APPEL POUR UNE ÉNIÈME RÉPUBLIQUE : La pensée «Pouf-Pouf»

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es mélenchonneries sur la VIe rép. s’ornent désormais d’un appendice féministe.

Un « Appel pour une VIe République féministe » a en effet été signé (à Capture d’écran 2014-11-16 à 20.04.17l’heure où je consulte le texte) par 16 personnes, de tous les sexes, comme on disait sous la Première République. Parmi elles, Inna Shevchenko, qui signe modestement « militante Femen », sans indiquer son grade réel dans l’armée qu’elle dirige en généralissime.

Cette VIe rép. (ça sonne comme un nom de régiment parachutiste ; mauvais signe !) présente surtout l’avantage de se situer après la Ve. Ces gens ont beaucoup d’ordre.

Le deuxième avantage de ce type d’initiative totalement hors du réel, est que chacun(e) peut apporter son manger et ses préoccupations.

Les féministes VIe rép. en tiennent, assez logiquement, pour « l’égalité des personnes sans distinction de sexe, d’orientation sexuelle et d’identité de genre ». Et attention ! Dès le préambule de la nouvelle constitution. Pas question d’aller imprimer ça en tout petits caractères, en bas du programme.

…Pour l’avortement, la contraception les congés maternités et parentaux. Etc.

Ces « droits fondamentaux et inaliénables des femmes » doivent être « gravés dans le marbre d’une nouvelle constitution ».

Euh !…

J’éprouve le plus grand respect pour les marbriers et autres tailleurs de pierre et je serais heureux que la rép. leur fournisse un peu de travail. Cependant, d’un strict point de vue politique, je m’interroge.

En quoi le fait de « graver dans le marbre » des principes reformulés peut-il constituer en quoi que ce soit une solution aux problèmes qui se posent à nous ?

Je crains que la notion de « performativité », répandue depuis quelques années, via notamment les travaux de Judith Butler, ait fâcheusement revivifié la pensée politique magique.

En gros, pensent ses tenants, francs cyniques ou niaiseux rêveurs, on ne peut jamais savoir avant ce qui se peut se produire. Donc on fait « comme si ». Si ça produit quelque chose [dans tes rêves !], c’est super ! Sinon, on aura occupé les militants, et le devant de la scène pendant quelques mois. Toujours ça de pris (sans compter les adresses mails collectées dans les réus).

C’est ce que j’appelle la « pensée Pouf-Pouf », en référence à la formule magique enfantine, que nous sommes nombreuses à employer encore, par exemple quand nous nous sommes embarqué(e)s dans une phrase mal formulée, pour indiquer que nous reprenons de zéro.

Le premier effet, immédiat, celui-là, d’un texte aussi confusionniste que l’appel à la rép. féministe, est la récusation des luttes de classes et des luttes de femmes. Temps perdu ! Il suffisait d’aller à Carrare, choisir un beau marbre où graver en chœur nos beaux sentiments.

Au passage, on remarquera avec un haut-le-cœur, que ce raisonnement est similaire à celui des législateurs (droite et gauche) à propos de l’ « antiterrorisme » : un attentat réel, un échec policier, une manif mal contrôlée… Hop ! un nouveau texte de loi. La différence est que ces textes empilés finissent toujours, eux, par être promulgués et utilisés pour nuire.

Le monde tel que le voient les VIe répistes ignore les classes sociales, et leurs intérêts contradictoires. Leur texte suppose implicitement que le système capitaliste (jamais nommé bien sûr !) fonctionne mal par hasard, ou du fait d’un comportement inapproprié de certains utilisateurs.

Le remède proposé s’apparente à une espèce de service après-vente collectivement assumé :

« Donner au peuple une manière active et effective de faire entendre sa voix, de penser ensemble l’intérêt général. Cet exercice collectif qui l’engage dans une dynamique constructive et vertueuse, qui l’arrache au sentiment de fatalité et au plus suicidaire des mécanismes de défense, passe par l’élaboration en commun d’un nouveau pacte social, d’une nouvelle Constitution. »

« Pacte social » : Rousseau + François Hollande contre Marx.

« Élaboration d’une nouvelle constitution gravée dans le marbre » : Souvenirs de 1791 + Moïse et les tables de la loi.

Il va falloir agiter rudement le shaker…

Le seul ennemi clairement identifié par les féministes VIe rép., c’est l’extrême-droite. Ah ! l’extrême-droite… D’abord providence des bricolages électoraux mitterrandiens, toujours repoussoir utile du citoyennisme, à condition évidemment qu’elle ne contraigne à « changer le peuple », lequel aurait malencontreusement porté au pouvoir l’épouvantail sorti de son champ.

On comprend bien l’intérêt que trouvent des politiciens marginalisés dans ce genre d’initiative. Apparaître (tout court). Apparaître rassembleur, de surcroît.

Des militant(e)s n’ont rien à y faire. C’est un mensonge (cynique ou naïf, peu importe) sur la nature du système et des rapports de force, un appel à la collaboration de classes (citoyenne, s’entend !) au service d’une refondation constitutionnelle qui n’aura pas lieu.

Elle n’aura pas lieu, parce que les conditions qui la rendraient réellement possible constitueraient (le moment de le dire !) un mouvement social d’une ampleur telle qu’il la dépasserait.

Les appels pour la énième rép., féministe ou pas, sont aussi une énième manifestation de la pensée « Pouf-Pouf ». Ils sont un symptôme, certainement pas une amorce d’ombre de solution.

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Nota. Cependant, afin de ne pas paraître céder au « sentiment de fatalité » que souhaitent conjurer les auteur(e)s, je donne ci-dessous ma modeste contribution personnelle.

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