Comment faire d’une « infidèle » une esclave sexuelle… (2011)

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J’ai parlé, à propos de la complaisance d’une femme journaliste envers une série télévisée particulièrement misogyne, d’ « auxiliaire féminine ». Il y a pire. Par exemple cette koweitienne, Salwa al Mutairi, dont les propos ont été reproduits par le Daily Mail en juin 2011.

 

 

 

Cette dame, qui mène, si l’on comprend bien, une carrière politique et télévisuelle, ne songe qu’à rendre service… aux hommes.

Lesquels, malheureux qu’ils sont, que Mahomet les ait en sa sainte garde, sont toujours menacés par la concupiscence et l’adultère, virils qu’ils sont et aussi dévots soient-ils.

Les recettes les meilleures étant parfois les plus anciennes, Salwa al Mutairi propose donc de capturer des femmes non-musulmanes dans les pays en guerre (la Tchétchénie par exemple ; il y a bien des prisonnières russes là-bas, non ?) pour en faire des concubines que les mâles koweitiens pourraient acquérir.

Où les infidèles peuvent aider à sauvegarder la fidélité conjugale et musulmane…

D’ailleurs, a ajouté l’apprentie maquerelle, ne serait-ce pas une vie meilleure offerte à ces femmes, qui risquent de mourir de faim dans leur pays d’origine ?

On pourrait, suggère-t-elle toujours, créer des bureaux de placement sur le modèle de ceux qui permettent de recruter des domestiques. Notons que ce rapprochement est la seule chose pertinente dans les propos de la dame, attendu que de nombreuses jeunes femmes, originaires de pays asiatiques le plus souvent, sont victimes dans des pays arabes, sous couvert d’embauche de gens de maison, de séquestration et d’exploitation sexuelle.

Et d’ailleurs notre maquerelle voilée voit justement là un des avantages de l’esclavagisme : il permettra aux mâles de résister à la tentation « suscitée » par les employées de maison. En quoi violer une esclave est-il préférable à violer une domestique ? Voilà ce qu’il est difficile d’imaginer, pour nous qui ne pensons pas dans les termes d’un taylorisme machiste et patronal.

Cette bonne croyante, qui a déclenché un tollé y compris dans la presse arabe, affirme s’être renseignée auprès de dignitaires religieux, à la Mecque et au Koweït : « Ça n’est pas haram » (interdit, honteux).

Elle propose d’ailleurs de ne mettre sur ce nouveau marché aux esclaves que des jeunes filles à partir de 15 ans. Étonnons-nous de cette restriction d’âge : comment, dans ces conditions, garantir les hommes de la tentation que ne manqueront pas de susciter perversement les collégiennes en général et la fille mineure de la femme de ménage philippine en particulier ?

Assez ri (jaune). Au fond, pourquoi cette femme a-t-elle pu faire scandale et attirer l’attention sur elle (son objectif principal, selon toute probabilité) ? D’abord parce que c’est une femme, et qu’elle bénéficie « en creux » des préjugés qui réfutent la violence au féminin[1]. Ensuite, et c’est plus inquiétant, parce qu’elle met en quelque sorte les pieds dans le plat[2]. En formulant son obscène proposition, elle ne fait que caricaturer légèrement une vision du rôle de la femme (ou de certaines femmes, ce qui revient au même) assez largement répandue, et que les nombreux réseaux de trafic de chair humaine mettent déjà bel et bien en pratique pour le soulagement des mâles et le maintien de l’ordre patriarcal, mono ou polygamique.

Mettant les pieds dans le plat, la dame vend la mèche, si l’on veut bien me passer cette profusion métaphorique. Et c’est ce qu’on lui reproche. Ces choses se font (dans la bourgeoisie libanaise, au Carlton, et sur les boulevards extérieurs parisiens, selon niveau social) et se savent : elles ne sont pas censées être revendiquées à la télévision.

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[1] À ce propos, on se reportera à l’intéressant et récent volume publié à La Découverte sous la direction de Coline Cardi et Geneviève Pruvost : Penser la violence des femmes (442 p., 32 €).

[2] Précisons que ce plat peut être aussi bien casher qu’halal, garni d’un steak frites, d’un porc laqué, d’un mafé ou d’un tagine.