MERDE À L’OR ! comme disait Prévert, et à l’argent ajouterai-je (2013)

Gueule rouge

 

Crises, faillites, rigueur, scandales… je ne sais pas vous, mais moi je craque.

J’en ai par-dessus le seuil de pauvreté intellectuelle !

D’abord, y’a eu les braves gens d’Attac (trèèèès braves !), à compter sur leurs doigts ce que ça rapporterait si les trop-riches refilaient 0,5 ou même 0,1 pour cent de leur argent pour les œuvres sociales. On parle pas du « vrai » argent, là, celui qui se gagnait à l’ancienne en faisant suer le burnous sur les chaînes de montage : un Portugais, un Algérien, un Nègre. Va t’en parler d’la grève mon z’ami ! Non, l’argent « pour de faux », qu’on voit pas, qui passe par la fibre optique ou par la télé, on sait pas trop… Trop « facile », comme disait l’autre[1], pour avoir été honnêtement extorqué.

Ils ont calculé, donc, qu’avec rien que 0,1 pour cent — sans parler de l’aspect moral de la chose, hein !— avec rien que 0,1 pour cent, on pourrait servir entrée et plat et dessert dans les restaus du cœur… Et là, on a raison de dire : « C’est mieux que rien ! » Par exemple : ni plat et ni dessert et la sortie.

Quand j’étais gamin, on mettait 1 franc dans un tronc (genre tronc d’église, vous voyez ?), et on plantait un gros clou doré dans un tronc (d’arbre). Quand le tronc (d’arbre) était plein de gros clous, il se passait un truc formidable, que j’ai oublié. Du genre, un petit Chinois ou un petit Noir gagnait une famille, ou une place à l’école… C’était largement aussi niais, d’accord. N’empêche, c’était très joli quand le tronc (d’arbre) brillait de tous ses clous. Bon, j’arrête avec ça, j’en vois qui sont au bord de l’ironie (et puis je vous l’ai peut-être déjà racontée…).

Ensuite y’a eu les chefs d’escadrilles, volontaires pour mesurer combien les parachutes dorés des patrons ça fait en carats. Y’en a qui disent que des parachutes argentés, ça suffirait largement ; d’autres qui vont jusqu’à « cuivrés ». Mon pote Milou y dit y’à qu’à leur en mettre des plaqués : ça coûte moins cher et pis ça s’ra trop lourd, y tomberont ! Milou, il est sympa, mais pas trop constructif. Quand quelqu’un lui fait la remarque, y dit toujours « Trois générations de maçons dans la famille, on a été bien assez constructifs comme ça ; moi j’suis destructif ! » Y dit aussi : « J’suis pas l’mauvais cheval, mais j’plains l’mec qu’essaye de me mettre une selle sur le dos ». Bon, je vais pas vous embêter avec mes potes non plus…

Je ne sais pas si vous avez connu Colette Magny, comme chanteuse ? Elle chantait un truc très beau, une citation de je ne sais plus qui. Ça fait comme ça : « Moi quand je vois l’printemps, je désire vraiment, que dans l’autre monde, il y ait un paradis… » Je trouvais que c’était bien de parler du paradis même si on y croit pas, je ne sais pas si je me fais bien comprendre… Laissez tomber ; et alors il y a une expression qui me débecte littéralement, c’est paradis fiscal. C’est aussi con que « catastrophe humanitaire », ou bien « guerre propre ».

Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire, « paradis fiscal »… Un oiseau de paradis fiscal ? Le vert paradis fiscal des amours enfantines ? Les paradis fiscaux artificiels ? Je peux pas m’y faire.

Notez, y’avait aussi « bouclier fiscal »…

On peut plus ouvrir la radio (première erreur) ni le journal (et de deux !) sans tomber de sa chaise dans l’panneau, rapport à ce que des équipes de « journalistes d’investigation » (j’aime pas trop celle-là non plus, d’expression, toujours l’impression qu’on va m’enfiler une caméra dans l’fion ; bon, je m’étais juré de rien dire sur ma santé…). D’investigation, donc, à plein qu’y sont, et qui la touchent grave en informatique, qu’ont dépouillé des milliards de gigabites (gigaoctets ? va pour gigaoctets) et y sont parvenus à une conclusion qu’ils nous livrent par petites touches, pour pas nous traumatiser (un mec de Médiapart appelle ça « en garder sous la pédale » ? !) Mais moi j’y tiens plus… Vérifiez que les enfants sont couchés et que les personnes fragiles ont pris leurs gouttes. Tenez-vous bien (j’l’ai mis à l’envers, des fois qu’un indiscret lirait par-dessus vot’épaule) :

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Renversant, non ?

Et plus renversant encore, c’est les guignols recyclés de l’extrême-gauche qui se la jouent révélateurs de la crise de la République. Comme quoi les politiciens devraient respecter les lois qu’ils ont votées… Ouaah ! la marrade ! Arrête !

Non ! Le Plenel, vous l’avez vu, le Plenel. C’est quand même un ceum qu’est passé à la Ligue communiste ! J’ai pas toujours été d’accord avec les gens de la Ligue, c’est le moins que j’peux dire, mais y zont quand même une formation de base, voyez. Comme chez les Lambert (des histoires de famille, si vous connaissez pas, ça s’rait trop long !), un Jospin. Tous ces gars là savent, aussi sûr que deux et deux font trois sur une fiche de paye, que gouverner c’est mentir et que commercer, c’est encore mentir. Et que ça sert à gagner du pognon. Pas bien compliqué à piger, vous m’direz. Mais vous entendez comme ils le disent plus du tout !

Alors voilà, moi ce qui me fout la gerbe et me donne des envies de meurtre(s), c’est pas la longueur du yacht de Machin ou les comptes à G’nève ou à Singapour (Caïman pareil !) de Bidule, moi c’est l’argent qui me reste en travers de la poche, cette saloperie qui manque à des millions de gens pour survivre, dans un monde où on peut plus cueillir des fruits sur les arbres pour se nourrir ; c’est la caissière foutue à la porte pour un pot de yaourt dont la date de péremption tombait deux heures après la fermeture du magasin ; c’est le chomdu qui se transforme en bonze et se réchauffe le cœur avec de l’essence à briquet ; c’est que dans ce système on est malheureux de trop de travail et tout pareil de pas de travail. Ce qui est tout de même un signe d’échec absolu, une honte pitoyable en matière d’organisation des sociétés humaines.

Bien sûr, un ministre du budget qui planque ses sous, ça peut faire rire jaune. Mais c’est pas du tout le problème. Le problème, c’est de savoir si l’évolution de l’espèce humaine restera bornée par l’extraction de la plus-value. Est-ce qu’on en reste là ? Avec du travail exploité qui fait des consommateurs grugés et des citoyens roulés dans la farine… Avec des vies sans prix écrasées par une abstraction : la valeur, que l’argent véhicule plus vite que la lumière et que les marchandises incarnent avec entrain.

Les gens qui ne parlent pas de ça, mais de la taxe Tropbien, des parachutes en zinc, qui discutent radis ou paradis, sont ou bien des niais qui se rassurent sur leur niaiserie avec de petites utopies comptables, des rêves polis qu’ont pas plus de chance de se réaliser pour autant (la politesse ne vaut rien contre les lois d’exception et les flash balls), ou bien des menteurs (des p’tits, des gros, y’a toutes les tailles).

Quand on nous bassine avec le traître Besson, le menteur Cahuzac, le brave Hollande, le méchant Sarko, la rigide Merkel, le maniaque Straus-Kahn, on nous ballade. C’est le train fantôme à la foire. On s’fait des émotions l’dimanche pour reprendre el’lundi.

J’avais vu une affiche joliment troussée. Ça disait : « Tant qu’il y aura des couilles en or, il y aura des couteaux pour les couper »… Bof… Y’a qu’à les laisser jouer avec leurs bourses, les laisser dormir sur leurs biftons, et crever comme Picsou sur son tas d’or. On s’en tape. Mais on les tape, s’ils font mine de défendre leur enfer salarié et de nous parler de nos devoirs. Une chose est sûre : en face de ces gens-là, on n’a que des droits. Comme je dis toujours : « Pas de comptes à rendre, que des comptes à régler ! »

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[1] Qui ça « l’autre » ? me demande une internaute. Mitterrand. Oui, bon, gagnons du temps, ça s’ra plus à faire : politicien français de la IVe république, venu de l’extrême droite, cent fois ministre de ceci et de cela, a laissé décapiter pas mal d’indépendantistes algériens, a réussi à embobiner en 1971 les socialistes avec une « rupture avec le capitalisme » dont il avait autant envie que de se les faire couper, puis les staliniens, et du coup a fait président. Mort.