Faut vous faire un dessin? (2012)

[Article mis en ligne le 9 octobre 2012 sur mon ancien site, et effacé (avec bien d’autres) à la suite d’une fausse manœuvre. L’ayant rédigé directement, sans fichier de sauvegarde, je n’avais pu le restaurer. Jusqu’à ce qu’un aimable internaute — merci Christophe ! — réponde à mon appel et me signale une copie.]

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Émission « À voix nue ». France-culture, 9 octobre 2012. Invité : le dessinateur Georges Wolinski.

L’artiste nous raconte sa jeunesse. Études aux Beaux-Arts. Évocation du bizutage. Étranglement de l’auditeur (moi) avec une lentille (pas de contact, du Puy).

L’artiste explique benoîtement que le jeu imposé aux nouveaux consistait à « ramener des filles ». On leur demandait très gentiment dans la rue ou au café. Curieuses, certaines acceptaient.

À peine entrée dans la salle, deux garçons bloquaient la porte et disait : « Tu te déshabilles ! On ne te laissera pas sortir tant que tu ne l’auras pas fait. On te jure qu’on ne te touchera pas. »

L’artiste commente : « Au bout d’un moment, elles en avaient marre, elles se déshabillaient. »

L’artiste ajoute[1] : « Peut-être que certaines mouillaient un peu leur culotte. Parce que, maintenant que je connais mieux les femmes, j’ai compris qu’elles aiment bien qu’on les force à faire ce qu’elles ne veulent pas faire. »

À ce moment, le journaliste, M. Tewfik Hakem dit un truc du genre : « Là Georges, je vous arrête. Ce que vous dites est une apologie du viol. »

(Ici : Toussotements)

Euh ! non. Ça, c’est ce que dit le journaliste dans vos rêves (les miens en tout cas).

En vrai, M. Hakem dit : « Mais ça restait bon enfant ».

Avec une très légère nuance interrogative à la fin (un demi point d’interrogation, si vous voulez).

« Bon enfant » !

Séquestration, suivie d’attentat à la pudeur. Mais « bon enfant » !

Et là, je ne vous parle que des fois où personne n’avait picolé, où il n’y a pas eu le moindre dérapage supplémentaire à partir de ce qui constituait déjà une violence sexuelle et sexiste caractérisée.

« Bon enfant » !

Humilier une fille, mais pour rire. D’ailleurs, on comprendra plus tard, quand on « les » connaîtra mieux que c’est ça qui les fait jouir.

Vous n’avez qu’à écouter France-culture pour le savoir. Vous me direz que ça change du philosophe du samedi matin qui s’excuse de prononcer le mot vagin à l’antenne. Eh bien non, précisément, ça ne change pas : ce sont les deux faces de la même trogne répugnante, celle du sexisme. Pudibond le matin, salace l’après-midi.

En quoi je voudrais me réincarner, si possible ?

En lesbienne séparatiste.

 

LIONNE & LION

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[1] C’est le sens incontestable et les mots aussi, pas nécessairement l’ordre des mots ; je ne me suis pas infligé une deuxième écoute, mais vous pouvez podcaster, comme ils disent.