ÉLOGE DE LA ZAD, par des zadophiles de Nantes, Grenoble, Carcassonne…

Encore un texte intéressant à propos (ou à partir) de Sivens et Notre-Dame-des-Capture d’écran 2014-11-16 à 20.04.17Landes — un tract cette fois —, arrivé de « boîte mail » en « boîte mail » jusqu’à mon ordinateur. Je me fais un plaisir de lui offrir ma modeste hospitalité.

Je me suis permis de modifier la mise en page (de la citation d’un autre texte), pour l’adapter à celle de mon blogue. J’écourte aussi la signature pour en faire un sous-titre (elle est complète en bas du texte).

Il va de soi — je réponds ici à une critique que j’ai entendue à propos de la notion de « ZAD » —, que face au capitalisme mondialisée et à sa capacité de destruction, de contrôle et de modification du vivant, c’est la terre entière qui est une « zone à défendre » (sans parler de nos corps, autant de « champs de bataille »). Cependant, d’un point de vue stratégique, la délimitation provisoire — et l’occupation offensive — d’une ZAD dans une zone particulièrement menacée par un projet nuisible (aéroport, barrage, TGV, camp militaire ou de vacances, etc.) est tout à fait pertinente et féconde. Ce n’est ni une panacée ni le seul moyen de lutte, mais c’en est un, dont les rédactrices et rédacteurs du tract ci-dessous soulignent justement l’intérêt.

Note domestique : J’ajoute la mention « INÉDIT », pour signaler qu’il ne s’agit pas là de l’un des textes que je déménage (par centaines) depuis mon ancien site.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38

Maintenant que s’éteignent les diverses versions qui voulaient couvrir les raisons du meurtre de Rémi F. par l’État — de l’élaboration du mentir-vrai qui tient lieu de discours officiel à la dissolution des responsabilités par gradation hiérarchique, j’ai obéi, j’ai donné l’ordre d’obéir, on ne doit pas mettre en cause la volonté d’obéir — on ne peut pas s’arrêter à demander, même fermement, des démissions, une police mieux faite, etc.

Ce qui a été visé dans la nuit de Sivens, c’est le scandale que représente l’existence même des ZAD et leur possible dissémination. Les ZAD et leurs partisans ne veulent pas uniquement empêcher un aménagement mais y substituer autre chose et c’est l’audace de ce programme, aussi rudimentaire soit-il, qui commence à perturber les partisans du nihilisme de la croissance. Une ZAD est un territoire où des êtres décident de se passer des institutions pour construire leurs vies. Elle se constitue comme « zone à défendre », mais ses perspectives et sa raison d’être sont en réalité offensives car elle est aussi le lieu pour une opposition résolue au grand saccage de l’aménagement, où peut s’expérimenter des relations humaines hors du cash, de la hiérarchie, de l’utilitarisme économique (écologique), en bref de l’unique pensée des obsessionnels du développement ; le lieu où tente de s’élaborer une utopie à portée de lutte.

« Pour donner corps aux communaux, une assemblée saisonnière ne suffira donc pas, il s’agit de faire communauté. Si nous voulons parvenir à faire coexister les différents usages du territoire, les différents rapports au monde qui se déploient dans ce bocage, il nous faut créer des coutumes, des rites, des solidarités et des habitudes communes. Multiplier les moments de travail en commun, densifier les échanges et les solidarités, les dons et contre-dons qui font l’épaisseur de nos liens. Il faut pour cela construire d’autres espaces, expérimenter d’autres outils, d’autres pratiques, d’autres formes que les assemblées, même si ces dernières sont indispensables par ailleurs. Il nous faut approfondir les rencontres, les passerelles entre les mondes, et les amitiés improbables nées de cette lutte. » (De la ZAD aux communaux ? Quelques pistes à explorer pour aller plus loin…, texte circulant à Notre-Dame-des-Landes).

Sans conteste, ce genre d’idéal pratiqué et érigé en plate-forme commune pourrait cristalliser et fédérer bien des refus, des dégoûts que suscite cette société. Pour en revenir au barrage de Sivens, la mise en commun des 184 retenues d’eau privées, totalisant trois fois la capacité du barrage, accélérerait le démantèlement nécessaire du totalitarisme industriel.

La possibilité d’une multiplication des ZAD est un véritable cauchemar pour la domination et c’est pour cela qu’elle commence à mobiliser ses troupes citoyennes. A Albi la FNSEA organise une manifestation pro­barrage et dénonce les zadistes comme « djihadistes verts » ; à Nantes le lobby du BTP et son émanation associative défilent pour un démarrage immédiat du chantier accusant l’ACIPA et les Verts « d’être la vitrine légale d’un mouvement armé » (sous-entendu les zadistes) ; à Grenoble les milieux économiques coalisés sous l’égide de la Chambre de commerce et d’industrie font passer en force le tourisme sous bulle de verre dans la forêt des Chambarans ; à Carcassonne les productivistes agricoles laissent derrière eux une banderole sur laquelle est écrit « Mort aux loups et aux écolos (les écolos en premier) ».

Nul doute qu’avec le temps ils progresseront, appuyés par tous les représentants de la machine à gouverner, vers une définition plus exacte de ceux qui réellement dérangent. — Nous aussi.

Des zadophiles non fanatiques de Nantes, Grenoble, de Carcassonne, et d’ailleurs

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  deszadophiles@laposte.net