MORT AUX VACHES ! VIVE LES CHIEUSES ! La réponse de la bergère (2011)

Christine Ribailly, la bergère peu moutonnière, dont il est question ci-dessous, est toujours victime de l’acharnement de l’appareil pénitentiaire et judiciaro-policier (il n’existe même pas de mots simples pour désigner ces monstruosités). On peut lire un dossier très complet sur le site Paris-Luttes.Info, qui suit son affaire et sur lequel je vous suggère de la suivre aussi.

Je n’ai repris ici, en signe de solidarité, que le premier ensemble de documents que j’avais publié sur mon site.

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Christine Ribailly est bergère. Pas exactement du genre à se pâmer en écoutant les niaiseries du fils du roi qui venait à passer et la culbuterait volontiers. Plutôt du genre à lui mettre son pied où je pense, histoire de lui apprendre les vraies bonnes manières…

arton466À la suite d’un enchaînement de faits dérisoires qui devient l’ordinaire des commissariats et des tribunaux français (arrestation musclée, d’où procédure pour outrage, d’où garde à vue, d’où refus de prélèvement ADN, d’où mise en examen…), elle a été jetée en prison par des gens très convenables qui se demandent (sincèrement n’en doutons point) d’où peut venir toute cette violence, lorsqu’une vitrine tombe à l’occasion d’une manifestation.

Il m’arrive assez souvent de rencontrer, dans mes recherches sur la Révolution française, de ces personnages de femmes au franc parler, qui ne se laissent impressionner ni par la force masculine (fût-elle en nombre) ni par la force publique. Il est extrêmement réconfortant de constater que l’espèce n’est pas éteinte.

En reproduisant ci-dessous les informations données par le site Rebellyon, j’adresse à Christine Ribailly le témoignage de toute ma sympathie.

Suite à la mobilisation à Lyon contre la loi Loppsi 2, Christine est passée devant la cour d’appel de Lyon mardi 22 mars 2011 à 13h30. Condamnée à trois mois de prison ferme en comparution immédiate, elle comparaissait pour refus de prélèvement ADN, refus de prise d’empreintes digitales et rébellion. Le jugement a été mis en délibéré jusqu’au mardi 17 mai à 13h30.

 

Premier texte de Christine

 

« Je m’appelle Christine

Le 16 décembre [2010], au début de la mobilisation contre la LOPPSI 2, un campement se met en place à Lyon sur la célèbre place Bellecour (le Punishment Park des manif’ pour les retraites). Deux fourgons, une tente, un brasero, des pancartes. Les municipaux et les nationaux qui passent dans la soirée nous laissent nous installer.

Mais à 6h du mat’, un RG vient se renseigner. On est clairs : non seulement on ne part pas mais en plus on attend des copains et copines pour tracter dans la matinée et on espère l’arrivée d’autres camions toute la journée.

Les flics arrivent alors de plus en plus nombreux, appellent les pompiers pour éteindre le brasero sécurisé, embarquent en fourrière et convoquent tout le monde (6 personnes) au commissariat pour audition.

Je résiste un peu plus que mes potes, c’est la garde à vue pour rébellion. Puis s’ajoutent dégradation (coups de pieds dans les murs du comico) et refus de fichage (dons d’ADN, de photo et d’empreintes digitales).

Comparution immédiate 48h plus tard : 3 mois ferme sans mandat de dépôt. Ce n’est pas assez pour le proc’ qui avait réclamé 4 mois avec mandat. Il fait donc appel.

J’étais convoquée à la cour d’appel de Lyon (qui a très mauvaise réputation) vendredi 11 février à partir de 13h30.

Le 11 février, on était une trentaine (et un RG) avec table de presse contre la LOPPSI au rendez-vous.

Mais les magistrats étaient en grève et ça a été reporté au 22 mars

Dans un dernier coup de provocation, j’ai promis au juge qu’on serait au moins aussi nombreux puisque c’est une bonne date pour lancer un mouvement qui dure…

Voulez-vous m’aider à ne pas lui avoir menti ? Merci ».

 

Mise à jour du 22 mars

 

Mardi 22 mars 2011, Christine était convoquée à la Cour d’Appel de Lyon. Suite à un rassemblement contre la loi LOPPSI 2, place Bellecour, le 16 décembre 2010, elle avait été placé en Garde à Vue (GAV) pour « violence sur personne dépositaire de l’autorité publique », en l’espèce un flic empoigné par le col. 48h plus tard elle passait en comparution immédiate sous ce chef d’inculpation mais aussi pour refus de se soumettre aux prélèvements ADN et signalétiques. Elle écopait alors de trois mois ferme sans mandat de dépôt. Là-dessus, jugeant la peine trop légère, le parquet a fait appel, celui-là même qui était examiné ce mardi 22 mars.

Devant le tribunal, 50 à 60 personnes étaient présentes en solidarité avec Christine. Après plusieurs affaires où le juge aura fait preuve d’un moralisme puant, dans le but de faire culpabiliser les prévenus de leur manque d’effort de réinsertion, la tendance s’est quelque peu inversée lorsque le tour de Christine arrive.

Ne se démontant pas, elle s’explique sur cette fameuse altercation avec le poulet et dénonce pendant plus d’une demi-heure ses conditions de détention durant sa GAV (garde à vue) qui a suivi. Menottage, fouille à corps, humiliations, refus d’accès aux chiottes… S’appuyant sur le rapport de GAV des flics, le juge l’interroge sur ses insultes envers les keufs, ses coups de pieds sur la porte de cellule et autres protestations. Ne répondant ni par oui ni par non et n’hésitant pas à couper la parole au juge et à le questionner plutôt que de répondre à ses questions binaires, elle repart sur une dénonciation du comportement des keufs et de ses conditions de détention.

Près d’une heure d’audience, où la peur, sans changer de camp, ne fit pas mouche dans le rang de l’accusée. L’avocate générale, dans son réquisitoire, s’insurgera qu’il ait été laissé libre cours aux accents de vérité de l’accusée : « Les temps changent, il y a peu de temps la cour aurait suspendu l’audience et poursuivi l’accusée pour outrage à magistrats ».

Contrairement à ce qu’insinua cette dernière, il y a peu à parier que la justice subisse réellement de telles mutations, mais peut être plus à supposer que ces robes noires n’ayant pas l’habitude de se voir tenir tête se retrouvent quelques peu décontenancés dans ces cas là.

L’avocate générale demandera finalement 10 mois ferme et 18 mois de sursis. Le délibéré sera rendu le 17 mai.

 

« La camisole ou le goulag » : Christine en prison !!!

Publié le 7 avril 2011

Christine,

Nous venons d’apprendre que Christine vient d’être incarcérée à St-Étienne.

Convoquée à la gendarmerie pour l’un de ses jugements — écopée pour insoumission à l’autorité — elle a refusé le suivi psy qui était demandé et après avoir passé une journée en HP elle a été transférée à la maison d’arrêt de St Etienne sur décision du tribunal de Valence.

Ainsi, dans notre chère République, comme au bon vieux temps de l’URSS de Brejnev, si vous êtes réfractaire à l’autorité, on ne vous laisse comme choix que : « LA CAMISOLE OU LE GOULAG ».

C’est à croire que quelles que soient ses formes politiques, l’appareil d’État retrouve toujours ses instincts primaires.

Christine est une femme LIBRE, bergère habituée à vivre au grand air. Sur Avignon, nous la voyons participer à tous les combats, à toutes les luttes . Elle aime « trop » la liberté pour supporter toute forme d’enferme­ment. Aussi nous craignons pour elle car nous savons que l’incarcération lui sera particulièrement insupportable. Aussi, en l’enfermant, le pouvoir sait ce qu’il fait, il cherche à détruire un individu particulièrement libre et réfractaire à toutes formes d’autorité.

 

Le 8 avril : Lettre de Christine depuis la prison

Reçu lettre de Christine que je vous transmets. Anne

Jeudi 7 avril –
Salut camarades !
J’ai reçu trois lettres postées hier, de vous, de Jean et de Claudia. ça m’a fait super plaisir et ça m’a étonné aussi. Je pensais que, en tant que prévenue, le juge allait bloquer le courrier, et puis je n’ai pas encore eu de courrier des potes bergers et de ma famille…

Comment avez-vous été au courant ? Des potes à Greg devaient venir aider à la tonte hier, mais ça fait bien rapide ! Et vu la teneur de la lettre de Jean, je vois que vous êtes au courant du déroulement de l’histoire : RDV avec le JAP le 31 et prise de bec, GAV pour outrage à magistrat, mandat de dépôt à Valence et frousse des matons, 24h sanglée sur le lit aux urgences, 4 jours au Valmont à Montélimar avant la levée de l’HO, transfert à la Talaudière.

Je suis ici depuis 3 jours. Bizarrement, je trouve ça assez facile comparé à la GAV ou à l’HP. Ici, il n’y a pas de volonté d’humilier. Ils nous parquent, c’est tout. Grâce à mon statut d’emmerdeuse j’ai même une petite marge de manoeuvre : j’ai refusé la biométrie à l’entrée et ils n’ont pas insisté et ils n’insistent pas quand je refuse de répondre à leur « bonjour ».

Ceci dit, je passe quand même en commission de discipline demain… ! Hier matin à la promenade, j’ai eu envie de voir si le nid qui était à plus de 3 m dans le seul arbre de la cour était habité alors j’y ai grimpé. Le brigadier veut jouer la confiance et une peine de mitard obligerait un transfert car il n’y en a pas au quartier femme ici. Donc, je ne m’inquiète pas trop.

Merci pour le mandat mais ne gâchez pas le fric du collectif pour ma seule pomme. Ma famille peut assumer les 80 euros mensuels dont j’ai besoin pour le tabac et la télé. Je ne veux pas cantiner de la bouffe sinon je vais devenir un estomac sur pattes : bouffer ça occupe et sa compense. Par contre, continuez à envoyer des timbres pour que je puisse vous répondre. Gardez le fric pour faire des photocopies : il y a un beau barouf à faire le 14 juin à 16h30 au tribunal de Valence pour refus de don d’ADN. Vous pouvez contacter mon avocat, Proust, de Valence pour ça. Payez de l’essence et venez nombreux que je vous entende du dépôt ! Les seuls anars que je connaisse sur Valence, c’est le Laboratoire. Organisez-vous et foutez le feu !

Cet après-midi, je vois le JAP en visioconférence pour qu’il fasse péter 1 an de sursis récupéré le 19 juillet. Il y a aussi un autre an de sursis pour violences contre les condés. Et puis le délibéré du 17 mai. Et puis un procès à Lyon le 27 mai pour rébellion contre les municipaux. Bref ils ont de quoi m’emmerder pour un moment…

Je vais poster cette lettre tout de suite pour qu’elle parte aujourd’hui. J’écrirai à Claudia pour raconter l’audience avec le juge et à Jean pour raconter le prétoire de demain. Passez-vous les infos entre vous.

Merci d’être là les poteaux. Ne vous en faites pas, je ne suis pas suicidaire : je veux retourner pisser dans l’herbe le plus vite possible.
HASTA LA VICTORIA SIEMPRE !
Christine
PS : y a-t-il une radio locale qui ait de la gueule par ici ? RCF c’est bien le dimanche seulement… !