DEPARDIEU : « À la limite pas sympathique » (2013)

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En saisissant des textes de mon corpus de recherches sur les clubs de femmes

pendant la Révolution française, il m’arrive d’écouter la radio.

Je sais bien que vous vous en moquez. Vous n’êtes pas du genre à vous passionner pour la question de savoir si l’écrivain écrit tard le matin ou tôt le soir, pieds nus (comme Le Clézio) ou avec un bonnet sur la tête (comme Léautaud), avant ou sous la douche, sur son ordinateur ou sur des parchemin en peau de zèbre que le beau-frère de sa sœur lui ramène par valise diplomatique du Bantoustan. Et je vous en félicite.

Je plantais simplement le décor.

Hier donc, 4 mars 2013, j’entends d’une oreille distraite les premières minutes de l’émission « À voix nue », sur France-Culture. L’invité de la semaine est Gérard Depardieu. L’émission a bénéficié d’une annonce par flashs publicitaires dans les jours précédents. On prend la peine de nous préciser que l’enregistrement a été effectué avant la polémique sur son exil grand-guignolesque en Sibérie orientale (neutralité). On nous affirme que là, « c’est l’homme » que nous allons entendre (soutien discret).

L’émission s’ouvre sur l’évocation de l’enfance de l’acteur, dans un milieu pauvre et provincial. Il est « très fier » de ses origines, parce qu’y survivre n’était pas évident. Ici, développement sur les temps qui changent, m’en parlez même pas ma pauv’ dame. Car, avant, chez les pauvres, « il y avait énormément de rêve(s) ». On s’attend à une séquence façon Duvivier-La-Belle-Équipe. Et non, c’est un spot bleu Marine.

Gérard (je peux vous appeler Gérard ?) a parlé avec un jeune homme qui était à la rue. Gérard est resté très simple ; il parle aux pauvres comme je vous parle. Le jeune homme en question était âgé de 28 ans, et à la rue depuis 8 ans. « Et t’as pas envie de faire autre chose ? », lui demande Gérard, légitimement interloqué. « Je sais pas, moi, dit Gérard en retournant à son interviouveur, lire, par exemple, lire des bouquins ? »

« Ah ! non, c’est comme ça, je suis à la rue », répond le décevant SDF, que la perspective de lire La Recherche ne distrait pas de sa gale chronique et de la perspective de dormir, ce soir encore, dans un carton d’emballage par moins 5°.

Ton navré et amer de l’acteur, qui cherche la connivence de l’interlocuteur : « Voilà, même lire ! vous voyez… À la limite, c’est pas sympathique. Alors qu’en général, être à la rue, ça rend plutôt les gens sympathiques (sic). »

« À la limite », on peut préférer le fraudeur du fisc à l’ « homme ».