Nu manifeste à Pékin

Quatre Chinoises sexagénaires et septuagénaires ont manifesté nues devant l’ambassade des États-Unis à Pékin [juillet 2014]. Elles avaient déjà été interpellées le 25 mai dernier, place Tiananmen, après une première manifestation recourant au même mode de protestation.

Elles avaient écrit sur leurs corps des slogans contre la corruption et dénonçant les mauvais traitements que leurs fils et filles – des militant(e)s pour les droits humains – ont subi de la part de la police.

Les protestations de ces militant(e)s contre les tortures qu’ils/elles subissent leur ont valu une condamnation à 18 ans d’enfermement.

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« L’une d’entre elles témoigne : “Ma fille Guo Hailing a été impliquée dans une affaire de chantage au gouvernement et a été arrêtée par des fonctionnaires corrompus, alors qu’elle avait été violée.”

Une autre raconte : “Mon fils Yang Jinde a été condamné à 18 ans de prison simplement pour avoir lancé une pétition réclamant la réparation d’injustices. Après avoir été torturé, il est aujourd’hui handicapé.” »

Les quatre femmes ont été arrêtées par la police et se sont plaintes de mauvais traitements durant leur détention. Voir ici des informations (en anglais) sur leur libération.

Récemment, des jeunes femmes avaient manifesté à Pékin, torse nu. Ce geste, (très) relativement banalisé à l’Ouest, demande un grand courage dans un État policier[1] comme la Chine. En effet, au-delà de la nécessité de surmonter pudeur et/ou complexes, le plus pénible risque de se produire dans le « privé » du commissariat, loin des regards.

Le paradoxe est que la moindre manifestation dans des lieux « sensibles » (comme la place Tiananmen) est immédiatement interrompue (voire prévenue), quand des émeutes ouvrières et paysannes se déroulent chaque semaine dans cet immense pays.

Au cœur de l’empire, sous la surveillance de milliers de flics en uniforme et en civil, le corps est la seule arme dont le port échappe au contrôle totalitaire. Jusqu’à son dévoilement scandaleux.

Honneur et longue vie aux Pékinoises rebelles !

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Ça n’est pas par mes soins que la photo a été floutée.

 

L’information a circulé sur Weibo, un « réseau social » chinois comparable à Twitter.

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[1] Si l’on veut bien me passer ce pléonasme de commodité.