Régis Schleicher, un homme libre ! (2005)

Régis Schleicher, militant de l’organisation Action directe passait en jugement en novembre et décembre 2005 pour une tentative d’évasion de la centrale de Moulins en 2003, c’est ce que rappellait le quotidien Libération (22-23 octobre 2005) qui publiait un entretien avec lui dont sont extraits les passages suivants [Schleicher obtenait, fin août 2009, un régime de semi-liberté] : Lire la suite

MAINTENANT ! (2005)

En quoi la libération des militant(e)s d’Action directe est une pressante nécessité

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La chambre d’application des peines de Douai a refusé, le 14 septembre 2005, pour la énième fois, la libération conditionnelle de Nathalie Ménigon[1].

On sait que l’état de santé de cette militante, qui a subi deux accidents vasculaires cérébraux, est très précaire, notamment du fait de sa détention. On sait que la prison détruit et qu’elle ne soigne pas celles et ceux dont elle a détruit la santé. De ce point de vue, la prison est un mensonge obscène sur la possibilité d’un « châtiment » qui se « limiterait » à la privation de liberté.

Ceci rappelé, disons que le présent texte ne se fixe pas pour tâche de ressasser les motifs d’ordre humanitaire ou idéologiques qui justifieraient la libération des ancien(ne)s militant(e)s d’Action directe. Ces motifs sont bien connus et d’ailleurs reconnus par un nombre croissant de personnes qui ne partagent aucun des objectifs d’Action directe ou qui partagent certains d’entre eux (« révolution », « communisme ») en désapprouvant l’assassinat politique comme moyen d’action, soit pour des raisons philosophiques, soit pour des raisons tactiques, soit les deux à la fois.

Au-delà d’une élémentaire opposition au traitement que l’on inflige à ces détenu(e)s « au nom de la société », le présent texte veut attirer l’attention sur le fait que leur libération ne présenterait que des avantages, y compris — à rebours des « inquiétudes » gouvernementales —celui de prévenir les réactions désespérées que ne manquerait pas de susciter le décès en prison de l’un(e) d’entre eux. Lire la suite

Le métier de journaliste, c’est faire le silence sur la vie qui résiste (2005)

À propos d’une grève que les journalistes de Radio france ont tout fait pour casser…

Hier, mercredi 20 avril 2005, la grève semble faiblir à Radio france (après 17 jours !).

Le journal de 13h de France culture peut se dérouler normalement pour la première fois depuis longtemps.

Les journalistes qui n’ont pas été foutus de donner la parole aux grévistes de leur propre entreprise, qui se réunissaient chaque jour en AG dans le même bâtiment où sont installés leurs studios, les mêmes journalistes qui ont donc refusé de faire le travail qu’ils prétendent être le leur à longueur de déontologie, mais eux ont refusé de faire leur travail pour affaiblir la grève des personnels techniques…

…ces mêmes journalistes aux ordres avaient une bonne invité pour le premier journal «normal» : Marine Le Pen !

C’est ça la déontologie de cette racaille : refuser la parole aux grévistes et la donner aux fachos !

Comment ils disent déjà dans leur pubs à la con : «Avec France culture, votre cerveau reste en éveil» ou quelque chose d’aussi niais.

Saloperies ! Crevures ! Chiens de garde !

Nota : Comme d’habitude France info remporte le prix de la désinformation la plus minable.

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Un certain nombres d’auditeurs(trices) ont protesté contre le non-traitement de la grève par les journalistes des chaînes publiques. Assez pour que le médiateur en fasse état et proteste à son tour : ils en ont parlé ! Une fois ! Ils ont fait un reportage sur la grève, que les patient(e)s qui avaient mis France culture en fond sonore ont eu la surprise de découvrir. Je n’en étais pas.

Un reportage contre des centaines d’excuses répétées pour cause de grève de «certaines catégories de personnels» !

Une centaine d’heures de musique subie quand des femmes et des hommes auraient pu parler de leur vie, de leur lutte, de leurs espoirs, de la manière dont ils font la radio, même quand ils ne parlent pas dans les micros.

Cent contre un, c’est la manière journalistique de concevoir l’«équilibre de l’information».

Sur une « agression antisémite » (2004)

Deux jours après la prétendue agression, autrement dit le lendemain de la publication du texte ci-dessous sur mon site, la soi-disant victime avouait aux policiers avoir inventé son « agression ».

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C’était l’année dernière. Dans le métro, à la station Barbès-Rochechouart : un homme à la mise caractéristique des Loubavitch, secte juive traditionaliste, monte les escaliers au milieu d’une foule assez dense. Descend rapidement les marches à sa rencontre, un jeune homme de type maghrébin. À peine l’a-t-il croisé, il crie « Heil Hitler ! » Cela dure à peine plus d’une seconde. Sans doute les voyageurs qui n’ont pas remarqué le Loubavitch n’ont-ils pas compris pourquoi ce cri jaillissait. Aucune réaction; des demi-sourires sur deux ou trois visages jeunes et basanés.

Un tel incident était impensable il y a seulement dix ans. Limité — il n’implique qu’un individu — il peut néanmoins être considéré comme significatif de la chute d’un tabou portant sur le nazisme, volontiers évoqué au moins pour provoquer et blesser. Lire la suite

« Cène de ménage » chez les marchands de vent (2005)

L’Église catholique veut censurer les publicitaires

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Les évêques visent juste en s’attaquant à la publicité : c’est bien elle, en effet, qui a relayé dans le capitalisme post-moderne la religion dans le rôle de fabrique sociale de l’imaginaire.

De plus, les responsables catholiques espèrent que la censure d’une affiche vantant une marque de prêt-à-porter suscitera moins d’hostilité que celle d’un film ou d’un livre.

J’avais signalé, en 1997, le retour à l’offensive de l’Église catholique[1] via notamment la création par l’épiscopat de l’association Croyances et libertés. celle-ci est une machine de guerre idéologique et juridique destinée à introduire l’idée religieuse de blasphème (à l’origine : parole de mauvaise augure) dans une jurisprudence laïque, et à réoccuper un terrain abandonné trop longtemps aux seuls intégristes.

L’affaire de l’affiche publicitaire pour Marithé et François Girbaud est intéressante dans la mesure où son caractère érotique est discret, contrairement à ce que prétend l’association épiscopale. On sait qu’il s’agit d’un pastiche de la Cène, notamment peinte par Léonard de Vinci, dernier repas qu’aurait pris, selon la légende biblique, le Christ en compagnie des apôtres.

Sur douze apôtres, répartis en quatre trios, onze sont ici des femmes (jeunes, jolies, très minces, poitrines de pré-adolescentes). Un seul personnage masculin, debout, de dos (le dos nu), entre les jambe d’une apôtre assise, la tête reposant sur l’épaule d’une autre, debout. Les mais gauches des deux jeunes femmes se recouvrent sur le flanc de l’homme.

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Je ne crois pas, contrairement à ce qu’avance un journaliste du Monde[2], que ce soit « lui qui focalise les passions [sic] », davantage que les femmes qui l’entourent. L’avocat des évêques assure qu’il est « nu, dans une attitude lascive ». Il n’est que torse nu, même si son jean comporte à la taille une pièce surpiquée d’une couleur différente qui peut donner l’impression qu’il s’agit d’un caleçon que le jean, porté sur les fesses, dévoilerait.

Non, le scandale, c’est évidemment que c’est UNE Christ que cette Cène nous montre ; une fille de dieu aux longs cheveux châtains ondulants jusqu’à la taille.

Pour qui douterait du sexe de cette Christ au torse androgyne, le publicitaire a disposé devant elle, outre trois poissons, symboles chrétiens (je crois qu’il s’agit de maquereaux !), deux figues, dont l’une est ouvertes en deux. On sait que ce fruit symbolise depuis l’antiquité à la fois le sexe de la femme et l’anus[3].

Voilà qui chatouille, comme n’a pas manqué de la remarquer le magistrat auteur du jugement, le « tréfonds des croyance intimes » d’une secte patriarcale, misogyne et antisexuelle.

La Cène a déjà été interprétée/parodiée par d’autres publicitaires (pour la marque Volkswagen en 1997) et par des artistes contemporains (Andy Warhol a remplacé les apôtres par des motos). Je souhaite attirer l’attention ici sur une autre satire, autrement violente et sexualisée : celle intégrée par c à son film Viridiana, palme d’or au festival de Cannes en 1961, censuré par le régime franquiste.

Je ne peux mieux faire que d’extraire la citation suivante du livre que je suis en train d’écrire[4] :

« Lors d’un banquet organisé par des gueux en l’absence de leur bienfaitrice, une pauvresse annonce qu’elle va prendre l’assemblée en photo avec l’appareil « que lui a donné son papa ». Les convives prennent la pose dans une évidente parodie de la Cène — le repas que, dans la légende biblique, le Christ prend avec ses apôtres, la veille de la Passion. Au moment où l’on s’attend à l’éclair d’un flash, la mendiante soulève ses jupes et exhibe son sexe, déclenchant un tonnerre de rires et d’exclamations. Voyez, dit-elle en somme, et prenez-en de la graine, ceci est la chair, la seule icône vraie, le reflet inversé du monde qui conjure les mauvais augures doloristes, ces obscénités, et illumine la vie. »

On voit que les tréfonds intimes sont ici fouaillés, et la religion traitée pour ce qu’elle est : une hypocrite obscénité.

Le film de Bunuel étant susceptible d’être diffusé à tout moment dans les cinémathèques, les festivals, et à la télévision (il est disponible en DVD), les évêques se doivent logiquement d’en exiger la censure !

On peut prévoir qu’ils tenteront l’aventure un jour ou l’autre, et d’autant plus sûrement qu’ils auront effectivement réussi à introduire le blasphème dans la jurisprudence. D’autant plus encore qu’ils n’entendent pas laisser aux musulmans le terrain de la lutte pour l’ostentation religieuse. En témoignent les immenses calicots accrochés aux églises à l’occasion des fêtes catholiques ou la croix de bois dressée devant Notre-Dame à Noël 2004.

Répétons ici que la « liberté de croyance » est une contradiction qu’il n’est envisageable de tolérer qu’à la seule et sine qua non condition qu’il est permis à chacun(e) d’en rire, gaiement ou cruellement, selon l’humeur.

Si les sectateurs de l’une ou l’autre des religions existantes ou à venir prétendent régenter l’affichage public, l’expression artistique ou la tenue vestimentaire des femmes, il faudra faire subir aux signes ostentatoires de leurs cultes le même sort que les militant(e)s antipublicité réservent aux affiches qui recouvrent les couloirs du métropolitain.

Entre l’obscurantisme religieux et la marchandisation publicitaire de l’espace, je n’ai pas à choisir : ce sont deux systèmes de conditionnement et de croyance, et partant n’en déplaise aux évêques, deux antagonistes de la liberté.

La pensée libre est par essence blasphématoire aux yeux du croyant. Tant mieux !

Aux lions, les chrétiens !

Au cirque, les publicitaires !

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[1] Voir, sur ce blog « L’Église catholique passe à l’offensive ».

[2] Le Monde, 12 mars 2005.

[3] Cf. C. Guillon, Le Siège de l’âme, éd. Zulma, 1999.

[4] Je chante le corps critique.

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Samedi 2 avril 2005, à la Maison du peuple de Saint-Nazaire (Place Allende), Rencontres et débats autour de la séparation de l’Église et de l’État.

10h 30 Spectacle « Marianne et le goupillon », Thierry MAILLART et Lucien SEROUX

14 h « La croyance : de l’institution au sujet ? », Philippe COUTANT

15h 30 « Douleur physique, soins palliatifs et droit au suicide : résistance du discours religieux sur le corps », Claude GUILLON

17 h « La Vie d’un jeune nazairien militant catholique dans les années d’avant-guerre », Roger GUERRAND

 

Pas de libération sans utopie amoureuse (2004)

Publié en ligne, ce texte a été repris sur plusieurs sites Internet, notamment Les Pénélopes, et dans la revue L’Émancipation syndicale et pédagogique (n° 6, février-mars 2005).

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Commentaires rapides à propos de l’appel à une manifestation contre les violences faites aux femmes, le samedi 27 novembre 2004 à Paris.

 

L’appel du Collectif national pour les droits des femmes indique la revendication que la manifestation défendra : « Ce que nous voulons, une loi-cadre qui prenne en compte toutes les sortes de violences faites aux femmes et aux lesbiennes à la maison, dans la rue, au travail, etc. Une telle loi n’est pas un rêve, les féministes espagnoles l’ont obtenue. Ce n’est qu’une question de volonté politique, ici comme dans toute l’Europe. »

Par où commencer ? Allons au plus simple : la revendication d’une « loi-cadre ». Une loi-cadre ! Qu’est-ce qu’on fait de ça ? On la pose sur la cheminée ? C’est un vieux problème de stratégie que je rappelle brièvement : ou bien l’on se bat sur ses revendications propres, irréalisables par le système, et il réplique par la répression et/ou par des réformes, ou bien on adopte une stratégie réformiste (une loi-cadre) et on n’obtient rien (ou parfois un cadre sans photo à l’intérieur).

La référence au cas espagnol est intéressante à plus d’un titre. L’appel dit que les féministes espagnoles ont obtenu une loi et ajoute : ce n’est qu’une question de volonté politique. Il me semble que les deux propositions sont LIONNE & LIONcontradictoires. Je veux bien croire qu’une partie des féministes espagnoles (et certainement pas les féministes) se réjouit de voir le gouvernement social-démocrate utiliser la cause des femmes pour se donner une image moderne et humaniste, mais c’est bien cette volonté (succédant à une grosse bourde de la droite à propos d’un événement, l’attentat de Madrid, que ni la droite ni la gauche ni les féministes n’avaient voulu ou prévu), cette volonté politicienne donc qui aboutit à la loi. Les actions des féministes contribuent sans doute à informer le public, elles fournissent des thèmes de « réformes de société » aux politiciens, mais il ne s’agit bien sûr pas de leur volonté politique à elles.

En clair : dire que ce n’est qu’une question de volonté politique revient à dire que le sort des femmes dépend de la volonté des hommes (politiques). C’est en partie vrai, mais d’autant plus que l’on se place dans la stratégie réformiste qui consiste à demander une loi, avec ou sans baguettes dorées autour.

La question s’est posée dès la Révolution française. Les femmes révolutionnaires ont participé, armées, à toutes les journées d’émeute. Elles ont milité activement dans toutes les sociétés populaires qui acceptaient de les accueillir. Le fait était d’abord si exceptionnel qu’il était mentionné dans le nom que se donnait, par exemple, la Société fraternelle des patriotes de l’un et l’autre sexe. Dès que les femmes ont essayé de faire admettre le fait acquis de leur participation citoyenne au cours de la révolution, en demandant par exemple qu’on leur distribue des armes et qu’on les entraîne à leur maniement, elles se sont heurtées au mur du double pouvoir machiste et bourgeois de députés qui entendaient mettre un terme à la révolution et renvoyer les femmes dans leurs foyers. Les militantes les plus avancées, par exemple les fondatrices de la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires[1], n’ont pu sortir de l’impasse d’une légitimation bourgeoise et machiste de pratiques féminines autonomes (violence armée, création d’une organisation non-mixte). Leur club est fermé après que des provocateurs et provocatrices ont interdit physiquement une assemblée générale, le 28 octobre 1793, au cri de « Vive la République, à bas les révolutionnaires ! ». Il faut entendre l’ellipse : « À bas les [femmes] révolutionnaires ! », c’était en effet l’appellation courante des membres de ce club, qui avait rejoint le courant des Enragés. C’est tout un programme qui est contenu dans ce cri : en rester à la république telle qu’elle est — c’est-à-dire ne reconnaissant pour citoyens que les hommes —, mettre fin à la révolution, le tout en effaçant les femmes, jusqu’au mot !

Il ne s’agit pas, bien entendu, de porter un jugement moral rétrospectif sur les limites de ce qu’on pu dire et faire les femmes révolutionnaires d’il y a deux siècles. Il serait bon, en revanche (c’est bien le cas de le dire !), de tirer parti de cette histoire, fondatrice de la nôtre, et de ne pas renouveler à l’infini les mêmes erreurs.

Je reviens à l’appel, pour faire rapidement mention de l’embarras d’écriture des rédactrices, probablement soucieuses de ne pas paraître oublier les lesbiennes, supposées noyées dans la dénomination « femmes », et qui se trouvent du coup distinguées des femmes. Aux femmes et aux lesbiennes[2] !

Le texte d’appel se veut « réaliste », c’est en tous cas de cette manière que j’analyse l’affirmation selon laquelle la loi-cadre « n’est pas un rêve » (un ministre espagnol l’a fait). Qui rêve de lois d’ailleurs ? Sans doute manquons-nous de rêves, mais sûrement pas de lois.

On connaît l’argument machiste (franchement exprimé ou non) selon lequel si les femmes se laissent apparemment si volontiers frapper, tromper et mépriser, c’est « parce qu’elles aiment ça ». Parfaitement répugnante, l’hypothèse a l’inconvénient subsidiaire d’escamoter la question du consentement de tant de femmes, non pas à telle ou telle violence particulière, mais au système qui les engendre et les tolère. Or c’est bien, semble-t-il, de rêve qu’il s’agit, ou si l’on préfère d’utopie.

En effet, la grande faiblesse du mouvement féministe et du mouvement révolutionnaire est de n’être (plus) porteur d’aucune utopie amoureuse. On peut considérer que le séparatisme lesbien constitue une exception, mais il ne peut, par définition, prétendre à l’universalité. Nous sommes donc démuni(e)s en face d’un système qui entretient, lui, avec des moyens de persuasion à l’efficacité jamais atteinte dans l’histoire, l’utopie de la rencontre/amoureuse/romantique débouchant sur la formation du couple/exclusif/hétérosexuel (la variante homosexuelle est plus ou moins tolérée).

L’utopie de l’amour romantique prépare les femmes à considérer que la situation matérielle de domination dans laquelle elles se trouvent est soit sans inconvénient lorsque le bonheur partagé est sans nuage, soit due à une erreur dans le choix du partenaire, lorsque celui-ci se montre violent, jaloux, pervers et pingre. La femme qui se croit dans la situation de reconnaître une erreur de choix (qui existe aussi : elle s’est réellement mise sous la dépendance d’un immature violent) se fait donc le reproche, soit d’avoir mal choisi, soit pire encore d’avoir elle-même perturbé le déroulement du scénario amoureux (puisqu’« il » était « gentil » jusqu’à ce qu’elle parle de reprendre ses dîners du lundi avec ses copines de fac…). En l’absence d’une utopie de rechange, c’est-à-dire d’un autre imaginaire érotique et relationnel, en l’absence aussi d’une analyse matérialiste de la situation économique, sociale, et caractérielle de la femme dans le couple, on ne peut considérer les catastrophes de la vie amoureuse que comme relevant de la dite sphère privée, et surtout de la responsabilité personnelle.

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Sheila Kitzinger écrit, à propos de la transmission de cette utopie, qui passe certes par les magazines féminins, mais d’abord par les femmes elles-mêmes : « Une femme qui se dit “frigide, perdue, et désespérément seule”, bien qu’elle soit mariée, n’envisage pas moins de déclarer à sa fille : “Attends l’homme de ta vie. Tu sauras tout de suite que c’est lui.” […] Une autre, dont le mari passe son temps à lui dire qu’elle est grosse et qu’elle a des vergetures et qui déclare “avoir le moral à zéro” depuis la naissance de ses enfants, dit à sa fille que “la sexualité, c’est notre façon de mettre au monde de nouvelles âmes”. Une femme que son mari utilise “comme une poupée gonflable pour son plaisir” trouve pourtant le moyen de dire à sa fille que “la sexualité est l’expression d’un amour profond pour une autre personne et elle ne doit pas être gaspillée ni rabaissée”. Le rêve demeure intact, peut-être pour le salut de la mère, même si la réalité paraît souvent lui avoir appris exactement le contraire. Les femmes semblent pour la plupart ne pas vouloir ou ne pas pouvoir utiliser leur expérience personnelle pour savoir comment conseiller leurs filles. On dirait qu’entre les mères et les filles se perpétue une délicate toile de mensonge, tissée au fil des siècles, et que la femme adulte, n’ayant pas rencontré le prince Charmant, ou ayant constaté qu’il s’était vite retransformé en crapaud, veut à tout prix que sa fille vive l’histoire d’amour qui s’est révélée pour elle parfaitement illusoire[3]. »

Certes, il est autrement plus difficile d’imaginer d’autres rapports érotiques et affectifs que de dresser, par exemple, les plans d’une maison solaire et autosuffisante. J’éprouve cette difficulté comme tout le monde. Il est vrai aussi que du point de vue des femmes, toutes les expériences sont piégées et doivent être abordées avec une lucidité que l’état amoureux favorise rarement (cf. la critique a posteriori des expériences communautaires ou de l’idée d’amour libre qu’on pouvait humer dans l’air du temps des années 1970, lequel était tout de même plus respirable). Rien n’est donné, rien n’est acquis, voilà bien la seule règle de conduite, d’ailleurs commune au mouvement des femmes et au mouvement révolutionnaire.

Il me semble à la fois inévitable et souhaitable, néanmoins, de nous (re)pencher sur l’utopie pratique d’un nouveau monde amoureux, pour reprendre l’expression chère à Fourier, où d’autres manières de vivre et de satisfaire nos désirs, d’autres façons de nous rassurer les un(e)s les autres, d’autres liens entre le personnel et l’universel nous donneraient à nous et à l’humanité un horizon positif, une anticipation immédiatement vécue de bonheur — inutile d’aller jusqu’au paradis, restons sur la terre, qui est quelquefois si jolie… —, autrement plus désirable et plus enthousiasmante qu’une loi-cadre.

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[1] Sur Pauline Léon, cofondatrice de la société, voir Deux Enragés de la Révolution, Leclerc de Lyon et Pauline Léon, La Digitale, 1993 ; Notre patience est à bout. 1792-1793, Les écrits des Enragé(e)s, IMHO, 2009 et « Pauline Léon, une républicaine révolutionnaire », Annales historiques de la Révolution française, 2006.

[2] [Comme me le fait remarquer mon amie Do, mon étonnement procède de mon ignorance, à l’époque où j’écris ce texte, de l’affirmation de Monique Wittig : les lesbiennes ne sont pas des femmes. J’y reviendrai dans Je chante le corps critique (chap. V, p. 324).]

[3] L’Expérience sexuelle des femmes, Seuil, 1983, p. 214

Actions pour la liberté de circuler (2006)

Je republie un texte d’appel à une action «portes ouvertes» dans le métro parisien, le jeudi 4 mai 2006, lancé en commun par l’Assemblée de Montreuil et le Réseau pour l’abolition des transports payants (RATP).

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LIBERTE DE CIRCULER

REAGIR CONTRE LA REPRESSION

AGIR POUR UNE VRAIE SOLIDARITE DANS LES TRANSPORTS

Depuis 2001, le RATP – Réseau pour l’Abolition des Transports Payants – revendique les transports gratuits pour toutes et tous et essaye de faire vivre la lutte, en la nourrissant de réflexions, de débats et d’actions concrètes. En effet, la justification des transports payants n’est absolument pas économique, mais politique. Le ticket ne constitue qu’une part limitée (25% selon le site du STIF, le syndicat des transports d’Ile de France) des recettes financières des entreprises de transports, qui sont financées essentiellement par l’argent public. Finalement le coût du ticket ne sert qu’à payer les outils de notre propre contrôle (tourniquets, cartes oranges ou navigo, contrôleurs, etc.) !!!

Le ticket est le prétexte à toutes les polices…

Les transports payants sont un instrument privilégié de contrôle et « d’apartheid social ». Le ticket est le prétexte à toutes les polices : police des étranger-e-s, des pauvres, des jeunes, des militant-e-s, des révolté-e-s, etc. On s’étonnera donc moins que les transports, tels qu’ils sont conçus aujourd’hui, ait pu être l’une des cibles de la révolte de certains quartiers en novembre 2005, là où règne une véritable relégation sociale.

…et à une véritable criminalisation de la pauvreté

L’arsenal répressif s’est d’ailleurs particulièrement développé dans les transports et la situation est aujourd’hui préoccupante. Entre autre, la loi de sécurité quotidienne, votée sous le gouvernement de la gauche plurielle en 2001, a créé le délit de fraude d’habitude. Résultat : c’est jusqu’à 7 500 € d’amende et 6 mois d’emprisonnement qui attendent le ou la sans-ticket qui cumule plus de 10 PV non réglés sur une période de 12 mois. Ces lois répressives sont bel et bien appliquées. A la fin 2005, on peut estimer à 10 000 les dépôts de plainte pour délits de fraude habituelle (dont 7 000 par la Sncf sur toute la France, 2 000 par la Ratp en Ile-de-France, et 1 000 cumulés sur tous les autres réseaux urbains : Marseille, Lyon, Orléans, …), ayant conduit à plus de 3 000 jugements déjà rendus, dont environ 1/3 de prison ferme, 1/3 de prison avec sursis et 1/3 de « simple » amende. A quoi s’ajoutent des pouvoirs accrus pour les forces de l’ordre dans les transports, des systèmes de vidéosurveillance et de contrôle de nos déplacements de plus en plus perfectionnés.

C’est pourquoi le RATP et l’Assemblée de Montreuil revendiquent :

-  la gratuité des transports collectifs et la liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous

-  la création ici et maintenant d’outils d’entraide et de solidarité, comme les mutuelles de sans-ticket.

-  l’arrêt de toutes les poursuites judiciaires et la libération immédiate de tous les émeutiers, lycéens étudiants, militants, fraudeurs ou sans-papiers

-  le retrait de toutes les lois répressives et anti-sociales (délit de fraude d’habitude, loi de Sécurité Quotidienne, loi sur l’égalité des chances et sur la prévention de la déliquance ainsi que le projet de loi CESEDA sur l’immigration choisie…)

Face à cette répression et à la précarisation de nos vies, à l’instar de la jeunesse qui ne cesse de se révolter, développons des outils de lutte collectifs et solidaires, qui seuls permettront d’offrir une perspective concrète et efficace.

En effet, aucun gouvernement ne changera cette situation. De droite comme de gauche, tous oeuvrent en faveur des intérêts d’une minorité de nantis, au renforcement des inégalités, à la privatisation des services publics et à la répression de toute forme de contestation d’un système qui nous isole et nous enferme. Ainsi à nous de nous réapproprier les outils de notre épanouissement

Le ticket transports gratuits

Le Réseau pour l’Abolition des Transports Payants distribue un ticket pour revendiquer les transports gratuits. Ce ticket ne remplace toujours pas aux yeux de la RATP un titre de transport usuel. Vous pouvez toutefois le montrer aux contrôleurs, libre à vous d’être munis d’un titre de transport valable ou pas. Votre acte sera relié à la pratique d’autres voyageurs qui revendiquent également la gratuité des transports. Vous pouvez commander des tickets « Transports Gratuits » auprès du collectif RATP.

La mutuelle de sans ticket

L’action individuelle est vouée à l’échec. Pour répondre à cette évidence, le RATP s’est interrogé sur les mutuelles de sans-tickets dont on apprend l’existence ici et là, plus particulièrement chez nos voisin.e.s scandinaves (finlandais d’Helsinki, suédois de Stockolm ou Göteborg). Le principe est simple : on cotise à une mutuelle qui indemnise ensuite les personnes. Vous pouvez contacter la mutuelle en adressant un courrier ou un mail aux adresses indiquées ci-dessous. De plus la mutuelle est prête à rencontrer des sans-tickets qui ont effectivement été condamnés à de la prison infractions dans les transports.

D’autres outils sont à créer.

Pour nous communiquer toutes vos idées ou pour nous rejoindre, vous pouvez nous contacter :

Le RATP (Réseau pour l’Abolition des Transports Payants)

145, rue Amelot, PARIS 11e.

L’Assemblée de Montreuil se réunit, depuis novembre 2005,en solidarité avec les émeutiers, pour réagir contre la repression et la prison, tous les jeudis à partir de 19 h

Bourse du travail de Montreuil, 24, rue de Paris, 93 100 Montreuil, M° Croix-de-Chavaux