Coucou papa ! (2010)

L'homme au stylo entre les dents

 

Je reproduis ci-dessous un courriel reçu de M. Coupat père*, ainsi que ma réponse (les capitales figurant dans le texte de M. Coupat sont dans l’original).

 

 Lettre ouverte à M. le docteur Gérard Coupat

Gérard Coupat à Claude Guillon. 17 mai 2010.

Bonjour Monsieur,

Un groupe de députés PS, Verts et apparentés (en particulier A. Vallini, N. Mamere, P. Braouzec) ont pris l’initiative d’organiser le Lundi 21 Juin à l’Assemblée Nationale un colloque consacré au Bilan de 25 ans d’application des lois Antiterroristes.

Les organisateurs, considérant que votre présence à l’une des 3 tables rondes sera d’un apport considérable au débat, désirent que vous puissiez accepter d’y participer. Qu’en pensez-vous ?

L’auditoire sera composé de Parlementaires, Membres d’associations, Magistrats, Universitaires, Journalistes, Syndicalistes notamment.

À cet effet, je vous remercie de m’informer le plus tôt possible de votre accord pour participer à cette réflexion.

Bien respectueusement.

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  Dr G. Coupat [n° de téléphone portable]

 

Claude Guillon à tout le monde, 18 mai 2010.

Capture d’écran 2014-11-19 à 17.41.50 Mon cher Coupat,

Je reconnais qu’à la lecture de votre aimable courriel m’invitant à participer, le 21 juin prochain, à l’Assemblée nationale, à un colloque intitulé « Les lois antiterroristes, 25 ans d’application : bilan », ma première réaction a été le soupçon.

S’agissait-il pas d’une facétie, peut-être ourdie par votre descendance ?

Mais après tout, quand on a le mauvais goût de baptiser Calas un comité pour l’abrogation des lois antiterroristes (Pourquoi pas Dreyfus, tant que vous y étiez ?), on peut bien envisager sans rire de confier la modération d’un débat sur le sujet à Mme Lebranchu, ancienne garde des Sceaux, et du colloque entier à M. Badinter, partisan enthousiaste du nouveau « mandat d’arrêt européen ».

Ma seconde réaction a été de tentation.

Dame ! Une sauterie à la Chambre… Pour un anarchiste, ça ne se refuse pas comme une convoc au commico !

Hélas ! mon fournisseur de pentrite s’est fait sottement pincer en Albanie avec deux kilos. De sorte que je me trouve dépourvu.

« Considérant, écrivez-vous, que [ma] présence sera d’un apport considérable, les organisateurs désirent que [je] puisse accepter d’y participer ».

L’embarras de la tournure compense un peu ce que la proposition a d’insultant.

Que n’ont-ils eu, ces parlementaires, les mêmes hésitations avant de voter ou laisser voter par leurs piteuses abstentions, les textes dits « antiterroristes » dont ils prétendent aujourd’hui faire le « bilan » !

Mais peut-être n’ont-ils pas lu davantage les textes adoptés sous leur responsabilité que le livre publié par moi en septembre 2009 aux éditions Libertalia, La Terrorisation démocratique, qui me vaut sans doute votre surprenante invitation…

On mesure l’intelligence et la capacité d’attention de ces gens au fait que, sur trois mots d’un titre, ils se montrent incapables d’en comprendre deux (totalisant, il est vrai, pas moins de neuf syllabes).

On saisit mieux, du coup, la navrante imbécillité des débats parlementaires sur des textes qui mettent en jeu la vie de milliers de personnes. Je ne sais si vous avez eu la curiosité de vous y reporter. Si c’est le cas, vous avez pu vérifier que la formule préférée de ces gens, à propos d’une énième loi dont ils ne prévoient aucune des conséquences, est la suivante : « Ce texte a le mérite d’exister ».

À mes yeux, cher docteur, cette engeance a le tort d’exister.

Loin de me soucier de ses états d’âme, je souhaite bien sincèrement sa disparition, ainsi que celle du système capitaliste dont elle constitue le personnel de maintenance.

Pas de justice, pas de respect !

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38 Claude Guillon

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.55.27

* M. Coupat est le père de Julien Coupat, mis en examen dans l’affaire dite « de Tarnac ».

On peut trouver ici une traduction anglaise de cet échange.