L’effet Chomsky, ou l’anarchisme d’État

Capture d’écran 2014-11-08 à 23.10.36D’abord publié dans la revue Oiseau-tempête (n° 9, été 2002), au comité de rédaction de laquelle je participais, ce texte a été repris notamment dans Alternative libertaire (Bruxelles ; n° 20, décembre 2002). La CNT-AIT en a publié une traduction en italien sur son site Internet et la revue Trebol negro (Trèfle noir ; Almeria, n° 1, s. d.) une traduction en espagnol.

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La rentrée 2001 a vu culminer un engouement éditorial et militant pour les textes de Noam Chomsky, perceptible depuis 1998. Plusieurs recueils ont été publiés (notamment par les éditions Agone), ainsi que des entretiens ; une partie de la presse anarchiste fait un usage immodéré des nombreux textes et interviews de Chomsky disponibles sur Internet. Le Monde libertaire lui consacrait ainsi la une de son premier numéro de rentrée, prélude à une longue série[1]. Les textes politiques du célèbre linguiste américain étaient en effet introuvables depuis une vingtaine d’années.

Cette redécouverte s’effectue presque toujours sur le mode du panégyrique. « Noam Chomsky est le plus connu des anarchistes contemporains ; il est aussi un des plus célèbres intellectuels vivants, écrit Normand Baillargeon (L’Ordre moins le pouvoir, Agone, 2001). Dans la préface à De la guerre comme politique étrangère des États-Unis (Agone, 2001) Jean Bricmont le qualifie tout bonnement de « géant politique méconnu ». Les « auteurs » d’un entretien, curieusement intitulé Deux heures de lucidité (Les Arènes, 2001), n’y vont pas de main morte non plus, saluant « un des derniers auteurs et penseurs vivants véritablement rebelles de ce millénaire naissant », dont les plages de temps libre, nous apprennent-ils « se réservent six mois à l’avance ». Nul doute que ces formules, caractéristiques d’un culte de la personnalité étranger à la tradition libertaire, font rire le principal intéressé, auquel je ne songe pas à les imputer à crime. Elles visent, et c’est en quoi elles m’intéressent, à persuader le lecteur qu’il a la chance de découvrir une pensée absolument originale jusqu’alors méprisée et ignorée. De la part des journaux et commentateurs libertaires (Baillargeon, etc.), il s’agit d’utiliser la réputation internationale du linguiste Chomsky pour servir la diffusion de positions politiques qualifiées d’anarchistes, ainsi crédibilisées par la reconnaissance universitaire et scientifique de celui qui les défend. Il faut pour cela présenter Chomsky comme un linguiste célèbre doublé d’un penseur anarchiste. C’est sur la légitimité — et les conséquences — de ce dispositif que je souhaite m’interroger ici.

Il importe auparavant de noter que dans le même temps où l’anarchiste est présenté au public militant, l’analyste de la politique étrangère (militaire notamment) des États-Unis se voit ouvrir largement les colonnes de la presse respectueuse, sans qu’y soient jamais mentionnées ses sympathies libertaires. Le Monde, qui lui accorde une pleine page dans un supplément sur la guerre (22 novembre 2001) le qualifie tout de même d’« incarnation d’une pensée critique radicale ». Le Monde diplomatique, qui publie « Terrorisme, l’arme des puissants » (décembre 2001) ne souffle mot de ses engagements. C’est qu’aussi Chomsky lui-même s’abstient d’y faire la moindre allusion. Autant on peut admettre — sous réserve d’un examen approfondi que nous nous réservons de tenter dans l’avenir — la séparation qu’il revendique entre son travail de linguiste et son activité militante (justifiée par le fait que cette dernière ne doit pas apparaître réservée aux spécialistes), autant on comprend mal pourquoi l’« anarchiste » Chomsky néglige pareilles tribunes, et attend qu’on lui pose des questions sur son engagement anarchiste, comme s’il s’agissait de questions « personnelles », pour aborder cet aspect des choses. Ce faisant, il contribue à sa propre instrumentalisation par les fabricants d’idéologie, tantôt ignoré (aux USA même si son livre 9-11, pour 11 septembre, s’est vendu, sans grande couverture de presse, à plus de cent mille exemplaires), tantôt célébré (en France) dans un parfum d’antiaméricanisme.

Dans son opuscule de vulgarisation L’Ordre moins le pouvoir, unanimement salué par la presse anarchiste, Baillargeon estime que Chomsky a « prolongé et rénové » la tradition anarchiste. Il s’abstient toutefois — et pour cause ! — de signaler en quoi pourrait constituer cette « rénovation ». Chomsky lui-même semble plus proche de la vérité lorsqu’il précise (en 1976) : « Je ne me considère pas vraiment comme un penseur anarchiste. Disons que je suis une sorte de compagnon de route[2]. » En dehors de la filiation anarcho-syndicaliste, revendiquée dans nombre d’entretiens accordés à des revues militantes[3], il n’est pas si facile — malgré la pléthore récente de publications — de se faire une idée précise du compagnonnage anarchiste de Chomsky. J’ai limité mes investigations à la question, essentielle, de la destruction de l’État et de la rupture avec le système capitaliste.

J’indique ici, pour la commodité de mon propos et de sa lecture, que j’entends par « révolutionnaire » précisément celui ou celle qui prend parti pour une telle rupture, jugée préalable nécessaire à la construction d’une société égalitaire et libertaire. Symétriquement, est dit « contre-révolutionnaire » celui qui proclame la rupture impossible et/ou peu souhaitable.

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 RENFORCER L’ÉTAT

Dans l’un des textes récemment publiés[4], Chomsky recommande une politique qui a — du point de vue anarchiste — le mérite de l’originalité : le renforcement de l’État.

« L’idéal anarchiste, quelle qu’en soit la forme, a toujours tendu, par définition, vers un démantèlement du pouvoir étatique. Je partage cet idéal. Pourtant, il entre souvent en conflit direct avec mes objectifs immédiats, qui sont de défendre, voire de renforcer certains aspects de l’autorité de l’État […]. Aujourd’hui, dans le cadre de nos sociétés, j’estime que la stratégie des anarchistes sincères doit être de défendre certaines institutions de l’État contre les assauts qu’elles subissent, tout en s’efforçant de les contraindre à s’ouvrir à une participation populaire plus large et plus effective. Cette démarche n’est pas minée de l’intérieur par une contradiction apparente entre stratégie et idéal ; elle procède tout naturellement d’une hiérarchisation pratique des idéaux et d’une évaluation, tout aussi pratique, des moyens d’action ».

Chomsky revient sur le sujet dans un autre texte, non traduit en français[5], dont je vais donner l’essentiel de la teneur, avant de critiquer l’un et l’autre.

Interrogé sur les chances de réaliser une société anarchiste, Chomsky répond en utilisant un slogan des travailleurs agricoles brésiliens : « Ils disent qu’ils doivent agrandir leur cage jusqu’à ce qu’ils puissent en briser les barreaux ». Chomsky estime que, dans la situation actuelle aux États-Unis, il faut défendre la cage contre des prédateurs extérieurs ; défendre le pouvoir — certes illégitime — de l’État contre la tyrannie privée. C’est, dit-il, une chose évidente pour toute personne soucieuse de justice et de liberté, par exemple quelqu’un qui pense que les enfants doivent être nourris, mais cela semble difficile à comprendre pour beaucoup de ceux qui se proclament libertaires et anarchistes. À mon avis, ajoute-t-il, c’est une des pulsions irrationnelles et autodestructrices des gens biens qui se considèrent de gauche et qui, en fait, s’éloignent de la vie et des aspirations légitimes des gens qui souffrent.

Hormis la référence, plus précise que dans le texte précédent, aux seuls États-Unis, c’est ici la même classique défense et illustration du soi-disant réalisme réformiste. Cette fois, malgré des précautions oratoires, les adversaires actuels de l’État sont supposés plus sots que n’importe quelle personne éprise de justice, et accessoirement, incapables de comprendre qu’ils contribuent à laisser des enfants mourir de faim ! Les « anarchistes sincères » sont donc invités à reconnaître honnêtement se trouver dans une impasse réformiste.

Observons immédiatement que ce fatalisme étatique, doublé d’un moralisme réformiste assez hargneux n’est pas sans écho en France. La revue libertaire La Griffe a publié dans sa livraison de l’été 2001 un « Dossier État » dont le premier article se conclut sur cette formule, calquée sur Chomsky : « l’état [sic] est aujourd’hui le dernier rempart contre la dictature privée qui, elle, ne nous fera pas de cadeaux[6]. »

Puisque de pareilles énormités peuvent être publiées aujourd’hui dans une revue libertaire, sans que ses animateurs y voient autre chose qu’un point de vue aussi légitime que d’autres, il est indispensable de contrer les effets de la « pédagogie » chomskyenne en remettant quelques pendules à l’heure.

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 « IDÉAL » ET « RÉALISME »

L’histoire récente nous fournit des exemples de luttes menées partiellement au nom de la défense du « service public » (transports, sécurité sociale, etc.), qui ne méritaient certes pas d’être condamnées au nom d’un principe antiétatique abstrait. J’ai, par exemple[7], analysé le démantèlement du réseau ferré traditionnel et son remplacement par le « système TGV » destiné à une clientèle de cadres, circulant entre les grandes métropoles européennes. Il s’agissait bien du constat historique de la privatisation croissante des « services » (transports, santé, poste et télécommunications, eau, gaz, électricité) et des conséquences néfastes qui en découlent. Il ne m’est pas venu à l’idée — parce qu’il n’existe aucun lien logique entre les deux propositions — d’en déduire la nécessité d’une « hiérarchisation pratique des idéaux », qui conduirait inéluctablement à théoriser un soutien à l’institution étatique que l’on prétend vouloir détruire.

Qu’il puisse exister, dans un moment historique donné, des ennemis différents, inégalement dangereux, et qu’un révolutionnaire puisse se trouver dans la pénible (et aléatoire) nécessité de jouer un adversaire contre un autre, il faudrait un sot dogmatisme pour ne pas en convenir. Ainsi n’est-il pas inconcevable de s’appuyer sur l’attachement au « service public » (à condition de le désacraliser) pour freiner, autant que faire se peut, les appétits des grandes entreprises. Il est inexact que cela soit équivalent à un nécessaire renoncement, dont la théorie léniniste du « dépérissement de l’État » — que Chomsky récuse précisément — fournit la version calculée. En d’autres termes : renforcer l’État pour mieux l’effacer ensuite, on nous a déjà fait le coup ! En revanche, si des mouvements d’opposition aux tendances actuelles du capitalisme conduisent à restaurer, temporairement, certaines prérogatives des États, je ne vois pas de raison d’en perdre le sommeil.

On remarquera que Chomsky inverse le processus. Pour lui, c’est l’idéal (du démantèlement de l’État) qui entre en conflit avec des objectifs immédiats. Or, l’objectif immédiat n’est pas de renforcer l’État (à moins que ?), mais par exemple de retarder la privatisation des transports, en raison des restrictions à la circulation qu’elle amène nécessairement. Le « renforcement » partiel de l’État est donc ici une conséquence et non un objectif. Par ailleurs, on voit bien que le fait de baptiser « idéal » la destruction de l’État revient à repousser cet objectif hors du réel. La qualification vaut disqualification.

Le véritable réalisme, me semble-t-il, consiste à se souvenir qu’un État ne dispose que de deux stratégies éventuellement complémentaires pour répondre au mouvement social et plus encore à une agitation révolutionnaire : la répression et/ou la réforme/récupération. Un mouvement révolutionnaire, porteur d’une volonté (consciente ou non) de rupture avec le système en place ne peut — par définition — obtenir satisfaction d’un État. En revanche, il peut contraindre celui-ci à jouer de la réforme, des reculades, de la démagogie.

L’inconvénient du réformisme comme stratégie (accroître la « participation populaire » à l’État démocratique, dit Chomsky) est qu’il ne réforme jamais rien. Et ce pour l’excellente raison que l’État auto-adaptateur s’arrange des réformes au moins aussi bien que de certaines émeutes. Il les désamorce, les phagocyte, les réduit à rien. Il n’existe pas, hors de la lutte, de garantie qu’une réforme « progressiste » ne sera pas vidée de son contenu, mais on doit se rendre à cette évidence, paradoxale seulement en apparence, que c’est bien l’action révolutionnaire le moyen le plus sûr de réformer la société. Nombre d’institutions et de dispositifs sociaux sont ainsi les résultats de luttes ouvrières insurrectionnelles. Le fait qu’elles soient remises en cause à la fois par les politiciens et par les capitalistes ne peut conduire à voir le salut dans un renforcement de « l’État », conçu comme entité abstraite ou comme une espèce de matière inerte, une digue par exemple, qu’il faudrait consolider pour se protéger des inondations. L’État institutionnalise à un moment historique donné les rapports de classe existant dans une société. Rappelons que la définition (en droit constitutionnel) de l’État moderne est qu’il dispose du monopole de la violence. Un antiléniniste comme Chomsky sait d’ailleurs qu’il n’existe pas d’État « ouvrier » ; c’est bien dire que l’État est par nature une arme de la bourgeoisie.

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 CRITIQUÉ AUX USA

Les positions défendues par Chomsky et ses admirateurs canadiens ne reflètent pas, loin s’en faut, le point de vue général des milieux libertaires ou anarcho-syndicalistes aux États-Unis. Elles ont notamment été très critiquées dans le magazine trimestriel Anarcho-Syndicalist Review, auquel il avait accordé un entretien[8]. La métaphore de la cage à agrandir, que Chomsky juge particulièrement éclairante[9], déclenche l’ire de James Herod : « Les prédateurs ne sont pas en dehors de la cage ; la cage, c’est eux et leurs pratiques. La cage elle-même est mortelle. Et quand nous réalisons que la cage est aux dimensions du monde, et qu’il n’y a plus d’“extérieur” où nous échapper, alors nous pouvons voir que la seule manière de ne pas être assassinés, ou brutalisés et opprimés, est de détruire la cage elle-même. »

Si l’ensemble des contributeurs reconnaissent à Chomsky le mérite d’avoir analysé la politique étrangère des USA[10], donné une visibilité au mouvement anarcho-syndicaliste américain, et fournit une critique des médias qui semble neuve outre-Atlantique, trois d’entre eux (sur quatre[11]) se démarquent absolument de son réformisme. « Il est possible, comme Chomsky le fait d’être syndicaliste [il est adhérent des Industrial Workers of the World (IWW), organisation syndicaliste-révolutionnaire] et de défendre les bienfaits de la démocratie libérale, mais ça n’est ni anarcho-syndicaliste ni anarchiste », écrit Graham Purchase. « Ce serait une erreur pour nous, ajoute James Herod, de nous tourner vers Chomsky pour lui demander son opinion sur des sujets qu’il n’a pas réellement étudiés, parce que ses priorités étaient ailleurs, notamment ce qui touche à la théorie anarchiste, à la stratégie révolutionnaire, aux conceptions d’une vie libre, etc. »

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 EN FRANCE : AU SERVICE DE QUELLE STRATÉGIE ?

Pourquoi publier aujourd’hui les textes de Chomsky sur l’anarchisme ? Écartons l’hypothèse simpliste de l’occasion d’une coédition franco-québécoise, financièrement soutenue — y compris en France — par des institutions culturelles du Québec[12], même si l’originalité du dispositif éditorial mérite d’être signalée. S’agit-il plutôt de publier sans discernement un corpus théorique important — par son volume —, produit par un scientifique réputé, et apportant une caution sérieuse à un « anarchisme » dont le contenu précis importerait peu ? Cette deuxième hypothèse est infirmée par la publication simultanée des textes de Normand Baillargeon, lequel reprend et détaille le distinguo chomskyen entre les objectifs (à très long terme) et les buts immédiats, ces derniers étant « déterminés en tenant compte des possibilités permises par les circonstances[13] », lesquels servent à justifier un compromis — le mot est de Baillargeon — « certes conjoncturel, provisoire et mesuré avec l’État ». Baillargeon reprend également à Chomsky ses arguments larmoyants (les petits enfants affamés) et ses appels à l’« honnêteté intellectuelle » : « Cela signifie donc, si on ne joue pas sur les mots, se porter à la défense de certains aspects [sic] de l’État. » Il avance même, achevant ainsi le renversement chomskyen de la perspective historique, que l’obtention de réformes « est sans doute la condition nécessaire » au maintien d’un idéal anarchiste. Le réformisme n’est donc pas un pis-aller, mais le moyen immédiat de jeter les bases sur lesquelles sera construit un engin permettant d’atteindre les buts révolutionnaires. On s’en doute : ni la nature de l’engin ni son mode de propulsion ne sont indiqués.

Cette réhabilitation « libertaire » du réformisme trouve son écho dans les milieux anarchistes français ou francophones, comme d’ailleurs dans des démarches comme celle d’Attac, déjà critiquée dans ces colonnes, qui ne se réfère certes pas à l’« idéal libertaire » mais recourt à la phraséologie et à l’imaginaire utopique du mouvement ouvrier (cf. Oiseau-Tempête n° 8). La mode réformiste-libertaire s’exprime également dans l’écho donné aux thèses « municipalistes », reprises de Bookchin, et dans la tentative de créer un pôle universitaire-libertaire, auquel participent les colloques savants organisés par les éditions ACL (Lyon) et dans une certaine mesure la revue Réfractions. Que telle ou telle de ces initiatives soit menée par d’excellents camarades n’entre pas ici en ligne de compte. À l’heure où les idées libertaires suscitent un certain regain d’intérêt éditorial et militant, dont témoignent la création de librairies anarchistes (Rouen, Besançon, etc.) et de nombreuses publications, se dessine une tendance à présenter comme compatible avec la tradition anarchiste une version sans originalité du réformisme, donné comme seul ersatz possible de bouleversement du monde.

Comme le rappelle l’un des critiques américains de Chomsky, chacun a bien le droit de prendre un parti qui est celui — à strictement parler — de la contre-révolution. Il doit être déconstruit et critiqué — en un mot combattu —, et cela avec d’autant moins de complaisance qu’il se drape dans les plis du drapeau noir pour donner du panache et un pedigree flatteur à un anarchisme d’opinion, devenu discipline universitaire, acteur de la pluralité démocratique ou curiosité muséologique.

La rupture avec le système capitaliste, voie nécessaire vers la construction d’une société communiste et libertaire, demeure l’une des lignes de fracture essentielles entre ceux qui acceptent ce monde — cyniques libéraux-libertaires ou supplétifs citoyens — et ceux qui veulent en inventer un autre. Dans l’immédiat, on aimerait que tous les honnêtes libertaires qui sollicitent Chomsky, publient Chomsky, et vendent du Chomsky en piles, en tirent les conséquences et nous disent si, réflexion faite, ils se rallient à la stratégie du compromis, à l’anarchisme d’État.

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[1] « Le capitalisme en ordre de guerre » (20 au 26 septembre ; texte pris sur Internet ; on le retrouve en quatrième de couverture de la revue Les Temps maudits (revue théorique de la CNT), octobre 2001 ; « À propos de la globalisation capitaliste » (27 sept. au 3 octobre) ; interview prise sur le Net (15 au 21 novembre 2001).

[2] De l’espoir en l’avenir. Entretiens sur l’anarchisme et le socialisme, Agone, Comeau & Nadeau, 2001. Ce texte n’est pas inconnu en français ; il figurait déjà en 1984 dans le recueil publié par Martin Zemliak chez Acratie (Écrits politiques 1977-1983).

[3] Voir notamment le site du magazine Z-net.

[4] Responsabilité des intellectuels, Agone, 1998, p.137.

[5] Réponses à huit questions sur l’anarchisme, 1996, Z-net (en anglais).

[6] « L’autogestion n’est pas une institution mais un comportement », P. Laporte.

[7] Gare au TGV ! 1993 (en ligne sur mon site).

[8] ASR, n° 25 et n° 26, 1999 (Anarcho-Syndicalist Review, P.O. Box 2824, Champaign IL 61825, USA).

[9] Outre dans le texte que je cite, Chomsky use de cette métaphore dans ses entretiens avec D. Barsamian, The Common Good, Odonian Press, 1998.

[10] Dans l’analyse géopolitique, le domaine où ses compétences sont le moins sujettes à caution, Chomsky adopte la même tournure démocratique et réformiste. Le nouvel humanisme militaire. Leçons du Kosovo (Éditions Page deux, Lausanne, 2000) se clôt sur un appel à méditer les mérites du droit international dont la principale avancée serait, selon un auteur que Chomsky cite élogieusement, « la mise hors la loi de la guerre et l’interdiction du recours à la force ». Ce que le préfacier qualifie de « raisonnement d’une rigueur quasi mathématique » confine ici à la niaiserie juridiste.

[11] Seul Mike Long se livre à un long plaidoyer pour un pragmatisme confus qui le mène, par exemple, à une évaluation sympathisante du régime de Castro.

[12] C’est le cas pour Instinct de liberté et De l’espoir en l’avenir (Chomsky) et pour Les Chiens ont soif (Baillargeon ; voir note suivante).

[13] Les chiens ont soif. Critiques et propositions libertaires, Agone, Comeau et Nadeau, 2001. Publié au Québec avec le concours du Conseil des Arts du Canada, du programme de crédit d’impôt pour l’édition du gouvernement du Québec et de la SODEC.

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On peut consulter une version de ce texte en italien sur le site de la CNT-AIT.
Ce texte a été publié en espagnol dans le  premier numéro de la revue Trebol negro (CNT-AIT, Almeria) en 2009.

La traduction en espagnol est reprise en ligne ici.

Et aussi sur IMC-Barcelona.

La discussion se poursuit dans le premier numéro de la revue Adarga, (Revista de pensamiento y critica anarquista ; revista.adarga@gmail.com).