Israéliens, ils refusent de porter les armes… (2014)

…c’est le titre (qui mérite d’être également féminisée) d’un beau reportage du photographe Martin Barzilai en Israël, publié sur le site Mediapart (août 2014). Vingt-deux portraits et témoignages de garçons et filles qui objectent à participer à la guerre de colonisation. On imagine que ça n’est pas très facile pour eux/elles non plus en ce moment et ça fait plaisir de contempler des visages d’humains courageux et intelligents.

Les photos, elles-mêmes, respirent l’intelligence, et le respect des personnes photographiées (pas toujours « à leur avantage » ; des photos humaines, elles-aussi).

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Portrait n° 10

Naomi, 20 ans, étudiante : « Je n’ai pas fait mon service militaire parce que je suis contre l’occupation et contre la militarisation de la société israélienne. Il n’y a pas que les Palestiniens qui souffrent de la militarisation de notre société. Nous avons l’une des armées les plus importantes au monde, alors que nous sommes un tout petit pays. L’argent qui est investi dans la défense ne l’est pas ailleurs, dans l’éducation par exemple. Ce fut un problème quand j’ai voulu chercher un travail. Je devais travailler dans une librairie, mais quand ils ont vu que je n’avais pas été à l’armée, les patrons ont changé d’avis. » Tel-Aviv, 2009.

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On trouvera sur le site Non Fides la déclaration de Udi Segal, jeune réfractaire israélien.

Simon Leys est mort (11 août 2014)

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D’abord connu en France en 1971 par la publication aux Éditions Champ libre de son livre intitulé Les Habits neufs du président Mao (aujourd’hui disponible au Livre de poche), Pierre Ryckmans, qui avait pris pour nom de plume « Simon Leys », est décédé à Canberra (Australie), à l’âge de 78 ans.

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En lien, l’article du site australien annonçant la nouvelle, répercutée par Le Monde à 11 h ce matin, mais absente du site de Libération à 17h 30 [bourde rectifiée à 18h 36, probablement un record !].

Lettre ouverte de Farid El Yamni, frère de Wissam, assassiné par la police, à la mère de Rémi Fraisse

La lettre qui suit est adressée par Farid El Yamni, frère de Wissam — assassiné par la police à Clermont Ferrand, le 1er janvier 2012 — à la mère de Rémi Fraisse. Il a voulu qu’elle soit rendue publique.Je la republie ici, bien qu’elle soit déjà disponible sur de nombreux sites.

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À l’heure où sur Paris on condamne les manifestations violentes et où on loue les sit-in pacifiques, je vous écris cette lettre.

J’ai perdu mon frère dans des conditions très proches de celles dans lesquelles vous avez perdu votre fils. Mon frère qui prenait tant soin de ma mère nous a quitté, il ne reviendra plus. La perte de mon frère était sur le coup une douleur immense que je ressens à chaque fois que l’État assassine à nouveau. « Là où croît le danger croît aussi ce qui sauve » disait quelqu’un. À chaque fois que l’État assassine on a aussi l’opportunité de l’arrêter, de le contraindre à changer et de rendre la dignité perdue à tous les autres.

Par la mort de Rémi se noue beaucoup plus que l’histoire d’une vie, il se noue notre vie à tous, individuellement et collectivement. La criminalisation qui a été opérée est terrible, ça a été la même chose pour nous. J’ai compris plus tard qu’elle était voulue. Je ne voulais qu’une chose, que la Justice fasse la vérité et rende la dignité que méritait mon frère, dans le calme, et que cette histoire profite à tous, à nous les gouvernés pour mieux nous aimer et à la police pour la réconcilier avec la nation. Je pensais que la police ne pouvait accepter dans ses rangs des assassins, je ne la connaissais à l’époque pas assez. Je me trompais. Les quartiers ont brûlé, on a appelé au calme : chaque voiture ou chaque poubelle brûlée était vécue comme une insulte, comme une épine en plein cœur, une épine sur laquelle on appuyait.

Puis le temps est passé, on nous a promis la vérité, mais on n’a eu que des mensonges, que des fausses promesses, comme tant d’autres avant nous. On nous avait prévenu, mais on n’y croyait pas. François Hollande, lui-même, avait pris ma mère dans ses bras et lui avait promis qu’il nous aiderait à faire la lumière sur la mort de son fils. Sans la justice et la vérité, on vivait le temps qui passait comme une condamnation. Nous étions toujours en prison, à suffoquer et à appeler la Justice à l’aide.

Et puis on a compris que notre cas n’était pas isolé, que tant d’autres familles vivaient et vivent la même chose. Il y a tant d’humiliations et de mutilations commises consciemment par la police et couvertes par la justice, tant !

On a aussi découvert la manière de penser des policiers, ça fait froid dans le dos. Voici un exemple : Mercredi dernier, suite à la manifestation sur Paris, un des policiers m’a dit « 1-0 » devant ses autres collègues au commissariat, qui ricanaient lorsqu’ils me voyaient arborer le tee-shirt « Urgence Notre Police Assassine ». Aucun ne l’a repris, aucun… Des exemples de ce genre, tant de français en vivent quotidiennement, ils n’en peuvent plus de cette police et n’en voient pas le bout.

Je comprends l’appel au calme, on l’a également fait. Comprenez également que de nombreuses personnes ne croient plus en ce système qui donne une impunité de facto à la police. Comprenez que l’on ne peut concevoir la non-violence qu’à condition de supposer que le camp d’en face est capable de se remettre en cause : ils en sont humainement incapables, parce qu’ils considèrent que remettre en cause la police, ce serait remettre en cause l’État. Depuis 40 ans, la police tue impunément, à répétition. Depuis 40 ans, on assiste à la même démarche pour noyer les meurtres de l’État, malgré les vidéos, les témoins, les évidences. Depuis 40 ans, il y a des sit-in, des manifestations, des livres, des prises de positions d’hommes politiques, des tribunes adressées au ministre de l’intérieur. Depuis 40 ans, ça ne fonctionne pas.

Voici comment ça se passe : dépêche AFP, mensonge du procureur, enquête de mauvaise qualité et tronquée pour aboutir sur une condamnation ridicule après de nombreuses années, voire à une absence de condamnation. Le pire, c’est que ceux qui vont enterrer l’affaire auront des promotions et ceux qui ont tué nos frères, nos fils ou amis, eux seront traités comme des champions par leurs collègues. Telle est la réalité que vous vivrez vous aussi.

Manuel Valls dit que les violences sont des insultes à la mémoire de Rémi, mais sachez que Manuel Valls, par son inaction à combattre l’impunité policière, est le premier meurtrier de votre fils. C’est un criminel récidiviste. Il est venu à Clermont-Ferrand une semaine avant le rendu du rapport de contre-autopsie bidon dont il connaissait les aboutissants, et il n’a parlé de l’affaire que pour mieux condamner les violences de ceux que la mise à mort de mon frère révoltait.

Madame, les gens se battent pour Rémi, pour leur dignité et pour leurs idéaux. Ils se battent pour vous, pour nous tous, pour que la fraternité soit effective. Ceux qui se battent connaissent assez la malveillance de nos gouvernants pour comprendre qu’on tente de nous fait croire que nous sommes dans un État de droit, alors que nous sommes dans un État de devoir. L’État ne respecte pas la loi qu’il demande qu’on respecte. Il se joue de notre corps, de notre confiance, de notre argent et de notre dignité. Il nous demande d’être à genoux, c’est un impératif catégorique.

Je vous ai écris cette lettre à vous comme à tous ceux qui me liront pour vous faire savoir que je comprends aujourd’hui plus que jamais combien la non violence dans les affaires de crimes d’État a ses limites. La non-violence, par son impuissance, est parfois plus condamnable, plus meurtrière que la violence elle même. Les gens qui nous gouvernent sont malveillants, arrivistes, sadiques et récidivistes. Ils doivent partir par tous les moyens nécessaires.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  Farid El Yamni, frère de Wissam El Yamni, assassiné par la police le 1er janvier 2012 à Clermont Ferrand.

MORT AUX VACHES ! VIVE LES CHIEUSES ! La réponse de la bergère (2011)

Christine Ribailly, la bergère peu moutonnière, dont il est question ci-dessous, est toujours victime de l’acharnement de l’appareil pénitentiaire et judiciaro-policier (il n’existe même pas de mots simples pour désigner ces monstruosités). On peut lire un dossier très complet sur le site Paris-Luttes.Info, qui suit son affaire et sur lequel je vous suggère de la suivre aussi.

Je n’ai repris ici, en signe de solidarité, que le premier ensemble de documents que j’avais publié sur mon site.

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Christine Ribailly est bergère. Pas exactement du genre à se pâmer en écoutant les niaiseries du fils du roi qui venait à passer et la culbuterait volontiers. Plutôt du genre à lui mettre son pied où je pense, histoire de lui apprendre les vraies bonnes manières…

arton466À la suite d’un enchaînement de faits dérisoires qui devient l’ordinaire des commissariats et des tribunaux français (arrestation musclée, d’où procédure pour outrage, d’où garde à vue, d’où refus de prélèvement ADN, d’où mise en examen…), elle a été jetée en prison par des gens très convenables qui se demandent (sincèrement n’en doutons point) d’où peut venir toute cette violence, lorsqu’une vitrine tombe à l’occasion d’une manifestation.

Il m’arrive assez souvent de rencontrer, dans mes recherches sur la Révolution française, de ces personnages de femmes au franc parler, qui ne se laissent impressionner ni par la force masculine (fût-elle en nombre) ni par la force publique. Il est extrêmement réconfortant de constater que l’espèce n’est pas éteinte.

En reproduisant ci-dessous les informations données par le site Rebellyon, j’adresse à Christine Ribailly le témoignage de toute ma sympathie. Lire la suite

LA BAUDRUCHE ET L’ÉPOUVANTAIL — Fable misérable (2014)

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n a beau ne pas disposer de réserves inépuisables de compassion pour les femmes qui (au-delà de l’âge de 16 ans) tombent des nues à la découverte des à-côtés vaudevillesques de la domination masculine, on peut comprendre que Mme Trierweiler ait été au moins autant choquée par l’inélégance de son présidentiel compagnon que par la nouvelle de sa disgrâce. Laisser la personne concernée découvrir la déplaisante nouvelle en allumant la radio…

Eh bien, vous n’y êtes pas ! C’était génial ! N’exagérons toutefois ni les mérites ni l’indignité de M. Hollande, il y a fort à parier qu’il n’y avait chez lui nulle préméditation. Simplement, peut-être, l’impossibilité très masculine et de renoncer à une « bonne fortune » et d’être honnête avec la femme de sa vie (du jour). Cela dit, le sens politique consiste à tirer parti de tout, au bon moment. Constatant que l’opinion publique ne semblait pas lui tenir rigueur de sa muflerie, M. Hollande a décidé de systématiser et d’optimiser le procédé. C’est ainsi que les députés socialistes ont appris, les uns à la télé, les autres à la radio, de la bouche du ministre de l’Intérieur (toujours volontaire pour crisper le maxillaire devant une caméra), quels seraient les résultats de leurs délibérations et de leur vote sur un projet de loi concernant « la famille ». Ces gens sont des professionnel(le)s endurci(e)s ; c’est sans doute pourquoi on n’a pas enregistré, à ma connaissance, le moindre arrêt maladie, la plus petite hospitalisation en clinique de repos. Tout au plus quelques grommellements, vite étouffés.

Quittons un instant le terrain dit « sociétal » : M. Hollande, qu’il croit sincèrement ou non à ses vertus économiques, a annoncé une espèce de « nouvelle donne » économique, qui relègue les aveux jospiniens sur le caractère évidemment non-socialiste de son propre programme au rang de baragouin jésuitique. Plutôt qu’un New Deal, c’est un coming out. Lire la suite

Faudrait penser à la reconversion les gars! (2014)

Charlie-hebdo commet [janvier 2014] une des « une » les plus pauvres de son histoire. Pas drôle, pas dérangeante, pas méchante…

Ça voudrait taper en-dessous de la ceinture, et ça arrive quelque part au-dessous de rien.

Le rédacteur en chef, Charb, s’en justifie misérablement au Nouvel Observateur : « L’affaire Gayet est traitée assez succinctement. Il y aura quelques dessins mais on n’a rien à dire de très profond et de très intelligent [sic] sur le sujet. Ce n’est pas quelque chose sur lequel on a envie de philosopher. »

Ben, c’est pas grave les gars : si l’agriculture ne manque plus de bras, y’a d’excellentes formations de pizzaïolo. Allez, vous saurez bien compter jusqu’à 4 fromages !

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QU’IL REPOSE EN GUERRE! (2013)

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e ne sais si vous connaissez la signification du sigle « RIP » associée à un défunt… Non, il ne s’agit pas de son « relevé d’identité postale » comme l’association avec « RIB » pourrait le laisser penser. Vous séchez ? Normal, c’est du latin. Du latin d’Église (catholique), mais du latin quand même, langue extrêmement morte de nos jours.

« RIP » signifie « Requiescat in pace », c’est-à-dire : Qu’il repose en paix !

Mon vieux « petit Larousse illustré » indique dans ses pages roses, consacrées aux locutions latines et étrangères : « Paroles qu’on chante à l’office des morts, et qu’on grave souvent sur les pierres tumulaires. »

J’ai eu la surprise de trouver ladite formule religieuse associée au nom de Clément Méric, jeune militant libertaire et antifasciste, mort il y a quelques mois à Paris sous les coups d’un militant d’extrême-droite.

Sur la photo ci-dessous on la voit inscrite sur une banderole tendue sur le parcours de la manifestation parisienne contre le racisme, le 7 décembre 2013. Une amie s’étant enquise auprès des militants du sens qu’ils donnaient à ce réemploi, ils assurèrent, probablement gênés, ne pas avoir lu le texte de la banderole…

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En faisant une recherche sur le Net, je m’aperçois que la formule, sous forme de sigle ou bien déroulée, est devenue une sorte d’espéranto de la solidarité avec le jeune antifasciste. On retrouve le sigle dans plusieurs manifestations en Angleterre, à Manchester et à Londres. En Allemagne, les militant(e)s ont utilisé la formule complète : « Repose en paix Clément ! ».

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Si l’on écarte l’aspect peu ragoûtant de la formule, liée à son origine religieuse catholique, on peut comprendre que sa dimension compassionnelle puisse paraître à propos, notamment lors du décès d’une très jeune personne. Cependant, cette dimension met en grand danger de niaiserie, comme en témoigne un bombage signalé en banlieue Est : « Clément, un ange parti trop tôt ! ».

Entre l’office des morts et le bruit des ailes d’ange, ce chagrin — qui se veut par ailleurs, légitimement, très politique — emprunte tous ses symboles au folklore catholique.

Il est vrai que la déchristianisation (bien venue) de la société a laissé quelques béances et désarrois dans les comportements collectifs, notamment à l’occasion de la mort de personnes proches. On peut considérer le réemploi spontané et irréfléchi (même après coup) de termes religieux comme un symptôme d’une difficulté, sinon d’un échec de la société laïcisée à inventer de nouvelles pratiques et le nouveau vocabulaire qui les exprimerait.

Je me contenterai, pour conclure, de rappeler le parti pris par des militant(e)s autonomes parisiens, dans les années 1990. Pour saluer la mémoire d’un camarade mort du sida, illes détournèrent le RIP catholique, dont ils tirèrent la belle formule qui constitue le titre de ce billet : « Qu’il repose en guerre ! »

La mention impérative du « repos » affirme assez le « droit » reconnu à qui s’est beaucoup battu de reposer dans la mémoire commune. L’évocation de la guerre (sociale) marque le détournement rageur de la formule religieuse, loin de tout angélisme posthume.

 

 

 

MÉLENCHON-LA-CENSURE ou le coléoptère et les gants de boxe (2012)

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ean-Luc Mélenchon, ci-devant trostkyste lambertiste, ci-devant socialojospinien, ci-devant quelque chose dans le gouvernement du susdit, est devenu la providence des postaliniens et l’incarnation pasteurisée de l’« insurrection » électorale.

Bien moins intelligent que Robespierre, beaucoup moins bon orateur que Danton, infiniment moins avenant que Camille Desmoulins, M. Mélenchon est sans doute aussi un peu moins sincère que les sans-culottes dont ses partisans arborent la coiffure dans ses meetings.

Mais M. Mélenchon est aussi un militant de la censure. En mai 1992, il interpelait le gouvernement pour s’étonner que la loi de 1987, réprimant la « provocation au suicide » ne soit pas plus rapidement appliquée au livre Suicide, mode d’emploi.

« Cette petite bassesse ne mériterait pas d’être signalée, ai-je écrit dans Le Droit à la mort (IMHO, 2010, p. 214) — il y eut pléthore ! — si le personnage n’avait prétendu se faire, vingt ans plus tard, le champion de toutes les libertés, à la tête d’un parti de gauche authentique. »

Il se trouve, mais M. Mélenchon l’ignore probablement, que la loi de censure de 1987 dont il réclamait l’application contre nous, a réintroduit le suicide dans le code pénal alors qu’il en avait été chassé… par la Révolution !

Censure et esprit d’Ancien régime : les souvenirs de 1789 vont à M. Mélenchon comme des gants de boxe à un coléoptère.

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Question écrite n° 21232 de M. Jean-Luc Mélenchon (Essonne – SOC) publiée dans le Journal officiel (Sénat) du 14/05/1992 – page 1116.

« M. Jean-Luc Mélenchon attire l’attention de M. le garde des sceaux, ministre de la justice, sur les conditions d’application de la loi n° 87-1133 du 31 décembre 1987 donnant à la justice les moyens d’agir contre la provocation au suicide. Il lui demande où en sont les poursuites en cours concernant la réédition au quatrième trimestre 1989, de l’ouvrage Suicide mode d’emploi, toujours diffusé et qui avait été à l’origine de nombreux suicides. »

On peut consulter ici la réponse du garde des sceaux.

Je ne me donne pas la peine de réfuter ici pour la énième fois le phantasme imbécile selon lequel un livre (quel qu’il soit) puisse être « à l’origine » de suicides ; les lectrices et lecteurs intéressés se reporteront au Droit à la mort.

 

VAISSELLE SALE EN FAMILLE. Un patron anarchiste est un patron (2013)

copy-capture-d_ecc81cran-2014-11-09-acc80-01-10-09-e1415491935357.pngLa lettre ci-dessous a été adressée aux personnes qui ont lancé au milieu des années 2000, à Paris, un restaurant-bar-librairie, baptisé « La Passerelle ». Deux d’entre elles (sur trois) étaient bien connues dans le milieu anarchiste, notamment pour avoir milité à l’Organisation communiste libertaire (OCL). Elles sollicitèrent le soutien d’un assez grand nombre de gens : camarades sous la forme de parts dans la société, clients sympathisants dans le cadre d’une association des Amis de La Passerelle, pour ne rien dire de celles et ceux qui vinrent, par solidarité, travailler gratuitement dans ce nouveau lieu « militant » (lequel accueillit en effet nombre de débats et fêtes politiques).

La lecture de la lettre donne une idée suffisante des découvertes que nous fumes quelques-un(e)s à faire sur les dessous de l’entreprise et les motivations des copy-capture-d_ecc81cran-2014-11-08-acc80-23-10-36.pngentrepreneurs. L’affaire fut revendue l’année suivante, avec un considérable bénéfice, sans que les associé(e)s d’un jour ou les adhérent(e)s des Amis (à qui nul ne proposa de rembourser leurs cotisations) en fussent informé(e)s. Les salariés furent mis devant le fait accompli… se syndiquèrent à la CGT et firent grève contre leurs employeurs anarchistes (voir en annexe l’article de Politis).

Anticipons sur les réactions du lecteur non prévenu :

— Menteurs, voleurs, escrocs, sont-ce pas là en somme des qualités qui ont servi à bien des illégalistes ? J’en conviendrais, pour peu que ces talents s’exercent au dépens des banques, et non au dépens des camarades au moyen des banques.

— Pourquoi n’avoir pas donné, comme j’en menaçais ses destinataires, une publicité immédiate à cette missive ? Sans doute parce qu’il est désagréable d’avouer s’être laisser berner avec une telle innocence, à un âge aussi avancé. Or, si la même nausée m’a repris à chaque tentative, la même colèreCapture d’écran 2014-11-09 à 01.11.00 me revient à chaque fois qu’il faut détromper un nostalgique mal informé. Je mets donc, une fois pour toutes, les pieds dans ce plat jamais lavé. J’ai choisi de ne pas indiquer les prénoms des anciens camarades concernés. Dans mon esprit, cet anonymat est infâmant.

Après cela, quelle « morale » généralement utile tirer de cette navrante aventure ? Au moins celle-ci : un anarchiste qui devient patron, dans la limonade, le BTP ou l’imprimerie, devient… un patron. Lire la suite

SALAUDS DE JEUNES ! ou «Boudeuse sauvée des eaux» (2013)

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ne dame octogénaire, automatiquement qualifiée de ce fait par la presse de « grand-mère » (ce qu’elle est peut-être aussi), a voulu se jeter dans l’Aube vendredi dernier 6 décembre 2013. Elle a pris la précaution de sauter en serrant contre elle une lourde pierre. Ça n’est certes pas un geste que nous conseillerions : la rivière était à 6°, et nous n’aimons guère l’eau froide.

Cependant, chacun(e)s s’arrange comme il peut avec l’inepte et cruelle interdiction d’accès aux informations concernant la mort douce, et Mme *** pouvait espérer combiner rapidement — sinon agréablement — submersion et hypothermie.

Las ! « C’est sans compter l’intervention, rapporte en mauvais français un plumitif de Metronews, de deux jeunes gens, hélés par un passant ».

En effet, si la vie n’est pas toujours gaie, il faut en plus y supporter les jeunes ! Les jeunes et leur moralisme débile, par quoi ils manifestent les dispositions précoces au gâtisme qu’ils pourront laisser s’épanouir dans leur âge mûr, puis blet.

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Bien dit Pierrot ! Priorité aux jeunes !

 

Sauter à l’eau avec une pierre attachée au cou est tout de même assez différent de glisser du parapet en rentrant saoule de la soirée télé du club des anciens !

À force d’efforts et de persuasion à la guimauve (« Il lui a dit qu’il n’aimerait pas que sa grand-mère meurt comme ça »), les deux jeunes fâcheux (l’un mineur, l’autre majeur) ont finalement tiré de son lit de rivière la vieille dame indignée.

Elle « va bien, sauf qu’elle nous dit qu’elle va recommencer » se désole le maire de Bar-sur-Aube, lequel a derechef décoré de la médaille de la ville le passant héleur et les jeunes intempestifs.

Nous eussions mieux vu ces chenapans contraints d’effectuer quelques dizaines d’heures de travail d’intérêt général. Auprès de l’association suisse Exit, par exemple, histoire de leur faire comprendre ce que secourir autrui veut dire.

Quant au Parisien, il concluait, avec une cruauté toute inconsciente : « Samedi soir, elle était en famille ».

Une « grand-mère » en famille, des blanc-becs au sec, la rivière aux brochets : chaque chose à sa place. Et qu’elle y reste !