SOT MÉTIER. À propos de prostitution (2003)

Ce texte, qui refuse le débat piégé entre « réglementarisme » et « abolitionnisme », a été publié dans le numéro 10 de la revue Oiseau-tempête (printemps 2003).

 

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« Je fais un sale métier, c’est vrai; mais j’ai une excuse : je le fais salement. »

Le Voleur, Georges Darien.

« La prostitution est un métier dû au déséquilibre sexuel de la société. »

Tract de prostituées parisiennes, juin 1974.

« C’est vrai, […] c’est un métier sale, le métier qu’on fait. »

Une prostituée[1]

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La question de savoir si la prostitution est un métier, et qui plus est « un métier comme un autre » (on sait qu’il n’en est que de sots, mais on ne manque jamais d’ajouter que celui-ci serait le plus vieux) avait été posée par la mobilisation de certaines prostituées au milieu des années 1970. Elle est revenue dans l’actualité, suscitant une abondante production théorique, journalistique et pétitionnaire, dont la caractéristique commune est la confusion. L’activité même des personnes qui se prostituent, et plus encore leurs mouvements revendicatifs épisodiques, interrogent en effet doublement les fondements de l’ordre social : qu’est que le « travail » ? qu’est-ce que la « sexualité » ?

On observe sur ces questions des rapprochements entre des analyses féministes et des vulgarisations psycho-philosophiques à la mode. On lira donc également sous la plume de la féministe Stéphanie Cordelier[2] et celle d’André Comte-Sponville dans Psychologies [3] l’affirmation que la prostitution n’est ni de la sexualité ni du travail. Je ne prétends pas examiner dans ce court article toutes les implications d’un questionnement porté à l’articulation sensible du corps intime et du lien social. Quant à la première dénégation, je me bornerai pour l’essentiel à l’écarter. Non seulement l’activité de la personne qui se prostitue est bien « de la sexualité », mais elle est l’incarnation parfaite de la « sexualité », considérée comme domaine séparé de l’activité humaine depuis le XIXe siècle occidental, scientiste et hygiéniste. Quant à la seconde dénégation, j’espère que son examen pourra permettre d’avancer quelques pistes de réflexion sur le travail. En effet, il semble que tant les mobilisations de chômeurs que celles des prostituées, et dans un registre différent celles des sans-papiers marquent un retour remarquable de la question du travail, à la fois objectivement posée et stratégiquement pensée, par des groupes qui sont situés à l’écart de la production (chômeurs), dont le travail productif n’est pas pris en compte (sans-papiers), ou encore dont l’activité n’est pas reconnue comme travail (prostituées).

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Se prostituer, est-ce un métier ? Tout travail est-il une prostitution ?

Se prostituer « c’est un métier parce que ça s’apprend, mais ce n’est pas un métier parce qu’on n’aimerait pas que sa fille le fasse » dit une militante associative[4], à qui l’on pourrait rétorquer que flic ou militaire non plus, on ne souhaite pas voir son enfant le faire. « La prostitution n’est pas un métier. C’est une violence », réplique un tract[5] qui rejette à la fois le système prostitutionnel et les lois Sarkozy. Les signataires revendiquent pour les personnes prostituées l’accès « à tous les droits universels [soins, Rmi, emploi, etc.] ». Or, c’est précisément en tant que « travailleurs(euses) du sexe » que les prostituées mobilisées réclamaient déjà dans les années 70 les mêmes garanties offertes, à tous en principe, par le salariat. Ce que les personnes prostituées n’ont cessé de dire, comme le disent aujourd’hui un certain nombre de « sans-papiers » durement exploités dans des secteurs comme le bâtiment et la confection, c’est : « Nous travaillons — beaucoup le plus souvent — et (pour ce qui concerne la prostitution) nous payons directement ou non des contributions importantes ; nous devrions donc avoir — en raison du travail que nous effectuons réellement et qui contribue à la richesse sociale — les mêmes droits que d’autres travailleurs. » De plus en plus, la prostitution est même présentée par les personnes qui la pratiquent comme un « service », de nature thérapeutique, dont l’utilité doit être reconnue.

L’affirmation que tout travail est une prostitution a servi la critique du salariat dans les années 1970 (comme l’assimilation mariage/prostitution avait servi aux anarchistes à critiquer le mariage). Elle pouvait s’autoriser d‘une lecture (rapide) de Marx, affirmant dans les manuscrits de 1844 que «la prostitution n’est qu’une expression particulière de la prostitution générale du travailleur[6]. » Cette instrumentalisation théorique et métaphorique de la prostitution a l’inconvénient de passer par un rabotage sémantique qui fait bon marché des nuances historiques. Il faut dire que les protestations modernes, réellement ou faussement naïves, sur le mode « Le corps humain n’est pas une marchandise » ne font qu’ajouter à la confusion.

Dans le système capitaliste reposant sur l’exploitation salariale et la domination masculine, le corps est bel et bien une marchandise. « [Les] travailleurs sont obligés de se vendre morceau par morceau tels une marchandise ; et, comme tout autre article de commerce, ils sont livrés à toutes les vicissitudes de la concurrence, à toutes les fluctuations du marché[7]. » Reconnaître cette caractéristique du capitalisme ne signifie ni accepter la légitimité ni gommer les acquis, même relatifs, des luttes ouvrières. Au nom de quoi, sinon, s’offusquer du harcèlement sexuel au travail ? Variantes ou extensions génitales de la prostitution salariée, les faveurs sexuelles accordées au chef d’atelier ou de bureau pourraient faire l’objet de primes, et le temps nécessaire à leur exécution être déduit du temps de travail… Qui envisagerait de se plier à un tel système, autrement que contraint(e) et forcé(e) ? Il faut noter cependant des cas récents où des travailleurs ont accepté  collectivement et publiquement il est vrai — de « payer de leur personne » pour sauver leur emploi. Des hôtesses de la compagnie aérienne bulgare Balkan ont ainsi posé nues pour l’édition nationale de Playboy afin d’épargner à leur entreprise une liquidation judiciaire, tandis qu’une centaine d’ouvriers d’une firme automobile roumaine ont choisi de vendre leur semence à la banque du sperme de Timisoara pour rembourser, en un mois, les dettes de l’usine[8]. La médiatisation recherchée de l’acte, sa finalité censément élevée et sa «gratuité» assurent sa distinction d’avec le geste prostitutionnel. On peut même imaginer que les ouvriers bulgares voient leur statut viril confirmé par le geste masturbatoire, au moment duquel ils pourront s’aider d’un exemplaire de Playboy, dans lequel les femmes, elles, sont cantonnées dans leur rôle d’objet sexuel. Il est toutefois précisé que ces ouvriers volontaires, vivement encouragés par leur syndicat, proposent leur sperme à la moitié du tarif habituel consenti par la banque, à la condition « qu’elle accepte tous les donneurs ». Là encore, pour sordide qu’elle soit, la négociation confirme la position dominante des hommes : sur 25 hôtesses de l’air candidates à la photo « de charme », seules 5 ont été jugées assez conformes aux canons dominants. Tout de même : les hommes ont dû solder leur sperme. D’autres, plus pauvres, vendent leur sang pour survivre. Se vendre morceau par morceau, disait Marx, tels une marchandise.

 

Mobilisation — modernisation

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que les prostituées se sont souvent battues contre les tentatives de réglementation et de limitation de leur activité. Au début du XXe siècle encore, on inscrit sur les registres officiels de la prostitution française des filles de quatorze ou même de douze ans. Une loi d’avril 1906 porte la majorité pénale de 16 à 18 ans; deux ans plus tard, une autre ordonne le placement des prostituées mineures dans des maisons de correction. L’application de ces textes donne lieu à des révoltes violentes. Considérant que c’est leur métier d’être « filles de noce », les intéressées refusent d’en apprendre un autre dans des casernes éducatives. Celles qu’on a pu arrêter sont sans cesse changées de prison par l’administration ; les transferts sont encore l’occasion de manifestations. « Le 7 octobre [1908], après s’être mutinées et avoir tenté de s’évader sur les quais de la gare du Nord, les filles descendent du train, le corsage ouvert ; […] elles relèvent leurs jupes en montrant leur ventre et attirent les badauds par leurs hurlements. Le 14 janvier 1909, à la suite d’une nouvelle mutinerie, il faut transférer un groupe de détenues à la prison Bonne-nouvelle ; tout le long du chemin, elles ne cessent de chanter l’Internationale[9]. » On voit que la moralité publique a eu quelque mal à se fixer… et à s’imposer manu militari aux filles qu’elle prétendait « sauver ». On voit aussi qu’il était plus aisé, même pour de très jeunes filles, d’emprunter au moins ses signes de reconnaissance au mouvement ouvrier, expression d’une classe dont elles étaient issues (leurs parents ont vécu leur propre adolescence durant la Commune de Paris). Il est probable que le stigmate qui pèse sur la prostitution s’est alourdi depuis, pendant que, par ailleurs, le mouvement ouvrier se délitait.

Comme les membres d’autres groupes stigmatisés, dépourvus de ressources culturelles et d’histoire militante, les prostituées doivent, pour se mobiliser (y compris pour des intérêts immédiats; fin des vexations policières par ex.), assumer leur état, revendiquer un rôle social, dire à la fois qu’elles ne sont pas que des prostituées et qu’elles sont fières d’être cela aussi. Or, leur activité est tantôt réprimée, tantôt simplement ignorée, mais toujours méprisée. Au mieux, on l’admet comme une nécessaire soupape de sécurité. Inverser le stigmate entraîne nécessairement quelques dommages causés à ses fondements idéologiques. Ici: dissociation de l’intime et du public, caractère par essence «gratuit» et sentimental des gestes érotiques, caractère sacré des parties génitales, etc. La difficulté, pour elles, vient du fait que, d’une part, beaucoup de militants qui souhaiteraient sincèrement aider les prostituées mobilisées[10] partagent les croyances idéologiques que leur action met à mal; et que, d’autre part, c’est le système capitaliste lui-même qui a porté les plus rudes coups à ces croyances. On peut penser que le fait que plusieurs pays européens soient entrés (ou revenus) dans la voie de la régulation étatique tient davantage à l’explosion de l’industrie pornographique et à son poids économique sans précédent (tourisme sexuel, Internet, etc.) qu’aux mobilisations des prostituées. De sorte que leur action semble aller dans le sens d’une «modernisation cynique» du capitalisme.

Cette tendance capitaliste a été bien exprimée dans un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT, agence de l’ONU) de 1998 qui s’appuie sur la situation dans quatre pays du sud-est asiatique, où l’« industrie du sexe » représente entre 2% et 14% du PNB, pour réclamer, non explicitement la « légalisation » de la prostitution, mais sa « reconnaissance économique ». « Une position centrée sur les prostituées de manière individuelle a tendance à souligner un souci moraliste ou pour les droits humains, ce […] qui n’influera en rien sur la transformation du secteur. » Le rapport préconise donc d’appliquer à l’industrie du sexe, et aux individus adultes qui auraient choisi d’y exercer une activité, le même ensemble de protections, de contrôles et de taxations qu’au reste du système salarial. Ce serait l’occasion à la fois d’assurer aux prostitué(e)s les mêmes droits qu’aux autres travailleurs et de mieux réprimer la criminalité, le trafic et ce que les médias appellent la « pédophilie ».

Une part de la confusion qui entoure ces problèmes vient bien entendu de ce qu’ils sont pensés à l’intérieur du système capitaliste, le plus souvent dans les catégories idéologiques dominantes, et avec pour seuls débouchés concrets des politiques étatiques ou des pratiques caritatives. La frontière entre le caritatif et le militantisme associatif soi-disant plus radical n’est pas évidente. Dans le manifeste des « travailleuses du sexe » de Calcutta (1997), édité par l’association lyonnaise Cabiria (les deux groupements ont été créés par des travailleurs sociaux, ou des sociologues, et non par des prostituées), les rédactrices partent du souci, très louable, d’aider les prostituées à sauvegarder leur vie et leur santé en utilisant des préservatifs. Comment convaincre les intéressées si elles ont d’elles-mêmes une image trop dévalorisée, et si elles craignent que les clients se tournent de préférence vers des concurrentes qui acceptent des rapports non-protégés ? L’association Cabiria recommande de son côté aux clients des prostituées de mettre un préservatif « en pensant à leur famille » ! Où l’on rêve que la politique sanitaire et les droits des plus exploitées pourraient trouver une harmonieuse et commune solution dans la régulation capitaliste et la généralisation des garanties du salariat classique. En dehors de la (re)création de maisons de prostitution, que les prostituées refusent fermement (au moins en France), on voit mal comment cette utopie capitaliste — fort mal en point dans la production classique — pourrait prendre en charge ses marges.

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À quoi sert la prostitution ?

Durant la révolution espagnole, le groupe « Femmes libres » constatera la présence de nombreux miliciens anarchistes dans les bordels : « On ne peut expliquer que les mêmes esprits qui dans les tranchées sont disposés à tous les sacrifices pour vaincre, dans une lutte à mort, négocient dans les villes l’achat de la chair de leurs sœurs de classe et de condition. Combattants […] n’outragez plus celles qui, pour survivre, supportent votre tyrannie d’acheteurs pendant que nous nous escrimons à trouver le meilleur moyen d’émanciper ces vies[11]. » Or c’était bien sûr parce qu’ils risquaient leur vie au front que ces miliciens jugeaient plus justifié que jamais leur accès au corps des femmes.

J’ai déjà évoqué la théorie de la « soupape ». On la retrouve dans l’argumentaire du manifeste de Calcutta. Nier comme pervers tous les désirs masculins et les détresses qu’ils expriment, avancent les prostituées Indiennes, « créerait une demande inassouvie de plaisir sexuel dont le poids, même partagé par les hommes et les femmes, pèserait plus lourdement sur les femmes. » Cette fiction a sa version mâle délicate, que rapporte un client : « Quand je rentre, je ne vais pas demander à ma femme de faire l’amour. Elle dort, il est tard, ce n’est pas correct[12]. » Qu’importe que l’épouse concernée ait épuisé les charmes de la pipe conjugale ou que monsieur préfère se faire sucer par un travesti; de toute façon il est plus commode, et tout à fait « correct » semble-t-il de se vider les couilles dans un lieu de prostitution, comme on se gare en double file pour acheter un paquet de cigarettes. La version « féministe-réaliste » estime que la disparition de la prostitution entraînerait une augmentation des viols. Ce serait pire. C’est donc un moindre mal que le pire soit supporté par une minorité, certes composée essentiellement de femmes, mais dont on défend l’idée — deuxième fiction qui s’articule à la première — qu’elles ont choisi de se faire enfiler pour gagner leur vie.

La force de cette seconde fiction c’est que le principal argument qui lui est opposé est souvent d’ordre moral: comment une personne saine et sensée pourrait-elle choisir de faire quotidiennement et sans manières des cochonneries qu’on ne s’autorise soi-même qu’à l’issue d’un parcours extrêmement codé qui doit combiner deux caractéristiques apparemment contradictoires (je n’ai pas voulu ce qui arrive ; je choisis librement mon partenaire). Au regard des comportements normés, la simplicité marchande de l’acte prostitutionnel peut apparaître à la fois fascinante et « inconcevable ».

Il ne s’agit certes pas de reprocher leur sort aux personnes prostituées. En majorité des femmes[13], elles ne l’ont pas plus « choisi » que les filles « ordinaires » ne choisissent des filières moins prestigieuses et des emplois moins rémunérés que ceux des hommes. Simplement, pour elles, le conte de fées de l’égalité des chances a tourné au cauchemar. Sans même parler des jeunes femmes déportées à travers le monde vers des zones de prostitution[14], Christine Delphy et Claude Faugeron font justement remarquer qu’il est plus facile d’entrer en prostitution que d’en sortir : « Et qu’est-ce que la liberté de se vendre s’il n’y a pas la liberté de se reprendre ? […] Personne n’ose plus dire qu’elles [les prostituées] aiment à vendre leurs corps, il ne reste plus qu’à affirmer qu’elles le font librement et qu’elles y trouvent davantage d’agrément qu’à vendre leur force de travail[15]. » Tant mieux si les prostitué(e)s peuvent se battre et poser des questions dérangeantes. Nous avons même quelques ennemis communs, dont il peut être plaisant, et pourquoi pas ensemble, de moquer les ridicules ou de botter les fesses, mais le monde où le Produit national brut s’enrichit du décompte des passes ne fait qu’ajouter de l’horreur à l’horreur.

Réglementaristes ou militantes, ces attitudes ne remettent pas en cause la légitimité biologique de besoins masculins autoproclamés et supposés essentiels à l’homme. Le fantasme du libre (et légitime) accès à toutes les femmes trouve son accomplissement au moins symbolique dans l’hypermarché porno-publicitaire que sont devenus les pays industrialisés et la planète entière via Internet. La double morale bourgeoise (division entre celles qu’on épouse et celles qu’on baise) s’en trouve portée près de son point de rupture. Un adolescent contemporain peut, en une journée, voir sur le Net davantage d’images de femmes nues dans toutes les postures érotiques — représentation permanente et vertigineuse d’une «offre» féminine fantasmatique — qu’un érotomane collectionneur comme Pierre Louÿs dans toute sa vie. Je ne vois pas de raison de penser que le paradigme du gang-bang (viol collectif[16]) décliné en revues, films et cassettes vidéo soit moins (dé)formateur et producteur d’angoisses que naguère la crainte des terribles effets de la masturbation. Dans ce contexte, l’accession de l’idéologie des besoins sexuels masculins (mécaniques, pressants, incoercibles) à la reconnaissance économique officielle ne peut être envisagée comme un symptôme insignifiant et moins encore encourageant.

Rafraîchissons-nous avec Fourier, écrivant vers 1820 : « Les amours en civilisation sont comme la politique, l’apogée de fausseté, nos coutumes d’adultère ou cocuage, de prostitution salariée, de pruderie des vieillards, hypocrisie des jeunes filles et dévergondage des jeunes gens et crapule secrète de toutes les classes qui jouissent de quelque liberté, ces coutumes, dis-je, devaient faire juger aux philosophes qu’il était impossible d’atteindre à une plus haute dépravation. L’impossibilité de faire plus mal, trouver pis devait les exciter à la recherche d’un nouvel ordre amoureux[17]. » Dans un tel nouveau monde amoureux, il demeurera loisible à chacun(e) d’offrir son corps et son savoir-faire érotique en « échange » d’une chanson, d’un bijou, d’une promesse… On verra peut-être s’accorder de sévères maîtresses et d’humbles soumis sur la règle « Qui ne lèche pas ne mangera pas ! ». Ce seront là aimables manies passionnelles auxquelles nul ne sera contraint d’adhérer, ni pour sa subsistance ni pour ses (ré)jouissances.

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[1] Prostitution : les uns, les unes et les autres, D. Welzer-Lang, O. Barbosa, L. Mathieu, Métailié, 1994, p. 112.

[2] Prostitution et mariage: une assimilation douteuse», exposé lors du colloque organisé par Christine Delphy pour Nouvelles questions féministes à l’Université Paris-X, 25-26 septembre 2001.

[3] «Tentations répressives», A. Comte-Sponville, Psychologies (mars 2003). Spécialisée dans la production de ce que l’on pourrait appeler l’« idéologie du soi », cette revue a précisément pour recommandation favorite le «travail sur soi» ; elle affiche, outre une tolérance morale de bon aloi, un attachement indéfectible à une vision essentialiste des différences de genre (les garçons sont plus agressifs, etc.).

[4] Prostitution : les uns…, op. cit. p. 9.

[5] Texte de décembre 2002 signé notamment par des collectifs féministes, la LCR, le PCF et une émission de Radio libertaire.

[6] « Ébauche d’une critique de l’économie politique », Œuvres, Pléiade, Économie II, p. 77.

[7] Le Manifeste communiste, Karl Marx, Œuvres, Pléiade, Économie I, p. 168.

[8] Informations reproduites dans Courrier international (3 au 9 octobre, et 21 au 27 novembre 2002).

[9] Les filles de noce, Alain Corbin, Champs-Flammarion, 1982, p. 479-480. Voir également, à propos des positions socialistes et anarchistes sur la prostitution, deuxième partie, chap. III « Le système contesté ».

[10] Je précise que je ne me sens pas tenu d’approuver toute espèce de mobilisation, quels que soient la catégorie concernée, les mots d’ordre mis en avant et leurs implications (ex. : des travailleurs exigeant la réouverture d’une usine polluante).

[11] Affiche du groupe Mujeres libres apposée dans le Bario chino de Barcelone en 1937. Cf. Mujeres libres, collectif, éditions Las Solidarias—Le Monde libertaire, 2000 ; Femmes libres, Mary Nash, La Pensée sauvage, 1977.

[12] Prostitution : les uns…, op. cit., p. 130.

[13] La minorité des hommes prostitués augmente (jusqu’à un tiers selon certaines estimations dans une ville comme Lyon). Cependant, la prostitution de rue demeure tournée vers une clientèle masculine (sauf dans certains pays du tiers-monde qui reçoivent un tourisme sexuel féminin).

[14] Le capitalisme mondialisé s’analyse comme un vaste bordel militaire de campagne, à la nuance près que les femmes rejoignent aussi bien les travailleurs sédentaires et les « humanitaires » globe-trotters que les militaires eux-mêmes. Cf. La Femme mondialisée, Christa Wichterich, Solin-Actes Sud, 1999.

[15] « Introduction à l’édition française du rapport du Réseau contre l’esclavage sexuel », Nouvelles Questions féministes, hiver 1984, n° 8, pp. 5-9.

[16] Dans le gang-bang des superproductions pornographiques (concrètement : pénétrations vaginales successives, parfois par plusieurs centaines d’hommes), l’actrice n’apparaît pas, sauf mise en scène particulière, comme « victime ». Héroïne « positive », elle est célébrée pour sa « performance » de sportive professionnelle, et rémunérée comme telle. Cf. Dommages de guerre. Paris-Pristina-Belgrade-1999, L’Insomniaque, 2000, chap.IV «Guerre aux femmes!»

[17] Le Nouveau Monde amoureux, Charles Fourier, Slatkine, coll. Ressources, 1979, p. 445.