JE CHANTE LE CORPS CRITIQUE. La bibliographie

Je chante le corps critique

Je donne ci-dessous la bibliographie de mon livre Je chante le corps critique (éditions H&O, voir lien dans la colonne de droite).

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OUVRAGES

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Je chante le corps critique

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Thompson Edward P., « Temps, travail et capitalisme industriel », Libre, n° 5, Petite bibliothèque Payot, 1979.

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Whipple B., Ogden G, Komisaruk B. R., « Physiological Correlates of imagery-induced Orgasm in Women », Archives of Sexual Behavior, vol. 21, (2), pp. 121-133, 1992.

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QUEL USAGE POLITIQUE DE LA NUDITÉ ?

De Voïna à Notre-Dame-des-Landes… en passant par les Pussy Riot et les Femen.

 

J’ai consacré le quatrième chapitre de mon livre Je chante le corps critique (chap. en ligne sur ce blog) à la dénudation publique et notamment aux divers modes d’utilisation militante du corps dénudé à travers le monde. Le livre ayant été rédigé avant la publicité donnée aux groupes comme Voïna ou les Femen (créées en 2008), j’avais bien l’intention de procéder à une « mise à jour ». Les mésaventures de deux opposant(e)s à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, convoqué(e)s le 12 février 2013 devant le Tribunal de grande instance de Saint-Nazaire pour avoir, par leur nudité, « outragé » les forces de l’ordre, m’incitent à mettre en ligne sans attendre des notes plutôt concises.

Raison de plus pour préciser d’entrée que les évaluations critiques qu’il me semble nécessaire et fécond de pratiquer sur telle mode d’action ou tel slogan, n’entament ni la solidarité de principe à l’égard de ceux et celles qui encourent des violences adverses et des poursuites judiciaires ni la familiarité d’idées que j’éprouve à leur égard.

 

QUELLE ÉMEUTE ?

 

L’apparition dans l’ancienne Russie soviétique du groupe féminin « Pussy Riot » — que l’on peut traduire par « Émeute de la chatte » — est une nouvelle d’autant plus agréable que les débuts de ses militantes les préparaient peu à une démarche Voïna pontféministe, si ce n’est par réaction. En effet, les principales militantes, dont Nadeja Tolokonnikova, viennent du groupe « Voïna » (la guerre). Le mari de Nadeja, Piotr Verzilov est cofondateur et le principal animateur de Voïna. Actif à Moscou et Saint-Pétersbourg, ce groupe a utilisé à plusieurs reprises le ressort de la provocation obscène dans ses apparitions.

Tantôt (juin 2010), c’est un immense phallus qui est peint sur un pont levant, juste en face du bâtiment abritant le siège du FSB (ancien KGB) de Saint-Pétersbourg. Peint à plat, juste avant le redressement du pont, le phallus semble bander une fois qu’il est à la verticale. Alexeï Ploutser, membre du groupe, commente : « C’était comme si le pénis était entré en érection à la seule vue du bâtiment du FSB en face. Ce pénis gigantesque est aussi une satire du pouvoir russe corrompu[1]. » Kozlionok ajoute, dans un autre entretien : « Nous ne rédigeons pas de manifestes, nous enculons le pouvoir russe extrémiste de droite avec notre Bite de 65 mètres[2]. »

Happening Voïna 1Tantôt (février 2008), c’est une « partouze » dans une salle du Musée national de biologie de Moscou, qui est organisée et filmée, sur le thème « J’encule Medvejonok », c’est-à-dire j’encule le petit Medvedev (au moment de l’élection de ce personnage à la présidence). Il y a là une subtilité que ma méconnaissance du russe m’interdit de creuser davantage ; sachez cependant que medved signifie ours. Faute sans doute de la participation bénévole du nouveau président, les militants de Voïna décident d’enculer… leurs copines. Ploutser déclare à Courrier international : « Nous voulions dresser le portrait de la Russie en campagne électorale. Aujourd’hui, en Russie, tout le monde encule tout le monde, et le président Medvejonok jouit devant ce spectacle. »

On voit que cette dernière analyse n’est nullement illustrée par la « partouze » symbolique au cours de laquelle, à ma connaissance et au vu des documents publiés, tout le monde n’encule pas tout le monde, loin s’en faut. Ce sont les garçons qui enculent les filles, lesquelles, en plus de se faire enculer, sucent des bites. …Il faut bien obtenir l’érection désirée, puisqu’aucun éclusier ne vient actionner le mécanisme magique d’organes assez éloignés des 65 mètres. Et l’on voit le militant Happening Voïna 2dans la même pénible (?) nécessité de se mettre en train manuellement afin d’assurer sa prestation politique que l’acteur de film porno.

Nous ne douterons pas ici un instant du potentiel provocateur de ladite « partouze » mettant de surcroît en scène Tolokonnikova enceinte de sa fille (la fille se porte bien, merci ; la mère, non semble-t-il, mais pas pour cette raison). Ledit potentiel vaudrait d’ailleurs en tout point du globe. N’était que dans les rares îlots où les protagonistes ne risqueraient pas de se faire lyncher par la foule, ce sont des militantes féministes qui trouveraient à redire à la chose. En effet, et je retrouve ici les mêmes constatations critiques faites dans Je chante le corps critique à propos du groupe « Fuck for the Forest », le happening est tout sauf subversif quant aux rôles sexuels. Chez Voïna, dont je n’ai délibérément évoqué ici que deux actions à caractère « sexuel », c’était plutôt les queutards en folie que l’émeute de la chatte.

J’ignore malheureusement le détail des débats qui ont conduit à la formation du groupe « Pussy Riot ». Cependant, outre le nom même, certaines déclarations sont d’un féminisme sans ambiguïté. Serafima déclare : « Nous avons réalisé que ce pays avait besoin d’un groupe militant, punk féministe et de rue qui apparaîtrait dans les rues et les places de Moscou, qui mobiliserait l’énergie publique contre le royaume criminel de la junte poutiniste et enrichirait la culture russe et l’opposition politique avec des thèmes qui nous sont importants : le genre et les droits des Lesbiennes, Homosexuels, BisexuelLEs et transsexuelLEs, les problèmes de dictat de la masculinité, l’absence d’un message politique audacieux dans la musique et les arts et celui de la domination des mâles dans toutes les sphères publiques et privées[3]. »

Et quant au nom du groupe, Garadzha ajoute : « Un organe sexuel féminin, qui est supposé être passif et être un réceptacle, soudainement, devient le départ d’une rébellion radicale contre l’ordre culturel, qui essaye constamment de le définir et de lui montrer sa place appropriée. Les sexistes ont certaines idées du comment une femme devrait se comporter et Poutine, dans ce sens, a aussi de nombreuses idées sur comment les Russes devraient vivre. Lutter contre tout ça, c’est Pussy Riot. »

Mais lorsque l’on demande aux deux militantes quels sont leurs rapports avec Voïna, Tyurna répond : « Voïna est cool, nous sommes très proches, nous sommes très attachées à leur période 2007-2008 quand ils/elles ont amené au plus haut des actions vraiment dingues et symboliques comme “Fuck for the heir Puppy Bear” [Baise pour le nounours héritier, voir plus haut] au moment des élections présidentielles de 2008. »

Et voilà l’enculade de « tout le monde » (filles) par « tout le monde » (mecs) rétrospectivement lavée du soupçon d’illustrer le « dictat de la masculinité » et sanctifiée par la théorie du genre[4]

 

JEUNE, BEAU, ÉLANCÉ, AVEC DE PETITS SEINS : LE NOUVEAU FÉMINISME ?

« Nous avons voulu montrer que les féministes ne sont pas que des vieilles femmes cachées derrière leurs bouquins », déclare Inna Schevchenko, qui pose nue pour Libération (17 septembre 2012).

Le mieux intentionné des observateurs dirait que cette phrase exprime la présomption et la cruauté de la jeunesse. Il faut malheureusement ajouter pour l’occasion : et sa grande sottise ! En effet, et peut-être Inna aurait-elle pu le lire dans un livre, l’image des féministes comme de vieilles femmes coupées du monde (comprenez : et du marché de la chair) est un très vieux cliché antiféministe, qu’il est navrant de voir repris par une militante qui prétend renouveler le féminisme.

Certes, le renouvellement des générations est un phénomène naturel. Quant à l’asile politique, c’est un droit précieux pour lequel je ne cesserai de me battre, et que les gouvernements tentent de rogner (comme l’actuel gouvernement Hollande, restreignant les possibilités de séjour des Syrien(ne)s). Pour autant, il est assez fatiguant de voir de braves — et généralement jeunes — gens vous expliquer qu’avant leur venue sur terre (ou en France) personne ne parlait de ceci ou ne connaissait cela, quand vos archives regorgent de tracts, d’affiches et de brochures consacrés au sujet.

Passons, je ne voudrais pas que ma critique semble exprimer l’amertume qui accompagne souvent l’élévation du taux de cholestérol (non, de ce côté, ça va, merci). C’est hélas bien plus grave. Inna explique : « Je serais incapable de me déshabiller à la plage, mais, quand je manifeste, j’ai l’impression de porter ce que j’appelle mon “uniforme spécial.”» Il n’est pas dans mon intention de moquer la pudeur de cette jeune femme. Il est simplement regrettable qu’elle ignore que le mouvement naturiste, le plus gentillet et apolitique que l’on puisse imaginer, a au moins un acquis indiscutable à son actif : l’égalité entre les corps, vieux ou jeunes, « beaux » ou « laids ». Dans un camping ou sur une plage naturiste, on voit des gens de tous les âges et de toutes les corpulences. Par rapport à cet acquis, tout modeste soit-il, la déclaration citée plus haut, et plus généralement la stratégie marketing des Femen sont une régression, pas une révolution.

Au passage, je relève les connotations très « militaires » du discours d’Inna, repris sans distance aucune par les jeunes militantes. « Ben ouais, c’est une armée ! », répond en souriant une militante à un journaliste qui butte sur le mot. «Nous voulons, déclare Inna dans Libération, former des jeunes femmes à devenir des soldats pour la cause féministe à travers le monde. »

Je prépare actuellement un livre sur les clubs de femmes pendant la Révolution française. La question de l’armement, au sens propre de maniement des armes, est fondamentale. Dans des dizaines de localité (sans doute bien davantage, les archives restent à dépouiller), des femmes revendiquent le droit d’intégrer la garde nationale, défilent en armes, font des patrouilles. Elles participent aux émeutes et certaines s’engagent dans l’armée, soit en dissimulant leur sexe, soit ouvertement, pour défendre la patrie révolutionnaire contre les monarchies coalisées. Capture d’écran 2014-11-11 à 19.34.14Une affiche des Femen, d’un remarquable mauvais goût, pour l’inauguration de leur local parisien, se réfère d’ailleurs clairement au folklore patriotico-révolutionnaire. Il ne s’agit donc pas ici de manifester une espèce d’allergie antimilitariste à toute référence martiale. Pourtant, je vois mal l’intérêt de parler de « soldats » (un mot sans féminin ?) et d’ « armée » de la cause féministe[5]. Selon la formule célèbre d’une féministe américaine « mon corps est un champ de bataille » : c’est bien assez, inutile d’en rajouter avec un « uniforme spécial ». D’ailleurs, la fine mouche soucieuse de la pérennité du « produit Femen » devrait tenir compte du fait que de l’uniforme, c’est l’ennui qui naîtra…

Un produit ? Mais quoi d’autre ! Inna Schevchenko et les Femen ne se contentent pas de vendre des tee-shirts (source de financement militant très classique), ni de toucher (on ne sait de qui) un « salaire » d’« environ 600 euros par mois » (ainsi que 3 autres Femen). Inna vend une « image », la sienne, celle de son corps dénudé et porteur s’inscriptions (lisibles sur la photo publiée par Libération : « Liberté » , « Nude is Freedom », « New Feminism », « No Religion », « … Peace, Terre [?] »). Une militante, même si elle utilise la dénudation dans ses actions politiques, n’a aucune raison de poser nue pour un entretien. Sauf s’il s’agit de son « image de marque[6] ».

Au risque de paraître pudibond à certain(e)s (j’aime surprendre !), je dirai ceci : je n’ai pas à voir le corps nu de cette jeune femme, j’objecte à ce spectacle, et d’autant moins qu’elle tient à me le montrer (ce qui n’est pas le cas de la baigneuse de la plage naturiste). Se mettre nu(e) est en effet une liberté, qu’il m’arrive de prendre, et que j’encourage par principe. J’ai accordé une attention toute spéciale aux manifestant(e)s qui utilisent, de mille manières, leurs corps dévoilés dans des actions militantes. C’est un usage politique du corps, de sa fragilité affichée, qui me touche et me concerne. Lorsque je suis en face de la photo d’Inna, dont je ne m’aventurerai certainement pas à confier si je la trouve « jolie » ou non, j’éprouve le même agacement que devant n’importe quelle exhibition publicitaire, qu’il s’agisse d’une jeune espoir de la variété ou d’une pub pour un mélange de sucre, de caféine et d’eau gazeuse.

Que cette jeune femme de 22 ans ait dû fuir son pays après une provocation fort courageuse en soutien aux Pussy Riot (découpage à la tronçonneuse d’une croix orthodoxe), qu’elle semble partager un certain nombre d’idées qui me sont chères, contre toute religion et pour l’égalité des droits entre hommes et femmes, n’y change rien : le « pop féminisme » dont elle se réclame a un goût de chewing-gum.

Femen dans les InrockEn décembre 2012, les Femen (Inna et une autre) font la une des Inrockuptibles. L’image de marque se peaufine. À l’intérieur du magazine, une photo de groupe : huit jeunes femmes. Toutes très jeunes ; toutes minces ; aucune forte poitrine. Il ne s’agit pas, bien entendu, de reprocher à ces filles d’avoir l’air de descendre d’une publicité Calvin Klein (je serais étonné que cette publication n’ait pas suscité quelques démarches de photographes et d’agences de mannequin), il s’agit de constater, une fois de plus, l’image de marque que les Femen ont choisi d’offrir au public (de vendre au magazine ?). « Maquillage Delphine Sicard », précise le crédit à gauche de l’image. Que voulez-vous ! On ne photographie pas comme ça son « uniforme spécial » sans un peu d’apprêt ! Nous sommes décidemment dans le marketing politique, oh ! certes, bourré de bons sentiments athéistes et féministes. Malheureusement, l’ancienne étudiante en journalisme Inna Schevchenko ne semble pas avoir entendu parler de la manière dont le médium peut annuler le message. « Au moins, me disait une jeune femme, depuis qu’elles se mettent à poil, on les écoute ! » Que nenni. On les regarde tout au plus. Et lorsque les rédacteurs en chef en auront marre de mettre du nibard à la une (Ça lasse coco !), on ne les regardera plus.

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Représentation par l’humour de l’erreur stratégique des Femen.

 

Quel peut être l’effet produit par cette photo de groupe sur les femmes moins jeunes, ou jeunes mais moins favorisées par le hasard génétique ? Le même effet que le terrorisme publicitaire et machiste que le féminisme ne cesse de dénoncer. Cette photo est pire qu’une maladresse, c’est un contresens politique.

Pub DoveRegardez la photo ci-contre. C’est une autre photo publicitaire, pour les produits cosmétiques de la marque Dove, celle-là. Elle a été conçue par des publicitaires pour toucher un public plus large. Ces publicitaires sont peut-être hypocrites, et certainement intéressés. Pourtant cette image est plus subversive des codes dominants de la beauté que celle des Femen. Le « nouveau féminisme » plus niais que des représentants de commerce… Dommage !

J’ajoute que, sous réserve de contre-exemple que je me ferai un devoir et un plaisir de signaler, on ne connaît des Femen aucun texte, pas même un tract. Le maximum d’élaboration syntaxique tient dans un slogan de quatre mots (accessoirement, en anglais deux fois sur trois). J’aimerais me tromper, mais je crains qu’il s’agisse — davantage que d’inculture — d’une stratégie marketing : on sait que le temps de cerveau disponible est limité, donc 1° on attire l’attention (avec les tétons), 2° on imprime le slogan sur la rétine. Tout cela est en effet — désespérément — moderne et marchand

 

QUI OUTRAGE QUI ?

L’AÉROPORT DE MES FESSES

Les Femen n’ont été jusqu’ici, on ne le leur reprochera pas, l’objet d’aucune poursuite judiciaire [les choses ont un peu changé depuis la rédaction de ce texte], ni d’ailleurs de violences policières (je n’oublie pas les fachos : voir note). Leur succès auprès des télévisions et des photographes les protège sans doute un peu. Je dis « un peu », car l’explication est insuffisante. Il est probable que le caractère ponctuel, pour ne pas dire « pointilliste », et médiacompatible de leurs actions, y est pour beaucoup. Pour un temps au moins, leur apparition est considérée comme un à-côté inévitable de certains événements. Elles s’adressent d’ailleurs en général aux seuls journalistes (la seule exception fut douloureuse ; voir note).

Il en va autrement de participant(e)s à une lutte dans laquelle l’armée (la vraie) intervient effectivement, y compris à coups de grenades de désencerclement. Ainsi, un garçon et une fille ont-il jugé pertinent, le 23 novembre dernier, de se dénuder entièrement face aux robocops qui occupent militairement le territoire dévolu — dans ses rêves — à l’aéroport de M. Ayrault. Robocops contre nus à NDDLOn voit sur la (petite) photo ci-contre que des gendarmes surarmés ne prennent aucun risque inutile, et pas de précautions non plus, avec les corps dénudés de deux humains récalcitrants. Le lendemain 24 novembre, plusieurs bipèdes à demi nus, dont les deux précédents, adoptent momentanément et tactiquement la marche à quatre pattes dans la forêt de Notre-Dame-des-Landes. Après quelques secondes de flottement, les gendarmes gazent les presque nus à bout portant (je ne sais plus si les hématomes de la jeune femme datent du 23 ou du 24). Or les choses n’en restent pas là, puisque les deux contrevenants d’origine sont convoqué(e) le 12 février prochain pour avoir outragé les forces de l’ordre « en l’espèce en déambulant entièrement dénudé ». Quelle idée aussi d’afficher ainsi une apparence « en l’espèce humaine », alors qu’on peut très élégamment déambuler en rangers, avec plusieurs milliers d’euros d’équipement et d’armement sur le dos ?

La jeune femme, dont ce n’est pas — loin s’en faut ! — se moquer que de dire qu’elle n’aurait sans doute pas été retenue au « casting » des Femen, a rédigé un court texte pour expliquer son geste. Je ne saurais mieux exprimer ma gratitude en face de quelqu’un capable d’écrire des phrases (sujet, verbe, c.o.d.) qu’en les reproduisant ci-dessous. Et c’est donc sans animosité aucune que je dirai rapidement à Élise ma perplexité à l’égard du concept ici récurrent de « nature », et avec malice amicale que je relève l’expression incongrue « poser nue » qui évoque tout, y compris les Femen, sauf ses mésaventures.

 

LA PAROLE À ÉLISE*

 Élise et son compagnon face aux robocops

« Pourquoi nue ?

« Je souhaite m’exprimer au travers de cette lettre, pour ne rien omettre, ni tordre mon discours, car il est en ce moment, entendu et peut être mal compris. Il existe plusieurs raisons pour lesquelles j’ai posé nue.

« En choisissant ce geste, cette forme d’expression, j’ai souhaité créer un contraste indiscutable face au surarmement déployé censé encercler un lieu aussi nu que moi. Cela éveille chez moi un besoin indispensable de m’exprimer au nom de la nature, dans laquelle j’inclue l’humanité.

« Je ne vois pas comment faire passer le message autrement que nue. Étant aux côtés de la nature, de la forêt, de sa faune et de toute sa diversité, en proie à la destruction programmée, je ne peux me défendre qu’aussi nue qu’elle.

« Si moi j’ai pu outrer quelqu’un, moi je les accuse, au nom de la forêt, de la mettre en danger. Comment au jour d’aujourd’hui, sachant ce que l’on sait sur le réchauffement climatique, sur le pic pétrolier, sur la croissance à tout prix et j’en passe, peut-on laisser l’humanité s’autodétruire en faisant disparaitre un lieu qui n’a demandé qu’à être là pour maintenir le fragile équilibre de notre écosystème ?

« Qui aujourd’hui peut m’apporter les raisons valables de ne pas m’opposer à la destruction de cette parcelle fondamentalement nécessaire à l’équilibre naturel du département ?

« Je me bats aux côtés de la nature, en son nom et dans sa forme. Nue.

« En tant qu’être humain, je ne suis pas capable de m’exprimer haut et fort pour convaincre, je ne suis pas capable de combattre avec les armes, quelles qu’elles soient, de notre société.

« La seule chose que je peux faire et que je sais faire, c’est de me mettre à armes égales avec la nature, pour faire passer son message, à savoir l’innocence, la vulnérabilité et le besoin… Le besoin de notre attention à tous. Et espérer que ce message soit plus entendu à travers ma voix qu’à travers la simple présence de la nature. Puisque ce monde n’entend que la voix des humains. »

* Une partie (ou la totalité, je l’ignore) des occupant(e)s de NDDL ont choisi d’adopter un prénom commun (et mixte), Camille, afin de dérouter les tentatives d’identification et de starisation. Mais Élise est convoquée devant un tribunal, et donne son prénom sur le site de soutien. Camille, c’est joli aussi, mais après tout, même les vaches ont droit à un nom personnel, alors…

LA VOIE DU CORPS

Des dizaines de milliers de personnes, parmi lesquelles des femmes âgées, sur tous les continents, étudiantes canadiennes, paysans mexicains, femmes indiennes ou africaines, choisissent — parfois comme dernier recours — d’emprunter la voie du corps qu’ont ouverte des artistes, perfomeurs et performeuses d’avant-garde (de ce point de vue, le soutien de Yoko Ono aux Pussy Riot est d’une généreuse cohérence). Ces actions, ce « répertoire de mobilisation » comme disent les sociologues, sont injustement et sottement méprisées. Elles constituent pourtant un formidable réservoir d’expériences que tous et toutes doivent découvrir, comparer, critiquer, afin que les rebelles puissent se réapproprier leurs corps dans le même mouvement par lequel ils et elles s’approprient le monde. Mais le langage du corps, du sexe, est, plus encore que les autres, piégé par le système marchand. À l’heure d’Internet et de sa profusion pornographique, et du déferlement obscène de la publicité, bien malin, bien maline, qui prétend jouer des stimuli et des refoulements sexuels sans s’emmêler les muqueuses et les neurones. Croyant choquer le bourgeois (et quel intérêt ?), on lui parle publiquement un langage qu’il parle couramment en privé et/ou dont il fait déjà commerce.

Énergie juvénile et courage physique ne suffisent pas à élaborer une pensée critique. La presse n’est ni une entité neutre ni un levier sans maître qu’il suffirait d’utiliser habilement pour faire passer son message. Et pas non plus une institution de service public ayant vocation à enregistrer et à confirmer la bonne volonté démocratique des « indigné(e)s ». Plus vite on s’en aperçoit, moins on commet d’erreurs contre son propre camp, avec ou sans maillot.

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[1] Voir ici.

[2] Courrier international, 11 août 2010.

[3] Interview des Pussy Riot mars 2012 (vice.com repris sur Indymedia).

[4] Aux lectrices et lecteurs qui ne connaissent rien de mes publications, j’indique être l’auteur d’un « éloge de la sodomie » intitulé Le Siège de l’âme (Éditions Zulma), par quoi l’on comprend que je ne suis pas « choqué » par l’évocation ou la monstration de la sodomie, mais d’autant plus attentif à son emploi censément subversif.

[5] Ce vocabulaire militaire tout symbolique ne serait-il pas pour quelque chose, en plus d’une ignorance totale de la réalité politique, dans le fiasco, « militaire » pour le coup, de la manifestation où les Femen sont allées faire un gentil happening anticlérical devant des militants catholiques d’extrême-droite, lesquels les ont reçues à coups de poings, ce que n’importe quel(le) militant(e) politique aurait pu leur expliquer avant. Retourner la chose en exaltation du martyre est certes de bonne guerre, mais un peu court.

[6] Tout concourt à la « marque », internationale de surcroît, jusqu’à l’exportation sous toutes latitudes de la coiffure en couronne de fleurs, laquelle me rappelle agréablement les films de Jancso, et une petite poupée folklorique en provenance de Pologne que j’avais étant petit, mais quel intérêt ?

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Capture d’écran 2015-01-15 à 14.38.41 D’abord condamné(e)s à quinze jours de prison avec sursis, pour «outrage à personne dépositaire de l’autorité publique» les nu manifestant(e)s de NDDL ont été relaxé(e)s par la Cour d’appel de Rennes, le 19 février 2015.

INCENDIAIRES ? EH BIEN ! J’EN SUIS ! (Tract, 2010)

Capture d’écran 2014-11-11 à 11.34.13

Le 22 juin 2008, à l’issue de plusieurs mois de mobilisation, la révolte éclatait au Centre de rétention administratif de Vincennes après la répression violente d’une marche en hommage à un détenu, Salem Souli, décédé la veille sans avoir reçu les soins qu’il réclamait. Le plus grand CRA de France partait en fumée. Moins de rafles et d’expulsions dans la région parisienne : la machine répressive était enrayée pour un temps.

Les 25, 26 et 27 janvier 2010, une dizaine d’anciens « retenus », étrangers en situation dite irrégulière, seront jugés à Paris pour cet incendie. Comme à l’habitude en pareilles circonstances, ils ont été choisis un peu au hasard et beaucoup parce qu’ils s’étaient fait remarquer dans les luttes précédentes.

Pourquoi ces révoltés ne susciteraient-ils pas notre solidarité ?

Pourquoi la presse leur accorderait-elle moins d’attention qu’à d’autres ?

Parce qu’à retenir leurs prénoms sont difficiles ? Ni Julien ni Benjamin, ni Christophe ni Elsa, ni Bertrand… Ils se prénomment Ali, Ekma, Mahamadou, Moïse, Nadir…

Peuvent donc pas s’appeler comme tout le monde ? …C’est qu’ils portent tous les noms du monde.

Ils ne sont pas « toute la misère du monde » ! Il sont une part de sa richesse, de ses capacités créatrices, que les patrons exploitent sans vergogne, dans leurs pays d’origine comme ici. Chassés par les crises locales ou les guerres que mènent les armées que nous entretenons (Afghanistan), ils sont souvent en situation de plus grande pauvreté dans les rues de nos villes que dans les régions qu’ils ont dû fuir.

Le gouvernement mène à leur égard une politique de terrorisation (rafles, rétentions, expulsions, dissuasion et discrimination à l’égard des mariages mixtes) qui vise à maintenir dans la docilité une main-d’œuvre corvéable à merci. Les grèves de travailleurs sans-papiers dans le bâtiment, la restauration, les services, comme les mouvements de révolte dans de nombreux CRA (Nantes, Bordeaux, Toulouse…) montrent que cette politique se heurte de plus en plus à la mobilisation collective des intéressés.

Nous sommes nombreux à nous souvenir que Vainqueur de la Bastille fut, après le 14 juillet 1789, un titre de gloire (d’ailleurs reconnu par une loi de 1833 qui allouait une pension aux survivants). Nous n’avons pas perdu non plus le souvenir des Communards qui incendièrent en 1871 les Tuileries, la Cour des comptes, le Conseil d’État, le palais de la Légion d’honneur, le ministère des Finances et l’Hôtel de Ville. Ni des nombreuses combattantes ou simples femmes du peuple exécutées par la soldatesque comme « pétroleuses ».

Brûler un symbole de l’oppression, détruire une prison, l’acte de révolte logique que l’on reproche sans preuve aux inculpés de Vincennes ne nous est pas étranger. Nous nous y reconnaissons pleinement.

Incendiaires ? Eh bien ! J’en suis !

 

Paris, le 1er janvier 2010

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À lire : Feu au centre de rétention (témoignages de retenus), Éd. Libertalia, 2008.

 

 

En gros et en « détails » : le piège de Le Pen (1998)

Publié dans No Pasaran (n° 57, mai 1998).

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Ce qu’il y a de remarquable dans les provocations de Jean-Marie Le Pen, c’est l’économie de moyens idéologiques avec laquelle il réussit, au moment choisi, à déclencher le chœur des bonnes consciences démocrates, pour servir des desseins personnels, parfois de simples rivalités internes à son parti.

La « récidive » de décembre 1997 sur le « point de détail » a fonctionné aussi efficacement que la déclaration originale de septembre 1987. Voyons d’abord, d’après Le Monde la teneur exacte de ses propos ; nous analyserons ensuite le mécanisme de la provocation.

« J’ai dit et j’ai redit, au risque d’être sacrilège, que les chambres à gaz sont un détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale. […] Il n’y a rien de minoratif ni de méprisant dans un tel propos. […] Si vous prenez un livre de mille pages sur la seconde guerre mondiale, les camps de concentration occupent deux pages et les chambres à gaz dix à quinze lignes, ce qui s’appelle un détail. […] [Si les] interprétations [faites de ses déclarations] ont pu faire souffrir des gens sincères, je le regrette. Je respecte les souffrances, les morts, mais pas ceux qui s’en servent[1]. »

Le Pen insiste sur l’insignifiance supposé de son propos, le rabote, l’aplatit, déplore des « interprétations », regrette qu’elles aient pu faire souffrir et s’incline devant ceux qui ont souffert. Or qu’y a-t-il ici d’explicitement dit ? A peu près rien, sinon une évaluation de l’importance des chambres à gaz, dérisoirement rapportée au nombre de lignes à elles consacrées dans un livre imaginaire, procédé qu’on est en droit de juger choquant, d’autant que c’est le but qu’il vise. Mais explicitement, ici, ni la remise en cause de l’existence desdites chambres, ni du génocide.

Or la presse fustige à cette occasion des « propos antisémites[2] », la « provocation raciale et la récidive antisémite[3]. » Pourquoi ? La réponse est simple : parce que nous savons tous ce que Le Pen entend par là.

Nous savons par les témoignages d’anciens proches et militants repentis, que — selon la pertinente formule d’Alain Juppé — Le Pen est « profondément, je dirai presque viscéralement, raciste, antisémite et xénophobe[4] ». Nous savons aussi, par d’autres textes et déclarations antérieurs, sa fascination pour le régime nazi[5]. Nous sommes donc persuadés de pouvoir décrypter sans mal des signaux de fumée qui s’adressent autant à ses sympathisants qu’à la presse et à la classe politique. Or les choses ne sont pas si simples, et pour deux raisons. La première est aussi la moindre à mes yeux, mais elle mérite d’être rappelée quand les organisations antiracistes annoncent qu’elles poursuivront Le Pen devant les tribunaux (lesquels l’ont déjà condamné pour des propos identiques il y a dix ans) : notre intime conviction, aussi sérieusement étayée soit-elle par d’autres documents, ne saurait justifier une condamnation pénale pour des propos implicites, c’est-à-dire non tenus. A supposer même que nous admettions les règles du droit, il est impossible d’approuver une jurisprudence qui condamnerait quelqu’un sous prétexte que nous avons de bonnes ou mêmes d’incontestables raisons de penser qu’en prononçant telles incongruités, il avait en tête des horreurs tombant sous le coup de la loi. Il ne s’agit même plus d’un délit d’opinion, au sens d’une opinion émise, dite ou publiée, mais d’un crime par la pensée. En l’état actuel de la langue française, et le droit devrait s’y tenir, l’image provocatrice des « dix à quinze lignes » n’équivaut pas, sinon dans l’esprit de Le Pen, à ce « consentement à l’horrible [revenant] à banaliser, sinon à méconnaître, les souffrances ou les persécutions infligées aux déportés, et plus particulièrement, aux juifs et aux tsiganes au cours de la seconde guerre mondiale et à ramener ainsi à un simple fait de guerre [sic] […] des actes ayant été jugés constitutifs de crimes contre l’humanité » suivant le texte du jugement rendu contre lui en 1988. C’est évidemment la tentative même de faire trancher par des tribunaux les litiges historiques, théoriques ou moraux, qui est sans issue, mais imaginons un instant les conséquences qu’aurait la généralisation d’un tel « scanner idéologico-judiciaire » sur les rédacteurs de journaux libertaires, les chanteurs de groupes de rap, etc. « Vous n’avez pas exactement dit que vous vouliez égorger tous les flics, diraient les magistrats, mais vous connaissant, nous ne sommes pas dupes, et nous vous condamnons, à la fois parce que nous savons ce que vous pensez et parce que d’autres ont pu penser que vous pensiez à quoi nous avons pensé »… Big Brother is daeninckx you[6] !

La seconde raison tient au mécanisme et à l’objectif de la provocation lepénienne. Dans ses déclarations ci-dessus reproduites, le passage important tient en quatre mots : « Au risque d’être sacrilège ». Le Pen ne dit pas ici, par exemple, que le génocide n’a pas eu lieu ou qu’il déteste les Juifs (inutile : ses militants savent à quoi s’en tenir sur sa façon de penser), mais il sait qu’il va être dénoncé et poursuivi comme s’il l’avait dit, parce que ses adversaires, avides de joutes antifascistes (de préférence médiatisées) ne pourront se retenir de le suivre sur le terrain où il les entraîne. Ainsi, non seulement le chef du Front national apparaît une fois de plus comme un martyre (on ne le condamne que parce que c’est lui), mais aux yeux de ses électeurs, l’hostilité des médias, des antiracistes et de la plus grande partie des politiques apparaît comme la sanction d’un « sacrilège », étymologiquement : un vol d’objets sacrés. Il ne faut jamais sous-estimer l’adversaire ; l’électeur FN est probablement assez malin et pour décrypter le non-dit lepénien et pour voir qu’on lui fait dire ce qu’à strictement parler il ne dit pas. Qu’en déduira-t-il ? sinon que l’antisémitisme implicite du discours lepénien est une « opinion » comme une autre, mais frappée d’un « tabou » de nature religieuse. Or c’est bien malgré ou pour mieux dire à l’abri d’un tel « tabou » que l’antisémitisme a repris la vigueur que nous lui connaissons en France, pour ne rien dire de l’Allemagne où il se montre mille fois plus virulent encore. Comment dans ces conditions, espérer, comme l’éditorialiste du Monde que la stigmatisation médiatique et judiciaire suffise à provoquer un réveil des électeurs FN. « Ils doivent savoir, écrit-il, qu’ils sont identifiés, qu’ils le veuillent ou non, à ceux qui soutiennent les thèses antisémites de M. Le Pen. Ceux qui sont tentés d’apporter leurs suffrages à l’extrême droite doivent connaître le prix d’entrée : l’acceptation de ces thèses. Aucun électeur ne peut faire valoir son ignorance du marché sordide qui lui est ainsi proposé : la banalisation de l’Holocauste. » Je crains fort que, face à ce genre d’oukase moraliste, signe d’un désarroi certes compréhensible, et au déploiement dérisoire d’un politically correct démocratique, la stratégie de Le Pen se révèle plus efficace, faisant travailler des adversaires sincères à sa publicité, et à défaut peut-être de conquérir un plus large public, fidélisant une clientèle suffisant à ses besoins — et à nos inquiétudes —, prête à acquitter, ne serait-ce que par sotte et franchouillarde bravade, le honteux « prix d’entrée ».

Dénoncer, et surtout démonter (comme on le fait d’un mécanisme) l’antisémitisme lepénien est indispensable, même si cela ne peut réduire l’audience du FN, mais recourir à une sémantique religieuse pour, selon la proposition de Laurent Joffrin, « diaboliser » ce parti[7], et traiter les provocations de son chef comme des blasphèmes, c’est prendre le risque qu’aux yeux de beaucoup le Diable néo-nazi ait davantage de séduction que l’angélisme démocratique.

Le retour, depuis le mouvement anti-CIP de 1994, les grèves de décembre 1995 et la récente agitation des chômeurs, d’un mouvement social balbutiant offre la seule perspective sérieuse de dissoudre l’ensemble de rancœurs, de frustrations et de ressentiments, qui trouvent dans le vote ou le militantisme frontiste une « fausse voie » où s’exprimer. Ni Diable ni maître, nous n’avons rien à concéder à l’électorat du FN : ni lois xénophobes supposées flatter et endormir sa paranoïa, ni démonstrations consensuelles et symboliques de bienséance démocratique.

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[1] Le Monde, 7-8 décembre 1997.

[2] Libération, 6-7 déc. 1997.

[3] Éditorial du Monde, 7-8 décembre 1997.

[4] Éditorial du Monde déjà cité.

[5] Rendant hommage en 1978 au nazi Duprat, tué dans un attentat, Le Pen le félicitait d’avoir diffusé les thèses révisionnistes anglaises et de s’être attaqué « à tous ces tabous et préjugés grâce auxquels l’ennemi [comprenez : le Juif] a réussi, depuis plus de trente ans [depuis la Libération] à imposer son exécrable domination. » Voir Jean-Marc Théolleyre, Les Néo-nazis, Messidor, 1982, p. 96.

[6] Allusion orwellienne aux activités soi-disant dénazificatrices de M. Daeninckx.

[7] Voir Le Monde, 12 décembre 1997.

Le nazisme, la « race » et la loi (1990)

Réponse à Pascal Bruckner[1] et à quelques autres. Publiée dans Le Monde libertaire (n° 792, été 1990).

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Bien plus que la résurgence de groupes politiques recourant au racisme et à l’antisémitisme pour séduire les électeurs, c’est la paralysie intellectuelle de leurs contempteurs démocrates ou antifascistes qui a de quoi inquiéter. Les belles consciences de droite comme de gauche y voient volontiers une faiblesse somme toute sympathique de la démocratie. Mais il serait naïf, nous dit-on, de maintenir (ou plus encore de restaurer) une absolue liberté d’expression alors qu’on se trouve incapable de répliquer à ceux qui l’emploient à mauvais escient. Au diable Saint-Just, brûler c’est bel et bien répondre !

A-t-on oublié le Mal ?

On voit où nous mènent les « siècles de culture, de conquêtes sociales et morales » dont Pascal Bruckner déplorait (Le Monde du 17 mai 1990) qu’ils n’aient pas éradiqué le Mal du cœur de l’homme. Dressant sobrement le constat de cet échec, Bruckner propose tout simplement que l’on interdise le Front national « comme on sut autrefois interdire les ligues factieuses, les groupuscules gauchistes et les cellules terroristes ».

Le rapprochement des deux premiers exemples est d’une pertinence toute involontaire (?) puisque les organisations gauchistes dissoutes dans les années 1970 le furent précisément à l’aide de textes fabriqués sur mesure en 1936 contre les ligues d’extrême droite. On a pu mesurer l’efficacité de la méthode !

Les sociétés démocratiques occidentales n’ont nullement « oublié le Mal », elles en ont au contraire fixé l’origine historique et l’étalon de mesure : le nazisme. Une telle supercherie, révisionniste s’il en fut, interdit aux démocrates de plaider aujourd’hui la naïveté, pour mieux justifier de nouvelles lois répressives.

Il se trouve que l’eugénisme raciste pratiqué par les nazis s’est d’abord constitué et répandu durant les trois premières décennies du siècle dans les sociétés démocratiques. Francis Galton, fondateur de l’eugénisme moderne, obtient en 1904 une chaire d’eugénique à Londres. Il regrettait « les réticences sentimentales en grande partie tout à fait déraisonnables à l’extinction progressive des races inférieures ». En France, Charles Richet, prix Nobel de médecine 1913 qui a sa rue dans le XIIIe arrondissement de Paris, avouait dans La Sélection humaine ne pas comprendre « par quelle aberration on peut assimiler un Nègre à un Blanc ». Alexis Carrel, autre prix Nobel, rédigea un hymne aux « grandes races blanches » intitulé L’Homme cet inconnu. L’édition de 1939 comportait logiquement un hommage à la jeunesse d’Allemagne et d’Italie et à l’idéal qui l’animait. Cet ouvrage reste un best-seller, présent en édition de poche dans tous les kiosques de gare [il a été discrètement retiré de la circulation depuis]. On voit qu’il est inutile de chercher les théoriciens racistes au-delà du Rhin ou dans quelque obscure arrière-boutique parisienne. À dire vrai, c’est à l’ombre douillette du tabou édicté à Nuremberg que l’antisémitisme et les théories nazies se sont insensiblement propagées via la sociobiologie, elle-même relayée par la Nouvelle Droite. « On ne croyait jamais plus voir cela », entend-on. Et pourquoi donc, quand on ne s’est jamais soucié de savoir ce qu’était « cela » ?

Il n’est que de voir l’embarras des commentateurs face à Le Pen (ne parlons pas des journalistes mis en sa présence : ils sont tétanisés). C’est qu’il faudrait, là encore, savoir de quoi on parle. Or, les textes dits « antiracistes » entérinent tout bonnement la notion de « race », dépourvue — il faut encore le rappeler — de fondement scientifique. Ainsi, le texte récemment proposé par le Parti communiste pour aggraver les dispositions de la loi de 1972 prévoit que pourra se porter civile une association assistant les victimes « de discrimination fondée sur leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse ». Force est de constater que nous sommes plus près d’Alexis Carrel que d’Albert Jacquard et que la loi, par ailleurs impuissante à combattre le racisme, commence par donner quitus idéologique aux racistes !

Je retiendrai ici — pour sa simplicité — la définition du racisme proposée par Guy Sitbon dans un entretien à bâtons rompus avec… Jean-Marie Le Pen : « Le racisme, c’est de croire que les hommes sont divisés en groupes biologiques… — Personne ne peut le contester, répondait Le Pen — …et qu’il y a une hiérarchie parmi des communautés. Que certains sont plus intelligents que d’autres. »

« Tout le monde, affirmait Le Pen, sait que c’est vrai, que les Occidentaux depuis deux mille cinq cent ans sont à la tête de la civilisation et c’est pas par hasard[2] ». Ne chicanons pas le journaliste sur le détail de ses formules, elles sont suffisamment claires et les réponses de son interlocuteur également.

Le Pen antisémite !

Quant à l’antisémitisme du personnage, il ne date pas d’hier. En 1978, rendant hommage dans Le National au dirigeant d’extrême droite François Duprat, Le Pen dénonce le « plan de génocide » ourdi contre les Français, dont les moyens sont « l’ouverture des vannes de l’immigration et la propagande avorteuse. […] Étudiant les noms de ses promoteurs [allusion transparente à Mme Veil], nous retrouvons les mêmes incrustés dans les médias, dans les groupes gauchistes et à la tête de certain lobby bien précis […]. Ceux-là même s’étaient mis par avance à l’abri de toute critique et de toute réaction populaire en imposant au Parlement le vote de la loi Pleven qui a créé en France une catégorie de résidents privilégiés (sic) ». Si le mot « Juif » n’apparaît pas, il est clair que c’est bien là « l’ennemi » dont il est dit, dans le même article, qu’« il a réussi depuis plus de trente ans [c’est-à-dire, en 1978 : depuis la Libération] à imposer son exécrable domination ».

Raciste donc, et plus particulièrement antisémite, Jean-Marie Le Pen l’est sans conteste, mais cela ne suffirait pas à justifier les accusations de néo-nazisme que d’aucuns avancent, d’ailleurs timidement.

À un journaliste qui le qualifiait de nazi lors d’une récente conférence de presse, Le Pen répondait : « Je ne suis pas plus nazi que vous n’êtes homosexuel, du moins je l’espère pour vous. » Pour incongru qu’il paraisse, ce rapprochement n’est pas fortuit dans la bouche du président du Front national. Il est le seul politicien français à user systématiquement de plaisanteries obscènes dans ses réunions publiques et l’on a tort d’y voir un simple artifice démagogique. En fait, si l’on étudie l’articulation entre les thèmes de la morale lepéniste et ses obscénités, on est frappé de la similitude avec les ressorts émotionnels de la propagande nazie. Hitler dénonçait dans Mein Kampf « l’empoisonnement effroyable du corps du peuple allemand par la syphilis », cet empoisonnement vénérien allant de pair avec une « contamination politique et morale ». Pareillement, Le Pen parle du socialisme comme d’un « SIDA politique » et déclare à propos de son modèle biologique : « On est obligé de constater que c’est un méfait de l’immigration […] ; la rentrée en force de la syphilis, son déploiement est incontestablement d’origine étrangère[3] ». Ainsi c’est l’étranger, « ces femmes maghrébines en rut, enfin en action, c’est la même chose », qui amène via les maladies vénériennes et le SIDA un pourrissement du sang français, de la « race française ». L’étranger est hypersexué, d’ailleurs « la sexualité retardée [sic] explique le développement intellectuel de nos civilisations ». Malheureusement, l’abaissement de l’âge des premiers rapports amoureux vient compromettre cette suprématie durement acquise et les jeunes Français gaspillent avec leur semence la belle intelligence « française ». On peut en rire, mais vite. Semblables délires ont guidé la pédagogie de générations entières de fabricants d’angoisse (qu’on se souvienne du Dr Tissot) et armé le bras d’exciseurs bien de chez nous.

On n’a pas pris suffisamment garde à la concomitance des résurgences de discours antisexuels d’une part (l’Église en est le haut-parleur naturel), racistes et antisémites d’autre part. Les discours de le Pen associent les deux types dans un mélange, hélas trop connu, où se combinent la « race », le sang, le sexe et le « sol natal ». La recette de ce que W. Reich appelait la peste émotionnelle[4].

Cette peste n’avait pas disparu, elle menace au grand jour, et les tergiversations des campagnes de prévention du SIDA en sont un autre symptôme.

Les docteurs démocrates semblent bien n’avoir pas médité sur leur mauvais diagnostic d’il y a soixante ans. Par ailleurs, on ne change pas le cours de l’histoire en composant le numéro d’appel de police secours ; c’est donc à chacun — n’en déplaise à Pascal Bruckner — à « s’improviser grammairien, sémanticien » et encore : analyste, historien, philosophe et militant. Bref, homme libre.

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Je fais suivre cet article d’un texte plus tardif (janvier 1993) que Le Monde refusa d’insérer, étant donnée « l’abondance des textes en attente » (lettre de Robert Solé, 22 janvier 1993).

 

La question du sens des mots peut-elle encore être posée ? ou bien serions-nous repassés de l’autre côté du miroir où Humpty Dumpty réplique sèchement à Alice que « la question est de savoir qui sera le maître… un point c’est tout » ? On peut en effet s’interroger à la lecture des extraits du rapport rédigé par une commission de scientifiques et d’historiens sur l’œuvre et les positions politiques d’Alexis Carrel, dont le nom a été donné à une faculté de médecine (Le Monde, 24 décembre 1992). Les commissaires affirment que l’on ne saurait reprocher à l’auteur de L’Homme, cet inconnu « d’avoir employé des mots de son temps, comme race, qui n’avaient pas le même sens qu’aujourd’hui ».

Rions, tant qu’il est encore temps, de ces acrobaties historico-sémantiques. Les commissaires ont sans doute voulu écrire que le concept (et non le « mot ») de race, scientifiquement infondé — il eût été de bon ton de la part de « scientifiques » de le rappeler —, n’avait pas encore reçu les applications qu’imaginèrent les nazis. Voici donc un nouvel exemple de la classique et honteuse vision du racisme qui veut que cette idéologie ait acquise à Dachau et autres lieux une spécificité « nazie », voire une espèce de nationalité allemande ! Ce tour de passe-passe permet d’occulter l’existence d’un vaste courant de racisme pseudo-scientifique en Europe au début du siècle (Charles Richet, prix Nobel de médecine 1913, en France ; Francis Galton en Angleterre, etc.) ou de le travestir en mode intellectuelle très innocente, sans lien aucun avec ce qui devait suivre.

Pour sa part, Carrel déplorait dans une préface de juin 1939 « l’affaiblissement des grandes races blanches » et saluait « la jeunesse de l’Allemagne et celle de l’Italie [qui] sont animées par la foi qui les pousse à se sacrifier pour un idéal »…

Plutôt que de s’inquiéter du nom attribué à telle faculté, il me semblerait utile d’assortir ce best-seller, publié [à l’époque] en collection de poche (Éd. Presses Pocket) d’un appareil critique adéquat, au lieu que l’actuel préfacier annonce d’abord que Carrel « s’unit à une sorte de croisade partie des sphères les moins contestables de la haute pensée » pour ajouter aussitôt : « Nous nous garderons de tout commentaire [sur le livre], laissant le lecteur entièrement livré [sic] à sa propre analyse et à son propre jugement[5]. »

Alice avait raison de tenir tête à ceux qui s’arrogent « le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire ». Ce n’est pas un hasard si les bataillons de violeurs serbes appliquent leur « originale » stratégie raciste sous l’étiquette sémantiquement mensongère de « purification ethnique ». La fortune de cette expression consacre un glissement amorcé de longue date, qui fait d’« ethnique » un euphémisme de racial, donc de raciste.

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[1] Essayiste et écrivain ; d’abord séduit par l’utopie de Charles Fourier, à laquelle il consacre une thèse de philosophie et un livre, il se rallie à la démocratie (« guerre humanitaire » comprise), dont il pense avec Churchill qu’elle est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres.

[2] Le Nouvel Observateur, 4 janvier 1985.

[3] Je me permets de renvoyer pour plus amples citations ainsi que pour l’ensemble des références au chapitre intitulé « Anecdotes démocratiques » dans mon livre De la Révolution (1989).

[4] On lira ou relira avec profit Psychologie de masse du fascisme, Payot.

[5] Le préfacier, un professeur Robert Soupault, était pendant l’Occupation membre d’un groupe limpidement intitulé « Collaboration » dont il était un fleuron du bureau de la « section scientifique ». J’ai découvert cet épisode en travaillant sur l’implication de Jacques Duboin (théoricien de l’abondance et du revenu garanti) et de certains duboinistes dans l’activité du groupe Collaboration. Cf. Économie de la misère, p. 59.

Alexis Carrel, ce méconnu ?

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e texte a été publié dans la revue No Pasaran (janvier 1997, n° 43), organe du réseau du même nom et du groupe Scalp-Réflex.

Éloigné des positions dites « antifascistes », jugées par moi réductrices et confusionnistes, j’avais décliné, en janvier 1996, l’amicale proposition d’un billet régulier dans cette revue. Certaines péripéties de la lutte des sans-papiers devaient néanmoins me rapprocher des militants du Scalp-Réflex, jusqu’à la débandade de la guerre du Kosovo. À propos de ce dernier épisode, on se reportera au texte « De la confusion comme “dégât collatéral” », refusé par No Pasaran, et reproduit en annexe de Dommages de guerre.

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Prix Nobel 1912 de médecine et de physiologie, Carrel avait découvert sa vocation en assistant à l’agonie du président de la république Sadi Carnot, poignardé à Lyon, en 1894, par le compagnon anarchiste Caserio. « Je me résolus à prévenir le retour de ce genre d’accident » écrivait Carrel, qui tint doublement parole, puisqu’il devint le spécialiste de la suture des vaisseaux sanguins (et le pionnier des greffes de vaisseaux et d’organes), et se fit l’apologiste d’un fascisme scientifique.

L’Homme cet inconnu, vendu à des centaines de milliers d’exemplaires, depuis 1935 jusqu’à nos jours[1], défend des thèses autoritaires, misogynes, et racistes, prétendument fondées sur des données biologiques. Selon Carrel, les prolétaires « doivent leur situation à des défauts héréditaires de leurs corps et de leur esprit. » Pour parvenir à « une aristocratie biologique héréditaire », le médecin préconise de « favoriser l’union des meilleurs éléments de la race. » Quant aux criminels les plus endurcis, « un établissement euthanasique, pourvu de gaz appropriés, permettrait d’en disposer de façon humaine et économique. » Dans une préface de 1939, Carrel déplore l’affaiblissement des « grandes races blanches » : « La civilisation occidentale […] s’achemine vers la dégénérescence grâce à la stérilité des groupes humains les plus forts et les plus intelligents. » Il rend hommage à « la jeunesse de l’Allemagne et celle de l’Italie […] animées par la foi qui les pousse à se sacrifier pour un idéal. »

Rien d’étonnant donc (je l’ai montré plus longuement ailleurs[2], à ce que Carrel ait séduit les théoriciens de la nouvelle droite qui se sont employés à le remettre au goût du jour, en minimisant, avec le concours d’anciens collaborateurs du maître, le caractère raciste et pronazi de ses écrits. C’est ainsi qu’Yves Christen a dirigé un ouvrage collectif intitulé Alexis Carrel, l’ouverture de l’homme [3], avant d’écrire lui-même une « suite » à L’Homme, cet inconnu, intitulée L’Homme bioculturel [4], livre qui s’ouvre « délibérément » sur les dernières phrases de celui de Carrel. De son côté, Alain de Benoist cite élogieusement Carrel, dès 1977, dans son Vu de droite [Éd. Copernic, 1977]. Par la suite, tout en continuant à se vendre dans les bibliothèques de gares, Carrel a été utilisé comme caution « scientifique » par Le Pen, Bruno Mégret et consorts[5].

La dernière tentative de réhabilitation vient d’un André Mure, romancier obscur, mais ancien adjoint à la Culture de la ville de Lyon, et ancien chargé de mission au cabinet de Jack Lang[6]. La ligne de défense qu’il adopte en faveur de Carrel n’est pas originale, c’était déjà celle de la nouvelle droite : tout ce que l’on peut reprocher au grand savant appartient à son époque, la critique de ses positions racistes et pronazies est malveillante ou anachronique. Au passage, ce sont de bien étranges réflexions qui apparaissent sous sa plume, dont je vais donner deux exemples.

Ayant, semble-t-il, admis la guérison médicalement inexplicable d’un « miraculé » de Lourdes, Carrel aurait été contraint de quitter Lyon au début du siècle, en butte à une cabale anticléricale. C’était, écrit André Mure, « aux alentours de 1900, en pleine affaire Dreyfus qui déchirait le pays entre Juifs et anti-Juifs (p. 10)[7] » ! Ainsi donc, il fallait être juif pour prendre le parti de Dreyfus ! Si la société était en effet partagée, c’était entre dreyfusards et antidreyfusards. Si ces derniers étaient antisémites, rien ne permet de mesurer la proportion de juifs parmi les premiers (et quel intérêt, sinon pour un antisémite ?).

Déplorant le retour, dans la jeunesse, de « l’intolérance » et du « sectarisme », à propos des crimes commis pendant la deuxième guerre mondiale, Mure écrit : « Mais il fallait punir tous ceux qui avaient participé au génocide nazi, même de manière passive, comme ces fonctionnaires de Vichy arrêtant des juifs. (p. 78)[8] » On aurait préféré, c’est un euphémisme, voir plus « passifs » encore les fourriers de la machine d’extermination nazie…

L’excuse d’époque

 « Carrel, bien que très ami avec de nombreux Juifs qu’il appréciait et admirait beaucoup, notamment ceux de la Fondation Rockefeller [A.C. vivait aux États-Unis], se laissait aller dans les conversations privées à des lieux communs du style : “Les Juifs sont partout…” ou à parler des “nègres”. Il n’était pas le seul dans ce cas, et, jusqu’à 1945, c’était le vocabulaire courant qui ferait bondir aujourd’hui (p. 24). »

« Il est vrai qu’avant la guerre l’eugénisme n’avait pas sa résonance d’aujourd’hui, et même les gens de gauche négligeaient — ou glissaient — sur les prises de positions dans un domaine qui gênait les catholiques pointilleux (p. 51) [allusion à une critique de L’Homme, cet inconnu publiée dans la revue Esprit]».

« En réalité, Hitler n’était pas encore au pouvoir quand le livre fut pensé et écrit. (p. 57) »

« [Carrel] portait des jugements tranchés. mais si on les replace dans le vocabulaire, le contexte de l’époque, avec ses connaissances, que lui reprocher de sérieux ? Les étrangers nous considèrent avec étonnement, quand ils nous voient massacrer [sic] nos gloires les mieux établies… Ne jouons pas avec notre patrimoine. Nos grand hommes, tout comme nos vieilles pierres, valent mieux que cela. (p. 88) »

Le plaidoyer de M. Mure, comme ceux de ses prédécesseurs, fonctionne comme un tour de prestidigitation : on ne peut pas dire que mon client était raciste, puisqu’à l’époque, tout le monde était raciste ; et d’ailleurs, puisque tout le monde l’était, ça ne pouvait pas être grave. De plus, racisme et eugénisme n’ont pris tout leur sens qu’avec la mise en pratique nazie. Ce procédé me paraît particulièrement intéressant en ce qu’il utilise au service des pronazis d’époque, et de leurs idées, une vérité historique généralement niée : la théorie et la pratique nazie dans le domaine de l’eugénisme raciste trouvent leurs racines dans des théories et des pratiques très répandues dans les trente premières années du siècle, dans les dites démocraties, notamment dans les élites scientifiques. Ou de manière plus provocatrice : les nazis mettent en pratique jusque dans ses plus extrêmes conséquences meurtrières, en en exagérant notamment la paranoïa antisémite, un programme déjà partiellement élaboré et pratiqué par les démocraties, l’élimination des individus jugés « tarés ». En 1904, Francis Galton, cousin de Darwin et fondateur de l’eugénisme moderne, inaugure une chaire d’eugénique à l’université de Londres. Il espère contribuer à « l’extinction progressive des races inférieures ». En France, le prix Nobel de médecine 1913 Charles Richet ne comprend pas « par quelle aberration on peut assimiler un Nègre à un Blanc ». On pourrait multiplier les exemples, d’un courant dont Carrel est le représentant le plus connu, du fait du succès persistant de L’Homme, cet inconnu. On peut aussi rappeler les milliers de malades mentaux stérilisés de force aux États-Unis ou dans certains pays scandinaves.

Certains libertaires mêmes, et leurs compagnons de route, n’ont pas échappé aux séductions du projet eugénique, dont ils n’ont pas vu la contradiction avec les principes antiautoritaires. En 1909, Paul Robin, éducateur anarchiste et néo-malthusien, était d’avis de pratiquer la stérilisation « sans leur demander leur avis à tous les fous internés, aux criminels, aux violents surtout, à tous les inaptes ou inadaptables ». Plus tard, le Dr Binet-Sanglé, réformiste sincère, proche du mouvement néo-malthusien, et très influencé par les théoriciens anarchistes, estimera que « l’infanticide des dégénérés, le meurtre des idiots et des mélancoliques incurables ainsi que le suicide secondé sont parfaitement rationnels. (1919) » Et ailleurs, il propose « d’encourager le suicide des mauvais générateurs et, à cet effet, de créer un institut d’euthanasie, où les dégénérés fatigués de la vie seront anesthésiés à mort à l’aide de protoxyde d’azote ou “gaz hilarant”. (1918) » Cette dernière citation, tirée du Haras humain, suffit à priver Carrel du titre, peu enviable et historiquement peu pertinent, d’ « inventeur des chambres à gaz[9] » qu’on lui a rétrospectivement attribué pour mieux le déconsidérer.

Lire Carrel aujourd’hui peut certes être utile, à condition que ses textes soient disponibles dans une édition critique, et non comme c’était le cas de L’Homme, cet inconnu dans l’édition Presses Pocket (vendue jusqu’en 1992) présentés comme un innocent « ensemble de données scientifiques », sur lesquelles le préfacier, le Dr Robert Soupault[10], se refusait à tout commentaire, feignant de « laisser le lecteur entièrement livré à sa propre analyse et à son propre jugement ». Manière extrêmement perverse d’attribuer au racisme le statut d’opinion, susceptible de discussion, dans le même temps où l’on reconnaît le bien fondé de ses justifications pseudo-scientifiques. C’est précisément là ce que nous avons « à reprocher de sérieux » à Carrel et à ses actuels défenseurs.

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[1] La multiplication des polémiques, notamment à propos de la dénomination de la faculté de médecine de Lyon, semblent avoir poussé les éditeurs Presses-Pocket et Plon à l’autocensure. Les deux versions (poche et grand format) sont annoncées indisponibles, sans projet de réimpression (décembre 1996).

[2] Claude Guillon, De la Révolution, 1989, l’inventaire des rêves et des armes, Éditions Alain Moreau ; cf. notamment chapitre IV.

[3] Éditions du Félin, 1986.

[4] Éditions du Rocher, 1986.

[5] Voir à ce sujet L’Homme, cet inconnu ? Alexis Carrel, Jean Marie Le Pen et les chambres à gaz, Lucien Bonnafé, Patrick Tort, Syllepse, 1992.

[6] Alexis Carrel, éditions LUGD, Lyon, 2e trimestre 1996.

[7] C’est moi qui souligne.

[8] Idem.

[9] C’est le titre donné par Libération à un entretien avec Jean-Pierre Cambier. Texte reproduit en fac-similé dans le livre d’André Mure, pp. 80 et 81.

[10] Sur ce personnage cf. « Le nazisme, la “race” et la loi ».

BLack blocs et féministes: le corps dans les «Temps modernes»

product_9782070146031_98x0Au moins deux articles intéressants dans le n° 678 des Temps modernes (avril-mai-juin 2014) :

Le premier intitulé « Corps en mouvement : les Black blocs à Rio et les représentations de la résistance », de Mariana Corrêa dos Santos et Silvio Pedrosa (traduction Rodrigo Nunes ; pp. 73-92).

Sur la jonction entre un mouvement Black bloc, où les jeunes noirs sont nombreux, et le mouvement de protestation des enseignants en 2013.

Le second de Christine Bard, auteure féministe bien connue, qui revient sur le mouvement Femen en le comparant à celui des suffragettes anglaises (l’un et l’autre évoqués sur ce site).

« “Mon corps est une arme”, des suffragettes aux Femen » (pp. 213-240).

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