Le « Sâr Cosy » , architecte d’intérieur de la bourgeoisie (2007)

DE SARKOZY AU SÂR COSY

Joséphin Péladan, écrivain prolixe de la fin du XIXe siècle (1858-1918), féru d’ésotérisme catholique (il fonda l’ordre de la Rose Croix), s’attribua le titre de « sâr », dont il fit précéder son nom.

Sâr est supposé signifier « roi » en assyrien (ce que je ne saurais certifier) ; notons que c’est également l’abréviation en français banal de « son altesse royale ». Le Sâr Péladan fut la risée des caricaturistes et des satiristes[1], dont l’anarchiste Laurent Tailhade ne fut pas le moins acharné.

En s’empressant, à peine élu président d’une république qui avait tout de même raccourci l’ancien monarque et révoqué les privilèges, d’afficher son goût pour le confort et le luxe des puissants, Nicolas Sarkozy s’est attribué de facto le titre de « Sâr Cosy[2] »

En passant ses premières vacances estivales du quinquennat dans une somptueuse (quoique fort laide) villa américaine, dont le loyer astronomique a été payé « par des amis », le Sâr Cosy confirme son inclination. Lire la suite

Offense à des tas de chefs (2007)

Un document exclusif : le message adressé par Nounours au petit Nicolas (personnages du feuilleton télévisé des années 60 «Bonne nuit les petits»), une fois connu le résultat de l’élection présidentielle du 6 mai 2007.

 

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De droite à gauche: Nicolas, Pimprenelle, Nounours.

 

Alors Nicolas, a y’est, tu t’y crois !

Tu as réussi à tirer la culotte de Pimprenelle à la récré, et tu te prends pour un grand, c’est ça ?

Mon pauvre Nicolas ! Tu en as encore du chemin à faire, pour devenir une grande personne ; une personne tout court d’ailleurs.

Tu ne fais que répéter comme un perroquet ce que d’autres te soufflent. Qu’est-ce que j’apprends : même tes rédactions, tu les fais écrire par un copain ! Comment veux-tu faire des progrès et penser un jour par toi-même ?

Qu’est-ce que tu dis ? Tu veux pas penser, tu veux commander ! Mais c’est ça qui est infantile mon bonhomme ! Tu voudrais que tout le monde t’obéisse. Quand on te résiste, tu piques une colère, tu trépigne, tu dis des gros mots, tu menaces !

Et après tu va te plaindre à la maîtresse qu’on te traite ! Mais quel âge as-tu enfin ?

Tu me dis que ton frère est comme toi : tu joues au chef d’état, il joue au chef d’entreprise. Faut-il que vous en ayez reçu des taloches ! Que vous ayez eu peur dans le noir ! Faut-il qu’on vous ait menti, pour « faire de vous des hommes ». Le résultat est joli ! Des gamins névrosés qui conjurent leur terreur de la vie par l’autorité, les menaces, le mensonge, fait à soi et aux autres…

Mais tu t’es regardé dans une glace quand tu fais un de tes caprices ? Je t’entendais à la radio, avec ta voix mi-geignarde, mi-hystérique. « Ce que je veux c’est faire. J’ai envie de faire. » Mais, lève le doigt mon garçon, il se trouvera bien un adulte pour t’accompagner.

Tu n’es pas le seul à dire des bêtises ? En voilà une excuse ! Laisse Pimprenelle gâtiser sur la France qui a besoin de tendresse et toi cesse de raconter à tes petits camarades des histoires qui font peur, pour qu’ils te donnent leurs goûters en échange de ta protection dans la cour de récréation.

Et ces façons de te moquer de tes camarades qui parlent mal le français ou de jeter des cailloux sur des mendiants à la soupe populaire… Je t’écoutais crâner l’autre jour : « Dans quelle société vivrions-nous si un voyou ne pouvait plus être appelé un voyou ? ».

Parce que tu crois que c’est propre ce que toi tu fais ? Tu me regardes, quand je te parle, s’il te plaît ! Et un pt’it merdeux, dis-donc, j’ai encore le droit d’appeler ça un p’tit merdeux ?

Et puis cette habitude que tu as prise de pleurnicher « Bobo ! » par ci, « Bobo ! » par là. Comment ? « Blessé », quelle différence ? Parce que ta petite copine Délicia envoie des SMS au grand Riri, te voilà « blessé ». Parce que tu n’en envoies à personne, toi, des SMS ? Ah oui, bien sûr, toi ça ne compte pas, c’est pas pareil !

Mon pauvre Nicolas ! Comment te dire ça avec des mots que tu puisses comprendre ? Voilà, ta vision du monde est de type « caca-boudin ».

Essaie de ne pas casser tous les jouets qu’on va te donner dès les premiers jours. Les grandes personnes pourraient oublier que tu es un peu en retard pour ton âge, et se mettre très en colère.

Tu te prépares de bien mauvaises nuits, mon petit.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  Nounours

 

Avis au lecteur et à la lectrice

Une contrepèterie se dissimule dans le titre de ce texte. Sauras-tu la retrouver ?

ENTRE SEGOÏSTES ET SARKOPHAGES… chroniques de campagne électorale (2007)

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Chronique de campagne — 1.

J’entends ici et là dans les conversations, y compris chez des militants supposés avisés, l’étrange proposition selon laquelle Nicolas Sarkozy risque d’arriver au pouvoir. Cette terrible éventualité justifierait, si j’ai bien compris, un vote « utile » (je trouve que l’on n’a pas suffisamment développé le concepts de « vote décoratif », mais passons).

Où donc les personnes qui tiennent pareil langage ont-elles passé ces dernières années ? Aux Galapagos ? Admettons que la fréquentation prolongée des tortues géantes ralentisse (par mimétisme) les échanges neuronaux (sans parler de la poste) et affranchissons-les sans plus attendre : Nicolas Sarkozy EST au pouvoir !

Excusez-moi, c’est un peu brutal, je m’en rends compte, mais de toute façon vous l’auriez appris un jour ou l’autre.

Reconnaissons, à la décharge de nos émigrés récents, que l’intéressé lui-même, Nicolas Sarkozy donc, semble tout faire pour entretenir l’aveuglement schizophrénique de ses contemporains. Certes, il utilise sa charge de ministre de l’Intérieur pour voyager à l’œil et fliquer les conseillers de sa principale rivale, mais il se garde bien de mettre en avant une vérité qui n’a pas atteint les Galapagos : Sarkozy est le seul candidat qui a déjà appliqué son programme ! Lire la suite

Avant de vous suicider… (2010)

Avis aux désespéré(e)s

Formation des habitudes

Les adversaires du droit de chacun(e) à choisir l’heure et le moyen de sa mort m’ont reproché, y compris devant un tribunal, de me livrer à une supposée « provocation au suicide». J’ai expliqué dans Le Droit à la mort. Suicide, mode d’emploi, ses lecteurs et ses juges, republié aux Éditions IMHO, qu’à part l’envoi, mitonné avec Yves Le Bonniec, de notre livre à une brochette de députés — incitation assumée, et hélas vaine ! — l’idée de pousser quiconque au suicide ne m’a jamais effleuré. Bien plus, entrant en relation avec des lectrices et des lecteurs, il m’est arrivé d’adopter, dans la logique de nos échanges, des positions que les unes et les autres trouvaient paradoxalement « dissuasives ».

C’est que je ne songe qu’à provoquer à la liberté, pour qu’il y ait, comme nous l’écrivions dans Suicide, mode d’emploi, une vie avant la mort. Or le moment où l’on se sent ou se croit prêt(e) à en finir avec la vie, avec tout et avec tout le monde, peut être considéré comme un moment de liberté, propice à la réalisation d’un rêve ancien ou à l’invention d’une nouvelle folie.

Qu’a-t-on à perdre ? Rien, puisque l’on se dispose à tout quitter. Pourquoi ne pas mettre cette énergie du désespoir au service de bouleversements, poétiques, émotionnels et sociaux ?

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AVANT DE VOUS SUICIDER…

 

Caressez un projet

Faites le tour du monde en 8 880 jours

Mêlez-vous de tout

Dénoncez la police à vos voisins

Découpez votre patron

Étonnez-vous !

Mariez une carpe et un lapin

Soyez l’arbre qui couche la forêt

Accordez-vous la parole

Sortez vos petits malheurs au grand air

Donnez vos rendez-vous rue du Cherche-Midi à 14 h

Inventez la poudre

Faites sauter la banque

La vie est chère ? Donnez-vous à quelqu’un

Changez de train de vie, sans billet

Garçon ! Une double vie, bien remplie !

Trompez votre attente

Ne restez pas sur votre fin

Menez-vous la vie douce

Pardonnez-vous,

Mais ne pardonnez rien à ceux qui vous ont opprimé(e)s.

QUEL RAPPORT ENTRE UN IMMIGRÉ HONGROIS ET L’«IDENTITÉ NATIONALE»? (2007)

Drôle de titre… Vous trouvez ?

Vous comprendrez de quoi je veux parler, mais suivez-moi d’abord. Je reviens d’une escapade bruxelloise et j’en garde les jambes courbaturées et l’esprit musard.

Je dînais vendredi soir avec mon amie D. et sa sœur, dont je faisais la connaissance.

Ce sont deux très belles femmes. On rencontre souvent dans cette région du monde de ces femmes grandes, souvent bien charpentées, les yeux souvent clairs (rarement blondes). Vous en connaissez à Varsovie ou à Paris ? Mais bien entendu. C’est très difficile d’évoquer un « type de femmes » sans tomber dans des stéréotypes oiseux. Pourtant, je vous assure, je n’en vois jamais autant passer que depuis la terrasse de ce café (je ne pousserai pas le goût de la vérification scientifique jusqu’à vous indiquer l’adresse).

« Mais que viens-tu chercher à Bruxelles ? », me demande D.

Le dépaysement. N’étaient les tarifs prohibitifs du train, je viendrais plus souvent. Et comme D. moque gentiment mon « dépaysement tempéré » par une langue commune, je lui fais observer qu’à Bruxelles rien ne se dit dans les même mots, les mêmes expressions qu’à Paris, à une heure un quart de là et dans la « même langue » en effet. À commencer par les expressions les plus simples de la vie quotidienne, par exemple : s’il vous plaît remplace merci. Et que peut signifier cette pancarte apposée sur plusieurs boutiques « Commerce à remettre ». Selon les explications de la sœur de D., il semble que ce soit un équivalent de notre « Bail à céder »… Elle me signale l’apparition sur des maisons ou des appartements de panneaux portant la mention « À acheter » (et non plus « À vendre »).

Le dépaysement, c’est mon trouble devant cette marchande de fleurs à qui je viens de demander mon chemin en l’appelant Madame et en la vouvoyant et qui me répond en m’indiquant une avenue, avec un fort accent flamand : « Tu marches tujours tu droit ! » Le tutoiement est-il familier ? moqueur ? prolétaire ? lié au passage d’une langue à l’autre ? Comment savoir.

Le dépaysement, je l’éprouve en me perdant dans le métro ou plutôt dans les différents étages du métro, du prémetro (les trams roulant sous terre) et du tramway proprement dit. Tout est pourtant indiqué en français (et en flamand), mais je n’y comprends rien. J’ai la chance de tomber sur un employé qui m’assure que le moyen le plus simple de prendre le métro (je viens de descendre dans une station de métro) est de prendre d’abord le tram que voilà et de changer à la prochaine… Je suivrai ses indications. Dans le tram, je le sais, depuis le temps, mais je l’oublie à chaque fois, les accélérations sont incroyablement brusques. Tous les voyageurs, quel que soit leur âge, semblent stables sur leurs jambes ; je suis le seul à manquer m’étaler, me signalant immédiatement comme étranger…

D. et moi choisissons des chicons gratinés. D’un certain point de vue, on peut dire que c’est un plat typiquement belge ; encore que… Dans le nord de la France aussi, je crois, on appelle les endives chicons. « Je ne sais pas ce qui est belge ! » remarque D. Je pourrais lui répondre que je ne sais pas très bien ce qui est français, quoique, précisément, je me sens, je m’éprouve, je me vérifie « français » dans ce restaurant bruxellois. Comme dans le tram, comme dans ma conversation avec la fleuriste. Lire la suite

Pour la libre circulation des idées (2007)

L’Atelier du gué, sympathique éditeur, fait [toujours] circuler cette pétition de soutien à l’édition indépendante et aux revues littéraires.

En tant qu’écrivain, collaborateur de revues et lecteur, je ne peux que m’associer à ce texte (ici reproduit tel qu’il est proposé à la signature par ses rédacteurs).

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La Poste est un des outils privilégiés de diffusion des livres et revues littéraires des éditeurs indépendants, auprès des libraires, des bibliothèques et du public.

Or, les transformations de La Poste, l’abandon des tarifs particuliers ou intermédiaires, la libéralisation des services, les fermetures de bureaux, mettent aujourd’hui leur existence en danger. Ceci porte préjudice aux écrivains, à la création littéraire, aux éditeurs, aux libraires, aux lecteurs, comme à toute la chaîne du livre (graphiste, photographe, imprimeur…).

Des tarifs postaux abusifs, la réduction programmée à l’accès des tarifs « presse » par de nouvelles contraintes administratives, l’abandon des tarifs réduits (« coliéco » « sacs postaux de librairies »… le refus de La Poste d’appliquer le tarif « livres et brochures » sur le territoire national), etc… remettent en question la pérennité de l’édition indépendante, et par voie de conséquence, entravent le droit d’expression, réduisent l’économie du livre et affaiblissent la démocratie.

Des centaines de petites structures éditoriales sont aujourd’hui contraintes à réduire ou à cesser leur activité.

Les soussignés s’inquiètent de cette situation et demandent à l’État, aux ministères concernés et à la direction de l’entreprise publique La Poste de créer un tarif préférentiel pour les livres et les revues (indépendamment, pour celles-ci, de l’attribution, ou non, d’un numéro de commission paritaire), afin de garantir pour demain la diversité culturelle et la libre circulation des idées.

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On peut s’associer à la pétition en cliquant ici.

Allez voir “ADN”, le film de Judith Cahen (2007 …et jusqu’à la fin des temps)

Il vous reste quelques jours pour aller voir le film de Judith Cahen intitulé ADN. Il aurait mieux valu pour vous que je sache à l’avance qu’il sortirait pour en parler plus tôt (il a été projeté à la FEMIS en mars dernier) mais voilà les choses se déroulent dans un désordre et une improvisation qui ne manquent pas de charme (même s’il y a de quoi flinguer un film qui ne passe que dans une salle : L’Entrepôt[1] à Paris).

Judith Cahen fait des films à partir des questions qu’elle se pose, sur la vie en général, sur le corps en particulier. Sorti récemment, Code 68 est ainsi un film sur les questions que mai 68 peuvent susciter dans la tête de Judith Cahen et pas un film sur 68.

Je disais sur le corps. Il faudrait préciser sur le corps chrétien, bourrelé de remords et de culpabilité (c’est-à-dire torturé par le remords…). Dans deux films, dont La révolution sexuelle n’a pas eu lieu, j’ai eu l’impression que les seules figures masculines positives sont des figures christiques. Notez que pour une femme encline à l’hétérosexualité, se fixer comme critère de choix « Un Christ ou rien ! » n’est peut-être pas ce qu’il a de pire.

ADN est de ce point de vue le film le plus personnel et le plus abouti de Judith Cahen. Nous sommes au cœur (saignant) du problème. La réalisatrice utilise un livre de photographies où l’auteur, David Nebreda, s’est mis en scène dans des poses à forte connotation mystique après avoir réduit son corps à l’état de quasi squelette, auquel il impose des mutilations, en elles-mêmes répugnantes, mais que l’esthétisation parvient à rendre supportables, voire belles.

Judith Cahen se livre à un jeu de juxtapositions entre les photos de l’album et celles de son propre corps dénudé, soit seule soit en compagnie d’une amie enceinte.

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Par ailleurs, elle fait réagir aux photos de Nebreda un certains nombre de personnes, dont plusieurs sont connues (mais pas re-connues par moi car je sors très peu). Exception et faute de goût aussi inexplicable qu’impardonnable : la présence de Sollers. Comme d’habitude, il n’a rien à dire ; il prend un air d’autant plus fin et rusé. À côté de cette momie parlante, Lacan, qui apparaît dans un court extrait de film, a l’air vivant.

On voit aussi 15 secondes de Debord. Il a un peu la même coiffure que Sollers. Sollers devrait copier la mort de Debord plutôt que sa coupe de cheveux. Lire la suite