DOMMAGES DE GUERRE. Chap. II. Kosovo : un néocolonialisme à la conquête de l’Est.

 

Dommages de guerre

 

Je donne ici le deuxième chapitre, « Néocolonialisme », de mon livre Dommages de guerre [Paris-Pristina-Belgrade-1999], paru chez L’insomniaque éditeur, en l’an 2000.

(L’illustration de la couverture du livre est de Dragan.)

 

 

 

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« Civiliser, c’est avant tout civiliser la guerre. Au besoin par la guerre. »

André Glucksmann, « Merci l’Amérique », L’Express, 17 juin 1999.

 

 

À la fin du dix-neuvième siècle, les commissaires aux Affaires indiennes du gouvernement américain sont unanimes : les Indiens vivent sous l’emprise de coutumes déplorables, dont il importe de les détacher, au besoin par la force. « La possession communautaire de grandes étendues de terres […] les ont empêchés d’acquérir une compréhension de ce qu’est la propriété individuelle[1] ». La meilleure méthode consiste à les enfermer dans des réserves, « tout en leur donnant […] une éducation et en les habituant à l’idée de la propriété privée[2].

Le 27 janvier 1825, le Président Monroe expose sa politique devant le Congrès : « L’expérience a amplement démontré que, dans leur état actuel, il est impossible de les incorporer à notre système. […] Le seul moyen d’y parvenir consiste à doter chaque tribu d’un bon titre à une portion adéquate de terres sur lesquelles elle consentirait à se rendre, et à lui fournir un système de gouvernement interne qui protégera sa propriété de toute invasion et fera obstacle, grâce au déroulement régulier du progrès et de la civilisation, à la dégénérescence qui a généralement accompagné cette transition d’un état à un autre… […] En adoptant ce type de gouvernement, elles se donneront un mouvement qui sera en harmonie avec le nôtre, et son effet bénéfique se fera sentir à travers tout notre territoire[3] ».

Retournement de l’histoire : Monroe, dont le nom est demeuré synonyme d’hostilité aux ingérences réciproques des États-Unis et de l’Europe, donne — à propos des Indiens — une formulation prémonitoire de ce qu’est aujourd’hui, mutatis mutandis, la « doctrine Clinton » dans les Balkans. La principale différence est de taille : le partage de Yalta une fois rendu caduque par l’implosion du bloc de l’Est, le « territoire » des États-Unis d’Amérique tend à recouvrir celui de la planète.

Je crains que certains lecteurs soient tentés de m’abandonner dès à présent à des rapprochements métaphoriques qu’ils jugent excessifs. Non qu’ils doutent que la Maison Blanche ou le Pentagone puissent couvrir ou ordonner des atrocités de toute nature ; le traitement du « problème noir » et l’invasion du Viêt-nam, parmi tant d’autres exemples, les en ont convaincus. Ce qu’ils répugnent à concevoir, c’est qu’il subsiste en Europe de l’Est des poches d’arriération telles que la propriété privée y soit inconnue, ou simplement mal considérée. L’hypothèse paraît en effet peu crédible.

On trouve pourtant une caricature de chef de tribu, le Premier ministre de Bulgarie Radu Vasile, pour lui donner corps en mai 1999, peut-être dans le seul but de flatter l’imaginaire des nouveaux conquérants : « Contrairement à d’autres pays d’Europe centrale […], la conception de la propriété privée était chez nous inexistante. Cela a sans doute freiné le processus de privatisation que nous souhaitons aujourd’hui relancer ; pour y arriver, il faut que chacun prenne conscience que l’intérêt général et l’intérêt particulier se confondent[4]. » Il est bon de décoder ici le message du chef, qui s’adresse dans un document publicitaire aux investisseurs occidentaux : il s’engage à faire en sorte que ses concitoyens se conduisent comme si leur intérêt propre, celui des mafias locales et ceux des États-Unis comme de l’Union européenne se recouvraient exactement. En échange de cette profession de foi, il est heureux d’annoncer, puisque l’argent attire l’argent, que les banquiers du monde ont déjà entamé la modernisation de la réserve qu’il dirige. Le regard distrait du lecteur français (qui se fiche de l’économie bulgare) glisse sur des chiffres et des sigles : 1,6 milliard d’euros sous forme d’aide directe de l’UE ; 2 milliards d’euros dans le secteur des transports ; 500 millions d’euros en assistance financière non remboursable avant l’an 2000 ; prêt de 200 millions d’euros de la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) pour la réhabilitation des voies ferrées ; 300 millions de dollars remboursables en vingt ans et assortis d’une période de grâce de dix ans, prêtés par la Banque mondiale à la compagnie des chemins de fer. Encore quelques lignes de cet inhabituel déballage, concernant une donnée géostratégique mieux connue, le pétrole : « Les projets les plus significatifs concernent la mise en place d’un oléoduc traversant la Roumanie, la Hongrie et la Slovénie pour aboutir au port italien de Trieste. » Projets d’autant plus « significatifs » que « l’un des plus riches gisements de ces trois dernières décennies a été récemment découvert dans la Mer noire. » La région de la Mer noire est officiellement considérée comme « Zone de transport paneuropéen » (Pan European Transport Area) depuis la Conférence sur le transport paneuropéen d’Helsinki (1997).

Il arrive que, tout comme d’anciens chefs de tribu, les dirigeants locaux se plaignent que Washington ou Bruxelles les récompensent mal de leurs efforts. Ainsi le président roumain Constantinescu, invité en juillet 1999 à Salzbourg par le Forum économique mondial : « Nous avons bien appris la leçon de la démocratie occidentale, mais l’Occident a encore une longue route à parcourir pour nous comprendre aussi bien que nous le comprenons. » S’enhardissant, l’un de ses semblables, le président albanais, critique la mise en place d’une machine administrative liée à la reconstruction : « La tendance pour le Pacte de stabilité, note-t-il en connaisseur, est celle d’une bureaucratie lourde. Ce n’est pas très efficace[5]. »

Dans un supplément ultérieur, consacré cette fois à promouvoir la Bulgarie, on apprend que : « Plusieurs routes, ainsi que deux ports maritimes, ceux de Burgas et de Varna sont concernés par les changements à venir. Les arguments qui incitent à sélectionner certains tracés plutôt que d’autres s’expliquent par les liaisons paneuropéennes qu’ils permettent. Sur les dix couloirs[6] qui ont été identifiés en 1994, cinq traversent la Bulgarie. […] Le couloir sept longe le Danube et finit sa course sur les rives de la mer noire, laquelle est reliée par le couloir huit à l’Italie via la Bulgarie, la Macédoine et l’Albanie[7]. »

Oléoduc ou autoroutes, ni Le Monde ni ses confrères de la grande presse n’ont jugé utile d’expliquer à leurs lecteurs l’existence du programme PHARE. Pas plus qu’ils ne les ont entretenus de ces nouvelles voies de circulation, « corridors paneuropéens » auxquels les institutions financières internationales — et bien d’autres nous le verrons — consacrent tant d’efforts et d’argent, dans une région que l’on nous a décrit déshéritée, sans intérêt stratégique ni ressources en énergie. Dans les pays d’Europe de l’Est et des Balkans, par contre, la presse rend compte régulièrement de l’avancement des négociations financières et des travaux. Les sources d’information ne manquent pas, qu’il s’agisse de sites Internet (institutionnels, ou de contre-information comme celui du Courrier des Balkans, qui traduit des articles de la presse régionale), ou de revues spécialisées. Le groupe Vivendi, qui a fort habilement pris position sur le terrain de l’après-guerre (du Kosovo) en assurant l’approvisionnement en eau des camps de réfugiés installés en Albanie, contrôle, via le groupe Expansion (partie d’Havas que Vivendi possède), une agence de presse baptisée Europe Information Service (EIS), sise à Bruxelles. Celle-ci édite (en français et en anglais) pas moins de quinze bulletins aux périodicités diverses et vendus uniquement sur abonnement, dont Europe transports, Euro-Est, et South-east Europe. Ce que les journalistes de la grande presse feignent d’ignorer est ici abondamment exposé.

 

Par l’or et par le glaive : Une région placée sous protectorat

« Pourquoi cette rage anti-américaine ? », interroge Pascal Bruckner pour défendre la guerre de l’OTAN, puisque « c’est nous qui les avons entraînés [les Américains] alors qu’ils n’ont d’autre intérêt dans cette région que de garantir la crédibilité de l’Alliance[8]. » Passons sur la fausse naïveté qui affecte de confondre anti-impérialisme et antiaméricanisme… Quant aux faits : Les États-Unis d’Amérique ont bien des intérêts — considérables —, dans les Balkans et en Europe centrale et orientale. Il s’y livrent, depuis le début des années 90, à une lutte sévère avec l’Union européenne pour la domination politique et la vassalisation des économies locales. La Yougoslavie, ou ce qu’il en reste aujourd’hui, demeure le principal obstacle à cette entreprise à la fois conjointe et concurrentielle des puissances occidentales.

Les États-Unis avaient inclu dans le traité de Rambouillet, en mars 1999, un volet militaire prévoyant que les troupes de l’OTAN devaient bénéficier du droit de circuler, de bivouaquer, de manœuvrer et d’établir des cantonnements librement, sur l’ensemble du territoire de la République fédérale, et non dans le seul Kosovo. Cette « proposition » d’une occupation militaire en règle, qu’aucune des deux principales parties n’a souhaité rendre publique sur le moment, a été interprétée comme une preuve que « la voie diplomatique avait été sacrifiée[9] ». Or il paraît plus intéressant de noter que, même lorsque les Occidentaux utilisent des voies plus « diplomatiques » que la menace des canonnières, le but qu’ils poursuivent est identique : faire de la région un protectorat, plan déjà réalisé en Bosnie, au Kosovo, et dans une large mesure en Macédoine. Un autre passage du texte de Rambouillet stipulait d’ailleurs que « l’économie du Kosovo fonctionnera en accord avec les principes du marché[10].» Le cynisme de ces diktats militaires et idéologiques se retrouve dans les programmes d’« assistance » économiques et politiques.

Le programme européen PHARE[11] est un instrument financier, géré par la Commission européenne et supposé venir en aide aux pays d’Europe centrale « dans le processus de transition », comme le dit un Rapport d’évaluation intérimaire de juillet 1997, dont j’extrais les citations qui suivent. Mis en place en 1989 pour la Pologne et la Hongrie, son aire d’application et son budget ont été étendus à l’ensemble des pays d’Europe centrale et orientale (dits : PECO). « Les engagements cumulés à la fin 1996 s’élevaient à 6 636 milliards d’ECU sous forme de dons. » PHARE fournit « des apports essentiels à la mise en œuvre des réformes convenues dans le cadre des programmes du FMI et de la Banque mondiale ».

Outre « une assistance à l’introduction de législations sur la TVA », dont nous avons sans doute mésestimé ici la puissance civilisatrice, PHARE s’attache à la réalisation de son programme qui n’est rien moins que celui du capitalisme libéral. Il ne doit y manquer aucun détail : « La privatisation des moyens de production constitue l’élément essentiel de la transition économique. […] Les programmes PHARE ont également aidé à mettre en place les cadres législatifs et réglementaires de l’économie de marché. L’assistance aux ministères du travail en vue d’instaurer un fonctionnement plus efficace des marchés du travail a été particulièrement efficace. Tout comme le soutien de PHARE au développement d’un nouveau noyau de meneurs syndicaux [je souligne] et d’entrepreneurs grâce à des visites d’étude à leurs homologues de l’Union européenne et à une formation à la négociation et au développement des organisations qui est pourtant moins bien connu du public. »

Cet aspect du programme civilisateur occidental mérite en effet d’être mieux connu du public ! Bien que disponible en français sur le site Internet de l’Union européenne, ce rapport a peut-être été rédigé en anglais, puis mal traduit, ce qui expliquerait ces incongrus « meneurs » syndicaux, équivalent probable de leaders. Il n’empêche, dans sa maladresse, le terme indique assez l’esprit dans lequel sont « reconstruits » les pays non encore convertis à l’économie de marché. Banque mondiale, FMI, et autres designers économiques de la vie moderne arrivent dans des régions jugées d’autant plus déshéritées que le système bancaire y est archaïque, les entreprises nationalisées, et les habitants attachés à un système de protection sociale désuet. À défaut de pouvoir toujours changer le peuple, encore que les conflits en Bosnie et au Kosovo aient permis de réaliser d’intéressantes expériences d’homogénéisation ethnique, il s’agit d’apporter dans les bagages des VRP le capitalisme en kit : patrons, banques, marché, transports modernes, système judiciaire, police, et même meneurs syndicaux… C’est le sens de la déclaration de Bernard Kouchner — « Il faut tout refaire, tout créer au Kosovo[12] » — à la veille d’entrer dans ses fonctions de haut représentant des Nations unies. Seule, peut-être, dans un premier temps, la mafia locale échappera-t-elle à l’importation ou aux cours de recyclage.

« Le programme PHARE, ajoute le rapport d’évaluation, est devenu la plus grande source de financement de la part d’un seul donateur pour le transfert de savoir-faire vers les PEC [pays d’Europe centrale]. […] Sa contribution, notamment dans des domaines où d’autres donateurs ne manifestent guère d’intérêt, comme la démocratie et la société civile, a partout été très positive. » Nous allons vérifier comment cette affirmation, pierre dans le jardin de la Maison Blanche, se traduit dans la pratique.

En Macédoine, comme le rapporte le quotidien slovène Delo : « Les statistiques de la police sont éloquentes : de décembre 1998 au 30 août dernier [1999], les forces de la “paix” de l’OTAN ont été impliquées dans 41 incidents (bagarres, attaques, tentatives de viol, persécutions de civils, etc.). La police est impuissante. Les demandes d’ouverture d’enquête finissent le plus souvent à la poubelle[13]. »

Dans un autre rapport (en anglais), consacré cette fois au Programme PHARE et TACIS pour la démocratie (PTDP), pour la période 1992-1997, on trouve le passage suivant : « Avant tout, les gouvernements occidentaux ont exercé des pression sur les gouvernements d’Europe centrale et orientale pour qu’ils adoptent des réformes. Cela a pris plusieurs formes : la promesse d’adhésion aux institutions occidentales une fois remplies des conditions de démocratie formelle […]. Ainsi ce fut le leurre de l’adhésion à l’OTAN[14] qui persuada le gouvernement hongrois d’abandonner la demande d’autonomie culturelle pour les Hongrois de Transylvanie[15]. »

Le document ne recule pas devant le cynisme même lorsqu’il peut apparaître comme autocritique, puisqu’il admet que « dans certains cas, les gouvernements occidentaux ont choisi de soutenir certains leaders en dépit de violations de la démocratie, parce que ces leaders sont considérés comme le meilleur espoir de stabilité. » Retenons que seul le but compte ! Quant à savoir s’il est atteint… il semble que le résultat, de l’avis même des spécialistes en pédagogie démocratique, soit imparfait, voire paradoxal. Certes l’assistance occidentale est toujours bienvenue, et l’on se flatte qu’elle ait contribué au processus de modernisation, notamment dans les domaines de l’administration public et de l’éducation. Hélas, reconnaît-on, « le rôle de la réforme économique est davantage sujet à controverse. […] D’un autre côté, [elle] a aussi contribué à accroître la pauvreté et l’inégalité et à transformer l’ancienne nomenclatura en nouveaux riches, ce qui a souvent mené à une désillusion vis à vis de la démocratie. » En somme, si l’on se permet de traduire en clair : la démocratie s’est trop vite montrée pour ce qu’elle est, avant d’avoir créé les conditions de sa pérennité.

Gardons-nous de tout antieuropéanisme primaire, le directeur général de la Banque mondiale, Caio K. Koch-Weser, n’est guère plus élégant : « La carotte [sic] de l’accession à l’UE sera essentielle pour maintenir l’Europe centrale et les pays baltes dans la bonne voie, face aux décisions difficiles qui les attendent. Mais, pour les pays d’Europe orientale, la carotte est moins clairement visible. C’est ici qu’intervient la reconnaissance et le soutien des investissements privés étrangers[16]. » Lesquels, nous révèle l’orateur au passage, devaient augmenter de 40% durant la période 1997-2000.

Pour conclure sur l’apparence d’autocritique, en fait l’expression de la plus épaisse bonne conscience qui soit, couramment pratiquée par les Américains, mais que les Européens préfèrent réserver à leurs documentation en anglais (à l’usage des Américains donc, et de leurs clients), je citerai un rapport d’évaluation concernant cette fois le programme TRACERA[17]. Il s’agit d’une série de projets d’investissement et d’aide technique de l’Union européenne (UE), lancée en 1995 et visant à développer un corridor entre l’Europe et l’Asie centrale, traversant dix pays, la Mer noire et la Mer Caspienne.

D’après ses évaluateurs, TRACERA « offre l’apparence d’une accumulation de projets qui ont prospéré au gré des occasions. Toute idée de stratégie semble avoir été absente au moment des prises de décision. […] [Le corridor] TRACERA n’a pas rendu les pays politiquement ou économiquement plus autonomes ni accéléré leur accès aux marchés mondiaux ; les transporteurs ne l’utilisent pas suffisamment (et pas dans son entier, mais par tronçons) ; il a des effets limités sur la coopération régionale ; il n’a pas d’influence significative sur les investissements étrangers. » Outre des recommandations techniques, et des remarques acerbes sur le déplorable anglais des « soi-disant rapports finals » (qui fait craindre le pire du résultat de la traduction en Russe) et où manquent des exposés clairs permettant de comprendre ce qui a été effectivement réalisé, le rapport préconise de « faire davantage pour persuader les pays concerné des avantages de TRACERA. » En effet, « les bénéficiaires ne comprennent pas pleinement le projet et n’ont pas été suffisamment associés à son élaboration. » En somme, les méthodes bureaucratiques et autoritaires ne sont pas {toujours} favorables au marché. Les rapporteurs notent, à titre d’excuse, qu’il n’est pas aisé de déterminer la politique des transports d’un pays… qui n’a pas de ministre des transports[18]. On retrouve ici la problématique évoquée plus haut : dans ces contrées lointaines, ces « zones », au sens où elles s’étendaient au-delà des « fortifs » parisiens, tout est à créer, même le minimum vital. Pas de ministre des transports ! Ils n’ont donc pas de communistes là-bas ? !

 

Objectifs de la guerre

Tous l’ont dit avec les mêmes mots, Clinton, Jospin et Blair, et tant d’écrivains, d’artistes et de philosophes : c’était une bonne guerre ! En Angleterre, le patron de l’institut de sondage Mori le déclare : « Tony Blair a une bonne guerre [19] », comme on dit une bonne mine… Et c’était en quelque sorte la première ! Signe des temps en effet, la propagande d’État et le bon sens populaire ne vendent ni ne réclament la « der des der » ; tout au contraire, c’est le début d’une nouvelle série de produits absolument différents que l’on célèbre. Un exemple de publicitaires parmi des centaines, choisi pour son poids symbolique, Marek Edelman, ancien dirigeant de l’insurrection du ghetto de Varsovie, déclare avec lyrisme que « Bombarder le Kosovo est une décision qui change la face du monde. Pour la première fois dans l’histoire, il s’agit d’une guerre qui ne vise ni la conquête d’un territoire, ni celle d’un pouvoir, ni la défense d’intérêts économiques. Pour la première fois, le monde a déclaré la guerre pour des raisons humanitaires[20]. »

Que dire d’une telle niaiserie ? D’abord qu’elle est, au moment des faits, démentie pour l’essentiel par ceux-là mêmes auxquels on accorde une soudaine et si surprenante confiance, en l’occurrence : le département d’État américain. À ma connaissance, personne n’a pris la peine de citer ce document. « Nous avons trois intérêts forts en jeu dans le conflit du Kosovo, dit celui-ci à la fin mars 1999 : prévenir une catastrophe humanitaire ; préserver la stabilité dans une région clé de l’Europe ; et maintenir la crédibilité de l’OTAN. » Voilà qui est intéressant : deux sur trois de ces intérêts — ils en ont donc ! c’est déjà un démenti à la propagande pro-américaine — paraissent relever clairement de la géostratégie et non d’un souci humanitaire, dont on reste libre d’imaginer que sa position première dans le texte est l’indice d’une priorité de préoccupation. Au passage, notez la formule, en elle-même banale, mais qui contredit des centaines de déclarations écrites, radio et télédiffusées des bellicistes : le gouvernement américain considère les Balkans comme une « région clé de l’Europe ». Le texte se poursuit ainsi : « L’instabilité au Kosovo menace directement la paix dans les Balkans et la stabilité de l’Europe. Il n’y a pas de limite naturelle à cette violence. La poursuite des combats au Kosovo risquerait de : — réamorcer le chaos en Albanie, — déstabiliser la Macédoine, — exacerber les rivalités entre Grèce et Turquie, deux alliés de l’OTAN, — créer des milliers de réfugiés supplémentaires et créer une pépinière de criminels internationaux, trafiquants de drogue et terroristes. Personne ne devrait oublier que la première guerre mondiale a commencé dans cette poudrière. […] La crédibilité de l’OTAN est engagée au Kosovo[21]. »

Ce dernier point, à mes yeux peut-être le moins éclairant, échappe difficilement à l’attention des analystes les plus étourdis (même un Bruckner l’a compris !), étant donnée la proximité dans le temps du cinquantième anniversaire de l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord. C’est donc le seul que l’on trouvera évoqué, avec plus ou moins de vigueur, dans des journaux par ailleurs peu portés au pacifisme. J’en donne deux exemples, non comme « arguments d’autorité », mais pour rappeler que des éléments de réflexions critiques sont fournis y compris par des organes de presse favorables à la guerre, sans d’ailleurs troubler le chœur de l’angélisme belliciste qui s’exprime abondamment dans ces mêmes organes, Le Monde, notamment :

« Une fois la menace soviétique disparue, comment justifier l’OTAN ? Comment maintenir l’Alliance atlantique, ce pacte de défense collective euro-atlantique qui fait des États-Unis une puissance européenne (ce qu’ils entendent rester) ? En lui donnant une nouvelle raison d’être : gérer les crises d’après guerre froide ; des crises du type Kosovo précisément[22]. »

« En proie à une intense introspection depuis la chute du mur de Berlin, privée de repères depuis la disparition de sa raison d’être, la menace communiste, l’OTAN était guettée par l’embonpoint et les états d’âme. Voilà que Belgrade lui apporte sur un plateau d’argent l’occasion de tester en vraie grandeur tous les plans confidentiels enfouis depuis un demi-siècle dans des coffres et guettés par l’obsolescence[23]. »

En Angleterre, l’allié le plus zélé de Washington, la rédaction du Lancet, journal médical peu familier de l’agit-prop, signe collectivement un éditorial affirmant : « La vérité politique est que les nations occidentales ont agi avant tout, non pour protéger les populations civiles du Kosovo, mais pour protéger la crédibilité de l’OTAN, une organisation qui a manifestement échoué à prévenir les atrocités en Bosnie en 1994-1995 [24]. »

Les pays de l’Union européenne estiment-ils eux aussi avoir des « intérêts » à l’Est ? Il semble que oui, si l’on en croit, par exemple, ce rapport parlementaire français de 1992 : « Il faut considérer que les transferts opérés au bénéfice de ces pays peuvent favoriser, en retour, une relance de l’économie européenne elle-même, de même que l’industrie américaine a tiré des bénéfices des résultats du plan Marshall. A plus long terme, l’aide contribue à construire, selon les termes de M. Jacques Attali [à l’époque directeur de la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), créée en 1991] “un marché de 700 millions de personnes[25]]]” ». On voit qu’il est bien question de profits, et que le modèle sollicité est celui du plan Marshall. Huit ans plus tard, en pleine guerre du Kosovo, si l’on parle davantage de coûts que de bénéfices, la problématique demeure la même : « L’UE s’intéresse particulièrement à la région, du fait de sa proximité géographique avec des États membres et des pays candidats. […] La stabilisation de la région aurait des avantages tant pour la région que pour l’UE. L’instabilité est très coûteuse pour toutes les parties concernées. L’UE a dépensé des sommes énormes pour réparer les conséquences de l’instabilité — plus de 7 milliards d’euros — sans compter le coût des réfugiés au sein des États membres[26] […]. »

Voilà donc une région, les Balkans, et de manière plus générale l’Europe centrale et orientale, où il apparaît clairement qu’États-Unis et Union européenne ont des intérêts financiers et stratégiques importants — j’en donnerai plus loin, à propos des transports paneuropéens, d’autres preuves. La Maison Blanche ne dissimule pas que ces intérêts conditionnent son engagement. Ce qui se produit, au cœur de cette région, dans la guerre menée contre l’ex-Yougoslavie est de trois ordres :

1) La mise au pas du régime Milosevic est une occasion, non seulement de redorer le blason de l’OTAN, mais dans le même mouvement d’adresser un avertissement aux pays voisins, proches ou plus lointains[27] : les États-Unis souhaitent garder la haute main sur le secteur, et en ont les moyens.

2) Au passage, on en profite pour réduire le potentiel industriel et commercial de l’ex-Yougoslavie, seul pays résistant à l’hégémonie occidentale. « Selon l’expression imagée, mais sans doute provocante et d’un goût douteux, d’un stratège de l’OTAN, cela revient à vouloir ramener l’économie de son adversaire “à son état, supposé, du temps du Moyen Âge[28]” », commente Le Monde. L’Amiral Sanguinetti, lui aussi partisan de la bonne guerre, n’en remarque pas moins : « On détruit systématiquement la Serbie. Les États-Unis ont-ils donné à leurs forces une mission en marge de celle de l’OTAN ? Une mission qui aurait pour but de démontrer à la face du monde le châtiment qui est réservé aux petits pays qui ne veulent pas se plier au nouvel ordre international[29]. »

3) L’opération au Kosovo même ouvre la perspective d’un fructueux chantier de reconstruction. Qui oserait y songer, demandera-t-on, en face des images télévisées de réfugiés fourbus ? La réponse est : l’État, l’armée, les grandes entreprises, et ceci en Europe et aux USA. Bouygues, Vivendi et le ministère de la Défense pourraient adopter en chœur une devise de Bakounine : détruire, c’est déjà construire ! Et très logiquement, plus l’on détruit, et plus la reconstruction sera longue et rentable. La confusion des genres est assumée : Matignon annonce en juillet 1999 la création d’une Mission interministérielle pour les Balkans, destinée à coordonner « les efforts des intervenants français, publics et privés, qui interviendront en matière d’aide humanitaire, de reconstruction et de développement[30] ».

Comme on va le voir, la chose n’est pas nouvelle. En effet, un journal économique et financier nous révèle, en 1995 déjà, que lors de la guerre du Golfe, les entreprises françaises ont sottement laissé filer des marchés que la concurrence étrangère a raflés :

« Cette fois, les sociétés françaises sont préparées. Depuis 18 mois, les états-majors industriels collaborent avec le ministère de la Défense afin d’assurer une présence forte après le conflit. L’objectif : éviter l’humiliant épisode du Koweït où les firmes américaines ont raflé presque tous les contrats. Pour la première fois, des dirigeants d’entreprise ont servi comme officiers de réserve en Bosnie. Xavier Guilhon, directeur du marketing de Spie Batignolles, a passé deux cent jours avec les Caques bleus à Sarajevo […]. Spie brigue le contrat de reconstruction de 180 km de voies ferrées entre Place et Sarajevo, l’axe principal de la Bosnie. […] En octobre 1994, EDF avait conclu avec Electropriveda, la société d’électricité de Bosnie-Herzégovine, une convention de 19 millions de francs pour la reconstruction partielle du réseau des transports et distribution d’électricité de Sarajevo. La générale des Eaux a obtenu le contrat de réparation du réseau de distribution en eau de cette ville. La RATP s’est intéressée à la rénovation du chemin de fer de Mostar. […] Bouygues a obtenu la concession pour la construction de 150 km d’autoroutes […]. Deux projets d’un coût total de 13 millions de francs[31]. »

Hélas ! Malgré ces efforts méritoires, il semble que « l’humiliant épisode du Koweït » n’ait été qu’imparfaitement compensé en Bosnie. Le Monde l’affirme en 1999 : « En dépit de sa large participation aux opérations de maintien de la paix, la France n’avait récolté que de maigres contrats au moment du juteux partage des marchés destinés à réhabiliter les infrastructures détruites pendant le conflit[32]. » Koweït, Bosnie… autant de Waterloo, donc. Ferait-on mieux au Kosovo ? Le ministre de l’Économie et des Finances Strauss-Kahn en manifesta l’intention avec la délicatesse d’un maquignon en foire : « Les États-Unis ont conduit la guerre, l’Europe doit conduire la paix. […] La France doit naturellement avoir une place de premier plan dans la reconstruction […]. Dans les principaux secteurs, eau, électricité, télécommunications, travaux publics, nos entreprises peuvent jouer un rôle majeur[33]. » Le gâteau existait bien : l’OTAN estimant que 62% des infrastructures routières, 70% de la production d’électricité, 80% des capacités de raffinage du pétrole sont hors d’usage au Kosovo, il y a « de quoi donner du travail pendant près d’une décennie à de nombreuses entreprises occidentales estime Jane’s [Jane’s Information Group, cabinet d’étude britannique spécialisé dans les questions de défense] en soulignant que comme en Bosnie, les sociétés allemandes seront très présentes[34]. » La banque d’affaires Salomon Smith Barney filait la métaphore du plan Marshall : « Un programme de reconstruction massive dans les Balkans […] pourrait donner un coup de fouet à l’économie de l’Union européenne[35]. »

Au-delà des opérations d’espionnage bricolées, le rodage des français à ce que les américains nomment civilian military coopération, ne s’est pas fait sans accroc. L’imbécile manie hexagonale, et plus encore militaire, du secret attire bêtement l’attention sur le fait suivant, qui eut été jugé parfaitement banal outre-atlantique : un Comité des opérations spéciales de l’armée française a constitué à l’intention des entreprises françaises un dossier « d’identification des projets de reconstruction », dont ignorait tout le ministre délégué à la coopération, pourtant chargé par le Premier ministre d’étudier cette question et de gérer l’aide accordée par la France à la Macédoine et à l’Albanie.

« Dès la mi-avril, rapporte Le Monde, soit trois semaines après le début du conflit, quelques officiers de réserve, aujourd’hui en poste dans de grands groupes étaient envoyés en Macédoine pour repérer les marchés potentiels et rédiger ce document “Confidentiel défense”. » On ne s’étonnera pas d’y trouver Bouygues et Vivendi nommées parmi les entreprises les mieux placées pour remporter les marchés ; ce sont elles qui emploient les missi dominici dépêchés par le ministère de la Défense[36].

 

L’implantation économique US

Le Pacte de stabilité pour l’Europe du sud-est est inauguré à Sarajevo le 30 juillet 1999, dans une ville militairement occupée par les troupes occidentales, où l’on a prié les habitants de ne pas quitter leur domicile. Inutile de ménager la susceptibilité des autochtones ; les ruines où ils survivent ont été choisies comme décor symbolique, mais on n’embauche pas de figurants. Dans le texte même du Pacte, on peut lire, sous la rubrique « Rôle des USA » l’étrange formule que voici : « Nous croyons que le rôle actif des États-Unis met en évidence l’importance vitale attachée par les pays de la région à leur intégration dans les structures euro-atlantiques[37]. » Autrement dit : si l’engagement américain prouve quelque chose, ce ne peut être que le désir des pays de la région de rallier l’OTAN, et non l’existence d’intérêts US dans ladite région. On nous le répète une fois encore, les Américains sont loin de chez eux, ils ne s’intéressent pas à ces zones désertiques et pauvres de l’Europe. Or, le jour même de l’inauguration, Clinton annonce comme première mesure concrète le déblocage d’une ligne de crédits de 200 millions de dollars… pour favoriser l’investissement étranger dans les Balkans[38].

Revenons en arrière, au 23 mars 1999 : Bill Clinton laisse entendre que l’Amérique, « superpuissance mondiale, doit se dresser contre la purification ethnique, alors [qu’elle] en a les moyens[39] ». Le soir, peu après 23 h, Javier Solana, secrétaire général de l’OTAN annonce qu’il a donné l’ordre de bombarder la République fédérale de Yougoslavie.

Ce même jour, la Trade and Developement Agency (Agence fédérale pour le commerce et le développement — TDA) annonce qu’elle a accueilli, deux jours plus tôt, pour la première fois aux USA, la douzième rencontre du groupe de coordination de la South Balkan Development Initiative (Initiative pour le développement du sud des Balkans, SBDI) précisément créée par Clinton, et organisé un énième colloque entre les décideurs des Balkans et plus de cent industriels américains pour discuter les projets prioritaires concernant le transport de surface dans la région. Deux subventions sont décidées à cette occasion ; l’une de 60 000 $ pour un système informatique destiné aux autoroutes macédoniennes et garanti contre le bug de l’an 2000 ; l’autre (160 000 $) pour une « étude de faisabilité » concernant le port albanais de Durres. « Durant les quatre dernières années, indique son communiqué, TDA a investi plus de 22 millions de dollars dans des projets dans le Sud des Balkans [40]. »

TDA (créé en 1981) a été chargée de mettre en pratique la SBDI, un programme doté de 30 millions de dollars lancé par la Maison blanche en 1995, à l’époque des accords de Dayton qui marquaient la fin du conflit en Bosnie, et consacré au développement et à la coordination des systèmes de transports dans les pays de la région. TDA a inauguré ce programme en juillet 1996, en accordant neuf subventions pour un montant total de 7 millions de dollars à l’Albanie, la Macédoine, et la Bulgarie.

Agence gouvernementale, TDA aide les compagnies américaines à saisir les occasions de marchés dans les projets industriels et d’infrastructures des pays dits « émergeants », soit par une assistance technique et des études de faisabilité, soit par des subventions. À la fin de chaque fiche technique publiée par TDA sur un projet d’infrastructure, figure le coût de son intervention, et le montant, estimé ou constaté, des exportations US. « Depuis [son] lancement en 1981, expliquent ses responsables, nous avons été associés à approximativement 12,3 billions de dollars à l’exportation, soit à peu près 32 dollars à l’exportation pour chaque dollar investi dans les activités de TDA. »

On voit que le gouvernement des États-Unis s’implique bel et bien dans l’aide à l’industrie de son propre pays — et tant mieux si cela peut passer en sus pour une aide apportée à d’autres ! — et qu’il se félicite légitimement de la rentabilité financière de sa politique. Celle-ci étant la mise en pratique de la doctrine du capitalisme libéral, dont chacun sait de par le monde que les USA l’incarnent, ses responsables ne songent pas à en dissimuler les buts ou les mécanismes, d’autant que leur « communication », pour publique et aisément accessible qu’elle soit, vise plutôt investisseurs et entrepreneurs. Dans d’autres occasions, par d’autres voies, on adressera au grand public des messages à contenu plus moraliste : Dieu et les Droits de l’Homme.

Il arrive parfois que, tout à son œuvre civilisatrice et écologique dans les PECO, l’Amérique butte sur son concurrent européen. C’est ainsi que : « Actuellement, les firmes européennes tendent à dominer le secteur de l’environnement en République Tchèque, Hongrie, Pologne, Estonie, Slovénie et à Chypre. » Mais il n’y a rien là de définitif, puisque les Européens, en démocrates convaincus, font avancer l’économie de marché de telle manière que les industriels américains pourront en récolter les fruits : « Cela devrait changer du fait que ces pays engagent des réformes à l’intérieur du processus d’adhésion à l’Union européenne. Les occasions pour les firmes US devraient se multiplier[41]. »

Après la SBDI, le gouvernement américain confirme son intérêt pour l’Europe de l’Est en lançant, en décembre 1996, la Southeast European Cooperative Initiative (Initiative de coopération pour l’Europe du sud-est, SECI). L’envoyé spécial de Bill Clinton est l’ambassadeur Schifter ; il est assisté par la Commission économique des Nations unies pour l’Europe (UN/ECE). Le conservateur autrichien Erhard Busek est chargé de la coordination entre l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et la SECI. L’Union européenne renâcle devant cette nouvelle opération américaine, qui associe onze pays : Albanie, Bosnie herzégovine, Bulgarie, Croatie, ex-Yougoslavie, Grèce, Hongrie, Macédoine, Moldavie, Roumanie, Slovénie, et Turquie. Comme le note diplomatiquement Keith Sangway, délégué de la Commission européenne lors de la dixième réunion de l’Initiative : « Quand SECI a été lancée, la commission européenne était très engagée dans l’implantation des politiques de l’UE en Europe du Sud. Il y a eu quelques hésitations au début sur la question de savoir si SECI allait faire double emploi avec les efforts de la Commission dans la région, spécialement dans le cadre du programme PHARE[42]. » Concrètement, les Européens se sont demandés s’ils pouvaient résister au diktat de l’Amérique, qui les enrôlait sous sa bannière, pour son plus grand profit diplomatique et financier. Ils n’en ont pas trouvé le moyen et se voient contraints de jouer les utilités dans une superproduction US. Peu de temps après le lancement de la SECI, K. Koch-Weser, confie que la Banque mondiale, dont il est directeur, est « assez en pointe dans la région » (fairly bullish, littéralement : « à la hausse »). Prêchant pour la privatisation des entreprises (« sans cela, aucune solution, aucun progrès, aucune réforme »), et des fonds de pensions, il estime que : « Atteignant en moyenne 10 billions de dollars par an entre 1994 et 1996, les flux d’investissements privés vers l’Europe centrale et orientale ont été raisonnablement forts. […] En d’autres termes, conclut-il : les marchés financiers internationaux sont eux aussi à la hausse dans la région[43]. »

La constitution de la SECI, sigle auquel certains médias régionaux reprochent d’être homophonique, en serbe, de l’impératif du verbe « couper », se heurte à quelques résistances[44]. Si la Macédoine y voit une occasion de bénéficier d’une aide occidentale accrue, la Hongrie se montre fort méfiante, et il faut une démarche personnelle de Bill Clinton pour que le président Guyla Horn accepte d’associer son pays à l’Initiative. Lors de son lancement officiel, Belgrade n’est pas représentée, en raison dit-on des manifestations hostiles au régime qui se déroulent dans la capitale yougoslave ; les Serbes de Bosnie herzégovine ne sont pas non plus de la fête. Même en Croatie, une partie de la presse est très critique, estimant que Washington tente de reconstituer, sous son autorité et sa tutelle, une espèce de fédération yougoslave élargie, où Belgrade se trouverait neutralisée. Ce vaste protectorat américain constituerait une avancée vers les réserves pétrolières de la Mer noire, et consoliderait la zone d’influence américaine à l’Est. De plus, comme nous l’avons déjà noté à plusieurs reprises, il s’agit de couper l’herbe sous le pied de l’Union européenne… en lui empruntant sa faux.

 

Région de transit et « corridors paneuropéens »

L’un des intérêts majeurs de toute la région, j’y ai déjà fait allusion, c’est sa position de voie de passage entre l’Europe de l’Ouest, les marchés et les ressources de l’Est, et au-delà, celles d’Asie centrale.. En effet, s’il y a peu de pétrole en ex-Yougoslavie — nous l’a-t-on assez répété ! — il n’en manque pas dans la Mer noire et la Mer Caspienne[45] jusqu’au Kasakstan et au Turkménistan. Or, ce pétrole doit être acheminé. Le commissaire européen aux Affaires étrangères Hans van den Broek s’en explique en ouvrant les travaux du sommet de l’INOGATE à Kiev, le 22 juillet 1999. Le but du programme INOGATE lancé quatre ans plus tôt (avec huit pays ; à Kiev, environ 50 délégations sont présentes) est d’« apporter le pétrole et le gaz depuis le bassin de la Caspienne aux clients en Europe et autour de la Mer noire, et [d’]attirer l’investissement international dans la modernisation, la réhabilitation et l’extension des réseaux de pétrole et de gaz. […] Des initiatives comme INOGATE et PHARE dépassent leurs fonctions purement techniques pour devenir des forums où les idées peuvent s’échanger et de nouveaux concepts être lancés. […] Nous avons intégré le concept de cinq mers — de la Caspienne à travers la Mer noire vers l’Europe : vers la Baltique, l’Adriatique, la Mer Égée et la Méditerranée. Et laissez-moi être clair : quand nous parlons de corridors pour exporter pétrole et gaz, ce sont ces routes que l’UE entend développer. […] Notre intention n’est pas seulement d’apporter pétrole et gaz sur nos marchés, mais ce faisant de nous assurer que le secteur de l’énergie n’est plus une source potentielle de conflit [46]. » Comprenez : « Nous entendons nous mettre à l’abri de la pénurie énergétique, et des conflits qui pourraient la provoquer. » Comme on l’imagine, l’administration américaine ne néglige pas ce secteur, qui a ouvert en décembre 1998, à Ankara (Turquie), un « Centre financier de la Caspienne » qui regroupe TDA et deux autres organismes (Overseas Private Investment Corporation et l’Export-Import Bank). Certainement dans le même louable souci d’éviter que pétrole et gaz suscitent des conflits, TDA examine un projet de gazoduc à travers la Mer Caspienne, et réalise de nombreuses études préalables, « en application de la politique de diversification des pipe-lines prônée par l’administration Clinton[47] ». Il n’est pas bon de mettre tout son pétrole dans le même oléoduc, au cas où, malgré toutes les précautions prises, un conflit éclaterait ici ou là. TDA a par ailleurs approuvé une subvention pour le financement partiel d’une étude concernant le pipe-line trans-balkanique, qui servirait à relier les ressources en pétrole de la région des mers Noire et Caspienne avec l’Europe occidentale[48].

Le Conseil européen de Copenhague ayant décidé, en juin 1993, que la Communauté financerait « le développement de réseaux d’infrastructures en Europe centrale et orientale essentiellement à travers le mécanisme temporaire de prêt de la Banque européenne d’investissement[49]. », la seconde conférence paneuropéenne sur les transports (Crète, 1994) définit « neuf axes de transport multimodal hautement prioritaires ».

Dans le but d’accélérer l’élaboration du réseau de corridors, la Commission européenne lance en mai 1997, dans le cadre de Phare, un programme baptisé TINA (Transport infrastructure needs assessment in Central and Eastern Europe). Le réseau TINA se fonde sur les tracés définis en Crète (et modifiés en 1997), auxquels s’ajoutent des tronçons proposés par les pays de la région. L’ensemble compte environ 18 000 kilomètres de routes, 20 000 kilomètres de voies ferrées, 38 aéroports, 13 ports maritimes et 49 ports fluviaux. Le coût envisagé de l’établissement du réseau, dont l’achèvement est prévu autour de 2015, est d’environ 90 billions d’écus[50].

Parmi les corridors paneuropéens, nous nous intéresserons plus particulièrement aux numéros IV, VIII et X[51]. Avant d’en préciser le tracé, il est bon de relever le passage suivant dans un document de l’Union européenne qui éclaire la relation entre la question des axes de transports et les récentes guerres balkaniques : « En ce qui concerne la région des Balkans, une attention particulière devra être accordée à la pleine intégration des pays de l’ex-Yougoslavie dans le système paneuropéen de transport, ce qui contribuera à la réintégration de la région. Du point de vue des réseaux de transport, l’ex-Yougoslavie ne se distingue pas des autres PECO. Elle est au centre des efforts de l’Union visant à promouvoir la coopération à l’échelle régionale européenne [52]. »

Quant aux tracés : le Corridor IV va de Dresde (Allemagne) à Istanbul (Turquie) via Prague, Bratislava, Budapest, Sofia et Plovdiv. Il croise et double le Corridor VIII dans ces deux dernières villes.

Le Corridor X, relie — dans son tracé principal — Salzbourg (Autriche), Zagreb (Croatie), les villes yougoslaves de Belgrade et Nis, Skopje (capitale de la Macédoine), Veles (Macédoine) et Thessalonique, en Grèce. Il croise le Corridor VIII à Skopje. Des tracés secondaires relient Nis, Skopje, et Igoumenitsa (Grèce), ville d’arrivée du corridor X.

Le Corridor VIII, sans doute le plus représentatif, d’abord en raison de son tracé Est-Ouest, et aussi — nous le verrons bientôt — parce qu’il a mérité le surnom de « projet Clinton », relie le sud de la côte adriatique (le port albanais de Durres), à la Mer noire (les ports bulgares de Burgas et Varna), en passant par Plovdiv (Bulgarie), Sofia (capitale bulgare), Deve Bair (Bulgarie), Skopje (capitale de Macédoine), Kaftan, et Tirana (capitale de l’Albanie). Il existe également un projet de gazoduc Burgas-Skopje-Vlore, dont le point de départ et l’étape principale sont communs au Corridor VIII[53].

Le Corridor TRACECA, dont j’ai cité plus haut un rapport d’évaluation, relie le Caucase et L’Asie centrale à l’Europe via les corridors IV et VIII, dans le port bulgare de Varna.

Mentionnons encore le Corridor dit « dalmatien », reliant le port italien de Trieste à Igoumenitsa (Grèce). Il longe la côte adriatique par la Slovénie, la Croatie, la Bosnie herzégovine, le Monténégro et l’Albanie, et croise le corridor VIII dans le port albanais de Durres. Enfin, le Corridor VII recouvre le tracé du Danube, dont un quart de la longueur, soit près de 600 kilomètres, se trouve sur le territoire de la république fédérale de Yougoslavie. Sachant qu’environ 100 millions de tonnes de marchandises sont transportés chaque année sur cette voie d’eau, on comprend que les pays de la région, Yougoslavie comprise, insistent sur l’urgence de la remise en état de navigabilité du fleuve, que les bombardements de l’OTAN ont rendus impropre à la circulation.

Lorsque l’on observe une carte de la région, portant les différents tracés paneuropéens, on s’aperçoit que les corridors VIII, X et IV forment un triangle (Nis—Sofia—Skopje), dont le centre se trouve au Kosovo[54]. Pour anecdotique qu’elle soit, l’indication n’en confirme pas moins que l’ex-Yougoslavie se trouve, ne serait-ce que par la force des choses géographiques, au centre des préoccupations économiques et géostratégiques occidentales dans la région.

Les programmes européens que nous avons déjà rencontrés (PHARE, TACIS), contribuent évidemment à la politique des corridors. Le programme Phare participe au financement des projets d’infrastructure pour 25% de ses fonds. À titre d’exemple, sa contribution dans ce domaine pour l’année 1996 s’est élevée à 190 millions d’écus environ[55]. Parmi les organismes qui financent les 905 kilomètres du Corridor VIII, que nous considérerons de préférence — comme emblématique de la politique occidentale des transports —, figurent la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), la Banque européenne d’investissement (BEI), en collaboration ou en concurrence avec les institutions financières américaines ou sous contrôle américain. Ainsi, « durant l’année fiscale 1998, la Banque mondiale [BM] a[-t-elle] approuvé des prêts pour trois projets totalisant 300 millions de dollars de prêt de la BIRD [Banque internationale pour la reconstruction et le développement] et 56 millions de crédit de l’IDA [International Development Association, agence de la BM chargée des prêts sans intérêt]. […] En Albanie, un crédit IDA de 17 millions de dollars a été approuvé en mai 1998 pour aider à développer l’efficacité et la capacité du principal port du pays, Durres[56]. » Côté européen, la BEI alloue 40 millions d’écus, dans le cadre du programme Phare, pour la reconstruction du réseau routier bulgare[57].

Le Corridor VIII a fait l’objet d’un accord cadre dès mars 1994[58]. Selon les sources consultées, les premiers travaux, en Albanie, ont été officiellement inaugurés en février ou en mai 1998, dans le port de Durres. À l’heure où j’écris ces lignes (octobre 1999), certains tronçons du huitième Corridor devraient être achevés ou près de l’être. Son importance internationale, et non seulement intrarégionale, est apparue progressivement aux pays partenaires du projet. En juillet 1999, la SBDI note que : « De plus en plus, les pays des Balkans du Sud et leurs voisins de la région ont commencé à voir ce corridor Est-Ouest comme un corridor international, reliant la région de la Mer noire et de la Caspienne à l’Europe occidentale[59]. »

Les travaux du Corridor VIII donnent lieu à une intense activité diplomatique, commerciale[60] et politique dans les pays traversés. L’Albanie tente de tirer partie de la rivalité gréco-turque et encourage tous les projets d’axes de communication susceptibles de transformer son « territoire hermétique en une zone forte de transit qui relierait l’Europe centrale et le bassin méditerranéen », selon les termes d’un hebdomadaire albanais[61]. Le gouvernement accorde pourtant une attention particulière au Corridor VIII, et se plaint par la voix de son ministre des Travaux publics que les entrepreneurs locaux créent des obstacles à la construction de l’autoroute qui en fait partie[62]. Les voies de communication sont aussi un enjeu de politique locale. Sur le mode de l’Union sacrée, le Premier ministre Majko enjoint les Albanais, surtout les mécontents, « ceux qui demandent du pain, du pain, de l’eau, de l’eau » de contribuer financièrement à la construction de la route qui doit relier le port albanais de Durres et la capitale du Kosovo, Pristina, via Kukes[63]. En Macédoine, on estime à 1,87 millions de dollars le coût au kilomètre du tronçon reliant la capitale Skopje à Tetovo. On espère ainsi multiplier le trafic par trois d’ici 2020[64]. Le premier ministre italien Romano Prodi, précisément en visite à Skopje au printemps 1998, déclarait considérer le huitième corridor comme un projet de première importance pour les États de la région, au nombre desquels il comptait l’Italie. Devenu président de la Commission européenne en 1999, le même Prodi aura l’occasion de superviser l’avancement du Corridor. Le ministre bulgare des transports a fait des déclarations similaires[65] et l’on trouve le descriptif de onze projets concernant le Corridor VIII sur le site de l’Agence bulgare pour les investissements étrangers (BFIA).

On ne s’étonnera ni de retrouver la Trade and Development Agency dans le dossier du huitième corridor ni d’apprendre qu’elle a financé, en 1996-1997, une étude générale sur le projet, et une étude spécifique sur les travaux à mener dans le port bulgare de Burgas.

Selon l’historique qu’en font ses promoteurs, la South Balkan Development Initiative (SBDI), dont TDA est le moteur, a d’abord concentré son action sur le développement du Corridor VIII. L’initiative est expressément destinée à aider l’Albanie, la Bulgarie et la république de Macédoine à développer et intégrer leurs infrastructures de transport le long de ce corridor Est-Ouest qui les relie[66]. Récemment, la SBDI a accordé un prêt de 500 000 dollars à l’Albanie pour les travaux du Corridor[67]. L’activité diligente de TDA permet à General Motors et Caterpillar, entre autres, de décrocher des contrats en Macédoine. On trouve par exemple, en juillet 1999, sur le site Internet de TDA, une annonce concernant les travaux de modernisation du port à conteneurs de Durres (Albanie), extrémité ouest du corridor. Selon son habitude, TDA indique le montant de sa subvention — 160 000 dollars —, et le montant estimé des exportations US : 53 millions de dollars. TDA s’est par ailleurs engagée à financer à hauteur de 1,6 millions de dollars les équipements de sécurité pour les voies ferrées albanaises, le long du corridor VIII. En Bulgarie, TDA a fourni 2,3 millions de dollars au ministère des transports pour l’achat de fibre optique pour la voie ferrée entre Sofia et Gyushevo. Une subvention de 280 000 dollars est consacrée à l’inévitable privatisation de la compagnie nationale des chemins de fer. TDA escompte pas moins de 50 millions de dollars d’exportations US dans ces projets bulgares. Tout naturellement, dans le cadre de l’Initiative de coopération pour l’Europe du sud-est (SECI), les travaux du groupe chargé des infrastructures de transport se sont eux aussi focalisés sur les corridors paneuropéens. En avril 1999, les pays associés à la SECI ont signé un Protocole d’accord destiné à supprimer entre eux les barrières institutionnelles, réglementaires et économiques, notamment les droits de douanes[68].

Si la guerre du Kosovo a probablement ralenti certains chantiers du huitième corridor, au moment où elle gelait les échanges commerciaux de toute la région, il n’apparaît pas qu’elle ait contrarié les activités de TDA, au contraire, serait-on tenté de dire. Le 23 mars 1999, la veille donc du déclenchement des bombardements de l’OTAN, un communiqué de presse de l’agence se félicite de ce que « le développement du corridor Est-Ouest a maintenant spectaculairement amélioré l’état des chemins de fer et des routes dans les pays du Sud des Balkans », et note en outre l’heureux effet sur le volume des marchandises transporté par mer. Le 8 juin suivant, en pleine guerre encore (les hostilités seront suspendues deux jours plus tard), le directeur de TDA, Joseph Grandmaison, se déclare — avec un parfait cynisme — « heureux d’apporter une aide continue à la construction du Corridor VIII dans le sud des Balkans, particulièrement à un moment où le trafic commercial régional a peu de choix de transport [69] » Par le plus grand des hasards, la dégradation « à ce moment » des conditions de transport dans la région, relève principalement de la responsabilité du même homme — Bill Clinton — qui salarie M. Grandmaison via l’agence de publicité US TDA, et a donné son aval aux bombardements sur l’ex-Yougoslavie.

« Le président Clinton a promis l’aide des États-Unis, déclare M. Grandmaison en présentant les subventions accordées au huitième corridor, et TDA est honoré de réaliser la promesse du Président[70]. » Le fait que Bill Clinton ait voulu et personnellement supervisé des initiatives comme SBDI et SECI, en accordant une attention toute particulière au Corridor VIII a fait baptiser celui-ci « projet Clinton » par la presse albanaise[71]. Quoi qu’il en soit, les implications politiques du projet de huitième corridor ont été vivement ressenties dans la région, sensible en particulier à la rivalité entre la Turquie et la Grèce. Cette dernière estimait, dès 1994, qu’elle était tenue à l’écart pour des raisons politiques et redoutait un déficit touristique et de flux de marchandises, notamment pour le port de Salonique (d’où la proposition grecque du « Corridor dalmatien », déjà évoqué). Le Corridor VIII est qualifié en 1994, par un journal roumain, d’« axe de pénétration musulmane inspirée par la Turquie : […] route verte contre la Grèce et la Serbie[72]. » C’est pour offrir une compensation symbolique à la Grèce, dont l’opinion publique s’est montrée hostile à l’action de l’OTAN, que l’UE a accepté, au mépris du sens pratique, de situer à Salonique, précisément, l’Agence européenne pour la reconstruction du Kosovo. Quant à Washington, qui n’entend froisser ni Ankara ni Athènes (exportations et bases de l’OTAN obligent), à ses yeux toutes les routes et tous les corridors sont verts, couleur dollar.

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Ajout

En septembre 2002, à Bari, en Italie, était signé un mémorandum d’entente du Huitième Corridor Paneuropéen. En mars 2004, les ministres des pays concernés (Albanie, Macédoine, Grèce, Bulgarie, Turquie, Italie) se sont réunis à Tirana afin d’examiner son intégration dans le réseau des transports Transeuropéen. En mai 2004, cependant, l’ambassadeur d’Italie à Tirana organisait une conférence sur le corridor VIII avec le ministère albanais des Transports au cours de laquelle il semblait déplorer le manque d’engagement financier des pays concernés. Cf. « Le Corridor 8, un défi pour tous les Balkans », repris et traduit de Korrieri, in Le Courrier des Balkans.

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[1] Commissaire Mix, rapport du 6 novembre 1858. Cité in L’Entaille rouge. Des terres indiennes à la démocratie américaine, 1776-1996, Nelcya Delanoë, Albin Michel, 1996, p. 116. »

[2] Commissaire Dole, novembre 1862. Ibidem p. 118.

[3] Ibidem, p. 103-104.

[4] « Roumanie », supplément publicitaire de seize pages encarté dans Le Monde du 21 juillet 1999.

[5] Euro-est, juillet 1999.

[6] Le terme « corridor » est celui officiellement utilisé par les institutions internationales.

[7] Le Monde, 28 juillet 1999.

[8] Le Monde, 7 avril 1999.

[9] Voir par exemple L’Humanité hebdo (30 avril – 2 mai 1999), qui publie l’appendice B du texte, signé par la seule partie kosovare. La guerre terminée, on n’hésite pas à « oublier » le volet militaire des accords, dont Daniel Vernet se souvient simplement qu’ils « prévoyaient une administration internationale (de préférence européenne) pour le Kosovo dans le cadre de la République serbe. Ce n’était pas une tâche facile, mais au moins elle était relativement claire. » Le Monde, 4 septembre 1999.

[10] Cf. Zivkovic Andeja, « Le protectorat, instrument de domination », Le Monde diplomatique, juillet 1999. Paradoxe de la situation au Kosovo : les moyens de production étant la propriété de compagnies serbes, les apôtres occidentaux des privatisations craignent que les indépendantistes kosovars règlent la difficulté… par les nationalisations. Cf. South-East Europe, n°7, juillet 1999.

[11] Pour : « Pologne Hongrie Aide à la Restructuration Économique. »

[12] Le Monde, 4-5 juillet 1999.

[13] Reproduit dans Courrier international, 21 au 27 octobre 1999.

[14] Thus it was the lure of NATO membership ; le premier sens de lure est « attrait », mais avec une connotation de tromperie ; le mot signifie également leurre, ruse.

[15] Lancé par l’Union européenne en direction des « Nouveaux états indépendants » et de la Mongolie, Tacis a engagé, entre 1991 et 1997, 3 290 millions d’écus. Selon la présentation (exceptionnellement en français) qui figure sur le site Internet du Phare and Tacis Information Centre, « Tacis promeut la compréhension et la valorisation de la démocratie et d’un système économique et social orienté vers l’économie de marché. »

[16] Conférence BERD-BDI à Berlin, le 12 juin 1997 (site Internet Banque Mondiale).

[17] Pour Transport Corridor Europe Caucasus Central Asia. Le rapport est évidemment publié en anglais. Je le mentionne afin de signaler ma traduction et les distorsions éventuelles avec d’autres versions. Rapport d’évaluation, juin 1998 ; source : Centre d’information Phare et Tacis de la Communauté européenne (Bruxelles).

[18] Faut-il préciser que le rapport conclut néanmoins à un bilan positif et à la nécessité de reconduire le projet ?

[19] Le Monde, 14 avril 1999.

[20] Gazeta Wyborcza, 5 avril 99, Libération 13 avril 99.

[21] Les objectifs et intérêts des États-Unis et de l’OTAN au Kosovo, document du Département d’État américain, Washington, DC, 26 mars 1999. Site Internet du DE.

[22] « La première guerre du XXIe siècle », Alain Frachon, Le Monde, 12 mai 1999. On pourrait citer également l’éditorial du 24 avril.

[23] « La der des der », éditorial de Pascal Aubert, La Tribune (quotidien économique), 23 avril 1999.]

[24] 10 avril 1999, cité dans Le Monde, 16 avril 1999.

[25] Rapport d’information par la Délégation de l’Assemblée nationale pour les communautés européennes, Michel Pezet, 27 février 1992.

[26] Communication de la Commission des communautés européennes sur le processus de stabilisation et d’association en faveur des pays de l’Europe du sud-est. Bruxelles, 26 mai 1999.

[27] Et peut-être à certaine grande puissance, en inscrivant l’ambassade de Chine sur la liste des dégâts « Coca-colatéraux », selon la plaisante expression d’un journaliste de France-Inter (à propos des troubles causés à certains consommateurs par l’ingestion de la boisson gazeuse) ; Informations de 10h, 19 juin 1999.

[28] Le Monde, 28 avril 1999.

[29] Science et Vie, hors série « Aviation 99 », juin 1999.

[30] Le Monde, 31 juillet 1999.

[31] Riemer Blanca, « Le retour de la paix ouvre la chasse aux contrats », La Tribune Desfossés, 23 novembre 1995. C’est moi qui souligne.

[32] Le Monde, 1er juin 1999.

[33] Libération, 18 juin 1999.

[34] Euro-Est, juillet 1999, n° 79.

[35] Ibidem.

[36] Le Monde, 1er juin 1999, « En France, le dossier “Balkans” provoque des tensions ministérielles ».

[37] Internet. Site officiel (en anglais) du Sommet du Pacte de stabilité.

[38] La Tribune, 2 août 1999.

[39] Le Monde, 19 juin 1999.

[40] Site Internet TDA (en anglais). Communiqué de presse, Washington, 23 mars 1999. C’est moi qui souligne.

[41] Site TDA. Communiqué de presse du 16 août 1999 annonçant la Conférence de Budapest (2 au 4 novembre 1999) organisée par TDA pour mettre l’accent sur les occasions en Europe centrale et orientale pour les firmes US dans le secteur de l’environnement.

[42] Genève, 1er février 1999, Site Internet SECI, Agenda Committee Meeting.

[43] Op. cit., Berlin, 12 juin 1997.

[44] On trouve des éléments d’information dans les articles et revues de presse publiés en ligne par Alternativna Informativna Mreza (AIM), réseau d’information alternative en ex-Yougoslavie Voir notamment les articles de Matilda Kojic (31 janvier 1997) et Senka Kurtovic (21 janvier 1997).

[45] Certains auteurs, par exemple l’économiste canadien Michel Chossudovsky, affirment que l’on sous-estime délibérément les gisements existant sur le territoire de l’ex-Yougoslavie, notamment en Bosnie et en Croatie. Cité dans Poker menteur. Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres. Collon Michel, EPO, 1998, p. 256. La CIA confirme la présence de pétrole en Croatie, sans fournir d’évaluation (Cf. site Internet CIA). Mentionnons ici que l’ouvrage Poker menteur, qui s’est acquis jusque chez des libertaires une réputation flatteuse, explicable peut-être par les nombreux documents qu’il fournit, mérite le titre du plus bouffon catéchisme stalinien (au sens strict) de la fin du siècle. Selon l’auteur, propagandiste du Parti du Travail belge : les pays de l’Est étaient des sociétés « socialistes » où le socialisme « a été renversé » [p. 292] ; Staline était un fervent et honnête partisan du « principe léniniste de libre adhésion » [p. 205] ; on ne peut qualifier le régime de Tito et ses camps de concentration de néo-staliniens, puisque « ce sont les… staliniens qui ont été enfermés et réprimés ! » [p. 203] Etc.

[46] Site Internet de l’UE.

[47] Communiqué de presse TDA, 17 décembre 1998. Site Internet TDA.

[48] Internet TDA, avril 1999.

[49] « Connexion des réseaux de transports aux réseaux de pays tiers », Les pays d’Europe centrale. Site Internet UE.

[50] The Phare multi-country transport programme. Site Internet UE.

[51] On trouve une description des différents corridors dans la brochure intitulée Vers une politique commune pour un réseau paneuropéen de transport, Office des publications officielles des CE. Luxembourg, 1997. Introduction de Neil Kinnock, à l’époque commissaire aux Transports. D’après ce texte, l’achèvement des travaux est envisagé en 2015.

[52] « Connexion des réseaux de transports aux réseaux de pays tiers », op. cit., c’est moi qui souligne.

[53] Agence télégraphique albanaise (ATA), 22 janvier 1999.

[54] On peut consulter la carte illustrant l’éditorial intitulé « Où est passé le huitième corridor ? » (juin 1999, signé Arno), sur le site Scarabée, qui publie d’autres enquêtes sur la situation dans les Balkans.

[55] Exemple précis : le tronçon routier Durres-Rrogozhine (38 km), fin des travaux prévu en mars 2000, est financé à hauteur de 20 millions d’euros par PHARE. Agence télégraphique albanaise (ATA), 9 février 1999.

[56] Site Internet Banque mondiale.

[57] Balkanmedia (Sofia, Bulgarie ; en anglais), vol. VI, 4, hiver 1997-1998.

[58] Cf. Europe transports, avril 1994.

[59] Site Internet TDA.

[60] J’en donne quelques exemples, qui peuvent paraître disparates ou répétitifs, parmi des dizaines d’autres, disponibles dans une documentation certainement incomplète. Procéder à une synthèse chiffrée dépassait mon ambition et les nécessités de ma démonstration. Les exemples fournis visent à donner une idée de l’ampleur des marchés, et de la diversité des sources qui y font référence.

[61] Monitor, Podgorica, 7 août 1998, repris sur le site Internet MediaFilter.

[62] Journal Shekulli, 31 août 1999, Site Internet Albanian Daily News.

[63] Shekulli, 25 août 1999, Site Internet Albanian Daily News.

[64] République de Macédoine. Site Internet du Fonds pour le réseau routier national et régional.

[65] Balkanmedia, Vol. VI, 3, automne 1997.

[66] Voir texte de présentation sur le site Internet TDA, juillet 1999.

[67] Dépêche de l’Agence télégraphique albanaise, 16 avril 1999.

[68] Protocole d’accord sur la facilitation du transport routier international de marchandises dans la région concernée par la SECI, Athènes, 28 avril 1999.

[69] Communiqué de presse TDA ; c’est moi qui souligne.

[70] Communiqué de presse TDA, 9 décembre 1998.

[71] Cf. « Corridor huit : rêves et intérêts », Arben Kola, AIM, Tirana, 17 avril 1998.

[72] Le quotidien Libertatea, cité in Europe transports, avril 1994.