La pornographie esclavagiste

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Il existe de « faux sites » Internet — j’ignore si le phénomène a déjà gagné un nom anglais — qui fonctionnent sur un mode qui évoque celui du chalut pour la pêche en mer, ou peut-être plus précisément le miroir aux alouettes pour la pêche aux oiseaux (inutile de m’écrire, j’ai simplement une longue journée de travail derrière moi). Il s’agit de leurrer les moteurs de recherche, et celles et ceux qui les utilisent, en proposant un maximum de « signaux », ou d’appeaux.

Ma très relative notoriété devrait m’épargner le sort peu enviable de piège à gogos, mais il se trouve que Mona Cholet m’a cité dans un article critique sur les Femen, lequel article a été reproduit et traduit partout dans le monde. Les moteurs de recherche mafieux considèrent donc que le panneau « Claude Guillon » vaut d’être tendu en travers de la toile. On attrapera bien quelque chose…

Reste à savoir pourquoi on cherche à appâter le gogo, sur mon nom ou sur n’importe quoi qui soit susceptible de l’attirer.

Suivant l’un des liens disponibles à partir d’un « faux site » qui prétendait afficher mon nom (en réalité, une phrase de l’article sus-évoqué), je suis tombé sur l’ « offre » dont vous pouvez juger d’après la capture d’écran ci-dessous. Il s’agit donc de vendre soit des femmes, soit l’illusion de disposer de femmes (on comprendra, j’espère, que je n’ai pas poussé plus loin l’investigation). La prostitution est hélas banale, et il est assez logique que les maquereaux et maquerelles utilisent Internet pour fourguer leur marchandise.

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À supposer (je vous laisse juge) qu’il y ait un sens à opérer des graduations dans la dégueulasserie, cette annonce mérite une excellente note. En effet, on cherche à nous vendre ici, non seulement des femmes, mais des femmes censées (c’est très probablement faux, accessoirement) chercher à obtenir la nationalité française. À strictement parler, cette idée n’a aucune espèce de sens. En réalité, il s’agit uniquement d’un argument pornographique, et non juridique, encore moins humanitaire, cela va de soi. Il ne s’agit donc pas de tenter l’énoncé (grotesque, par ailleurs) : « Baisez cette fille, vous lui rendrez service ». Il s’agit — on pourrait dire au contraire — de faire bander le client à l’avance en lui présentant la prestatrice de services sexuels comme étant à sa merci. Elles sont prêtes à tout, ce qui signifie bien entendu « à tout subir ».

Une fois contrôlé, ou non (désolé !), l’envie de vomir que suscite ce genre d’entreprise, et s’il vous reste assez de distance ironique en réserve, vous pourrez relever l’extraordinaire confusion des propositions contiguës les unes aux autres. En effet, après avoir mis en avant la fragilité bien venue des proies offertes contre rémunération, le portail vous balance sans rire un « avertissement » que je qualifierais de « surréaliste » si je ne craignais d’être tourmenté dans mon sommeil par les mânes de Benjamin Péret :

« Respectez les désirs sexuels des autres membres. Ils se sont inscrits pour la même raison que vous : s’envoyer en l’air. Ne les traitez pas comme des stars du porno ou des prostituées. […] Respectez la vie privée de tous les membres. »

Je croyais avoir compris que certains « membres », chinoises en l’occurrence, n’étaient là que pour obtenir la nationalité française !… En réalité, et c’est l’hypothèse la moins inquiétante, il est possible qu’il n’y ait aucune femme, ni chinoise ni moldovalaque, et qu’il s’agisse d’une arnaque genre « minitel rose » où des employé(e)s répondent par mail aux gogos en jouant les stars aux yeux bridés. Il aurait fallu pour le savoir, s’inscrire et pousser plus loin l’enquête. Passons…

Ce qui est certain, c’est que cet appât sexuel utilise à la fois le fantasme (ou la réalité) de femmes en détresse, prête à jouer les esclaves sexuelles pour se libérer (ben tiens !) et la réalité des barrières entre États, ainsi que les façons de faire des trafiquants de chair humaine, confisquant leurs passeports et autres papiers aux immigré(e)s, comme n’importe quelle police aux frontières.

Entre ces deux systèmes, étatiques et maffieux, l’obscénité est équitablement partagée.