De l’ambiguïté du concept de « viol » dans les relations choisies (2004)

Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.22Tentative de critique amoureuse à partir d’une histoire vraie, banale et triste

C’est une histoire réelle : un garçon et une fille se fréquentent pendant plus d’un an, faisant l’amour régulièrement. Un jour, ce jour-là, elle n’a pas envie. Il insiste, continue de l’embrasser, de la toucher, de la caresser. « Alors le but/jeu était d’exciter, de donner envie. J’en étais rendu à ce stade. J’essayais de l’exciter, puis au bout d’un moment, je suis venu sur elle ; elle me faisait part de son hésitation encore une fois. Quelques instants encore puis j’ai commencé à la pénétrer. Je ne bougeais pas beaucoup, quelque chose clochait ; j’ai senti qu’elle n’était pas mouillée. Alors qu’un moment de panique m’a interpellé elle s’est mise à trembler, elle s’est crispée, m’a tenu les bras fortement et m’a demandé d’arrêter. »

Le garçon se retire, et c’est lui qui utilise le premier, sur un mode d’exagération cathartique, le terme de « viol » : « Dis moi, tu sais que certaines personnes radicales diraient que je viens de te violer, qu’est-ce que tu en penses, tu t’es sentie violée ? […] Elle m’a répondu que je ne l’avais pas écoutée, qu’elle m’avait dit plusieurs fois que ce n’était pas le moment mais qu’elle ne considérait pas cela comme un viol. » La relation, y compris érotique, a repris puis s’est dégradée jusqu’à la rupture. Plusieurs mois après, le discours de la fille a changé : « Tu m’as violée et je veux être sûre que tu aies conscience de ce que tu as fait. » Et le garçon d’ajouter : « Évidemment, j’ai acquiescé ».

La fille raconte alors au garçon qu’un an environ avant ce qu’elle considère aujourd’hui comme un viol, elle avait déjà été violée, par un quasi inconnu cette fois. Précisément, elle repensait douloureusement à cet épisode dans la période où se situe la première fois où elle n’a vraiment pas eue envie de faire l’amour avec son amant. Elle s’est sentie trahie par lui et lui expose son projet de rédiger une brochure où « raconter comment s’est passée sa relation avec un violeur ». La réalisation de ce projet est précédée par un concert international de rumeurs et un appel au boycott du garçon violeur dans tous les milieux radicaux et squatteurs (pour aller vite) qu’il fréquente. Il fait circuler à son tour deux textes, l’un de caractère « théorique » où il essaie de démontrer sa bonne volonté et un autre, plus factuel, dont sont tirés les extraits cités plus haut. J’ai choisi de m’en tenir aux faits, tels qu’ils sont rapportés par le garçon (je ne connais pas les termes du récit de la fille). Il ne s’agit pas pour moi de « prendre parti » entre des protagonistes qui me sont également inconnus, mais de prendre cette malheureuse histoire comme point de départ pour examiner des questions qui se posent à tous et toutes d’une manière ou d’une autre, à la jonction entre le personnel, l’individuel, et le social, le politique.

Je suppose que bon nombre de filles, au moins parmi celles qui baisent avec des garçons, ont vécu au moins une fois une expérience semblable. Celles qui baisent entre filles aussi, d’ailleurs, mais il est à craindre qu’il soit encore plus difficile pour elles d’en parler (traîtres à la cause, les machos seraient trop contents, etc.). Si je considère ma vie érotique depuis son début, il m’est arrivé de me montrer maladroit et sot avec une fille, de tenir à la pénétration comme à un but naturel, et bien entendu le résultat était, ces fois-là, lamentable pour la fille et pour moi. Je me souviens aussi de nuits où il ne s’est pas passé grand chose parce que la jeune fille n’avait ni expérience ni contraception et que je ne voulais pas risquer de la brusquer. J’ai, au moins depuis la trentaine, adopté un point de vue qui me garantit en principe contre les situations idiotes : surtout lorsqu’une relation érotique s’amorce, je ne vise ni la pénétration ni l’éjaculation (si pénétration il y a). Ce qui revient à « rater des occasions » pour utiliser une expression très vulgaire et déplaisante, qui exprime précisément le point de vue masculin moyen sur la rencontre avec une fille qui ne dit pas non.

Dans le cas d’espèce, il ne s’agit pas d’une rencontre de hasard, mais d’une relation relativement longue, dans laquelle s’installe des automatismes, des habitudes. Peut-être convenaient-elles à la fille comme au garçon ; en tous cas l’un et l’autre s’en sont accommodés jusqu’au jour où un incident vient gripper la machine désirante (comme disait l’autre). Du coup, le garçon se comporte comme s’il ne pouvait « rater une occasion ». Il s’évertue à « faire comme si », remarquant assez justement que l’expérience pratique montre que la machine se remet souvent en marche, comme elle s’arrête, c’est-à-dire pour un rien. Là où il passe de la balourdise à la brutalité, c’est quand il s’obstine à pénétrer une fille qui non seulement dit son absence de désir ou au moins son désir hésitant, mais dont le corps manifeste sans doute possible qu’elle ne souhaite pas la pénétration. Lorsqu’on vient de caresser une fille dans l’espoir de l’« exciter », on sait si son vagin est lubrifié ou non. Le garçon commet donc une faute, dont la première victime, du point de vue de l’intensité et de la chronologie est bien entendu la fille, mais dont il pâtit lui aussi. Cette dernière caractéristique amène à s’interroger sur une formule que la fille emploie lors de leur ultime engueulade : « un viol est un viol ». Bon ! Il est rare qu’une tautologie éclaire un problème, et le fait que la fille puisse très légitimement associer dans des sensations douloureuses le coït imposé par un quasi inconnu et l’insistance de son amant à la pénétrer n’entraîne pas l’équivalence politique entre les deux faits.

Le garçon a-t-il pris prétexte du refus de pénétration vaginale pour enculer sa copine (puisque t’es pas mouillée de toute façon !) ? Nullement. A-t-il vivement sollicité, voire imposé, une fellation « compensatrice » ? Pas davantage. Et ne me dites pas que j’ai l’imagination pervertie : semblables situations se reproduisent chaque minute à la surface du globe. Qu’est-ce qui les différencie, elles et le viol par le quasi inconnu, de l’épisode de la pénétration imposée ? C’est que le garçon, aussi fautif soit-il, ne cherche pas son seul plaisir, qu’il aurait facilement pu obtenir – malgré la panne de machinerie – en suivant l’un des nombreux scénarios violents imaginables. Il a reproduit, et c’est son tort, un schéma qui avait jusque-là fonctionné sans anicroche majeure. On peut toujours conjecturer que tout n’allait pas si bien que ça pour que ça tourne aussi mal aussi brutalement. C’est bien possible, en effet. Mais quoi en déduire ? Et pourquoi considérer que le garçon est seul responsable (je parle ici des habitudes érotiques du duo et non plus de la pénétration non souhaitée) ?

S’agit-il pour autant d’écarter l’hypothèse d’un viol entre familiers ? Non bien entendu : le viol est toujours possible, et la loi le reconnaît depuis quelques années, y compris entre parents et enfants, y compris entre mari et femme. On peut considérer qu’il y a là un progrès au moins au plan symbolique, qui interdit de renfermer des violences masculines et/ou adultes (y compris féminines, donc) dans le cocon protecteur – pour le dominant – de la vie « privée ».

Je proposerai ici comme définition du viol le fait d’imposer par la violence physique, ou par toute forme de pression psychologique, un rapport sexuel dont l’objectif est la seule satisfaction de l’acteur du viol, qu’il vise ou non au surplus à humilier la victime. Au-delà des limites déjà fort larges de cette définition, demeurent une infinité de maladresses possibles, de manquements, d’impairs, qui devraient pouvoir faire l’objet de discussions, préventives dans le meilleur des cas ou au moins réparatrices. À partir de là, une fille (ou un garçon) peut décider que la manière de baiser de tel(le) ou tel(le) ne lui convient pas, et en informer ses collègues de travail (ou de squat). Les bureaux du monde entier bruissent chaque jour de cette sorte de confidences.

Les échanges sur ces sujets, avec ou sans adultes « compétents » (en matière de contraception par ex.) pour les plus jeunes, entre filles, entre garçons ou en groupes mixtes peuvent permettre de faire reculer la honte et l’ignorance, cette dernière étant très résistante à une apparente hyperérotisation de la société (émissions de radio, magazines, publicité, etc.).

Je ne vois pas en quoi le recours aux concepts et au vocabulaire du droit pénal dans les relations personnelles peut aider à atteindre ces objectifs.

Que l’on explique, de toutes les manières possibles, que le droit de chacun(e) au non-désir – momentané ou définitif – est absolu, que seul(e) l’individu(e) peut choisir de transiger avec ce non-désir par tendresse, curiosité ou intérêt (ce texte est matérialiste), voilà qui est excellent. Dans un système de domination masculine, ce discours visera de préférence à renforcer l’autonomie matérielle, émotionnelle et érotique des filles, confrontées à des garçons plus ou moins imprégnés de l’idéologie d’un « désir-besoin » spécifiquement mâle, impératif et incontrôlable, qui exige et légitime un soulagement immédiat, et donc la mise à disposition des objets sexuels adéquats, le plus souvent féminins.

Notons que cette idéologie se trouve paradoxalement renforcée par l’appareil judiciaire et le recours « modernistes » à la dite castration chimique, présentée comme seul remède à certaines pulsions décrétées, y compris par les intéressés, comme irrépressibles.

Sauf à chercher la réalisation, matériellement hors de portée, de l’utopie lesbienne-séparatiste (qui ne réglerait nullement tous les problèmes de toutes les filles), il faut admettre que les relations érotiques (et affectives, et amoureuses, etc.) sont à la fois libres et déterminées culturellement, c’est-à-dire à la fois libres et non-libres. Celui ou celle qui ne peut hausser son esprit jusqu’à ce paradoxe a la ressource de choisir la chasteté (ce qui n’est pas non plus une panacée relationnelle). La confiance accordée, même ponctuellement, ne peut l’être que sur la base d’une critique théorique assumée et partagée jusque dans ses risques.

L’érotisme, la manière de faire l’amour, de toucher, de jouir, de rêver d’amour, de choisir sa/son/ses partenaires, d’être jaloux(se), de chercher à se faire aimer, bref tout ce qui fait la trame de la vie humaine doit être pensé au regard de l’histoire, de l’ethnologie et de la sociologie. Ces techniques de savoir permettent de mesurer à quel point ce que nous ressentons au plus intime, comme étant le plus intime (cœur et culotte) est construit, déterminé, d’une manière qui fait parfois de nous nos pires ennemi(e)s.

Crever les yeux d’un violeur de rencontre est légitime. Dans les relations choisies, mieux vaut ouvrir les yeux, les siens et ceux des gens que l’on aime et/ou désire. Si la justice (est) aveugle, la critique tente d’y voir plus clair.

On s’apercevra, à l’usage, que penser n’est pas nécessairement douloureux ou triste et peut même procurer du plaisir.

22 novembre 2004

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Capture d’écran 2014-11-09 à 10.52.38  Quelques réactions et commentaires

Le garçon a-t-il pris prétexte du refus de pénétration vaginale pour enculer sa copine (puisque t’es pas mouillée de toute façon !) ? Nullement.

juste en passant… je suis assez surprise de lire ceci qui me semble si contradictoire avec vos propres écrits, enfin les quelques articles que j’ai pu lire jusqu’à présent. ne défendez vous pas une sodomie jouissive et préparée ce que n’est absolument pas une sodomie à sec ??? cela me semble important.

autrement, il y a une réponse à ce genre de situation qui, en ce qui me concerne tout au long de ma vie est pratiquement devenu un classique car je choisis quand (entre autres) et c’est de dire aux amantEs : « tu n’es pas manchotTE que je sache »… c’est une alternative simple, directe, facile et qui aurait également grand besoind d’être utilisée sereinement à volonté : cela permet de vivre en fonction de ses propres désirs sans jamais avoir ni pression, ni « remords »..

je vous souhaite une bonne continuation.

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Il est intéressant de savoir que les viols commis par un parfait inconnu représentent seulement 0,3% des viols ; la majorité soit les 67% des viols sont commis par les proches de la victimes et réalisés à son domicile ou celui de l’agresseur : ami,voisin, père,ex.Le viol de rencontre n’a donc pas à être prôné comme étant le « vrai » viol par excellence. D’après la définition nouvelle que vous donnez du viol où vous insistez sur l’aspect intentionnel « viol si l’auteur pensait uniquement à son plaisir » vous commettez des embarras philosophiques extrêmement graves : Tout d’abord c’est dans le droit primitif de la Rome antique que l’aspect intentionnel était un critére déterminant pour qu’il est dommage ;un dommage causé involontairement,sans intention de nuire n’est pas reconnu et la victime ne peut demander réparation : par ex, si j’écrase quelqu’un en voiture par inadvertance ma victime ne peut demander réparation.Vous estimez donc que le Droit de l’antiquité est plus réaliste que notre droit actuel qui regarde les dommages qui sont causés à la victime. Si l’on se place non pas du point de vue du violeur mais de la victime on imagine fort bien que cette dernière ne va pas distinguer un viol commis sur elle dans le but de lui nuire ou un viol commis dans le but de lui donner du plaisir et de toute façon pour elle à partir du moment où un homme lui impose un rapport sexuel sa volonté est de lui nuire ; il s’est approprié son corps sans son consentement, il n’a pensé qu’à lui.Si votre définition entrai dans le droit pénal tous les violeurs diraient : « mais ce n’est du viol Mr Le Procureur puisque mon objectif n’était pas de penser à mon seul plaisir, elle n’était pas lubrifiée certes, elle était assez tendue et trembla après ce petit incident mais ce n’est pas du viol puisque j’ai pensais à lui donner du plaisir, c’est d’ailleurs pour ça que l’ai forcé je pensais trop à elle et elle ose se plaindre ; la prochaine fois je ferrais preuve d’un grand égoïsme et j’attendrai de recevoir son approbation avant de la toucher ». J’aimerais enfin préciser que le code pénal qui d’après vos dires n’a rien compris aux relations personnelles s’est tout de même appuyer sur les revendications des femmes qui exigeaient une reconaissance de leur droit sur leur corps ; les femmes constituent 60% de la population Française et vous affirmez que la vision du code pénal ne reflète pas le point de vue de la population sur les relations personnelles.Le droit pénal est mal adapté. Le viol ne céssécite pas la violence,il peut être commis par surprise,menace ;de plus, un jugement de la Cour d’Assis a reconnue viol le fait qu’un homme s’était introduit par effraction chez une personne le matin, profitant de l’absence du mari il fit l’amour à sa femme qui dormait ;cette dernière l’ayant confondue à son conjoint. La Cour d’Assis a également reconnue viol le fait qu’un garçon menacea une fille de la laissé sur place en pleine campagne loin de la ville dans un froid glacial si elle n’acceptait pas ses avances. J’aimerais savoir ce que vous pensez de ces élèments et si vous avez pris conscience de quelle point de vue vous vous êtes placé dans votre définition du viol ? Et une femme qui accepte d’avoir un copain n’accepte pour autant de lui céder son corps.

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je trouve ce texte tres lucide et eclairant quand au cote masculin du desir qui vire au viol.le probleme est que personne n en a conscience.alors criee le plus fort et loin. ce qui est detestable et qui m enferme toujours dans le silence et la honte est que l on prefere croire a ce genre de probleme un mal entendu une sorte de coquetterie feminine plutot qu a un viol.bref franchement il m est difficile de comprendre que ce desir puisse etre au detriment du partage et de l autre,et que les hommes (je l espere pas tous) en arrivent a ce donner comme excuse que ce sont des betes, au sens :en rute !alors je prefere ne plus en cotoyer de trop pres pour ne plus avoir a en subir les consequences .mais une question subsiste il y a t il des hommes ou que des males en rute ? et s il y a des hommes ou sont ils ? by ps je fais des fautes et je n ai pas encore de mail mais je reviendrai sur votre site

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1. Ce « theme » est abordé dans le film 5×2 d’Ozon, mari et femme sur le point de divorcer se retrouvent pour une derniere nuit. Ils sont au lit, elle ne réagit pas aux caresses, le malaise s’installe. Apres la stupeur, il insiste « bon-enfant », elle se detourne lui dit clairement qu’il n y’aura rien. Peut-etre meme qu’il a le soucis de tout réparer entre eux par le sexe (de la combler à nouveau). Quand bien même, ce que nous voyons à l’image c’est un viol ! Un acte avec un début (decision de transgresser le refus),une durée (immobilisation et acte sexuel) et une fin. Il y a unité indissociable avec toutes les autres « sortes de viols »

2. Il me semble que croire que la pathologie d’un criminel commence par son egoisme me parait relever de maladresse voire de contre-sens. Le violeur ne serait-il pas capable de sentiments amoureux, de se sentir coupable, d’elever une famille, de vouloir d’abord satisfaire celle qu’il viole ?

3. Posons nous la question : est-ce qu’une seule femme qu’elle soit conservatrice, liberale, libertaire, frustrée, épanouie, SM, BCBG, hetero, bi, gay ou asexuelle accepterait l’ »alternative » d’une ambiguité du concept de viol (en tout cas dans la description de l’acte sexuel décrit dans votre article). La réponse est non. De meme que tout etres masculins se retrouveraient oecumèniquement sur à peu pres le seul point : la non-ambiguité du concept de meurtre

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Merci pour ce texte, je ne sais pas dans quoi je m’embarque en répondant mais bon, toi tu le publies avec ton nom, donc ne pas répondre serait vraiment trop ridicule. DISCLAIMER : je ne connais personne dans cette histoire, je connais très mal les squats, les féministes, tout ça… J’espère que vous pourrez lire la réponse détendu-e-s maintenant, ou ne pas la lire, hein… De toute façon, il est possible que je ne fasse que dénaturer le texte auquel je réponds, en reprenant mal ce qu’il y a dedans 😉

Intuitivement c’est pendant les rapports sexuels qu’on se retrouve de façon évidente en situation ou non d’exercer une domination (masculine pour parler généralement). Et aussi face à la mise en oeuvre de ses convictions sur le sujet.

Le concept de « viol » : plutôt qu’un concept c’est un terme qui est _utile_ parce qu’il permet à la victime de ne pas avoir à refaire tout le travail de désignation de l’agression. Elle peut alors plus facilement en parler, le vocabulaire est déjà là, et c’est absolument nécessaire, le problème (dramatique, hein, je ne suis pas en train de minimiser) le plus courant c’est le silence à cause d’une peur et d’une honte mêlées, parce qu’on ne sait pas où on en est.

Si une fille accepte une relation ou propose une fellation sans la souhaiter pour ménager la frustration du partenaire, est-ce qu’on doit appeler ça un « viol » ou est-ce que c’est plutôt du même niveau que d’accepter d’aller dans une soirée à contre-coeur (en ayant de multiples fois répété que non ça ne lui disait pas) ? Dans le deuxième cas, peut-être qu’il ne faut pas utiliser le terme « viol » dont le sens actuel a été adapté à la lutte contre les sévices sexuels dans un cadre légal. « Comportement Crétin » serait plus adapté.

Il y a peut être plusieurs configurations, dont :

1. Les relations sexuelles sont à mettre complètement à part, et tout acte sexuel sans envie réciproque est « viol ». Alors, il n’y a plus de discussion justifiée. Au passage, le concept de « domination masculine » n’a plus grand chose à faire ici, il faut au moins trouver un autre mot (non je n’ai pas dit domination animale !).

2. les relations sexuelles sont des élément (qui seront le plus souvent plus importants que les autres) de la vie, ce qui compte alors pour juger de la gravité de la situation, c’est la mesure dans laquelle il y a utilisation de la domination masculine (par exemple, la peur de voir l’autre profiter de la facilité _relative_ à avoir une relation extra-couple), pour parvenir à ses fins. Concrêtement si la relation est acceptée parce qu’on a peur de perdre l’autre, parce qu’on a peur qu’il soit moins calin la prochaine fois qu’on aura envie ou plutôt pour qu’il soit heureux(dans ce dernier cas, on est à la limite de la relation imposée). Ici il me semble que se faire traîner à une soirée qui vous fait horreur, à en avoir la nausée ou mal à la tête, alors qu’on a insisté en disant « non, j’ai pas envie » vingt fois, c’est comparable. Ce qui est en cause c’est un comportement « d’abruti », « de crétin », « de connard ». La qualification (de la gravité) est importante. (et on peut même imaginer que le terme « viol » s’applique à autre chose qu’à un acte sexuel. Le danger alors c’est que son efficacité dans le cadre des sévices sexuels définis par la loi, en soit amoindrie).

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Le premier texte publié met en lumière le concept de viol clairement et va très loin dans la définition. Je pensais qu’il fallait une vrai violence physique pour dire VIOL. Alors qu’il suffit de ne pas vouloir ou d’avoir peur. Ce texte et aussi la réponse me font très peur. Je réalise que j’ai quasiment toujours été violée par les hommes. Que la 1ère relation « charnelle » va influencer les autres relations et le choix du conjoint. Une première fois, à la sortie d’un bal. Je ne savais pas, j’étais habillée d’une robe légèrement courte mais correcte, fabriquée et cousue par ma mère. J’étais jolie et j’attirais les regards des hommes. Je ne voyais rien autour de moi, simplement je pensais que c’était normal que pour une fois, on s’interessait à moi. J’étais avec ma meilleure camarde de classe et j’étais heureuse de danser. Le frère de cette camarade, que je connaissais, a insisté pour me raccompgner jusqu’à chez moi. Je ne pensais pas à rien sinon à rire. Brutalement, il m’embrassa. Je resistais puis il m’entraîna sur le parking, il était 2 heures du matin environ et m’obligea à une relation. J’eus très mal. Le lendemain, je le revis mais celui-ci tourna la tête riant avec ses copains. C’est banal, mais c’était un viol, sur le parking, j’ai criée et je me suis débattue mais personne ne m’a entendue. Par la suite, je refusais automatiquement, la compagnie des garçons et lorsque j’allais aux bals, je pouvais les embrasser mais j’avais toujours sur moi des médocs pour les endormir ou une cigarette que j’écrasais (avec joie) sur leur main ou leur cou. Parce qu’une jeune fille qui aimait s’habiller à la mode, qui rêvait d’etre aimée et respectée, qui était sortie tard un samdi soir et qui s’était vue violée devait se protèger contre les instincts bestiaux des hommes. Plus tard, un grand sage du Yoga a dit M. MA… si une femme se fait violer, c’est qu’elle le cherche. Furtivement, cette 1ère histoite m’est revenue à l’esprit et j’avais toujours honte. Oui les hommes sont des animaux, je les perçois ainsi. L’Amour n’est qu’une utopie. A ma fille, je ne dirais jamais attend le prince charmant : il n’existe pas. Exige de l’homme – fais toi voir -dis ce que tu veux mais n’accepte jamais ce que te proposes l’homme aux instincts bestiaux. L’homme n’est sincère qu’au présent mais il utilisera toujours sa violence pour satisfaire ses désirs propres. Les années 70 sont des années d’illusions pour les féministes. La seule garantie, c’est de souffrir un peu moins par rapport à leurs mères avec le Droit à l’Avortement (1975). Heureusement, une femme sur deux a pu avorter, mais combien de ces avortements sont dû à des viols. Je pense qu’on aurait autant d’avortements que de viols à notre époque très moderne. Texte réaliste, un peu dure où la vérité est diffcile à lire et à entendre.

Je suis une anonyme parmi tant d’autres femmes qui luttent. Je ne suis pas capable encore de parler en public des viols. Pour moi, VIOL il y a VOL. L’homme qui viol, je pourrais en parler longuement et je suis devenue experte : quand je vois une fmme, je sais s’il est a été violée. Merci

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Chère anonyme, en effet c’est bien un viol que vous avez subi jeune fille et naïve. Disons qu’il s’agissait de la première pénétration vaginale que vous viviez et qu’elle vous a été imposée, par violence et surprise. Je vous souhaite d’avoir, par la suite, fait l’amour pour la première fois. Je comprends ce que vous exprimez quand vous parlez des « instincts animaux » des hommes. Mais, pardonnez-moi de vous le dire, c’est une grossière erreur d’optique. Figurez-vous que beaucoup d’hommes, et d’abord les adolescents, se racontent précisément la même fable que vous avez dans la tête : ils se croient animés par un instinct naturel, donc légitime, qui exige (des filles) une satisfaction immédiate. « Faut que ça sorte ! », comme il disent avec tant de poésie !

Or cette vision de la pulsion érotique est une invention culturelle, une conception du monde et des rapports hommes-femmes où ces dernières jouent le rôle de proies. Sans vous en rendre compte, vous endossez le rôle de victime en reconnaissant – tout en le critiquant – le caractère naturel, « animal » de la domination masculine. C’est tout simplement un système politique qu’il faut combattre (et dans lequel il faut survivre au jour le jour).

Cela dit, les conseils que vous envisagez de donner à votre fille (née ? à naître ?) sont pleins de bon sens. Mais il serait bon aussi d’apprendre aux filles et aux garçons à concevoir le plaisir et l’amour autrement que comme un rapport de force. Et concrètement à leur apprendre l’amour, qui n’a rien de « naturel » ou de « bestial », mais doit et peut faire l’objet d’un savoir et d’une culture (pour relativiser la pénétration vaginale par rapport à d’autres techniques, par exemple).

Si néanmoins, comme vous le dites, vous avez toujours vécu les rapports érotiques comme un viol, considérez qu’il vous reste tout à découvrir avec des amants ou des amantes à venir. Bien à vous.

Claude Guillon

PS S’il vous reste un mégot à éteindre et que vous croisez le charlatan yogi dont vous parlez, crevez-lui un œil de ma part…

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Monsieur Guillon,

Je suis entièrement d’accord avec vos propos sur l’apprentissage de l’amour.

Je suis choqué par les films X dans leur façon de montrer des relations sexuelles. De telles images peuvent convenir à des hommes et des femmes qui ont déjà developpé leur sexulaité. Que des jeunes gens voient ces films me trouble. On y voit souvent un asservissement de la femme aux désirs des hommes et parfois une violence physique… Dans ces films, les filles ne sont bonnes qu’à hurler, se faire prendre par tous leurs orifices et se plier aux éjaculations faciales et autres multi pénétrations… Difficile en tant qu’ado de considérer ensuite les relations amoureuses comme tendres, chaleureuses, véritable communion chimique physique et amoureuse !

Rien, dans notre éducation n’est fait pour démocratiser ou déculpabiliser le sexe, c’est dommage. Trop souvent les jeunes hommes sont perdus dans des notions telles que « sexe pas assez grand », « pas assez musclé », « pas assez dragueur », « pas assez homme », et finissent par se montrer dominant, violent ou viril au sens bestial du terme.

Pour information, la scène de « viol » dans 5X2 m’a choqué et pour parer à toute incertitude quant à la disponibilité sexuelle de l’Autre dans des relations confirmées ou de passage, reste un grand moyen… l’écoute de l’Autre et la communication.