Diffamation stalinienne, morale, et vérité historique (1997)

«À propos du livre Suicide, mode d’emploi»

 

On trouvera ci-dessous une version un peu réduite d’un texte qui fut diffusé sous forme de tract (en novembre 1997) assorti de deux annexes : «Quand la pravda sort de la bouche des anarchistes[1].», et «Clandestins, bienvenue à bord!».

 

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Dans un ouvrage collectif de 1997, intitulé Négationnistes : les chiffonniers de l’histoire [2], un auteur de romans policiers, M. Daeninckx, m’attribue un petit rôle dans un vaste complot révisionniste-antisémite-néo-nazi, dont il semble s’être fait une spécialité de dénoncer les membres supposés par force lettres adressées aux journalistes et aux éditeurs parisiens.

Daeninckx écrit, page 167 : «En octobre 1996, Christine Martineau[3] assurait la défense de son vieil ami Claude Guillon, victime de brutalités policières lors d’une manifestation en faveur des sans-papiers [août 1996]. Claude Guillon est en effet l’auteur d’un livre à scandale, Suicide, mode d’emploi, qui fut très controversé en raison des recettes que certains pouvaient trouver dans ces pages pour abréger leur existence. Curieusement on ne mit pas l’accent, à l’époque de sa parution, sur le chapitre intitulé “État nazi, euthanasie”, dans lequel les thèses révisionnistes de Robert Faurisson étaient exposées, et toutes les références bibliographiques données.»

Bien que Suicide, mode d’emploi, best-seller scandaleux, n’ait rien de commun avec telle brochure confidentielle, que de soi-disant dénazificateurs feignent de retrouver après de difficiles recherches, et exhibent comme des preuves longtemps dissimulées, il a fallu quinze ans à M. Daeninckx pour découvrir son existence. Ignorant le livre, il ne savait pas non plus que le passage sur lequel il souhaite «mettre l’accent» a déjà fait l’objet — en 1983 — d’une polémique publique dans le quotidien Le Matin de Paris, dont je donnerai les éléments plus loin.

Daeninckx procède par amalgame ou pour mieux dire par juxtaposition, le jeu consistant, même lorsqu’il n’a rien à dire d’un personnage, à le faire apparaître, au quinzième degré si nécessaire (l’homme qui connaît l’homme qui connaît l’homme…), dans une compagnie suspecte. Mais quels sont donc les reproches précis qu’il juge bon d’articuler contre moi? C’est d’avoir «exposé» les théories révisionnistes, et fourni au lecteur «toutes les références bibliographiques» ! Cette dernière accusation, j’aurais pu la comprendre dans la bouche d’un garçon de ferme. Sous la plume d’un écrivain, elle est plus que malintentionnée, elle est idiote. Assurément, j’ai donné toutes les références, en l’occurrence celles des textes révisionnistes et celles des textes antirévisionnistes, comme c’est l’usage dans tout essai philosophique, historique ou autre. Il vrai qu’à cet usage, M. Daeninckx, lui, ne se sent pas tenu, puisqu’il ne cite ni le coauteur ni l’éditeur de Suicide, mode d’emploi.

 

Deux pages de «Suicide, mode d’emploi[4]»

Venons-en à la polémique engagée dans le numéro du 17 juin 1983 du Matin. Sous le titre curieusement anglicisé «Nazi or not nazi ?», Marlène Amar écrivait notamment : «Les deux auteurs, page 204, abordent le problème des thèses du professeur Faurisson sur les chambres à gaz. Surprenant, non, dans un ouvrage sur le suicide ? Voudrait-on insinuer que les victimes des camps nazis n’ont pas été gazées comme on le dit, mais se sont elles-mêmes donné la mort ?… [Suivent des extraits du texte. À la question : Nous apprendra-t-on que la logique est nazie ? Marlène Amar répond :] Dans ce cas de figure, nous avons bien peur que oui.»

Quand à «la vraie nature politique des écrits de MM. Guillon et Le Bonniec…», elle était confirmée aux yeux de la journaliste par le fait que, dans la préface à une réédition de Ni vieux ni maîtres, figure «une analyse pour le moins douteuse de l’action gouvernementale où les socialistes sont traités de “nouveaux bouffons”, d’“ennemis”, etc.»

Le Matin du 28 juin 1983 publiait notre réponse, intitulée «Demandez un Guépéou», dont je donne la fin : «Nous écrivons (persistons et signons) que si personne ne peut montrer comment une machinerie a pu fonctionner, nous en déduisons qu’elle n’a pu exister. Logique ? Non, nazi ! répond Marlène Amar. C’est qu’en l’occurrence la machinerie est une chambre à gaz. Les chambres à gaz échappent à l’analyse, aux rayons X et à la loi des hommes. Les chambres à gaz sont un dogme. La pensée de gauche avance à grands pas. Que peut-il encore y avoir de pire que d’être “nazi”. La réponse, toujours d’après Le Matin : ne pas s’extasier devant la gauche au pouvoir et “traiter les socialistes de nouveaux bouffons, d’ennemis, etc.” “C’est encore plus clair” écrit M. Amar. Nous avons bien ri. […]»

Ce texte, ainsi qu’un autre, plus court, de notre éditeur Alain Moreau, étaient publiés en fac-similé. Le maquettiste avait entouré les textes d’un trait hachuré qui figure la déchirure d’un parchemin, procédé utilisé dans la presse pour mettre en valeur un «document». Marlène Amar y ajoutait le commentaire suivant, où elle s’obstinait à affirmer que nous reprenions à notre compte les thèses de Faurisson : «Il est des droits de réponse qui valent tous les aveux. Que MM. Guillon et Le Bonniec ne nous en veuillent pas, mais ce ne sont point les menaces de poursuites judiciaires dont ils ont assorti ce texte qui nous incitent à le publier, mais plutôt le fait que celui-ci confirme totalement ce que nous écrivions le 17 juin dernier. Peut-être n’est-il pas à proprement parler “nazi” de contester l’existence des chambres à gaz pendant la dernière guerre. Mais, à nos yeux au moins, cela y ressemble étrangement.»

Chronologiquement, la première remarque concernant le passage incriminé apparaît, à ma connaissance, sous la plume de Norbert Bensaid qui, en une phrase, y voit une preuve supplémentaire de notre «phraséologie libertaire» (Nouvel Observateur, 11 septembre 1982). En décembre 1982, Le Droit de vivre, journal de la LICRA, publie une critique assez virulente, qui dénonce, à propos de Faurisson, un «sophisme grossier et odieux». «Au total, un livre profondément néfaste et méprisable», conclut l’auteur de l’article, qui nous décrit comme «appartenant au courant anarchiste et libertaire» et s’abstient de toute insinuation diffamatoire sur des opinions antisémites ou pronazies.

Ensuite se situe l’article du Matin (17 juin 1983) et notre réponse. C’est la première fois que l’accusation de sympathie nazie est lancée. Il est remarquable que personne, dans une presse très hostile au livre, n’ait essayé, à l’époque, de la reprendre. Il faut attendre onze ans pour voir apparaître un surgeon tardif dans Le Monde diplomatique de janvier 1994. M. Videlier y mentionne Suicide, mode d’emploi en une phrase, au milieu d’un long article sur l’extrême droite et le révisionnisme, intitulé : «À peine masqués, s’avancent les falsificateurs du passé». On notera que l’article ne fournit pas de citation du livre (ce que seul Le Matin avait fait) alors même qu’en 1994, il est devenu introuvable. Il est d’autant plus aisé de l’évoquer de manière vague et invérifiable, comme ingrédient d’un vaste amalgame.

«Car tout cela [les thèses néo-nazies], écrit M. Videlier, circule par les moyens les plus divers : insidieusement dans les salons, sans fard dans les égouts, mais toujours avec obstination. N’a-t-on pas vu le livre au mortel succès [sic], Suicide, mode d’emploi, faire, au détour d’une phrase, l’apologie de M. Faurisson ?»

Ne fréquentant ni les salons ni les égouts, je n’ai rencontré ni M. Videlier ni M. Faurisson. Je n’ai jamais éprouvé non plus le besoin de défendre ou de justifier l’action de ce dernier (c’est la définition de l’«apologie»). La phrase, au détour[nement] de laquelle M. Videlier voit cette apologie est évidemment celle où je parle de l’«intérêt» de Faurisson, et des mensonges qu’il a «révélés».

Dans cette phrase (cf. note 4), dont m’apparaît aujourd’hui comme une faiblesse l’exagération rhétorique, je faisais allusion à une réalité, dont les révisionnistes faisaient un usage intéressé, et surtout truqué, ce que j’ignorais en 1981 (année de rédaction du livre). Je veux parler de ce que Pierre Vidal-Naquet nomme des «chambres à gaz imaginaires[5]», décrites par des témoignages, voire exhibées, et dont on sait qu’elles n’ont pas existé. La «non-existence avérée» de certaines chambres à gaz ne prouvait évidemment pas qu’il n’avait existé nulle part de chambre à gaz, ce que je n’ai d’ailleurs jamais prétendu.

Jeune adolescent, j’avais découvert l’histoire contemporaine et un embryon de conscience politique dans les livres de Simon Wiesenthal (Les Assassins sont parmi nous) et Saül Friedländer (Pie XII et le IIIe Reich). Or, au-delà de l’oukase des historiens, insupportable par principe, le fait qu’ils paraissaient traiter par le mépris[6] la révélation, pour moi neuve, de mensonges dans ces matières, m’avait profondément choqué. Que n’ont-ils reconnu ces mensonges, coupant ainsi l’herbe sous le pied des révisionnistes ! Si je trouve suffisante, aujourd’hui, dans sa concision, l’affirmation de l’historien François Bédarida selon laquelle «à quelques rectifications mineures près, le débat est clos sur les faits[7] », tel n’était pas, en effet, mon sentiment il y a dix-huit ans [texte rédigé en 1997].

La réplique à ce que l’on appelait alors révisionnisme, et aussi bien aux néo-nazis qui pouvaient rêver de marquer des points dans ce débat, telle qu’elle s’amorçait dans la déclaration des historiens, était fausse et dangereuse dans sa forme, en ce qu’elle paraissait renforcer un «tabou», dont justement les révisionnistes se prévalaient pour se présenter comme seuls porteurs de vérité (et dont tentera de jouer par la suite le tandem Garaudy-Abbé Pierre). Refuser le débat avec eux était une chose, leur répliquer sur le terrain qu’ils avaient choisi (ce qui a finalement eu lieu) était inévitable. La preuve en est que des travaux ont été ou sont publiés pour leur répliquer, y compris sur la question de la technique de l’extermination.

Ainsi, Les Crématoires d’Auschwitz, la machinerie du meurtre de masse, de Jean-Claude Pressac[8], à propos duquel Vidal-Naquet écrit en 1990 : «Une archéologie était-elle nécessaire ? Certainement pas dans l’évidence aveuglante de 1945. Certainement aujourd’hui devant la campagne des négateurs. Mais non moins certainement sur le plan proprement historique, parce que tout doit être soumis à la mesure et au calcul [9] (…).»

On remarque que c’est la position exactement inverse de celle exprimée par la déclaration des historiens, et qu’au contraire elle rejoint celle que j’avais énoncée contre eux.

 

En quoi je me suis trompé

 Il y a dix-huit ans, le nœud du débat, au moins quant aux faits, c’est-à-dire en laissant de côté son aspect politique, me paraissait être bel et bien le fonctionnement technique d’une chambre à gaz, que d’aucuns disaient impossible, et que d’autres déclaraient inutile à prouver. Ma naïveté consistait en une espèce de «blocage cartésien» sur cet énoncé logique : ce dont personne ne peut m’expliquer le mécanisme n’a pas fonctionné. La faiblesse de ce raisonnement était de figurer l’exact reflet inversé du diktat : elles ont fonctionné, puisque le massacre a bien eu lieu.

Naïveté, disais-je, parce qu’aussi je ne me suis pas demandé si techniquement un autre moyen aurait pu permettre aux nazis, dans les conditions historiques et matérielles où ils se trouvaient, d’exterminer les gens qu’ils souhaitaient exterminer, notamment à partir de l’hiver 41-42 (voir à ce propos La “solution finale” dans l’histoire, A. Mayer, op. cit.). Ce faisant, je tombais sous la même critique que j’adressais aux historiens.

La personnalité de ceux par qui le scandale arrivait ne pouvait à l’époque m’alerter. Faurisson m’était inconnu, tandis que Pierre Guillaume, au contraire, jouissait d’une réputation de révolutionnaire antistalinien (je reviendrai sur l’importance de ce point). En revanche, il est clair aujourd’hui que seul le petit milieu de l’antisémitisme militant, parfaitement connu et circonscrit, s’acharne à remettre en cause l’existence des chambres à gaz, essentiellement pour nier la nature et l’ampleur de la politique nazie d’extermination, accessoirement pour contester la légitimité historique de l’État d’Israël[10]. S’y ajoute une poignée d’imbéciles et de paranoïaques. [Ajout dans Le Droit à la mort : S’y ajoute une poignée de paranoïaques, d’islamistes et de déclassés de tous les totalitarismes, dont la liste dite « antisioniste » présentée aux élections européennes de 2009 a offert un exemple caricatural (Voir sur ce blog « Céline, Dieudonné, Faurisson : toujours les maux pour rire ».]

Prétendre que les révolutionnaires qui ne se sont pas contentés de stigmatiser les thèses faurissoniennes sans examen ou qui ont douté de l’existence des chambres à gaz, se sont enrôlés par là — et pour toujours — dans une espèce de «LVF intellectuelle», est une sottise et une mauvaise action. Bien plus, pour n’éprouver aucun trouble, aucun doute, en entendant à la fois les deux propositions suivantes 1°) «les chambres à gaz ont existé ; il est inconcevable d’en débattre » et 2°) «certaines ont été inventées ; on ne vous l’a pas dit, et d’ailleurs on ne vous en parlera pas», il aurait fallu soit avoir été témoin des faits, soit être indifférent ou disposé à tout croire sans débat des états successifs de la connaissance historique. En soi, douter n’est jamais ni une erreur ni un crime. C’est au contraire la seule méthode intellectuelle et scientifique acceptable. C’est celle que j’ai défendue contre la déclaration des historiens. Dix-huit ans plus tard, je n’éprouve pas plus de honte à rappeler mes interrogations d’alors, qu’à évaluer de manière critique les faiblesses de mon raisonnement ou de mon style.

Cela dit, on peut se demander ce qui a poussé certains à répandre la rumeur d’un complot néo-nazi groupusculaire, à l’heure où des thèmes de propagande nazis (antisémitisme, «race», sexe, sang) étaient effectivement utilisés avec succès, mais au grand jour, par des politiciens néo-nazis. S’agissait-il de discréditer des militants révolutionnaires qui se sont fait remarquer dans les luttes sociales, et singulièrement dans le combat contre l’extrême droite et les intégristes, et dans la lutte en faveur des sans-papiers ? Quoi qu’il en soit, il faut remarquer ici que la figure de «l’antisémite masqué» est purement fantasmatique. Quiconque a eu la mauvaise fortune de croiser un antisémite une fois dans sa vie sait que la logique impérieuse de son délire l’amène, dès les cinq premières minutes de conversation, à imputer aux «juifs» la montée du chômage, les difficultés du commerce et les mauvais résultats de son club de football. L’antisémite est par nature prosélyte, et par là aisément repérable.

 

L’usage des chambres à gaz pour relativiser les crimes staliniens

Mes propres maladresses — et de manière générale l’intérêt suscité dans les milieux révolutionnaires antistaliniens par le débat sur les chambres à gaz — s’expliquent en grande partie par le sentiment que les historiens se braquaient sur le moyen d’une extermination, qui m’eût paru tout aussi condamnable commise éventuellement par d’autres moyens, moins industriels[11].

Pierre Vidal-Naquet parlait dans un texte de «personnes bien intentionnées» auxquelles il prêtait un raisonnement similaire[12], qui revenait selon lui à « capituler en rase campagne ». Nous touchons là à l’usage politique, idéologique et surtout moral qui a été fait des chambres à gaz. En gros, elles servent à caractériser le nazisme comme incarnation du mal absolu, à l’aune duquel on juge moins sévèrement d’autres camps (dépourvus, eux, de chambres à gaz), d’autres crimes, et d’autres totalitarismes. C’est particulièrement vrai des crimes staliniens.

L’historien Stéphane Courtois écrit : «Le parti bolchevique, avec à sa tête Lénine puis Staline, a été responsable de la mort d’au minimum vingt-cinq millions de personnes en URSS. […] Je n’hésite pas à dire que l’historien du communisme se heurte à une sorte de négationnisme. La raison en est — il faut avoir l’honnêteté de le dire — que cette blessure affecte une large part de l’opinion française, en particulier la gauche[13]. »

Rappeler le fait que le stalinisme, y compris dans sa seule version soviétique (sans compter donc Chine et Cambodge) a fait — directement ou indirectement — davantage de victimes que l’hitlérisme, est une affirmation qui peut vous rendre suspect, y compris devant un public non-stalinien, supposé capable d’une critique historique lucide. Le rideau de fer demeure baissé dans bien des têtes…

Comme il est naturel, les thèses racistes et eugénistes sont stigmatisées dans Suicide, mode d’emploi, y compris lorsqu’elles ont été prônées (en ce qui concerne l’eugénisme) par des libertaires du début du [XXe] siècle. Pour qui a lu d’autres ouvrages que j’ai publiés, notamment De la Révolution, où les thèses nazies et racistes sont longuement analysées et dénoncés (en particulier celles d’Alexis Carrel[14]), ou encore Le Spectacle du Monde (1996), il est clair que l’antifascisme et l’antiracisme sont des composantes logiques de mon engagement anarchiste et révolutionnaire, auquel néanmoins celui-ci ne se réduit pas. Sans doute est-ce une position difficile dans une époque de bienséance idéologique, où rappeler que le mouvement ouvrier révolutionnaire est né et s’est développé sous et contre la République, sonne comme un blasphème antidémocratique. Peu m’importe. Je défends mes idées au grand jour, sans en retrancher ou en travestir aucune. Cela ne va pas sans péril, comme M. Daeninckx avait la bonté de le rappeler — faisant allusion à l’agression policière dont j’ai été victime — dans le même moment où il en donnait un autre exemple en s’attaquant à mon honneur. Peut-être de tels procédés devraient-ils m’intimider ? N’est-ce pas la visée de ceux qui en usent, gens d’armes ou de plume ? Las ! un caractère désespérément atrabilaire, presque ombrageux, parfois porté jusqu’à la contradiction, m’interdit de concevoir ce qu’à d’autres, plus lucides, la prudence dicterait.

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[1] Ce court texte fustige la collaboration avec M. Daeninckx de militants libertaires comme Georges Fontenis et Thierry Maricourt, ce dernier ayant par ailleurs signé un appel à abroger la loi de 1987 réprimant la «provocation au suicide», texte qui a permis d’interdire Suicide, mode d’emploi ! «Après tout, écrivais-je, quelle meilleure preuve de l’existence du “complot négationniste” que la découverte, aux côtés mêmes du Grand Collecteur de la pensée antifasciste, d’un souteneur de la littérature infâme ! Un jour, le malheureux Daeninckx devra reconnaître, au bout de son délire, qu’il a été trop confiant, qu’il est donc irrémédiablement compromis, qu’il doit en conséquence se dénoncer lui-même, puis se défaire de son abjecte personne. Je me déclare par avance disposé à lui apporter toute l’aide nécessaire dans ces pénibles circonstances.»

[2] Coédition Syllepse/Golias, mars 1997. M. Daeninckx s’en prend violemment aux auteurs d’un autre ouvrage collectif intitulé Libertaires et « ultra-gauche » contre le négationnisme (éditions Reflex, 1996) préfacé par Gilles Perrault. On pourra également consulter Nuit et brouillard du révisionnisme, de Louis Janover, Paris—Méditerranée, 1996.

[3] Dans le dossier «Suicide, mode d’emploi», j’ai eu successivement pour conseils Maître Francis Teitgen, et, à partir de 1987, Maître Christine Martineau.

[4] Je donne ici une citation de Suicide, mode d’emploi (p. 204-205), nécessairement longue étant donnée l’impossibilité pour la plupart des lecteurs de consulter l’ouvrage. Les développements qui suivront se rapportent à tel ou tel passage de cette citation, à laquelle on voudra bien se reporter : «Après Rassinier (dont l’appréciation sur l’existence des chambres à gaz est plus nuancée), Faurisson présente l’intérêt d’avoir, dans le même temps où il prétend dénoncer un mensonge vieux de quarante ans, effectivement révélé de nombreux mensonges, et suscité parmi ses contradicteurs l’une des plus formidables productions de nouveaux mensonges de la décennie. […] Pour ce qui concerne la production récente, nous nous bornerons à citer la conclusion d’une déclaration signée par trente-quatre historiens sur la politique hitlérienne d’extermination : “Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été possible puisqu’il a eu lieu. Tel est le point de départ obligé de toute enquête historique sur ce sujet. Cette vérité, il nous appartenait de la rappeler simplement : il n’y a pas, il ne peut y avoir de débat sur l’existence des chambres à gaz.” Nous sommes tout prêts pour notre part à considérer n’importe laquelle des méthodes d’élimination, y compris les chambres à gaz. Il est possible que les arguments techniques de Faurisson se révèlent sans valeur. Cela dit, il est inévitable de se demander comment techniquement fonctionnent les chambres, c’est-à-dire simplement si elles existent ou ont existé. Tel est le passage obligé de toute enquête historique. Si d’aventure il ne se trouvait personne pour montrer comment une seule chambre à gaz a pu fonctionner, nous en déduirions que personne n’a pu y être asphyxié. Nous apprendra-t-on que la logique est nazie ? […] Il n’y a pas, il ne peut y avoir de sujet qui échappe au débat critique.»

[5] Je cite la note, de 1987, prise dans Les assassins de la mémoire (Seuil, coll. Points Essais, p. 219) : «L’affirmation que l’on retrouve dans tous les écrits révisionnistes, selon laquelle l’historien allemand M. Broszat aurait écrit dans Die Zeit du 19 août 1980 qu’il n’y avait pas eu de chambres à gaz dans les camps de l’ancien Reich, est un mensonge qui a été bien démontré par G. Wellers, Les Chambres à gaz ont existé, Gallimard, Paris, 1981, p. 141-143. M. Broszat n’a parlé que des installations spécialisées dans l’anéantissement des Juifs. Le mensonge ne s’en trouve pas moins repris dans tous les tracts de la secte. Cela étant rappelé, il y a eu des chambres à gaz imaginaires, et G. Wellers a eu tort de glisser dessus un peu rapidement (op. cit., p. 161-162).» C’est moi qui souligne.

[6] Sur le mode : «Puisque des chambres à gaz ont existé, qu’importe qu’on en ait montrées là où elles n’ont pas existé».

[7] Le Monde, 5-6 mai 1996.

[8] Les Crématoires d’Auschwitz, 1993, éditions du CNRS.

[9] Préface à La “solution finale” dans l’histoire, d’Arno Mayer, La Découverte, 1990. C’est moi qui souligne.

[10] C’est l’objectif du livre de Roger Garaudy, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, Samiszdat, 1996. L’auteur estime que le terme «génocide» est impropre pour désigner la persécution des juifs par les nazis, et, dans la même phrase (p. 152), donne comme exemple de génocide effectivement pratiqué un passage du livre de Josué, c’est-à-dire un récit religieux légendaire ! À propos d’un juif américain qui, dans un livre publié aux États-Unis en 1942, aurait appelé à l’extermination de la «race allemande», Garaudy écrit (p. 100) : «“génocide”, cette fois au vrai sens du mot» ! Ainsi voit-il davantage de «génocide» dans des textes parlant du peuple juif ou d’autres, rédigés par des juifs, que dans l’extermination réelle de millions d’hommes, de femmes et d’enfants. On retrouve là les conséquences extrêmes de l’antijudaïsme chrétien, tel qu’il s’exprime dans la lettre de soutien de l’Abbé Pierre à Garaudy (15 avril 1996) publiée par ce dernier dans sa brochure Droit de réponse.

[11] «Que reprochons-nous aux nazis : d’avoir massacré pour fait de “race”, de religion et d’opinion ou bien d’avoir utilisé pour ce faire la technologie de leur temps ? Veut-on “banaliser” les crimes de l’Inquisition et ceux de la Terreur ? Eût-il été moins odieux de brûler vifs les déportés ou de les guillotiner ? » ; C. Guillon, De la Révolution, 1988, p. 231. [L’accent a été mis depuis sur des exécutions massives par balles.]

[12] Dans la critique du livre Les Chambres à gaz, secret d’État, (Eugène Kogon, Minuit, 1984) publié dans Le Nouvel Observateur, 21 septembre 1984.

[13] Le Monde, 26 décembre 1995. Cet article est antérieur à la parution du mal-nommé Livre noir du communisme, Robert Laffont, 1997.

[14] À propos de Carrel voir, sur ce blog, «Alexis Carrel, ce méconnu ?».

 

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  Yves Coleman, qui anime la revue Ni patrie ni frontières, et qui n’a eu connaissance de ce texte qu’en 2014, y fait une réponse critique dans le n° 46-47 d’octobre 2014 (« Nos tares politiques », tome 3, « Quelques points de désaccord avec Claude Guillon », pp. 105-108).

Pour accéder au site de Ni patrie ni frontières.

À propos de D. Daeninckx, on peut lire Le Martyr imaginaire, de Guy Dardel (Éditions No Pasaran, 2005.)

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Le texte ci-dessus a été publié dans Pièces à convictions. Il est republié dans Le Droit à la mort. Suicide, mode d’emploi, ses lecteurs et ses juges (IMHO).