Les cloches de Silésie (1982)

Ce texte a été corédigé avec Yves Le Bonniec et signé d’un nom de groupe Capture d’écran 2014-11-18 à 16.20.41imaginaire en janvier 1982.
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Depuis les grèves sauvages d’août 1980, qui déboucheront sur les accords de Gdansk (31 août), jusqu’au coup d’État militaire du 13 décembre 1981, la direction du syndicat Solidarnosc (Solidarité) a pratiqué une politique de compromis avec les autorités. Après le 13 décembre, le pays connaît partout des affrontements entre ouvriers et miliciens. Il y a des morts à Gdansk et en Sibérie. Le stalinien Georges Séguy, secrétaire général de la CGT publie une déclaration qui commence par ces mots : « Nous comprenions qu’une menace de chaos et d’anarchie pesait sur la Pologne. » (Libération, 15 décembre 1981). Au nom du PCF, Georges Marchais explique les mesures d’exceptions par un ensemble de « difficultés et de surenchères » (Le Monde, 25 décembre 1981).

Les bureaucrates de Solidarité sont les premiers responsables de leur défaite. En mars 1981, alors qu’ils déclarent redouter un coup d’État impliquant l’exécution de centaines d’entre eux, ils se contentent de lancer cette consigne : « Résister passivement par des rassemblements ».

Avertis de ce qui se préparait depuis de longs mois et prévenus de leur arrestation imminent dans la nuit du 12 au 13 décembre, la plupart d’entre eux sont rentrés se coucher et attendre la milice…

Jusqu’au bout, les démocrates-chrétins du syndicat ont combattu le mouvement ouvrier en entretenant l’illusion d’une règle du jeu démocratique à respecter avec l’adversaire, en lançant des appels répétés au « calme », en se faisant les propagandistes d’une armée « populaire » puisque nationale.

En bons syndicalistes, Walesa et consorts n’ont jamais voulu nuire à l’État. Ils ont tenté de collaborer « loyalement », puis ont envisagé de se substituer à lui. Abrutis par l’Église, intoxiqués par les démocrates occidentaux, ils n’ont eu de cesse de désarmer la critique des ouvriers polonais. Ces révolutionnaires en peau de chrétien croyaient qu’il leur serait beaucoup pardonné pour leur renoncement opportuniste à la critique des armes. Concurrents de l’État sur son propre terrain, il leur aurait fallu détruire l’État pour ne pas être détruits.

Le stalinisme international et les militaires de Varsovie ont raison : les syndicalistes se sont conduits en agents de l’étranger. Ils n’avaient rien de mieux à proposer que l’instauration d’une démocratie à l’occidental. La canaille démocrate triomphe : son « modèle de société » en sort renforcé puisqu’il suscite toujours des vocations de martyrs, puisqu’on se persuade une fois de plus qu’il fait meilleur vivre à l’Ouest qu’à l’Est.

En France aussi, les staliniens sont au pouvoir grâce à Mitterrand qui compte qu’ils seront garants de l’ordre dans les usines. En France aussi, le pouvoir peut proclamer l’ « état de défense » en cas de « troubles sociaux graves » (ordonnance du 7 janvier 1959) et opérer un coup d’État tout aussi légal que celui de la junte polonaise. Un simple décret suffit pour mobiliser les civils et appliquer partout le code de justice militaire (cf. la réquisition des mineurs du Nord en 1963).

Notre soutien au soulèvement des polonais passe obligatoirement par l’attaque en règle ici de nos maîtres. Hommes d’Église, d’État ou de parti, tous les bureaucrates manifestent la même terreur devant le prolétariat en armes. Les ouvriers radicaux n’ont pas attendu Walesa et l’état de guerre pour déclarer la guerre à l’État (juin 1976, les sièges du parti et de la milice brûlent à Radom et Ursus). Notre solidarité doit s’inspirer, dans la rue, de leur exemple. Les complices et inspirateurs français des fusilleurs de Gdansk, les officines religieuses, militaires et staliniennes seront les cibles de notre colère ! Paris.

Janvier 1982.

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