Une «Femen» «amendée»? ou «Jésus reviens, ils sont devenus mous!»

À l’approche des fêtes religieuses (et consuméristes), je vais faire preuve d’un œcuménisme que certain(e)s jugeront surprenant, voire outré, en Capture d’écran 2014-11-16 à 20.04.17reproduisant intégralement une dépêche trouvée sur le site de La Bonne nouvelle [sic], mensuel de l’Église évangélique du canton de Vaux.

On notera d’abord son titre, qui du fait d’un helvétisme charmant (ou s’agirait-il d’un jeu de mots délibéré ? non, n’est-ce pas!), semble prendre les désirs des rédacteurs pour la réalité : il est peu probable que la militante Femen se soit amendée sous prétexte qu’elle a été punie d’une amende (passons sur la faute d’accord, qui n’en commet jamais ?).

À moins que…

 

Une Femen amendée pour avoir profaner [sic] la cathédrale

Une activiste Femen a été condamnée à soixante jours-amendes à 25 francs. Elle avait perturbé la messe de noël en 2013 à la cathédrale de Cologne en sautant à demi-nue sur l’autel. Le procureur avait ouvert une action en justice contre la jeune femme, qui vit aujourd’hui à Hambourg, pour perturbation de l’exercice du culte. Josephine Witt avait sauté sur l’autel où le cardinal Joachim Meisner célébrait la messe. On pouvait lire sur sa poitrine le slogan «Je suis Dieu». Elle avait en outre proféré des paroles anti-religieuses.

La jeune femme, âgée de 20 ans à l’époque, aurait pu être jugée par le tribunal des mineurs. En Allemagne en effet le droit pénal des mineurs peut s’appliquer pour des actes commis jusqu’à 21 ans, notamment lorsqu’il s’agit de faits lié à un comportement de jeune, irréfléchi et commis par goût de l’aventure ou de la provocation.

Un geste politique

Le procureur a estimé que la jeune femme, issue d’une famille stable, ayant passé son baccalauréat à 18 ans, avant de travailler dans l’aide au développement et d’entreprendre des études supérieures, n’avait en rien agit de manière spontanée ou irréfléchie. Il a donc requis la peine prévue par le code pénal des adultes, soit 80 jours-amendes.

L’accusée a elle-même reconnu que son geste avait un caractère pleinement politique. Il ne s’agissait pas en priorité de perturber la messe, mais de manifester pour les droits des femmes, la paix et la réconciliation. Raison pour laquelle elle avait enlevé ses bottes afin de ne blesser personne et s’était ensuite laissée emmenée sans résistance. Elle s’est dite surprise de l’ampleur de la réaction dans l’assemblée. Elle a regretté en outre que son geste n’ait visiblement pas provoqué de prise de conscience dans l’Eglise catholique. Elle a enfin refusé de s’exprimer sur la peine infligée.

 

Utile dépêche, décidément, qui nous révèle une particularité du droit des mineurs germanique qui permet de poursuivre comme mineur(e) un(e) majeur(e) qui a commis un délit «par goût de l’aventure ou de la provocation». Si l’on décide de faire confiance aux bienheureux nouvellistes du canton de Vaux, c’est une information précieuse. Même si, en l’espèce, un procureur a jugé — de manière très honorable d’ailleurs — qu’il importait de prendre au sérieux l’acte militant de Josephine Witt.

Josephine a eu de la chance dans son malheur… Elle aurait tout aussi bien pu être, sous d’autres cieux, lapidée pour blasphème ou tout simplement enfermée en hôpital psychiatrique pour s’être présentée comme «Dieu».

Que savons-nous de Dieu me direz-vous ?

Que savons-nous de Josephine ? vous répondrai-je.

Peu de choses et beaucoup à la fois. Josephine semble, au moins par le mode d’action qu’elle a choisi, se rattacher au mouvement Femen. En effet, sauter « à demi-nue » sur l’autel ne peut signifier qu’une chose: les seins nus. Je pense que si Josephine avait exhibé ses fesses et son pubis dans la cathédrale de Cologne, on nous en parlerait autrement (ce qui peut, si vous y tenez absolument, être considéré comme le symptôme d’une évolution des mœurs).

Femen ou assimilée, donc. Mais Josephine inscrit un étrange slogan sur son torse : Je suis Dieu. Admettons qu’il s’agit là de ce goût de la provocation juvénile, dont le procureur n’a pas voulu tenir compte. Josephine ne croit pas vraiment qu’elle est Dieu. Elle fait ça pour emmerder le catho, si l’on me passe cette expression un peu crue. C’est sûrement ça.

Sauf que non. Pas exactement.

Que voulait-elle nu-manifester ? « Il ne s’agissait pas en priorité de perturber la messe, mais de manifester pour les droits des femmes, la paix et la réconciliation. »

Passons sur la première affirmation, peut-être imputable à un tardif souci tactique. En effet, la meilleure manière de ne pas perturber une messe de Noël dans une cathédrale est de ne jamais y mettre les pieds (je m’en tiens, pour ce qui me concerne à cette règle de conduite). Et venons-en aux objectifs.

1) Les droits des femmes. C’est un peu général, mais je comprends.

2) La paix. C’est extrêmement général, mais je veux bien comprendre.

3) La réconciliation. C’est excessivement vague, tellement que je n’y comprends plus rien.

Réconcilier ?…

L’Église avec les femmes, dont elle piétine depuis toujours les droits ?… Les procureurs avec les jeunes filles majeures ?… Ou qui avec quoique ?!?

Tant qu’à se mêler de liturgie et de théologie, Josephine-“Dieu”-Witt aurait peut-être mieux fait de relire ses classiques:

Évangile selon Matthieu, 10, 34-36.

[Jésus speaking]

N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère, et la bru à sa belle-mère: on aura pour ennemis les gens de sa famille.

La Bible de Jérusalem, Desclée de Brouwer, p. 2017.

Franchement, on préfère l’original à la copie, là ! (même si, voir illustration ci-après, les exploitants du label ont fait dans niaiserie consensuelle, sauf en temps de guerre, cela s’entend !).

«Réconciliation», poursuivent les Vaudois « raison pour laquelle elle avait enlevé ses bottes afin de ne blesser personne ».

Voilà, c’est le détail de trop. Maintenant, et puisque je sais Josephine en liberté, avec quelques heures de TIG à effectuer, je peux le dire sans état d’âme (le moment de le dire !): Josephine m’agace.

Je veux bien croire que le spectacle de cette jeune femme se perchant, les seins nus, sur l’autel de la cathédrale de Cologne avait quelque chose d’original, et même de piquant par les réactions qu’il a suscitées dans l’assistance. Je veux bien admettre la sincérité de ses convictions pacifistes-réconciliatrices. Mais en fait de messie, de rebelle, et de féministe radicale, elle mérite plutôt d’être promue cheftaine scout que d’être amendée par le travail.

Une cheftaine scout condamnée à repeindre la sacristie…

Regrettons que cela n’ait «visiblement» pas provoqué de «prise de conscience dans l’Église catholique», qui continue à compter sur une main-d’œuvre aussi aléatoire (et gratuite !) pour la réfection de ses locaux. Heureusement que les protestants sont là pour débiner fielleusement la concurrence. Sinon, on ne l’aurait pas su.

 

Capture d’écran 2014-12-12 à 17.10.58