«FANATISME»/«FANATIQUE» Archéo-dico 4. (1993)

Archéo-dico. Petit abécédaire fin de siècle des idées reçues à l’usage des générations passées, présentes et à venir.

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Ce texte a été publié dans le numéro 4 de La grosse Bertha (8 décembre 1993).

 

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En société

Tonner contre. Disputer si la sincérité est une circonstance atténuante. Si l’on a soi-même été membre du Parti communiste français, citer son propre cas en exemple.

 

Contenu

Un mollah iranien a lancé une fatwa contre l’auteur des Versets sataniques. Un cardinal français, J.-M. Lustiger, a déclaré en octobre 1988, après l’incendie criminel d’un cinéma du quartier latin qui diffusait La Dernière Tentation du Christ : « L’idée de ce film est une agression contre ce qui est sacré aux yeux des hommes. (…) Quand une société se permet de telles agressions [il parle toujours du film, et non de l’incendie qui fit 14 blessés], elle déclenche des mécanismes aveugles. »

L’un s’est conduit en odieux fanatique, l’autre n’a fait que réagir en honnête catholique dont les convictions ont été heurtées.

Nota : les convictions sont de petits organes externes, particulièrement sensibles chez les croyants. Par dérision, ceux-ci accusent les athées de n’en pas avoir. C’est une calomnie. L’athée a des convictions (par exemple, il croit en l’homme et en l’école obligatoire), mais les siennes sont rétractiles. Selon les meilleurs spécialistes, la taille des convictions est de peu d’influence sur le plaisir féminin.

Mais, objecteront les optimistes, les évêques français s’écartent du fanatisme puisque le mot ne figure même pas dans l’index de leur Catéchisme (1993). Le mot, non, mais la chose ? Lisez plutôt : « Il arrive même que, par une mystérieuse hostilité vis-à-vis de Dieu (dans laquelle le croyant peut déceler la présence de l’Adversaire) des hommes et des femmes cultivent une véritable haine du Seigneur ». L’Adversaire ! Il faut pas moins que Satan en effet pour inspirer une aussi mystérieuse hostilité, dans laquelle la suave odeur de chair brûlée qui flotte des bûchers cathares aux déclarations d’un Lustiger ne saurait entrer pour rien.

Reconnaissons au fanatisme l’intérêt de mettre en lumière la furieuse imbécillité de ceux qui se proclament, contre lui, les apôtres musclés de la tolérance. En 1989, quand débuta l’affaire des foulards, Debray, Finkielkraut et consorts appelèrent à l’ordre d’avant 68 : « La confusion actuelle entre discipline et discrimination ruine la discipline. » Dans un récent numéro de Globe, on pouvait lire à la fois un article moquant le collège américain où l’on interdit les « Doc Martens » comme pompes néo-nazies et un édito appelant à l’« union sacrée », façon 1914, contre l’intégrisme qui menace la démocratie (voir ce mot).

Récemment, à Blida (Algérie), le bruit a couru que le port du voile serait obligatoire dans le secondaire. Le jour dit, toutes les réfractaires sont venues en mini-jupes. Si, s’inspirant de leur exemple, des collégiennes françaises venaient en classe un foulard sur la tête, mais le cul à l’air, on verrait profs laïques et pères mollahs leur donner la chasse de conserve, au nom de la même morale.

 

Citation

« Pour quant à mes vices : impérieux, colère, emporté, extrême en tout, d’un dérèglement d’imagination sur les mœurs qui de la vie n’a eu son pareil, athée jusqu’au fanatisme, en deux mots me voilà ».

Sade (lettre, septembre 1783).