Claude Guillon (1885-1952), bûcheron, syndicaliste, député socialiste de la Nièvre

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ette notice concerne un militant syndical devenu parlementaire socialiste, trajet de vie qui n’était pas encore incongru dans une France du début du XXe siècle, très largement provinciale et agricole, où le parti socialiste s’appelait Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Ce militant se trouve être mon grand-oncle paternel. Je ne l’ai pas rencontré, puisqu’il est mort l’année de ma naissance. J’ai recueilli quelques éléments d’informations auprès d’autres membres de la famille.

Je serai reconnaissant à toute personne susceptible de posséder ou de découvrir des informations ou des documents le concernant de bien vouloir me contacter.

 

Je donne ci-dessous la notice biographique qu’il m’est possible d’établir en croisant ces renseignements avec ceux du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier (dir. Maitron) et du Dictionnaire des Parlementaires français (J. Jolly).

 

Claude Guillon est né à Saint-Benin-d’Azy (Nièvre) le 13 septembre 1885. On le surnomme « P’tit Charles ». Il est ouvrier agricole, et bûcheron (son père était métayer). Mobilisé de 1914 à 1918 au 256e Régiment d’Infanterie, il adhère à la SFIO en 1919.

Le parti le présente, en 1922, aux élections du Conseil général de la Nièvre, dont il est élu membre au deuxième tout de scrutin (il sera réélu au premier tour en 1925).

« Il se signale dans cette assemblée départementale par ses interventions en faveur des ouvriers agricoles et des bûcherons ; il demanda et obtint le contrôle des enfants assistés dans le département de la Nièvre[1]. »

« La confiance des travailleurs des campagnes lui permit d’occuper le poste de secrétaire du syndicat des bûcherons de Saint-Benin d’Azy et c’est sa compétence en matière agricole et forestière qui le fit désigner par la CGT comme représentant des organisations de bûcherons au Conseil national économique[2]. »

Il est également membre du comité général de la Bourse du Travail de Nevers à partir de 1920 et «un des principaux dirigeants confédérés de la grande grève des bûcherons de la Nièvre dans l’hiver 1931-1932 [3]. »

Présenté comme candidat socialiste aux élections législatives de 1928 dans la deuxième circonscription de Nevers, il arrive en tête des candidats de gauche. Il bénéficie du désistement d’un candidat «républicain socialiste» et attire à lui les voix communistes. Il est élu contre le candidat de droite Germain par 6 731 voix contre 5 954 (sur 12 454 suffrages exprimés). L’histoire orale familiale a retenu le dénommé Germain, non comme un « modéré » (Maitron), mais comme un réactionnaire caricatural, ayant déjà préparé, dans le château où il résidait, un feu d’artifice pour célébrer sa victoire.

Claude Guillon sera député de la Nièvre du 29 avril 1928 au 31 mai 1932.

Maitron et Jolly signalent sobrement que Claude Guillon « ne fut pas candidat en 1932 ». Il semble bien que s’il n’avait pas sollicité la candidature de 1928, il n’a pas non plus souhaité son effacement de 1932. Il aurait été écarté par la SFIO qui crut pouvoir imposer un candidat (parisien ou local, ce point reste à préciser) lequel fut battu. L’histoire orale familiale place ici un épisode savoureux : furieux d’apprendre l’éviction de leur camarade, les bûcherons syndiqués proposèrent à Claude Guillon de monter à Paris avec leurs cognées pour faire revenir la direction du parti sur sa décision. L’intéressé déclina la proposition, qui confirme le prestige auprès de la population agricole et ouvrière d’un homme que ma grand-mère décrivait comme « très bon et très aimé ».

Par la suite, on proposa à Claude Guillon un poste dans l’administration. Directeur de prison ou employé aux assurances sociales, il choisit la seconde hypothèse.

Guillon rapportait que, pendant l’Occupation, il avait été convoqué par la Gestapo et interrogé, notamment sur ses rapports avec les dirigeants socialistes, par un policier allemand qui connaissait dans ses moindres détail les luttes de courants de la SFIO.

Comme il expliquait son refus de parler de Léon Blum — dont il disait que c’était l’honneur de sa vie de l’avoir connu — alors que celui-ci se trouvait détenu en forteresse (et le parti interdit), mais qu’il en discuterait volontiers « après la guerre », le gestapiste répliqua : « C’est nous qui fixons les rendez-vous, M Guillon ». Il ne fut toutefois pas davantage inquiété.

Claude Guillon est mort à Paris le 29 janvier 1952.

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Ces renseignements sont susceptibles d’être complétés ou corrigés au fil de mes recherches et selon les communications qui me seront faites.

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[1] Dictionnaire des Parlementaires, p. 1918.

[2] Ibidem.

[3] Voir Maitron.