, et non la nécessité d’agir. D’ailleurs, comment agir contre la nature, je veux dire contre l’œuvre de la divinité ? Le bébé souffre, c’est un fait, si l’on y tient ! Mais c’est évidemment la douleur morale de qui le voit souffrir, et dispose de la conscience suffisante pour souffrir de la souffrance d’autrui, qui retient l’attention du théologien. Or, il nous le dit : « De quelque côté qu’elle vienne, c’est la douleur qui nous apprend le mieux que tout est fragile et trompeur dans ces prétendus biens [terrestres], et comme nous avons tous soif du vrai bonheur, elle nous fait porter nos pensées, nos désirs et nos efforts vers des biens qui ne périssent ni ne changent jamais. » Et encore, se référant à l’apôtre Paul : « La douleur, quelle qu’elle soit ici-bas, est toujours au-dessous du bonheur qui doit en être la récompense, par cette raison concluante que la douleur n’est que temporaire, et qu’une fois passée, il n’en reste plus rien qu’un souvenir souvent très doux. » Prélude au bonheur, la douleur — c’est une plaisanterie classique — « ça fait du bien quand ça s’arrête ». Au pire, si de telles « raisons concluantes » s’avèrent insuffisantes, on aura recours à la prière et à l’espérance.

La souffrance des enfants fournira à un autre théologien, le RP Morineau, le prétexte à répondre à l’objection suivante : « comment la douleur est-elle compatible avec l’idée d’un “dieu bon” ? » Il l’a sans nul doute entendue formuler par des mécréants, aussi l’inquiète-t-elle davantage que la question qui fait le titre de son livre : Qu’est-ce que la douleur ? « Oui, concède-t-il. Je connais cette tristesse, entendre une plainte inconsciente s’exhaler d’une bouche douloureuse et lire dans des yeux d’enfants une angoisse atroce. La réponse est celle déjà marquée précédemment. La famille humaine est tout entière liée, par la misère d’Adam et la grâce de Jésus-Christ[5] ».

Je signale une opinion divergente, émise en 1901, par un protestant, Roger Dardié, qui vaut surtout par une pittoresque prétention scientifique, comme l’indique le titre de l’ouvrage : Le Péché, la Mort et la Douleur d’après la Bible et d’après la Géologie. Dardié est aux prises avec les mêmes questions que les auteurs catholiques : « lorsque l’on ne raisonne pas un peu, on se prend à se demander comment ce monde qui devait (sic) être parfait comme son auteur, présente-t-il tant de lacunes, tant de défectuosités ? » Sa réponse est ingénieuse : la douleur devait préexister à la « chute ». Mais dans ce cas, à quoi sert-elle ? C’est ici que l’auteur avance une théorie originale, une sorte de « darwinisme chrétien » : « La douleur oblige les êtres à s’adapter aux milieux et aux circonstances ; elle est la condition indispensable de toute évolution[6]. »

Voici un autre ecclésiastique, Mgr Charles Guay (1815-1892), non des moindres semble-t-il, puisqu’il est qualifié par ses successeurs[7] de « maître de la spiritualité au XIXe » et puisqu’on juge bon de republier, en 1952 encore, La Loi de la douleur. Sa thèse peut sembler au premier abord quasi progressiste. « La douleur n’est pas de Dieu, affirme-t-il, elle ne peut être comptée au nombre de ses ouvrages. […] Dieu ne crée pas la douleur après coup ; il ne s’en saisit même pas comme d’un fouet pour punir le pécheur : la source du châtiment est au cœur du coupable. » Les choses se sont rapidement gâtées : il y a bien un châtiment et un coupable. Pire, le second ne peut s’en prendre qu’à lui-même s’il subit le premier ! Mais, questionnera-t-on, quid de « dieu » dans tout cela ? « La justice de Dieu, répond Guay, c’est le consentement plénier et nécessaire que Dieu donne à ce qu’il en soit ainsi ; c’est l’approbation essentielle, éternelle, pleine d’amour, par laquelle il adhère à cette perfection absolue de son être qui fait qu’on ne se peut opposer à lui sans que cet être vous heurte, vous repousse, vous chasse et vous écrase. » L’aimable sophisme que voilà ! Pour plus de clarté, appliquons-le à une situation historique précise et triviale : la répression politique ne saurait être comptée au nombre des œuvres de Staline, sa justice est l’approbation pleine d’amour à la perfection absolue de sa police, qui fait qu’on ne peut s’opposer à lui sans être écrasé !

 

La société Saint-Luc

À en croire le théologien de Dinechin, les « moralistes catholiques » du XIXe siècle se seraient tout au plus rendus coupables d’une faute vénielle, en s’inclinant devant les « croyances » des médecins. Pour un peu, l’on plaindrait ces malheureux, gênés dans leur œuvre civilisatrice par l’obscurantisme médical ! « Inexacte », selon de Dinechin, l’idée que le christianisme ait pu promouvoir la douleur rédemptrice. Et d’ajouter avec un bel aplomb : « Je laisse à l’historien des mentalités le soin d’expliquer ce phénomène [il parle du soupçon porté contre l’Église]. Peut-être s’agit-il d’un stoïcisme latent réactivé par le jansénisme[8] dans notre histoire française. Il faudrait regarder aussi du côté de la mentalité des corps médicaux à travers l’histoire. » C’est omettre un aspect déterminant de la question : il y a des médecins catholiques. Or, c’est bien l’Église, c’est même le Vatican, qui leur fournit l’arsenal idéologique, dont on les encourage à user pour la bonne cause. Dans un siècle marqué par un fort courant de laïcisation et d’hygiénisme, ce sont eux qui incarnent au quotidien, bien plus désormais que les curés, la doctrine de l’Église[9]. Or, à l’époque, les catholiques — minoritaires — qui s’élèvent contre la tentation d’un dolorisme religieux, et contre ses conséquences barbares dans la pratique médicale, ceux-là sont des médecins et non des théologiens.

Nous allons suivre, sur près d’un siècle, les activités d’une association de médecins catholiques, la Société médicale de St Luc, St Côme et St Damien, dont la création, en septembre 1884, est supposée répondre au vœu du pape Léon XIII, exprimé dans l’encyclique Humanum Genus, en avril de la même année. Il y appelle à l’union des gens de bien contre « la vaste conspiration de la franc-maçonnerie contre l’Église, ses institutions, ses dogmes et son histoire. »

La société est active sur tout le territoire ; elle regroupe 750 adhérents en 1903, 1 205 en 1913, 2 000 en 1931. Entre sa fondation et 1960, elle ne dépassera le chiffre de 3 000 que dans les années 50. Elle s’interdit, en principe et malgré sa raison d’être des débuts, toute discussion politique (art. 4 des statuts). Dans la pratique, elle lutte bientôt contre l’influence des Soviets, s’élève contre le naturisme, contre la crémation des cadavres, contre l’eugénisme et sa collusion avec le néo-malthusianisme, organise des pèlerinages, et pétitionne, en 1906, contre la fermeture de la piscine miraculeuse de Lourdes[10]. Le patriotisme moraliste y a des parfums avant coureurs de pétainisme. Ainsi en 1922, le Dr Sonnié-Moret donne-t-il de l’invasion allemande une interprétation qui resservira en 1940 : « Je suis convaincu, Messieurs, que les pornographes ont été parmi les fourriers de l’invasion de 1914, car persuadés de la dissolution de nos mœurs, les Allemands pensaient entrer chez nous, comme les soldats romains dans Corinthe expirante, au milieu du désordre des consciences et de l’avilissement des cœurs[11]. »

Le Dr Georges Surbled, de Corbeil, est membre de la Société médicale de saint Luc, et l’auteur d’innombrables ouvrages et articles médicaux. L’un des plus connus s’intitule La Morale dans ses rapports avec la médecine et l’hygiène. Publié en 1891, il sera réédité en 1902. C’est particulièrement à la lecture de son premier tome, « La Vie sexuelle, ouvrage exclusivement destiné au clergé », que nous allons nous livrer. Remarquons, avant d’étudier le chapitre consacré à l’anesthésie de l’accouchement, qui vaut son pesant de « croyances » pseudo-scientifiques, que c’est bien le médecin, et non plus l’évêque, qui — au nom de sa compétence technique — s’instaure guide spirituel du clergé.

« Pourquoi veut-on retirer à la mère cette auréole du sacrifice qui double ses liens avec l’enfant et la désigne à son amour ? […] La règle générale que nous paraissent indiquer également la morale et l’hygiène est la suivante : les anesthésiques n’ont pas leur application au travail ordinaire de la femme en couches et doivent être interdits. […] Dieu en disant à Ève, notre mère commune, après la première faute : Tu enfanteras dans la douleur, a porté une terrible sentence qui se vérifie trop clairement chaque jour pour qu’il soit permis d’attribuer un sens métaphorique à sa parole. »

Surbled évoque ensuite le risque de morts subites, suite à l’emploi du chloroforme. « Est-il sage, demande-t-il, est-il chrétien d’exposer une femme en travail à éprouver une syncope, à succomber même sous le chloroforme, quand nul besoin sérieux ne réclame l’application de l’anesthésique et qu’il vient seulement combler un caprice de femme ou une fantaisie de chirurgien ? Nous ne le pensons pas. »

Un professeur Pajot est cité par Surbled à l’appui de sa thèse. Il est en effet hostile à l’anesthésie, si ce n’est « “peut-être à la fin de l’expulsion, chez ces quelques femmes exceptionnelles, complètement déraisonnables, sourdes à toute exhortation, voulant se lever, poussant des cris horribles et menaçant de compromettre, par leur indocilité, la vie de l’enfant qui va naître.” […] Il est impossible, conclut Surbled, de condamner avec plus d’esprit, de sagesse et de mesure l’usage du chloroforme dans l’accouchement normal. »

Peut-être cet acquiescement, à la fois lyrique et méprisant, à la douleur des femmes ne fait-il pas l’unanimité parmi les médecins catholiques, mais il n’est pas attaqué au sein de la Société Saint-Luc, alors que les positions du même auteur sur la fécondation artificielle, à laquelle il s’oppose, sont discutées[12]. Il faudra attendre les années 30, pour que s’expriment dans la Société des positions divergentes sur le problème de la souffrance en général, et particulièrement sur l’accouchement sans douleur[13].

La crainte de l’accoutumance à la morphine, très répandue dans les milieux médicaux jusqu’à aujourd’hui, où elle est loin d’avoir disparue, se rencontre également chez les praticiens catholiques. En janvier 1904, le Dr Gouraud publie un article dont le titre reflète bien le contenu moraliste davantage que technique : « De l’emploi de la morphine au point de vue de la conscience religieuse ». L’auteur y met en garde ses confrères : chez certains malades, il suffit de trois ou quatre piqûres pour « créer le besoin ». À défaut de morphine, les mourants ont droit à la vérité sur leur état, c’est en tout cas l’opinion du Dr Chabanet (février 1913). Les médecins catholiques s’expriment aussi au dehors de la Société et de son bulletin. Le Dr Lavrand, professeur à la Faculté catholique de Médecine publie en brochure un article intitulé L’Homme et la douleur. Son point de vue a le mérite de la concision : « Pourquoi souffrir ? parce que la souffrance préserve et purifie ; [parce qu’elle] perfectionne et grandit ; [parce qu’elle] christianise et sanctifie[14]. »

Les années 30 semblent marquer, dans la Société Saint-Luc, un tournant. Au milieu d’un concert persistant de « prêches » réactionnaires, des voix s’élèvent pour rappeler les médecins catholiques à la simple charité chrétienne en face de leurs malades.

Deux exemples de ces diatribes politico-morales, tout d’abord, donneront le climat d’une époque, et d’une association qui n’a pas oublié les motifs qui ont présidé à sa fondation. Traitant, en juin 1931, des « interventions dans les grossesses extra-utérines », le Dr Marc Rivière s’attaque à des ennemis nombreux et divers : « Notons à titre documentaire que cette vague interventionniste déferle sur la France de l’Est à l’Ouest, et que ce sont les peuples protestants, ou les peuples athées comme la Russie des Soviets, qui en sont les promoteurs et les champions. Avortement thérapeutique, stérilisation prophylactique, eugénie[15], cette pseudo-science […] tels sont les aspects que revêt la doctrine. » Un mois plus tard, il revient — tout naturellement, oserais-je dire — au Dr Sexe, de Besançon, de fustiger la luxure : « Voilà un seul péché capital dont les conséquences physiques effroyablement graves et généralisées justifient l’existence, pour la seule ville de Paris, de deux cent deux médecins uniquement spécialisés dans la vénérologie[16]. »

Lors du VIIIe congrès national de l’Association du mariage chrétien (1930), un groupement très proche de la Société St-Luc, le Dr Combes la présente comme une préfiguration d’un ordre des médecins, qu’il appelle de ses vœux. Les raisons qu’il expose, citant le Dr Cibrié, secrétaire général de la Confédération des syndicats médicaux, sont édifiantes :

« “Le médecin français a de ses devoirs, de tous ses devoirs, une conception très haute. Mais nous voyons, hélas ! d’autres médecins, produits de faciles “équivalences”, et venus de loin, vendre chez nous de la médecine comme on vend des tapis aux terrasses des cafés, apportant une mentalité que nous aurions préféré voir réservée aux “pays d’origine”. »

Nous attendons donc, poursuit Combes, pour les médecins, comme pour les sages-femmes, l’institution d’un ordre qui réglementera les droits et les devoirs de notre profession. En attendant sa réalisation, […] nous donnons tout notre appui à notre Société médicale de St-Luc, St-Côme et St-Damien, que préside avec tant d’autorité notre confrère le Dr Pasteau, et qui réunit, sous le patronage de nos cardinaux et évêques, les médecins catholiques de France[17]. »

Enfin, en février 1930, le Dr Mignon traite d’un sujet qui ne semble guère avoir passionné ses collègues jusqu’ici : « La douleur et le médecin catholique ». S’il admet d’emblée qu’il faut respecter la douleur comme un « signal », c’est la tarte à la crème, point tout à fait dénuée de rationalité d’ailleurs, qui justifie l’abstention médicale, Mignon en appelle au devoir de charité : « Je dis que nous n’avons pas le droit, au nom d’une doctrine qui dépasse les possibilités de l’immense majorité des sujets, de laisser se tordre dans les plaintes, les cris, les souffrances, les pauvres malades rongés de cancers inopérables, de névrites rebelles [etc.]. » De plus, la douleur, s’ajoutant à sa cause organique, peut mener le patient jusqu’au suicide, ce qui ne saurait laisser indifférent un médecin chrétien.

Mais c’est surtout, en 1935, le Dr Henri Bon, président du Comité de Franche-Comté de la Société Saint-Luc, qui va tenter d’effacer les fâcheux souvenirs laissés par les Surbled et consort. Il publie un Précis de médecine catholique, dans lequel il s’attache à discerner les racines de la complaisance religieuse à l’égard de la douleur. Lui-même, notons-le, qualifie d’« idée nouvelle » le devoir du médecin de soulager ses patients.

« Il ne nous appartient pas d’examiner ici le sens et la place de la souffrance dans la vie humaine, et dans la vie chrétienne en particulier. rappelons seulement la parole du Christ : “Bienheureux vous qui pleurez…” et la phrase de saint Paul ; “J’achève dans ma chair ce qui manque à la passion du Christ.” Bien des malades y ont puisé la patience, la force et l’espérance. Mais pour le médecin chrétien, son attitude envers la souffrance lui est dictée par le devoir de charité et par le devoir professionnel : soulager.

Il est assez curieux de voir que cette vérité élémentaire a pu être contestée par certains auteurs, peut-être moins imbus d’une véritable conviction du caractère obligatoire de la douleur mentionnée par les Écritures, que laudatores temporis acti [apologistes des temps révolus[18]] et reculant devant l’adaptation à l’idée nouvelle. Leur rigidité était d’ailleurs d’autant plus exigeante que la douleur en question les concernait moins : “Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front” était susceptible d’interprétation ; mais “Tu enfanteras dans la douleur” ne l’était pas, et l’emploi de l’anesthésie dans l’accouchement a été le grand scandale de ces farouches qui n’étaient évidemment pas des femmes[19]. »

Il est intéressant pour notre propos de noter que le Dr Bon n’a rien d’un apostat. Il partage les craintes de la majorité de ses collègues quant aux risques d’accoutumance à la morphine, et se préoccupe autant de l’âme des opérés que de leur corps : « Avant toute anesthésie générale, même la plus brève, on doit faire [en raison du risque mortel] la désinfection de l’âme. » Bien plus, il ne dédaigne pas — est-ce un peu par diplomatie ? — l’éventualité d’un miracle : « Enfin nous ne devons pas oublier la possibilité du miracle, soit miracle complet qui donne la guérison, soit miracle partiel qui supprime la souffrance, soit miracle moral qui donne la résignation et la grâce pour supporter la douleur, et l’on sait que ce miracle moral est fréquent, notamment à Lourdes. […] Mais en attendant le secours de Dieu que le médecin doit savoir demander pour son malade, un emploi judicieux de l’anesthésie […] permettra d’agir pour le soulagement du patient, presque aussi bien que par l’euthanasie [je souligne]. » C’est là, dans une formule qui pourrait paraître empreinte d’humour noir, l’émergence d’un argument moderne contre l’euthanasie : réconfort moral et anesthésie la remplacent avantageusement.

 

Les gardiens du dogme

Durant les trois ou quatre premières décennies du vingtième siècle, les propagandistes catholiques (non-médecins) et les gens d’Église s’expriment abondamment et régulièrement sur la douleur. Leur littérature ne se distingue de celles des médecins que par une propension aux sophismes moralisateurs, et le recours systématique au dogme, que les praticiens dédaignent le plus souvent. Là où quelques médecins vont se pencher, par compassion, sur les souffrances des malades, les théologiens ne traitent de la douleur qu’autant qu’elle remet en cause ou illustre la légende noire des origines de l’humanité, et donc du « péché », telle qu’elle est répandue par la religion.

Douleur et mort sont en effet de constants rappels de l’état d’innocence première : « En ce temps la Douleur, lugubre fiancée / A l’homme n’avait point osé donner la main ; / Riante jusqu’au bout la route était tracée, / La Mort n’attendait pas au terme du chemin. » Ces temps sont révolus, que décrit sans trop de nostalgie un poète capucin[20], dans La Douleur, ses Trésors, ses Gloires, pièce de deux-cent quarante-quatre vers.

Plus programmatique et plus tardif, le Dictionnaire apologétique de la foi catholique contenant les preuves de la religion et les réponses aux objections tirées des sciences humaines[21], n’est pas moins frivole sur le fond. En guise de « réponses à des objections », l’homme est mis devant le fait accompli de la création du monde : « Si, pour des fins de lui connues, il [la divinité] préfère à la non-existence de la nature son existence amoindrie par le mal, l’homme doit évidemment soumettre sa courte sagesse aux desseins de la divine Providence. » A-t-on voulu atténuer cette évidence en forme de diktat ou au contraire rabaisser davantage l’humain sous le sarcasme ? Le ton devient familier, et quasi canaille, pour évoquer l’état dans lequel l’homme survit à son éviction de l’Éden : « Retombé, par la faute originelle, sous la loi commune de la mort, l’homme conserve, de son premier patrimoine, d’assez beaux restes pour pouvoir encore louer la libéralité de son Créateur[22]. » De beaux restes ! Encore trop beaux d’ailleurs ! Pour user d’une métaphore biblique, autant jeter des perles au pourceau ! Lequel mérite bien d’être remis à sa place : « Il demeure bon et salutaire pour l’homme de se voir rappelé quelquefois, fût-ce par des secousses terribles, au sentiment de sa condition réelle et de l’hommage qu’il doit à son Créateur. » On ne saurait dire plus clairement que la douleur, téléguidée d’« en haut », est destinée à plonger l’orgueilleux le nez dans sa fange.

Il est des prédicateurs qui préfèrent le discours social et la fraternité emphatique à la badine du porcher. L’abbé Jean Vaudon, vicaire général honoraire de La Rochelle, est de ceux-là. Il a « prêché ici et là », selon son expression, entre 1888 et 1900[23]. La douleur sert, classiquement, à châtier ceux qui se rendent coupables de volupté : « Ils avaient oublié Dieu sur le chemin du plaisir ; ils le retrouvent sur le chemin de la croix. Peu à peu, à la rude école de la souffrance, ils ont réappris la vertu : la chasteté rentre dans les cœurs d’où les passions ignominieuses l’avaient bannie. La douleur a été une grâce de purification. » Mais après la punition, vient la rédemption ; la douleur ouvre le cœur humain à la conscience sociale et à la charité : « Écoute, mon frère ; avant d’avoir souffert, que faisais-tu de ce don précieux de la vie ? Tu n’en faisais rien. […] Savais-tu seulement qu’il y a autour de toi des ouvriers et des pauvres ; des ouvriers sans travail, des pauvres sans pain ? Savais-tu qu’il y a un pays, le tien, qui s’appelle la France et qui souffre ? Savais-tu qu’il y a des berceaux sans baptême, des écoles sans Dieu, des tombes sans espoir ? » Cette « connaissance » qui dessille les yeux du pêcheur peut ne pas être dépourvue, d’un érotisme discret, lorsque par exemple « chaque douleur devient comme un baiser que le Crucifix nous donne[24] ».

Perversion toujours, mais du genre sadique, dans Douleur et Résignation, gros ouvrage de 345 pages, qui paraît en 1917, en pleine guerre. Le raisonnement, ou plutôt la métaphore à laquelle recourt l’auteur est particulièrement intéressante pour nous, qui venons d’étudier la timide évolution des médecins catholiques. Il identifie en effet douleur et geste thérapeutique. Elle n’est pas seulement l’une de ses conséquences inévitables : elle est l’acte guérisseur. Cette manière d’illustrer le concept de rédemption coupe toute retraite mentale au praticien et au patient, qui souhaiteraient rompre avec la fatalité doloriste. « Pourquoi la douleur ? — Eh bien finalement, c’est pour notre bien. La douleur, c’est le scalpel entre les mains du médecin : le but du scalpel n’est pas de faire souffrir, mais de guérir. […] [La douleur] s’attaque à l’endroit le plus sensible […] parce que c’est frappée en ce point que notre âme rendra le plus beau son. »

À quoi songe-t-il, M. Rouzic, en usant de cette étrange métaphore ? À l’âme et au son du violon[25] ? Cela ne conviendrait pas au « tragique chirurgical » de la situation. Risquons une autre lecture, guerrière celle-là. On sait que, comme toutes les bouches à feu, le canon a lui-aussi une âme : l’évidement intérieur de son tube, où l’on place l’obus. N’est-ce pas le son des canons qui retentit aux oreilles de l’auteur, et des images de champs de bataille qui se présentent à ses yeux ? On note avec intérêt que le même Rouzic a également commis une Théologie de la guerre, dans laquelle il attribue l’invasion de la France au châtiment divin[26] de ce qu’il appelle « l’emploi criminel de notre liberté ».

Vocabulaire martial, encore, dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique, déjà cité : « La douleur […] ne laisse pas de coopérer efficacement au maintien ou au rétablissement de l’ordre universel, parce qu’elle apporte un appui au commandement divin et un exercice à la vertu. Cette vérité, acceptée cordialement, dispose l’âme aux sacrifices nécessaires et l’arme contre les suggestions déprimantes du pessimisme. »

 

Changement de cap

Dans les années 70, le discours catholique sur la souffrance change, et — ce qui est plus remarquable, comme en témoignent les positions « révisionnistes » des Verspieren et de Dinechin — il reconnaît qu’il change, et que ce changement est rendu nécessaire par les erreurs du passé. Significativement, d’ailleurs, c’est d’abord le silence qui est valorisé par rapport à l’ancienne logorrhée doloriste.

« Le discours religieux a évolué très rapidement depuis quelque temps, écrit Philippe Deschamps, aumônier de l’Hôtel-Dieu, dans la revue Médecine de l’homme, qui a succédé au Bulletin de la Société Saint-Luc. Sur le sujet de la souffrance, il s’est réduit considérablement. […] En face de grands souffrants, nous ne savons plus que dire. Nous percevons que l’attitude qui convient le mieux est encore celle du silence, d’un silence plein de respect. »

On n’hésite pas à faire état d’exemples donnés par des personnalités religieuses : « Souvenons-nous du Cardinal Veuillot, homme de doctrine s’il en fut, très conscient de son rôle d’évêque, gardien et témoin de la Foi. […] Quelques jours avant sa mort, il dit à peu près ceci à un prêtre ami qui l’assistait : “Dites aux prêtres de ne pas parler de la souffrance. J’en ai moi-même beaucoup trop parlé. Y repensant, j’en ai pleuré !” »

« La souffrance, conclut Deschamps, a été, est et sera toujours un mal, en elle-même. On en avait presque fait un bien : la clef du salut[27]. »

Dans Médecine de l’homme toujours, l’année suivante, un prêtre tente de trouver des fondements bibliques à une nouvelle attitude en face des malades et des mourants. Dans les écritures, la souffrance n’est pas considérée comme le châtiment d’une faute.

Selon la légende rapportée par l’évangile de Jean, tant à propos de l’aveugle qu’il guérit, que de Lazare qu’il ressuscite, « Jésus le dit explicitement : “Cette maladie est destinée à faire paraître la gloire de Dieu”. Paroles décisives, car elles rejettent catégoriquement les explications toujours plus ou moins prêtes à surgir : s’il est malade, s’il est frappé et humilié, c’est qu’il a péché. Et si ce n’est pas lui, ce sont ses parents (Jean 9, 2). Ni lui ni ses parents, répond Jésus. […] Tout l’Évangile au contraire, toutes les réactions de Jésus témoignent que la gloire de Dieu n’apparaît pas dans la maladie mais dans la guérison[28]. »

On pourrait juger que ces positions, défendues par des ecclésiastiques de « terrain », sont après tout en simple conformité avec celles qu’exprimaient le pape Pie XII dans un discours de 1957 : « À la longue, la douleur empêche l’obtention de biens et d’intérêts supérieurs. Sans doute ne la fera-t-on jamais disparaître complètement de l’humanité, mais on peut contenir en de plus étroites limites ses effets nocifs[29]. » Elles présentent l’intérêt supplémentaire de marquer un retournement de tendance par rapport à la laïcisation du début de siècle ; ce sont maintenant des prêtres qui assument la tâche de réviser la morale des médecins, et ils sont accueillis pour ce faire dans une revue médicale.

Michel Riquet, aumônier honoraire du Centre catholique des médecins français, qui résume la philosophie pontificale en 1984, pour Le Figaro, juge bon d’affirmer, dans un bel élan d’optimisme rétrospectif : « Les milliers de médecins chrétiens et non chrétiens que j’ai fréquentés n’ont jamais eu d’autres conceptions de leur devoir. »

Devant le Sénat, en 1994, de Dinechin ne manque pas de citer la Déclaration du Conseil permanent de la conférence des évêques de France sur le respect dû aux mourants[30]. L’épiscopat y apporte, en effet, soutien et « encouragements les plus sincères » au développement des soins palliatifs. Les médecins et chercheurs qui travaillent sur les antalgiques depuis quelques décennies sont qualifiés de « bienfaiteurs de l’humanité ». Pourtant, les évêques surestiment les « graves objections d’ordre médical » qui auraient retardé, croient-ils, l’emploi des analgésiques. Qui plus est, en affectant de déplorer l’immobilisme de certains catholiques, ils donnent le beau rôle à leur Église : « Ces appels répétés de l’Église à la recherche de moyens efficaces pour combattre la douleur de la fin de la vie n’ont, semble-t-il, pas été toujours entendus même par des catholiques. » Même par des catholiques ! C’est laisser entendre que l’Église a joué un rôle moteur dans l’évolution des mentalités collectives, quand, en vérité, elle a mis longtemps à abandonner une partie de ses démons. Encore est-ce au prix d’un déni de l’histoire !

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[1] Le Monde, 4 avril 1996.

[2] Rapport d’information fait au nom de la commission des affaires sociales du Sénat sur les problèmes posés, en France, par le traitement de la douleur. Lucien Neuwirth. Rapport n°138, annexe au procès-verbal de la séance du 12 décembre 1994, pp. 173 et suivantes.

[3] Ce sujet a été peu traité, jusqu’ici, par les historiens et les chercheurs. Dans son Histoire de la douleur (La découverte, 1993) Roselyne Rey ne lui a consacré que 6 pages (sur 414) ; Pierre Guillaume, qui étudie, dans Médecins, Église et foi (Aubier, 1990), les activités d’une association de médecins catholiques que nous allons découvrir, ne s’intéresse pas à la question qui nous occupe : leur attitude face à la douleur, en tout cas jusqu’à la période — fort tardive (1970 environ) — où elle évolue profondément.

[4] C’est moi qui souligne.

[5] 1941, p. 35. L’ouvrage contient également une contribution du Dr Jean Lhermitte.

[6] Imprimé à Valence, l’ouvrage (132 p.) est dédié à M le Pasteur J. Viel, président du Consistoire de Toulouse. Citations pp. 86 et 92.

[7] Tables générales de l’Ami du clergé, 1909-1923.

[8] Haro sur les chapelles rivales ! On se souvient que l’exposé s’inspire des travaux du jésuite Verspieren…

[9] Entre prêtres et médecins, se déroule par exemple une véritable lutte « territoriale » au chevet des mourants. Les premiers s’inquiètent de ce que les seconds rédigent des certificats de décès de complaisance, qui conduisent à accorder des funérailles religieuses à des suicidés, qui n’y ont pas droit. Des prêtres sont également inculpés d’exercice illégal de la médecine, pour avoir pratiqué des césariennes post mortem pour baptiser un fœtus. En 1899, le Saint-Office lui-même impose de faire appel à un médecin. Il faut attendre la fin des années 30 pour que soit validé le baptême in utero. Cf. Médecins, Église et foi, P. Guillaume, op. cit. pp. 79, 81.

[10] Sur l’histoire de la Société, on consultera Médecins, Église et foi, P. Guillaume, op. cit.

[11] « De la lutte contre la pornographie », Bulletin de la société médicale de St Luc, St Côme, St Damien, février 1922. Le titre, que j’abrégerai désormais en Bulletin, devient dans les années 50 : Saint-Luc, Évangile et Médecine, puis dans les années 60 Médecine de l’homme, organe du Centre catholique des médecins français.

[12] Bulletin, juillet—septembre 1895. Le Dr Alibert est favorable à la fécondation artificielle, tandis que d’autres praticiens, les Dr Moissenet et Larieu se déclarent respectivement hostile et très réservé. Pierre Guillaume écrit trop rapidement que « Le Bulletin se déclare ainsi favorable à la fécondation artificielle en 1895. » op. cit. pp. 93-94.

[13] L’expression n’est pas anachronique. En août 1929, par exemple, le Journal médical français publie un numéro entièrement consacré à l’anesthésie en obstétrique, envisagée sans le moindre moralisme. L’un des articles s’intitule « L’accouchement sans douleur ».

[14] Extrait de la Revue de Lille, août 1904.

[15] Terme d’époque pour « eugénisme ».

[16] Bulletin, juillet-août 1931, « Les causes spirituelles des maladies physiques ».

[17] L’Église et l’eugénisme, Association du mariage chrétien, éditions Mariage et famille, 1930, p. 59.

[18] Formule empruntée à l’Art poétique d’Horace, où il stigmatise le passéisme nostalgique qui fait dénigrer le présent.

[19] Chap. XXII, « La souffrance et le médecin catholique ».

[20] P. Léon, des frères mineurs capucins de Paris. Reproduit en volume, le poème est d’abord paru dans les Études Franciscaines du 15 avril 1900.

[21] A. D’Alès, 1923, t. 4, article « Providence », titre II « La providence et le mal physique ».

[22] La libéralité du « Créateur » peut prendre la forme inattendu, mais fort utile, d’un sac de haricots qui se remplit tout seul au fur et à mesure que la sœur économe d’une pension religieuse y puise la nourriture quotidienne. Le fait est ancien (vers 1830), mais rapporté dans une publication récente (1923). L’auteur du dictionnaire la reproduit « au risque de faire sourire ceux qui ne croient pas aux miracles évangéliques ».

[23] La Douleur et la Mort, 1909, recueil de textes des conférences données à Passy, Orléans, Dijon, Marseille, Bourges, Nancy, Besançon et Issoudun.

[24] Vaudon cite ici l’abbé Gay, théologien mystique (De la Vie et des Vertus chrétiennes). Il renvoie également à d’autres auteurs catholiques qui défendent ou ont défendu des thèses proches des siennes. Autant d’exemples supplémentaires de la production pléthorique du dolorisme religieux : Bougaud, Le Christianisme et les Temps présents ; Franqueville, La Souffrance et l’Église catholique ; Doublet, Conférences aux dames du monde ; Mgr Turinaz, La Troisième Béatitude.

[25] L’âme du violon est un petite pièce de bois, placée sous le chevalet, entre les deux tables, et qui communique les vibrations à tout l’instrument.

[26] Ce qui a peut-être inspiré les réflexions du Dr Sonnié-Moret, évoquées plus haut.

[27] Médecine de l’homme, revue du Centre catholique des médecins français, février 1973, n° 52, « Un prêtre devant la souffrance des autres ». Pierre Veuillot (1913-1968), fut évêque d’Angers, archevêque de Paris, et cardinal en 1967.

[28] Médecine de l’homme, février 1974, n° 62, « Maladie, mort et guérison selon les écritures », Jacques Guillet.

[29] Cité par de Dinechin, Rapport sénatorial, op. cit., p. 176.

[30] « Respecter l’homme proche de sa mort », 23 septembre 1991.