RÉVEILLON[S]-NOUS! contre l’état d’urgence — Bonne année aux révolté(e)s! (2005-2006)

L’Assemblée de Montreuil (voir les textes sous ce lien) réussit le joli coup d’une manifestation non-déclarée, mais publiquement annoncée, en plein centre de Paris, la nuit du réveillon, et sous état d’urgence — donc doublement illégale.

Certes, le pouvoir aurait eut les moyens d’interdire militairement le défilé, mais cet épisode agréable aux mémoires des participant(e)s est aussi un encouragement pour les révolté(e)s de l’avenir : les situations apparemment les plus défavorables recèlent des contradictions et des interstices qu’il est possible d’exploiter (au lieu, un soir de réveillon, de se lamenter, de s’emmerder en famille, ou de se bourrer la gueule entre potes en glosant sur la soumission du vulgaire).

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[Tetxe d’un flyer d’appel à la manifestation. Deux autres sont reproduits.]

L’Assemblée de Montreuil, qui se réunit depuis un mois en solidarité avec les émeutes et contre l’état d’urgence a décidé d’une manifestation à Paris, le soir du 31 décembre

CONTRE L’ÉTAT D’URGENCE OCCUPONS LA RUE !

RÉVEILLON[S]-NOUS !

À PARIS CORTÈGE LE 31 DÉCEMBRE AU SOIR

de ST-MICHEL vers LA PRISON DE LA SANTÉ

RENDEZ-VOUS 23H FONTAINE ST MICHEL

Apportez Sifflets, pétards, flambeaux…

VIVE LA RÉVOLTE !

LIBÉRATION DES PRISONNIERS !

Cette idée est bien entendu librement adaptable partout ailleurs.

 J’ajoute que ce sera une bonne occasion de souhaiter bruyamment

BONNE ANNÉE AUX RÉVOLTÉ(E)S !

BONNE ANNÉE AUX ÉMEUTIERS !

BONNE ANNÉE AUX INSURGÉ(E)S !

 

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[Le tract distribué dans la manifestation.]

Parce que la révolte qui a embrasé les banlieues n’est pas finie

Parce que les révoltes ont un sens

Nous refusons

La police qui harcèle, tabasse et assassine

Une justice de classe qui brise en enfermant

Les réponses des politiques aux cris de la jeunesse : interpellations et condamnations en cascade, emprisonnement, flicage généralise, restriction des libertés, politiques migratoires liberticides, rafles et déportations de sans papiers.

La montée flagrante des discours néo-coloniaux et racistes des politiques, journalistes ou analystes de tous bords

Libération des prisonniers !

Loin des institutions, des partis, des organismes, de tous ceux qui ont condamné les violences, nous exprimons notre soutien aux révoltés

À ceux et celles qui ne se reconnaissent pas dans les discours médiatiques, politiques, des porte-parole autoproclamés des banlieues, dont la fonction était de ramener le calme

À ceux et celles qui n’ont pas envie de se retrouver dans des manifestations prétextes organisées par des organisations et partis

À ceux et celles qui ne veulent pas, une fois de plus, se contenter d’une critique passive de la violation croissante des libertés alors que nous sommes sous le coup d’un état d’urgence.

À ceux et celles qui ne veulent pas stigmatiser le seul Sarkozy quand c’est une logique étatique et économique d’écrasement qui se développe

À ceux et celles qui pensent qu’il est toujours possible de s’organiser malgré l’isolement généralise et qui refusent de laisser les émeutiers seuls face à la répression

Réunions ouvertes, chaque jeudi, 19h

Bourse du travail de Montreuil, 24 rue de Paris (Métro Croix de Chavaux- ligne 9)

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VŒUX EN FORME DE COMPTE RENDU

Le cortège prévu a rassemblé environ 250 personnes avec torches et sifflets.

Par le Bd St Michel, la rue Soufflot puis la rue Mouffetard, la manifestation a atteint sans encombre le Bd Arago. Là, les forces de police (hommes et cars) se sont portées à notre rencontre.

Capture d’écran 2014-11-28 à 10.55.55Les flics auraient pu mettre en place un dispositif fixe plus bas sur le Bd bien longtemps avant notre arrivée, qui leur était bien entendu signalée. Le fait qu’ils descendent vers nous pouvait donner à penser qu’ils avaient décidé de disperser la manif.

Nous avons enfilé une rue latérale et avons été coincé(e)s rue Léon-Maurice Nordmann. Une partie des manifestant(e)s étaient en dehors du dispositif. Une bonne centaine sont restés coincés là 2 heures. Il était plausible qu’un embarquement collectif se préparait. Au bout de deux heures, l’occasion d’une rupture du front (une voiture déplacée par ses propriétaires le long du trottoir où nous étions parqué(e)s) a été mise à profit et, en poussant très fort, tout le monde a pu s’échapper. À ma connaissance, à part quelques horions, pas de blessé(e)s. Pas non plus d’interpellation.

Il est dommage que nous n’ayons pas pu atteindre l’objectif matériel prévu, c’est à dire la prison de la Santé.

Cependant, l’objectif politique de la manifestation a été atteint : une manifestation contre l’état d’urgence, en soutien aux émeutiers et à tous les prisonniers et à toutes les prisonnières, dans la capitale d’un pays sous état d’urgence, la nuit de réveillon la plus surveillée.

Si nous n’utilisons pas les marges de manœuvre, les interstices, les contradictions du système d’exception qui se met en place, nous laissons un couvercle se refermer sur nos têtes sans réagir.

Bonne année éveillée à toutes celles et tous ceux qui ont marché avec nous (nous ne nous connaissions pas tous/toutes), et à celles et ceux qui étaient hors de Paris ce soir là et à tous ceux et celles qui se rebiffent partout !

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À Lyon

Une trentaine de personnes se sont rassemblées le 31 au soir devant la prison pour femme à Montluc, en solidarité avec les prisonnières pour l’abolition de toutes les prisons. Armées de pétards et de feux d’artifice, elles ont brisées pour quelques instants l’isolement de celles qu’ont parquent derrière de hauts murs pour rappeler la toute puissance de l’État.

Après être restéEs quelques minutes entre l’entrée de la prison et le chantier du nouvel hôtel-de-police/château-fort, d’où plusieurs fusées ont été tirées en direction des cellules, les artificierEs solidaires ont réussi à attirer l’attention des taulardes qui ont répondu en faisant un maximum de bruit. Malheureusement, comme il se doit, ceCapture d’écran 2014-11-28 à 10.55.39 cours moment d’évasion symbolique à été interrompu par l’arrivée des forces de l’ordre. Les manifestantEs se sont alors éloignéEs au cri de « mur par mur, pierre par pierre, détruisons les prisons », vivement approuvé par les prisonnières. Comme ils et elles revenaient sur leurs pas et continuaient de tirer quelques fusées, les flics ont décidé de leur montrer, au cas ou on l’aurait oublié, qu’ils sont encore les plus forts (c’est pas toujours le cas, ça le sera peut-être pas toujours). Une voiture devant, une derrière, une dizaine de milichiens matraque à la main, « tous contre le mur, sortez vos papiers ! ». « Comme à l’époque » réplique-t-on dans le rang des contrôléEs, ce qui énerve passablement nos très républicains flicaillons au (léger) coup de matraque facile. Contrôle d’identité, fouille, confiscation du dangereux arsenal festif, profondes analyses géopolitiques (« c’est des anarcho-libertaires de la Croix-Rousse »), et tout le monde est libre. Le lardu-en-chef tiens quand même à préciser que ses hommes ne sont pas des SS. Comme si parmi les flics et militaires de tous les pays et de toutes les époques seuls les soldats nazis avaient utilisé leur rôle de gardien de l’ordre pour assouvir leur soif de domination.

(Extrait d’un communiqué publié sur Indymédia)