JE CHANTE LE CORPS CRITIQUE. Chap. 2 Le body building capitaliste

Je chante le corps critique

 

On trouvera ci-dessous le deuxième chapitre de mon livre Je chante le Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.22corps critique, édité chez H & O.

J’ai mis en ligne l’intégralité de ce livre avant même d’avoir trouvé un éditeur; je l’ai laissé en ligne par la suite. Je récidive ici. Cependant, je ne saurais trop conseiller à celles et ceux qui s’intéressent à son contenu de se soucier aussi de son support papier, et d’en acheter un exemplaire. Non pas tant pour soutenir matériellement l’auteur (je n’y gagnerai pas un centime) mais pour convaincre l’éditeur (celui-ci et d’autres) que prendre en charge un ouvrage de cette sorte a encore un sens. Je ne choquerai ici que les ignorants du travail intellectuel : je n’aurais jamais fourni un tel effort pour simplement alimenter la colonne de mon blog. La lecture n’est pas une activité « neutre », et encore moins « privée »… pas de responsabilité politique en tout cas.

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Introït

Selon ses apologistes, le capitalisme moderne est le mode idéal de domestication de la nature, des ressources naturelles et humaines. Dans le vocabulaire du management, le titre de « directeur des ressources humaines » n’évoque pas seulement — et beaucoup plus crûment que l’ancien « directeur du personnel » — l’exploitation du travail, mais la prétention capitaliste à exprimer la nature, y compris la nature humaine, comme on écrase une tige pour en exprimer le suc.

En transformant le corps mortel des hommes, dans la production salariée et par les nanotechnologies, le capitalisme glorieux prétend désormais exalter la nature, s’y substituer sous forme d’abstractions (la valeur, l’économie) et de créations (OGM, androïdes). Où la critique sociale dénonce l’aliénation du travail et la médiation publicitaire, le capital vise l’extase, l’action d’être hors de soi.

Un tel programme, par quoi le capitalisme moderne se pose en relève du vieux mysticisme, réclame et mobilise, bien loin de l’éthique protestante des origines, démesure, dilapidation et divagation. Certes, chaque patron de firme salarie des comptables chargés de dire le moindre coût du travail humain. Au mieux, il s’assure de l’hygiène physique et morale de ses employé(e)s, dans la perspective immédiate de la production : cités ouvrières au XIXe siècle, salles de gymnastique aujourd’hui. Cependant, aucun forum de Davos ne se soucie, autrement que sur le mode d’une charité compensatoire, d’évaluer le coût humain de l’exploitation capitaliste, même du point de vue de son expansion raisonnée. C’est une contradiction, dont certains révolutionnaires ont déduit à tort une issue rapide et fatale, et qui fait le dynamisme du Capital.

L’eau glacée du calcul égoïste, dont parle le Manifeste communiste, ce sont bien les émotions, collectives ou personnelles, que la bourgeoisie y a trempées, et non pas pour les y dissoudre comme dans un bain d’acide, mais pour leur faire subir les modifications chimiques qui mènent du désir de sens au désir de marchandise. Dûment préparé par l’éducation à la honte de soi, le désir de marchandise connaît une acmé de plus en précoce, notamment chez les très jeunes filles, dans le désir d’être soi-même marchandise, seule manière connue et reconnue d’être désirée ou simplement tolérée.

Les consommatrices des pays industrialisés et leurs filles peuvent par exemple, à l’aide de la « calculette à points Weight Watchers […] gérer quotidiennement [leur] capital points. [L’appareil] mémorise tous les points dans une banque de points, jour après jour[1] ». Leur rapport au monde, le regard des autres et des hommes sur leur corps leur sont transmis, chaque jour, chiffrés dans le vocabulaire de l’économie.

 

 

  1. Le corps normé

 

L’IMC : Indice marchand de corporence

Quotidiens d’information et magazines féminins invitent leurs lectrices à calculer leur IMC ou « indice de masse corporelle », dont on s’abstiendra de répéter ici l’inepte formule. Rappelons simplement qu’elle prétend, par une combinaison entre la taille et le poids, déterminer la corpulence médicalement acceptable. Certains spécialistes de l’obésité précisent, en guise d’excuse liminaire, que cette abstraction statistique ne serait pertinente que pour le « type caucasien[2] ». Réminiscence de géographie coloniale, l’expression est encore aux États-Unis un euphémisme couramment utilisé pour « race blanche ». Il a le mérite de rappeler que les classifications de population à partir du physique ne servent qu’à fonder des discriminations, fussent-elles « positives ». Ce qu’un nutritionniste exprime en d’autres termes :

« L’IMC sert à caractériser des groupes plus que des individus, son caractère normatif enferme la réflexion médicale dans le cadre arbitraire du “poids idéal théorique” alors que pour un même IMC, les risques pour la santé diffèrent grandement d’un individu à l’autre et d’une population à l’autre[3]. »

De faible pertinence scientifique et d’un usage social suspect, l’IMC mérite plutôt d’être rebaptisé « Indice marchand de corporence[4] ». Il habitue les femmes (et dans une moindre mesure les hommes) à regarder leur corps comme une marchandise qui, même appropriée par un homme, voit sa valeur sans cesse attaquée et révisée à la baisse. Et ce, d’autant plus pour chaque femme particulière que la « féminité » abstraite est à la hausse. Nous aurons l’occasion de vérifier que beaucoup de femmes intériorisent cette « bourse » imaginaire même lorsque leurs compagnons n’en tiennent pas compte.

Sans doute, la norme n’est pas la seule cause de souffrance, et l’on ne saurait inférer des considérations précédentes qu’il n’existe pas de personnes dont la santé physique et le bien-être sont menacées par un poids excessif. L’obésité de masse est même une création capitaliste récente, qui concentre dans la construction et l’exploitation du corps humain les énergies anarchiques du capitalisme moderne. Aux États-Unis, on estime à 300 000 le nombre de décès annuels liés à l’obésité[5]. C’est bien le cas de dire que pour un tel système, tout fait ventre : l’obésité produite par une alimentation industrielle grasse, surchargée en sel et en sucre et l’idéal anorexique, suggéré à des millions de femmes et de jeunes filles qui suivent des régimes aberrants. Ces régimes redoublent les risques de santé encourus, en fixant des idéaux hors d’atteinte mis au point à cet effet par les magazines féminins, l’industrie cosmétique et les fabricants de prêt-à-porter. Faux ennemis, Mac Donald et Slim Fast se complètent pour mettre en coupe réglée un corps devenu champ de bataille[6]. Lire la suite

JE CHANTE LE CORPS CRITIQUE. Chap. 1 Production et reproduction : corps de classe, corps de genre

Je chante le corps critique

On trouvera ci-dessous le premier chapitre de mon livre Je chante le corps Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.22critique, publié chez H & O.

J’ai mis en ligne l’intégralité de ce livre avant même d’avoir trouvé un éditeur ; je l’ai laissé en ligne par la suite. Je récidive ici. Cependant, je ne saurais trop conseiller à celles et ceux qui s’intéressent à son contenu de se soucier aussi de son support papier, et d’en acheter un exemplaire. Non pas tant pour soutenir matériellement l’auteur (je n’y gagnerai pas un centime) mais pour convaincre l’éditeur (celui-ci et d’autres) que prendre en charge un ouvrage de cette sorte a encore un sens. Je ne choquerai ici que les ignorants du travail intellectuel : je n’aurais jamais fourni un tel effort pour simplement alimenter la colonne de mon blog. La lecture n’est pas une activité « neutre », et encore moins « privée »… pas de responsabilité politique en tout cas.

 

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  1. Salariat et hygiénisme

Paris, le 23 mars 1979, avenue de l’Opéra. Les affrontements avec la police sont violents ; les militants autonomes ont réussi à faire cause commune avec des sidérurgistes, notamment de la CFDT de Longwy. Tous les sympathisants révolutionnaires qui n’ont pas été préventivement raflés le matin sont présents. Les bureaucrates de la CGT peinent à repêcher leurs militants au milieu des bagarres, pour les amener vers les cars. L’air est irrespirable, saturé de gaz lacrymogène. Je me trouve dans un groupe hétéroclite qui reflue. Un militant CGT crie son indignation. Nous sommes pareillement équipés — casque et gants — mais c’est sa tenue de travail, tandis que je corresponds au portrait-robot du « casseur ». À la fin des années 70, les affrontements physiques sont encore courants entre cégétistes d’un côté, anarchistes, gauchistes ou autonomes de l’autre.

Que gueule-t-il ?

« On devrait pas r’culer. On a qu’à résister ! »

Et comme je lui fais observer que nous avons les mains vides, contre les fusils lance-grenades et les matraques, il ajoute, campé sur ses jambes, en écartant les bras du corps : « Rien qu’avec not’ force ! »

Paris, le 10 juin 2003, place de la Concorde. La police occupe le pont et interdit l’accès à l’Assemblée. Après quelques échauffourées, le service d’ordre CGT qui protégeait les barrières métalliques s’est retiré. À part les CRS, personne n’est casqué ni armé. Quelques rares bouteilles vides volent vers le barrage. Le grenadage commence. À chaque fois que le nuage s’étend sur la place, la foule se retire en désordre. On voit beaucoup de jeunes femmes, probablement des enseignantes en grève et des intermittentes du spectacle. Lorsque le nuage se disperse, les manifestant(e)s, très mobiles, reviennent obstinément narguer les gardiens du pont. Après plusieurs aller et retour, je remarque un groupe d’hommes, presque seuls à ne pas se joindre au ballet général. Ils portent des gilets fluorescents. Il faudra que les tirs les visent délibérément pour qu’ils consentent à s’écarter de quelques mètres, encore est-ce d’un pas presque nonchalant. Ils me disent être employés au chauffage urbain.

Deux exemples, à vingt ans d’intervalle, d’une différence persistante d’attitude corporelle dans les manifestations de rue, surtout lorsqu’elles tournent à l’émeute. Le plus souvent, les militants des groupes révolutionnaires, les manifestants isolés, et après 1990, les jeunes de banlieue, pratiquent une hypermobilité, plus ou moins délibérée, plus ou moins efficace, tandis que l’ouvrier, lui, fait front. C’est peut-être une erreur stratégique dans telle situation précise, mais c’est ainsi qu’il se tient. La jeune prof, l’employé de bureau au chômage ou l’étudiant ne sont pas moins courageux. Peut-être sont-ils en meilleure forme physique. Mais ils n’ont pas acquis le même mode d’emploi de leur corps et de sa force. On dira que c’est dans l’affrontement physique, et plus particulièrement dans le combat de rue, que le corps de classe se manifeste avec le plus d’évidence.

Esperluette

[1] Le 15 novembre 2000, quatre ouvriers de la Compagnie parisienne de chauffage urbain mourraient dans un accident dû à une pression excessive de vapeur, alors qu’ils mettaient une canalisation en service, boulevard Ney, près de la porte de Clignancourt. Dix autres étaient blessés, dont deux grièvement. Vaporisés, les corps de ces ouvriers morts d’un accident du travail sur ou plutôt sous la voie publique, ont laissé moins de trace dans la presse, dans les déclarations des autorités et dans la mémoire des Parisiens que les victimes de l’éruption de Pompéi, dont au moins l’ombre reste portée par quelques murs.

Esperluette

La vue, l’ouïe, le toucher, le goût, l’odorat, l’équilibre, le travail mobilise et dégrade toutes les fonctions du corps. Doigts coupés par les presses, orteils écrasés par les briques chaudes à peine démoulées, poumons brûlés par les vapeurs toxiques, maux d’estomac et troubles du sommeil, arthrose, rhumatismes et varices dans les conserveries, arrachement musculaire au énième pack de bouteilles d’eau minérale déplacé à bout de bras par la caissière du supermarché[2], troubles oculaires et musculo-squelettiques des employé(e)s du tertiaire.

« Gueules noires » des mineurs, maquillées de charbon, dont le noir de fumée (utilisé dans la fabrication des pneus) cernait les yeux des dockers qui le transportaient ; corps jaunis par le tétryl des ouvrières anglaises fabricant des obus pendant la Première guerre mondiale, qui leur valent le surnom de « filles canari[3] » ; mains colorées par la teinture des jeans, mains bleues, dont les ouvrières licenciées par la firme Levi’s ont fait un nom collectif et le titre d’un livre[4]. Elles y racontent les doigts emmaillotés de pansements pour ne pas tacher de sang les pantalons neufs ; les doigts cousus par la machine, deux aiguilles enfoncées dans la chair.

Esperluette

 

Je repense aux doigts bleus, cousus sur le tissu rêche, devant cette publicité de Levi’s : une jeune femme en jean, assise dans une position étrange, fesses posées, dos rond, la jambe droite relevée, en appui sur le bras droit, le gauche dissimulant sa poitrine nue[5]. Sa bouche est entr’ouverte, son visage penché en avant, ses paupières baissées ; elle ne peut regarder que son sexe, dissimulé à nos regards par la jambe levée. Posture acrobatique et nudité suggèrent l’idée d’un ajustement érotique : la femme observe ce qui la pénètre.

« Le jean ajusté. Rien ne pourra les séparer », confirme le texte qui barre verticalement la page. On ne distingue pas immédiatement le détail qui forme le ressort de la publicité : le jean est cousu sur les reins de la jeune femme. Comme le pantalon baille légèrement, le fil s’étire d’un ou deux centimètres entre la ceinture et la chair.

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Autre publicité Levi’s utilisant le même ressort fantasmatique (voir la partie de l’image que j’ai entourée).

 

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JE CHANTE LE CORPS CRITIQUE. Introduction

Je chante le corps critique

 

On trouvera ci-dessous l’introduction de mon livre Je chante le corps Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.22critique, édité chez H & O.

J’ai mis en ligne l’intégralité de ce livre avant même d’avoir trouvé un éditeur; je l’ai laissé en ligne par la suite. Je récidive ici. Cependant, je ne saurais trop conseiller à celles et ceux qui s’intéressent à son contenu de se soucier aussi de son support papier, et d’en acheter un exemplaire. Non pas tant pour soutenir matériellement l’auteur (je n’y gagnerai pas un centime) mais pour convaincre l’éditeur (celui-ci et d’autres) que prendre en charge un ouvrage de cette sorte a encore un sens. Je ne choquerai ici que les ignorants du travail intellectuel : je n’aurais jamais fourni un tel effort pour simplement alimenter la colonne de mon blogue. La lecture n’est pas une activité «neutre», et encore moins «privée»… pas de responsabilité politique en tout cas.

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Fraternellement,

à la mémoire de Ngo Van (1913-2005),

révolutionnaire anticolonialiste et antistalinien,

auteur de Viêt-nam 1920-1945 (Nautilus, 2000), et Au pays de la Cloche fêlée (L’Insomniaque, 2000).

 

 

« C’est le corps lui-même qui ressent, subit, comprend interprète. L’intelligence vient du corps. Tout est dans lui. C’est justement cela qu’on essaie d’éliminer. C’est très facile à ce moment-là de faire travailler des gens pendant quarante heures dans une usine, n’importe comment, à partir du moment où on leur dit “Vous avez votre âme, elle est sauvée ; votre intelligence est puissante, etc.”, alors que toute meurtrissure du corps est une meurtrissure qui atteint l’être dans sa totalité, dans sa personnalité même. Toute atteinte au corps est une destruction de l’individu lui-même. »

Michel Journiac. Artitudes international, n° 6-8, décembre 1973, repris in Pluchart François, L’Art corporel, Mise au point sur l’art actuel, Éditions Limage 2, 1983.

 

 

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Introduction

Évoquant le Moyen Âge, l’historien Jacques Le Goff estime que l’une des tensions les plus fortes qui l’ont traversé et animé était « à l’intérieur du corps même. […] Oscillation entre le refoulement et l’exaltation, l’humiliation et la vénération[1]. » Comment mieux qualifier ce qui habite, bouleverse et menace le corps humain au début du XXIe siècle ?

« Qu’est-ce qu’un corps ? » interrogeait la première exposition organisée au musée du quai Branly, à Paris, en 2006. « La lourdeur occidentale », était-il répondu, non sans quelque pertinence[2]. De cette pesanteur, outre que nous sommes contraints de nous arranger, il importe de déterminer la nature.

Je choisis cinq exemples, cinq mises en situation du corps moderne, où nous reconnaîtrons quelques traits médiévaux.

J’ai sous les yeux une photographie prise, en l’an 2000, sur une plage du littoral espagnol, dans le détroit de Gibraltar. Au premier plan, un jeune couple d’européens bronzés, en maillots de bain, assis sur le sable, sous un parasol au motif coloré. À côté d’eux, une glacière de camping et quelques canettes de soda vides. Environ à dix pas, couché sur le ventre, le cadavre d’un homme, habillé. Venu d’Afrique, il a tenté de traverser le détroit dans une embarcation surchargée ; peut-être l’a-t-on jeté par-dessus bord. Le corps était-il déjà là lorsque les jeunes gens ont planté leur parasol, ou vient-il d’être rejeté par la mer ? Ce cliché mérite la postérité de L’Angélus de Millet ; à chaque époque son chromo[3].

Un après-midi d’été, sur la plage naturiste de Pen Bron (Loire Atlantique), j’observe le manège d’une femme : très grasse, nue et parfaitement bronzée, elle s’affaire autour d’une énorme méduse, qu’elle tente de repousser vers la mer à l’aide d’un bâton. Elle essaie, en vain, d’envelopper le corps gélatineux dans sa serviette de plage, pour le transporter. Saute aux yeux l’analogie de formes et de mouvement entre les seins ballotants de la femme et le globe laiteux de la méduse, qu’elle ne veut pas reconnaître comme cadavre. Est-ce la clef de son empathie obstinée et enfantine ?

En 2004, un étudiant français s’attarde dans les toilettes d’un avion d’American Airlines. À l’hôtesse qui tambourine à la porte, il lance : « My shit don’t explose » (Ma merde n’explose pas), évidence physiologique grossièrement formulée, et promptement requalifiée « fausse alerte à la bombe », laquelle vaudra vingt jours d’incarcération au jeune homme. Des détenus noirs le prennent sous leur protection : « Une fois, j’ai mis les mains sur les hanches, l’un d’eux a crié : “Ne fais jamais ça, jamais !” » La posture qu’il avait adoptée pour se donner une contenance est considérée comme efféminée : « On pouvait se faire massacrer pour ça[4]. »

Dans les années 1980, on recommandait aux étudiants de certaines universités américaines (aux étudiantes, surtout) de remplir, avant un rendez-vous galant, un formulaire de contrat amiable où les partenaires peuvent consigner précisément, en cochant des cases, « jusqu’où ils/elles souhaitent aller ». La bureaucratisation de la vie quotidienne a produit, dans les années 2000, un avatar plus répugnant. « Il y avait une autorisation type, explique un militaire américain chargé des interrogatoires de prisonniers irakiens, que vous pouviez imprimer ou remplir directement sur l’ordinateur. C’était une liste de techniques. Vous pouviez cocher les techniques que vous vouliez utiliser, et si vous envisagiez un interrogatoire musclé, il suffisait de demander une signature[5]. » On aura compris qu’il ne s’agit pas simplement d’un même geste administratif (cocher les cases), mais de techniques du corps, communes à l’érotisme et à la torture : nudité complète ; fellation ; pénétration anale, etc.

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La production éditoriale sur le corps, soudain pléthorique en ce début de siècle, a de quoi inquiéter. Il devient instant que le corps ait son Histoire, ses Dictionnaires, ses albums photographiques, etc. Sociologues, anthropologues, historiens travaillent d’arrache-pied[6]. Comme s’il fallait relever la trace corporelle d’un monde promis à l’engloutissement. Comme si les chercheurs étaient contaminés, malgré qu’ils en aient, par l’esprit fin d’espèce, comme l’on disait « fin de siècle ». En somme, on écrirait l’histoire du corps parce qu’il n’y aura plus ni histoire ni corps. Lire la suite

JE NE VEUX PAS D’ENFANT. Témoignage féminin (2012)

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’ai 32 ans et je ne veux pas d’enfant. J’en suis sûre, si je regrette j’y penserai quelques jours, mais je ne pourrai rien y faire, alors je ferai autre chose. C’est exactement ce que je veux, je veux faire autre chose, je ne veux pas d’enfant.

Depuis quatre ans j’arpente le pays de gynéco en gynéco, avec la brochure « stérilisation à visée contraceptive » à la main. Cette brochure est publiée (mais presque pas diffusée) par l’État depuis la loi n°2001-588 du 4 juillet 2001, date de la prétendue autorisation pour toutes personnes majeures de faire une « stérilisation à visée contraceptive ».

Je ne veux pas de contraception, je ne veux pas être une machine à produire des enfants, il existe des moyens pour arrêter cette fonction, je veux une stérilisation.

Il y a quatre mois de ça, un chirurgien gynécologue de l’hôpital Arnaud de Villeneuve à Montpellier a accepté de me faire cette opération. J’ai suivi tout le protocole, quatre mois de délai de réflexion, un nouveau rendez-vous, la date d’opération est fixée. Je m’y prépare, je suis contente. 48 h avant l’opération, coup de fil du chirurgien, l’opération est annulée, ordre de sa hiérarchie. Son service s’occupe de la « fécondité de la femme ». Il n’y a pas, même au niveau national, de service pour la stérilisation des femmes et c’est bien ça le problème. Enfin, il y a plusieurs problèmes.

Un des problèmes c’est de ne pas avoir le contrôle sur son corps, le tout pouvoir que s’octroie le corps médical sur le corps des femmes, en particulier, mais finalement, le corps de tout le monde. L’aide demandée à l’hôpital dans ce cas était purement technique. Le choix je l’ai déjà fait, la décision je l’ai déjà prise.

L’hôpital, la hiérarchie du chirurgien décide de donner son avis, comme des dizaines d’autres gynécologues. Pourtant des femmes stérilisées en France sous décisions ou pressions du corps médical, il y en a beaucoup : après quatre enfants et (d’origine) non françaises, folles, transgenres, handicapées, toxicomanes… Elles n’ont pas décidé. Des copains se sont faits stérilisés, ils ont cherché, parfois longtemps, puis ils ont trouvé, aujourd’hui, ils sont stérilisés.

Alors que faut-il comprendre ?

Le corps médical (et l’État) croit-il que les femmes sont d’éternelles mineures qui ne savent pas ce qu’elles veulent ?

La médecine qui aime toujours utiliser les corps des femmes comme point de départ pour le contrôle des populations, aurait-elle maintenant scientifiquement prouvé que les femmes ne peuvent pas vivre sans enfant ? Qu’il y a de bons modes de vies ?

Le choix de stérilisation pour des femmes en âge de procréer et sans enfant n’existe pas puisque, même s’il est possible légalement, le corps médical use de son pouvoir supra-légal (droit de réserve, code de déontologie) pour empêcher les femmes d’accéder aux techniques de stérilisation.

La société en général ne laisse de place à personne, et encore moins aux femmes, pour se construire des imaginaires et des vies sans enfant (« il ne faut pas se fermer de portes, vous risquez de le regretter, qui vous dit qu’un jour vous n’allez pas rencontrer le prince charmant et avoir envie de lui faire des enfants… »).

Alors même si les médias se font les vecteurs d’une prétendue liberté sexuelle occidentale, de prétendus droits des femmes à disposer de leurs corps et de leurs vies. Les marges de manœuvre sont faibles et les garde-fous sont hauts.

Est-ce que les couples réfléchissent quatre mois avant de faire des enfants et ne le regrettent jamais ? Est-ce que la hiérarchie de cet hôpital mettrait autant de fougue à inséminer des couples de lesbiennes ? Est-ce que l’hôpital reconnaitrait la multi-paternité d’un enfant ? Qu’en est-il des jeunes filles mineures qui font/veulent des enfants ? Qu’en est-il des femmes qui demandent une insémination après 40 ans ? Qu’en est-il des familles qui sont décomposées, recomposées et/ou bizarrement composées ? … la blague n’est pas drôle. Vos normes sont trop étroites pour imaginer nos réalités.

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 Une traduction anglaise de ce texte a été publiée sur le site Proudly Negative.

GENRE : MICHEL-«LA-MANIP-POUR-TOUS»-ONFRAY, TACLÉ PAR BEATRIZ PRECIADO (mars 2014)

Michel Onfray avait, semble-t-il, laissé passé le débat sur le genre sans s’en mêler. Indifférence ? Non ! Le confus travaillait. Il lisait, très, trop vite, comme d’habitude. Cette fois, il s’attaque à un moulin à vent, un truc qu’existe même pas : le genre. Et au passage à Judith Butler, enfant adoptée — voilà ! vous savez tout — par un couple homoparental : Karl et Sigmund[1].

Il est finalement poignant de voir le malheureux Onfray, risée de la gauche, de l’extrême gauche et des libertaires (auxquels il n’essaye même plus de vendre son grotesque « capitalisme libertaire »), s’aligner brutalement sur les positions de la « Manif pour tous », c’est-à-dire d’un ramas de cathos intégristes et de fachos en goguette. Ce sont de petits drames individuels comme l’histoire en présente un certain nombre, de militants ou d’intellectuels à la personnalité caractérielle tourmentée, reniés par ce qu’ils considéraient comme leur famille politique « naturelle » (si j’ose dire !), et qui se retrouvent à l’autre bout du spectre, persuadés d’incarner à eux seuls une abstraite et inconditionnelle « vérité » (le « réel », dit Onfray !). Laquelle vérité, se suffisant à elle-même, peut s’exprimer sans dommage au milieu des cantiques ou des saluts nazis.

Je reproduis, après le texte d’Onfray, celui de Beatriz Preciado (Libération 14 mars 2014), grâce à la vigilance de laquelle, j’ai eu connaissance du premier. Non seulement, elle démonte le pauvre argumentaire d’Onfray, mais elle révèle ses sources, et c’est édifiant (comme on dit à la curie).

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MAUVAIS GENRE

La chronique mensuelle de Michel Onfray, n° 106, mars 2014.

Je découvre avec stupéfaction les racines très concrètes de la fumeuse théorie du genre popularisée dans les années 90 aux États-Unis par la philosophe Judith Butler qui ne cache pas l’inscription de sa pensée dans la lignée déconstructiviste de Foucault, Deleuze-Guattari et Derrida.

En 1966, les époux Reimer consultent le docteur John Money (1921-2006), sexologue et psychologue néo-zélandais spécialiste de l’hermaphrodisme à l’université américaine Johns Hopkins. Cet homme affirme depuis 1955 que l’identité sexuelle biologique du mâle ou de la femelle ne suffit pas à constituer le genre sexuel du garçon ou de la fille – la thèse cardinale de la Théorie du Genre. Le problème des Reimer ? La circoncision de David pour des raisons médicales, un phimosis, l’un de leurs jumeaux, a raté : la cautérisation électrique a brûlé le pénis, la verge est calcinée.

Le Docteur Money saisit l’occasion pour prouver expérimentalement la validité de ses hypothèses théoriques. Il invite les parents à éduquer David comme une fille. David devient Brenda. Il subit un traitement hormonal. Quatorze mois plus tard, on lui retire les testicules. Elle est habillée en fille, traitée comme telle. À six ans, il semble devenu une fille. John Money publie des articles et des livres pour défendre la théorie du genre avec ce qui est devenu dans la littérature spécialisée « le cas John/Joan ».

Or David/Brenda grandit douloureusement. Sa voix mue à l’adolescence ; il est attiré par les filles. Le médecin veut lui imposer une vaginoplastie ; il refuse. Money contraint les deux jumeaux à simuler des relations sexuelles pour stimuler le désir de David. A treize ans, David menace de se suicider si ses parents continuent à lui imposer les visites à Money. A quinze ans, le jeune homme arrête son traitement hormonal et se fait prescrire de la testostérone. Il subit une mastectomie et deux opérations de phalloplastie. Ses problèmes identitaires le détruisent. Il boit. Il suit un traitement médical pour schizophrénie.

Devant sa détresse ses parents lui révèlent enfin la vérité. Brenda redevient ce qu’il était : David. Il épouse une femme. Mais ne trouve ni la paix, ni la sérénité. Il se suicide en 2002 par une overdose de médicaments. Son frère Brian met fin lui aussi à ses jours en 2004. Silence de Money qui avait publié Homme & Femme, Garçon & Fille en 1972 en racontant l’histoire qui prouvait selon lui la validité de ses hypothèses. Précisons qu’il défendait par ailleurs la pédophilie[2] et stigmatisait l’hétérosexualité comme une convention à déconstruire…

En 1997, Milton Diamond, professeur d’anatomie et de biologie reproductrice de l’université de Hawaï, découvre la falsification et la dénonce. Money réplique et dénonce… une conspiration de l’extrême-droite et des mouvements anti-féministes ! Ses partisans épousent son délire : les vrais souvenirs de David sont présentés comme relevant du « syndrome des faux souvenirs »… Autrement dit : le menteur dit vrai ; l’homme qui dit vrai, ment – mais ne le sait pas ! Effet de l’inconscient… Dénégation du réel une fois de plus chez cet homme qui croyait plus juste ses délires que la réalité qui, si la raison ne l’avait pas déserté, lui prouvait pourtant la nature délirante de ses théories.

Judith Butler fait le tour du monde en défendant ces délires. La presse de la bienpensance française de gauche lui ouvre largement ses colonnes. De la même façon que le réel a montré les erreurs de Marx & de Lénine, de Freud & de Lacan, mais qu’il y a toujours des marxistes & des freudiens, le réel a montré en 2002 que la théorie du genre était une fiction dangereuse, mais quantité de gens souscrivent à cette nouvelle déraison — dont Najat Valaud-Belkacem. Un jour viendra où l’on fera le compte des ravages effectués par cette sidérante idéologie post-moderne. Quand ? Et après quels considérables dommages ?

 

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ONFRAY EN PLEINE CONFUSION DE GENRE

Dans sa dernière chronique, Michel Onfray[3] dit avoir découvert « avec stupéfaction les racines très concrètes de la fumeuse théorie du genre popularisée dans les années 90 aux États-Unis par la philosophe Judith Butler ». Pour expliquer son effarement, il nous raconte l’histoire de David/Brenda Reimer. Étant bébé, David subit une opération du phimosis au cours de laquelle son pénis est accidentellement cautérisé. Le docteur John Money propose en 1966 une ré-assignation sexuelle de David vers la féminité : l’enfant doit devenir Brenda à l’aide d’opérations chirurgicales et de traitements hormonaux. Money, inventeur de la notion clinique du «gender», prétend ainsi prouver scientifiquement sa thèse, selon laquelle le genre n’est pas déterminé anatomiquement, mais peut être intentionnellement produit par l’interaction des variables hormonales et le contexte pédagogique. David/Brenda « grandit douloureusement… il est attiré par les filles ». Il refuse la vaginosplastie, se fait prescrire de la testostérone, puis deux opérations de phalloplastie. Onfray s’exalte : « Devant sa détresse ses parents lui révèlent enfin la vérité. Brenda redevient ce qu’il était : David. Il épouse une femme. Mais ne trouve ni la paix ni la sérénité. Il se suicide en 2002 par une overdose de médicaments. » En 1997, le docteur Milton Diamond « découvre la falsification et la dénonce ». Money n’a pas réussi à faire d’un garçon une fille. Le réel, la vérité anatomique du sexe de Reimer, finit par s’imposer.

Et Onfray dénonce : « Judith Butler fait le tour du monde en défendant ces délires. » Il imagine une continuité stricte entre les théories et la clinique de Money et les théories féministes et queer de Butler. Le drame de Reimer prouverait le caractère « délirant » des « fictions dangereuses » de la philosophe. Onfray conclut en qualifiant les hypothèses de Butler de « déraison » et de « sidérante idéologie postmoderne » et appelle de ses vœux le jour où « le réel » viendra dévoiler ses erreurs pour empêcher leurs « considérables dommages ». La lecture de cette chronique grotesque nous permet de tirer plusieurs conclusions sur le manque de rigueur dans la méthode du maître de Caen, mais aussi sur la confusion théorique qui traverse la France.

Son récit est truffé d’erreurs et de contresens. Plus grave si l’on songe à l’agressivité de ses propos contre Butler, il semble qu’il n’ait jamais lu la philosophe américaine. Mais si Onfray n’a pas lu Butler, où trouve-t-il ses arguments sur Reimer et sur la théorie du genre ? Le réseau d’Internet est une forêt digitale dans laquelle les mots sont des miettes électroniques permettant de retrouver la trace du lecteur enfui : et voilà que les approximations d’Onfray (se tromper sur le nom de naissance de Reimer, Bruce et non David, ou ignorer que Diamond a été le médecin de Reimer, etc.) nous conduisent à un article d’Émilie Lanez publié par Le Point, intitulé « L’expérience tragique du gourou de la “théorie du genre” ». Cet article est un exercice d’une insondable sottise et d’une grande malhonnêteté intellectuelle : il établit une relation erronée entre les théories de Money et celles de Butler, ce qui est inadmissible dans un contexte où l’instrumentalisation politicienne prime sur la rigueur dans l’usage des sources. Mieux encore, des passages entiers du texte d’Onfray sont repris d’un article de la page internet « Pour une école libre au Québec », site explicitement homophobe, dans lequel Onfray puise ses perles herméneutiques selon lesquelles Money « défendait la pédophilie et stigmatisait l’hétérosexualité comme une convention à déconstruire ».

Il est étonnant que, pour s’exprimer sur le genre, Onfray choisisse de plagier des sites de catholiques intégristes. Ces bonnes sources de droite ne l’ont pas informé que l’histoire de Reimer est l’un des cas les plus commentés et critiqués par les études du genre et queer. S’il avait lu Butler, il saurait qu’elle consacre à l’analyse de l’histoire de Reimer un chapitre de son livre de 2004, Défaire le genre. Elle critique aussi bien l’usage normatif d’une théorie constructiviste du genre qui permet à Money de décider qu’un enfant sans pénis doit être éduqué comme une fille, que les théories naturalistes de la différence sexuelle défendues par Diamond, selon lesquelles l’anatomie et la génétique doivent définir le genre.

Contrairement à ce qu’imagine Onfray, Money n’avait rien d’un transgresseur du genre, et Diamond n’était pas un héros de l’authenticité du sexe : ils partageaient une vision normative de la différence sexuelle. Selon eux, il ne peut y avoir que deux sexes (et deux genres) et il est nécessaire de reconduire le corps des personnes intersexuelles et transsexuelles vers l’un ou l’autre sexe, genre. Judith Butler, avec les associations intersexuelles, fut une des premières à articuler une critique des usages normatifs des notions cliniques du genre et de la différence sexuelle. Money, affirme Butler, « impose la malléabilité du genre violemment » et Diamond « induit la naturalité du sexe artificiellement ».

Le traitement brutal imposé à Reimer fut le même que celui réservé aux enfants intersexués : ces nouveau-nés, dont l’appareil génital ne peut être défini comme masculin ou féminin, sont soumis à des opérations chirurgicales de ré-assignation sexuelle. L’objectif reste le même : produire la différence sexuelle — quand bien même ce serait à travers la mutilation génitale. Pourquoi les anti-genre se scandalisent du sort réservé à Reimer mais n’ont jamais haussé la voix pour demander l’interdiction des chirurgies de mutilation génitale des enfants intersexuels ?

Les représentations biologiques et les codes culturels permettant la reconnaissance du corps humain en tant que féminin ou masculin appartiennent à un régime de vérité historiquement donné dont le caractère normatif doit pouvoir être interrogé. Notre conception du corps et de la différence sexuelle dépend de ce que nous pourrions appeler, avec Thomas Kuhn, un paradigme scientifico-culturel. Mais, comme tout paradigme, il est susceptible d’être remplacé par un autre.

Le paradigme de la différence sexuelle qui fonctionnait en Occident depuis le XVIIIe siècle entre en crise dans la deuxième partie du XXe siècle, avec le développement de l’analyse chromosomique et des données génétiques. Un enfant sur 2 000 naît avec des organes génitaux considérés comme ni masculins ni féminins. Ils ont le droit d’être des garçons sans pénis, des filles sans utérus, et même de n’être ni fille ni garçon. Ce que montre bien le cas dramatique de Reimer, ce sont les efforts des médecins pour sauver le paradigme de la différence sexuelle coûte que coûte. Nous ne voulons plus ni du genre avec Money ni de la différence sexuelle avec Diamond. Voici notre situation épistémologique : nous avons besoin d’un nouveau modèle d’intelligibilité plus ouvert, moins hiérarchique. Nous avons besoin d’une révolution dans le paradigme de représentation du corps semblable à celle que Copernic a initié dans le système de représentation planétaire. Face aux nouveaux Ptolémée, nous sommes les athées du système sexe, genre.

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[1] Par respect pour la vie privée des parents adoptant, seuls les prénoms sont mentionnés.

[2] Note de C. G. : Il faut rappeler ici que Michel Onfray a toujours affirmé son soutien indéfectible à Otto Mühl, jadis figure de l’actionnisme viennois, puis gourou d’une secte dans laquelle il s’attribuait un « droit de cuissage » sur les jeunes filles pubères, ce qui lui a valu d’être condamnée pour viols sur mineures.

[3] Publiée sur son blog mo.michelonfray.fr et reprise par Le Point du 6 mars.